Récits de Henry Artins



 

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Récits de Henry Artins

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Messages : 139
Age : 28
Métier : Chef des armées
Humeur : Plutôt bonne
Points Histoire : 135
Sam 7 Avr - 20:27
Titre du sujet:  Un entretien d'embauche pas comme les autres
Date: 6 Janvier
Lien: http://diesirae.leforumgratuit.com/t95-un-entretien-d-embauche-pas-comme-les-autres
Participants: Eloan Galaad, Reno Kusanagi
Résumé: Henry donne un mystérieux rendez-vous à Eloan aux thermes d'Aquaria. Un lieu bien éloigné d'Omnia qui était censé leur assurer une certaine tranquillité, Henry voulant garder leur entrevue secrète. L'arrivée impromptue d'un local, Reno, force les deux compères à feindre une origine terrane couplée d'un tempérament adéquat très stéréotypé. Bon an, mal an, ils parviennent à tenir une conversation dissimulée sous des répliques parfois assez légères. Henry reporte la suite de l'entrevue à plus tard, à Omnia, réservant encore quelques surprises au jeune professeur...
PH Attribués: Achevé - 26PH


Titre du sujet: Curiosité quand tu nous tiens!  
Date: 3 Janvier
Lien: http://diesirae.leforumgratuit.com/t63-curiosite-quand-tu-nous-tiens
Participants: Shanàn Arkh'eil, Kyriel Bernkastel
Résumé: Henry, jouissant d'un moment de répit, se rend au site archéologique de Nebula afin de se balader  un peu au milieu des ruines. Déambulant entre les vestiges d'un autre temps, il fait la rencontre d'une jeune femme au caractère bien trempé: Shanàn. Bien qu'il ait des doutes sur son genre, elle lui apparaît très sympathique et son franc parler lui plaît. Mais alors que leur rencontre allait tourner au drame quand ils envisagèrent de s'enfoncer dans les sous sols des ruines, Kyriel Bernkastel, le Chef Excécutif du conseil de Ventus, fait son apparition...Une présence totalement inattendue qui met légèrement en déroute le chef des armées.
PH Attribués: Achevé - 48PH

Titre du sujet:  Rencontre du troisième type.
Date: 15 Janvier
Lien: http://diesirae.leforumgratuit.com/t64-rencontre-du-troisieme-type-pv-henry
Participants: Jeanne de Villers
Résumé: Henry, accompagné de son ami Ferdinand, font une petite visite d'inspection dans certains forts de la frontière commune entre Ventus et Terra. Ces potes éloignés avaient grand besoin de savoir qu'on ne les oubliait pas. Alors qu'il profitait des vastes plaines de na nation, Henry fait la rencontre d'une jeune terrane, Jeanne. Celle-ci se dit adjointe du grand général de Terra, l'homologue de Henry, et se sent terriblement coupable d'être entrée en Ventus sans faire attention. Après un démarrage quelque peu tendu, Henry lui propose un affrontement amical dans lequel la magie est prohibée. La farouche terrane montre alors l'étendue de son savoir martial au détriment de Henry qui, sans magie, peine quelque peu à suivre. Ferdinand fait finalement son entrée, tentant d'attaquer Jeanne et ranimant la tension des premiers instants...
PH Attribués: En cours.

Titre du sujet:  La valeur d'un homme
Date: 23 Janvier
Lien: http://diesirae.leforumgratuit.com/t176-la-valeur-d-un-homme
Participants: Eloan Galaad
Résumé: La suite de l'entrevue entre Henry et Eloan. Le chef des armées a réservé le gymnase militaire d'Omnia afin d'être certain de ne pas être dérangés. Raphaël, son ami, est présent.
PH Attribués: Achevé - 15PH

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Sam 7 Avr - 21:09
[Note: Le titre est assez explicite, il s'agit là d'un récit de la Triade de Ventus composée de Henry et de ses deux amis, Ferdinand et Raphaël. Alors voilà, j'avais envie de développer un peu ce côté là de l'histoire de Henry, d'autres récits viendront s'y ajouter à priori. Cela me permet aussi de développer un peu mes deux PNJ et de préciser l'idée que j'en avais (par la même occasion ça peut leur faire un petit coup de "pub" si jamais quelqu'un était intéressé par l'un d'eux xD). Enfin voilà, j'espère que ce n'est pas trop "cliché", et que je n'ai pas oublié trop de fautes...
PS à Ehol: si tu vois des trucs qui te font dresser les cheveux sur la tête, hésite pas xD]

Chroniques de la Triade de Ventus


Première escapade: Le monstre géant.
Henry/Henry
Ferdinand
Raphaël
Seth
Homme âgé

Cela faisait maintenant un peu plus d'un an que Henry Artins, Raphaël Cibelli et Ferdinand de Monfort parcouraient l'immensité de Ventus. Leurs pas n'étaient guidés que par la douce pression du vent, ou les rumeurs concernant certains problèmes inhérents au pays. Indépendants de l'armée, ils ne pouvaient pas disposer des rapports ou autres informations généralement divulguées à la hiérarchie et aux soldats. Cependant, leur renommée commençait à les précéder et ils parvenaient souvent à grappiller quelques éléments lorsqu'ils faisaient halte dans un village. Eux même étaient par ailleurs étonnés de la popularité qu'ils avaient acquise en si peu de temps. Bien sûr, ils n'avaient pas chômé et avaient aidé quelques régiments manquant de renforts ou des villages en proie à des attaques de monstres, délaissés par l'armée. Aucun des trois n'était vraiment au courant de ce qu'il se passait au sein de l'armée, mais lors des rares et courtes entrevues avec Victoria, quelques « incompétents », « hiérarchie corrompue » et « enfoiré de chef » ressortaient. Visiblement, le grand père de Henry n'était pas le meilleur Chef des armées que Ventus ait connu, mais il n'avait pas eu ce poste par un coup de chance: le jeune homme n'en découvrirait la raison que quelques années plus tard.
En attendant, les trois comparses jouissaient d'une liberté qui contrastait beaucoup avec le cadre militaire ou académique d'Omnia. Ils se rendaient où bon leur semblait, faisaient des haltes au beau milieu de nulle part pour se reposer, enquêtaient eux même sur certaines affaires...Bref, la belle vie pour ceux qui ont le goût de l'aventure.

Par un beau jour du début de l'été, ils s'arrêtèrent dans un petit village perdu au milieu des plaines ventées de la nation. Une atmosphère si lourde y régnait que même le soleil radieux ne parvenait pas égayer l'endroit. Les habitants semblaient cloîtrés dans leurs maisons, volets fermés. Seuls quelques hommes se tenaient sur la place centrale du village, armés de fourches, faux ou autres instruments agricoles et protégés par des sortes de vestes matelassées un peu délabrées. Leur groupe, composé d'une dizaine d'hommes, paraissait bien éclopé. Des bandits? Une vendetta dans le village? Après avoir attachés leurs chevaux près d'une vasque d'eau, la Triade se dirigea vers eux pour en savoir plus. Comme souvent, Henry menait les négociations.


"Bien le bonjour, messieurs. Pardonnez mes manières directes, mais un village comme celui ci est généralement en pleine activité à cette époque de l'année. Puis, il est assez rare de voir des personnes ainsi armées sur la place où se tient habituellement le marché. Est-il possible d'être mis au courant de la situation?"

Dans le doute, s'abstenir: même si il s'agissait de bandits, la courtoisie était de mise. Si ils n'en étaient pas, ils auraient pu être froissés d'être pris pour des hors la loi alors qu'ils cherchent seulement à défendre leurs biens. Peut-être même que c'est contre eux qu'ils s'étaient armés, étrangers arrivés sans présentations. Un homme s'adressa à eux dans leur dos, à quelques mètres. Il se trouvait à l'endroit où ils avaient déposés leurs chevaux, flattant le museau de l'un d'eux.

"Pensez-vous que nous allons vous faire confiance? Qui êtes vous pour demander cela? Je ne vois aucun écusson militaire sur vos tuniques...Pourtant, cela fait des lunes que nous avons signalé quelques troubles par ici."

L'homme semblait différent des autres. Déjà, il était mieux équipé: deux épées aux poignées finement ouvragées pendaient à sa hanche tandis que de nombreux couteaux étaient fixés à une lanière qui parcourait son dos. Des vêtements moulants lui assuraient une bonne mobilité et sa carrure indiquait qu'il n'était sûrement pas étranger aux combats. Il contrastait énormément avec les hommes équipés d'outils agricoles.

"Veuillez excuser ma brusquerie. Je suis Henry Artins, voici Raphaël Cibelli et Ferdinand de Monfort. Nous sommes d'humbles voyageurs parcourant Ventus, par goût de la liberté."

"Humpf...Alors c'est ça, la jeunesse dorée de Ventus? Des benêts vêtus de dentelle? Je me demande comment vous ne vous êtres pas encore fait dépouillés lors de vos voyages."

Ferdinand fit un pas vers lui, l'air bien décidé à lui faire retirer ce qu'il venait de dire. Henry tendit le bras pour l'arrêter, tandis que Raphaël se tenait prêt à retenir leur solide ami. Si il ne continua pas sa course, le noble aux mauvaises manières ne put s'empêcher de l'incendier.

"Fais gaffe mon gars, reste poli quand tu sais pas à qui tu t'adresses. Nous, on est pas d'ces mongoliens qui s'croient au d'ssus des autres. Maintenant s'tu veux t'battre t'a trouvé d'bons clients."

L'homme laissa échapper un ricanement mi amusé, mi méprisant, puis ne répondit pas. Henry joua de nouveau les diplomates.

"Comme le dit mon ami d'une manière peu courtoise, vous vous méprenez sur nous. Nous ne sommes pas de petits nobles venus voir du pays. Si vous voulez réellement la vérité, nous prêtons nos services aux personnes qui en ont besoin. Des services de type militaire."

Le groupe d'hommes se mit à se concerter à voix basse, semblant parler vite et regardant étrangement les trois compagnons. Ces derniers commençaient à se sentir un peu mal et Ferdinand, peu patient, porta la main à une petite sacoche attachée à sa ceinture. L'homme leur répondit enfin.

"Attendez, vous êtes pas ces mecs qu'on appelle la « Triade de Ventus », quand même?"

"Hé bien il semblerait que ça soit le cas. Je ne pensais pas que nous serions connus dans un coin aussi isolé, mais visiblement, les rumeurs vont bon train."

Un silence pesant s'installa. Tous les fixaient avec des yeux ronds, augmentant la gêne. L'homme brisa le silence.

"En effet, de ce qu'on nous a dit sur vous, nous pensions qu'il s'agissait de légendes pour endormir les enfants...Comment être certains que vous ne nous mentez pas? Et si vous êtes des malfrats venus piller ce que nous avons durant la nuit?"

"Je n'ai que notre parole d'honneur à vous offrir. Ou bien, si vous nous expliquiez ce qu'il se passe ici, peut-être que nous pourrions vous apporter notre aide. Nous ne fonctionnons pas comme des mercenaires: nous ne demandons aucun paiement, mis à part peu être le gîte et le couvert."

Nouveau silence. Ferdinand ne semblait pas rassuré et se tenait prêt à bondir au moindre signe suspect. Cependant, rien d'hostile n'advint. Les hommes semblèrent tous pousser un soupir de soulagement commun, l'homme de dirigeant vers eux affichant un air un peu plus amical.

"C'est alors à moi de m'excuser pour ma brusquerie. Je m'appelle Seth, j'appartiens à ce village comme les personnes ici présentes. Suivez moi, je vais vous dire ce que vous voulez savoir."

Un peu étonnés par ce revirement soudain de situation, les trois amis suivirent le dénommé Seth dans l'un des édifices de bois bordant la place. Les portes battantes s'ouvrirent sur une petite taverne dans laquelle se trouvait un piano et quelques tables. Seul le barman et un homme affalé sur le bar s'y trouvaient. De nombreux verres entouraient l'homme visiblement endormi, certains droits, d'autres couchés. Il en avait d'ailleurs encore un à la main, dans lequel il restait une petite lampée. Le barman les regarda d'un air étrange, mais sembla se détendre après un petite signe de main de Seth. Celui-ci fit signe aux trois voyageurs de s'asseoir à une table tandis que le tenancier leur apportait chacun un petit verre remplis d'un liquide ambré. Seth s'en saisit et le leva.

"Spécialité locale, à la vôtre!"

Après l'avoir vidé d'un trait et invité les autres à faire de même, il poursuivit.

"Bien, vous semblez intrigués par l'aspect un peu morne du village. L'explication est simple: depuis plusieurs mois, la nuit, des monstres plutôt étranges viennent et rôdent un peu partout. Au début, nous ne savions pas ce dont ils étaient capable, nous avons essayé de les chasser...Les pertes furent terribles. C'est déjà un petit village, nous n'avions pas besoin de perdre autant de monde. Puis, lorsque ces trucs prirent goût au sang humain, ils revinrent chaque nuit, tentant de rentrer dans les maisons par les fenêtre, défonçant les portes. Quel triste spectacle que d'entendre une famille être dévorée alors que vous êtes impuissant...Moi, au début, je n'étais pas là. Je suis un mercenaire, un peu comme vous, mais moi je fais payer."

Après un petit ricanement, il fit signe au tavernier de remettre la même chose.

"Bref, quand je suis revenu, à peu près un tiers du village avait déjà été dévoré. Du coup, les gens se barricadent chez eux et n'en sortent presque plus. Les marchands ne passent plus par ici, ayant entendu des rumeurs, et nous commençons à manquer de vivres. Beaucoup ont préféré la liqueur à la douleur, comme cet homme que vous voyez...Sa femme et sa fille, dévorées sous ses yeux. La bête responsable n'avait plus faim pour lui et le laissa en vie, lui causant une plus grande souffrance encore. Du coup, nous avons envoyés plusieurs signalements à l'armée, espérant qu'ils envoient une garnison pour mettre un terme à cela mais personne n'est venu...Et ça dure depuis un peu plus de trois mois maintenant. Nous avons réussi à nous organiser et depuis deux ou trois semaines, nous ne déplorons plus de pertes grâce aux barricades des maisons. Mais personne ici, à part moi, n'est un réel combattant et nous manquons d'armes de qualité. Et, vous verrez cette nuit si vous comptez rester, mais près de huit heures avec les grognements et plaintes de ces horreurs, y'a de quoi dérailler. Enfin voilà, vous savez à peu près tout."

Après un silence de quelques secondes durant lequel les trois amis burent dans leur verre pour encaisser tout ça, Raphaël fit sonner sa voix douce.

"Quelle triste histoire vous nous comptez là...Et l'armée n'a pas bougé un doigt. C'est malheureusement un phénomène qui tend à se généraliser en ce moment, mais là, après tant de morts...Enfin, j'imagine que c'est une chance que vous soyez rentrés ici avant que tous ne soient dévorés. Je pense que mes amis seront d'accord, nous allons rester pour vous aider."

Après un signe affirmatif de la tête, Henry enchaîna:

"En revanche, nous n'avons pas d'armes supplémentaires à vous proposer. Nous voyageons léger et n'avons que celles dont nous nous servons. Ferdinand est bien une armurerie sur patte, mais ses armes sont assez particulières..."

Faisant mine de s'offusquer, Ferdinand vida son second verre et se leva. Il vit alors que les villageois du la place s'étaient tous agglutinés à la porte battantes et observaient d'un air avide la conversation.

"Hé ben qu'es vous foutez là les clampins? Entrez c'est tout d'même votre village non? Allez, v'nez boire un coup!"

D'un air gênés, les hommes entrèrent en déposant leurs « armes » à l'entrée puis s'éparpillèrent entre les différentes tables. Le bruit sembla réveiller l'homme trop ivre qui s'était assoupi sur le bar. Il se retourna lentement et balaya la salle d'un regard vitreux. Il s'arrêta sur les nouveaux arrivants et les « fixa » du mieux qu'il put, tanguant dangereusement sur son tabouret. Une voix raque, rayée par l'alcool, s'échappa de sa gorge.

"Ha! C'est ça ouais...Apportez leur encore à bouffer à ces saloperies...Seth, espèce de petit enfoiré, t'es encore là à vouloir tout arranger? T'a appelé des copains? Mais on est foutus vous entendez? FOU-TUS! T'avais qu'à arriver plus tôt, pff.."

Après ça, il descendit du tabouret, manqua de tomber, puis déambula difficilement jusqu'à la sortie. Passant près de la table de Seth et des autres, ils purent sentir une odeur d'alcool et de pisse émaner de l'homme. Il finit pas atteindre la sortie et disparut, tournant immédiatement à droite après la porte. Seth le suivit du regard, d'un air à la fois dégoûté et plein de pitié.

"Veuillez l'excuser...C'est très dur pour lui."

Ne relevant pas la scène, les membres de la Triade demandèrent immédiatement à Seth comment ils se protégeaient le soir. Leur système de défense et de barricadement des maisons semblait fonctionner convenablement, restait à découvrir ce qu'étaient ces monstres. Allaient-ils en venir à bout rapidement, ou allaient-ils périr comme nombre de villageois avant? Plus le soleil baissait, et plus l'adrénaline montait. Une sensation addictive à laquelle ils s'étaient habitués depuis longtemps, ils avaient appris à s'en délecter. Cependant, par respect, ils ne le montraient pas aux autres villageois: l'arrivée des monstres était pour eux synonyme de terreur et de sang, non de plaisir.

Le soir venu, les fameuses bêtes ne tardèrent pas à se pointer. Elles semblaient très attirées par le village et on entendit leurs cris stridents avant même qu'elles ne pénètrent dans l'enceinte. Henry, Ferdinand et Raphaël étaient dispersés tout autour de la place centrale, barricadés dans des maisons avec quelques hommes chacun. Seth se tenait aux côtés de Henry car il en connaissait plus qu'eux sur les créatures et c'était le jeune ex-soldat qui se chargeait de coordonner « l'opération ».
Bien qu'il n'était pas grand chasseur, il s'était servit de la description que Seth lui avait fait des bêtes afin d'établir un plan d'action: ces dernières agissaient comme des prédateurs avides de sang, à la manière d'un loup un peu trop affamé. Ils en avaient d'ailleurs presque l'allure, se mouvant à quatre pattes dans le noir. Cependant, leur apparence et attributs monstrueux les différenciaient beaucoup du simple loup: leurs mâchoires semblaient pouvoir s'ouvrir très largement et leur profondeur en disait long sur ce qu'elles pouvaient contenir. Leurs griffes recourbées touchaient le sol à chaque pas et leur façon de bouger dénotait une grande souplesse. Rapidement, on se rendait compte que ces bêtes étaient capables de lacérer, voir de décapiter, un homme d'un simple coup de patte ou de mâchoire.
Pourtant, comme l'avait fait remarquer Henry, si il s'agissait d'animaux, même monstrueux, le piège était la meilleure solution pour les abattre. Mais quel genre de piège pouvait-on tendre au beau milieu d'un village? Creuser une fosse aurait été trop long, surtout trop compliqué à recouvrir, et une battue ne semblait pas être la meilleure idée vue l'agressivité des monstres. La technique choisie fut alors...l'appât. Lorsque Henry exposa son plan, tout le monde se regarda d'un air perplexe: qui allait servir d'appât? Que serait assez fou pour être seul à la merci des bêtes sanguinaires? Personne du village, en tout cas. Mais Henry connaissait très bien quelqu'un capable de jouer un tel rôle sans flancher et surtout sans se faire tuer: Ferdinand.

Alors que les monstres s'enfonçaient de plus en plus dans le village, s'éparpillant entre les quelques rues et ruelles qui le composaient, le solide guerrier sorti de sa cachette (non sans susciter la peur chez les villageois qui se trouvaient avec lui, se retrouvant alors seuls) et se dirigea discrètement vers la place centrale. Au centre de celle ci se trouvait une fontaine en élévation, qui ne fonctionnait pas l'été. Cependant, le petit muret qui la délimitait permit à Ferdinand de s'accroupir derrière le temps d'attendre que quelques monstres aient pénétrés la place. Leur odorat semblait assez développé car immédiatement, ils se mirent à flairer l'air avec intérêt.
Il ne fallait pas attendre plus longtemps, ou ils allaient sentir tout le monde. Ferdinand sortit de sa « cachette », bras écartés, et se mit à faire de grands gestes dans leur direction, les appelant par quelques petits surnoms amicaux. L'effronterie du jeune homme face à ces monstruosités rendit incrédules les villageois encore cachés. Seth, qui observait la scène avec Henry, s'adressa à celui-ci.


"Pensez-vous que c'est une bonne idée? Il sera seul pendant quelque secondes...Et il n'est même pas armé. Je ne sais pas, mais...avez vous l'habitude d'envoyer vos amis à la mort?"

Henry eut un petit sourire en coin, ne détachant pas son regard de la scène où quelques bêtes avançaient lentement, ventre à terre, vers son ami. Il tourna alors la tête vers Seth pour lui répondre, faisant signe vers la place du village.

"Dans quelques instants, vous allez comprendre pourquoi cet homme était, plus que quiconque, apte à remplir cette tâche. Regardez bien et ne le quittez pas des yeux, vous risqueriez de manquer quelque chose."

Reportant leur attention sur Ferdinand et les bêtes, les deux hommes reprirent leur concentration et se tinrent prêts.
Au centre de l'attention, Ferdinand continuait à provoquer et à exhorter les bêtes d'approcher. Celles-ci, au nombre de cinq maintenant, se mirent à l'encercler. Elles chassaient en meute et n'étaient pas totalement dénuées d'intelligence, resserrant l'étau de concert avec une lenteur morbide. Cependant, toutes n'étaient pas encore là ce qui mettait le plan à mal. Ferdinand était, pour le moment, seul. Lorsqu'elles furent à deux ou trois mètres de lui, les monstres s'arrêtèrent, grognant et bavant sur les pavés de la place. Tout à coup, celle en face du jeune homme bondit sur lui avec une vitesse et une agilité peu commune. Ferdinand usa d'une souplesse insoupçonnée, se jetant en arrière pour atterrir sur le haut du dos et laisser passer la bête, puis se redressa en basculant le poids de son corps. Ce coup-ci, deux bêtes bondirent de manière à ce qu'une attaque en bas et l'autre en haut...encore un signe d'intelligence. Surpris mais pas décontenancé, Ferdinand sauta vers l'avant dégagé par l'attaque du premier monstre, se réceptionna dans un roulade et fit face à ses adversaires désormais en ligne face à lui. En quelques secondes, il s'était dégagé d'un étau fatal, sans une égratignure.
Depuis sa cachette, Seth fut un peu impressionné mais il ne voyait toujours pas ce dont lui parlait Henry. Peut-être que ça allait venir...en tout cas, les monstres semblaient bien décidés à ne pas en rester là.

En effet, trois d'entre eux bondirent d'un même saut vers leur cible, ne lui laissant que peu de marge de manœuvre: leur élan prévoyait une retraite vers l'arrière et leurs pattes ouvertes fermaient les côtés sous peine d'un revers de griffe cuisant. Finalement, la devise « parfois, la meilleure des défenses est l'attaque », qui colle par ailleurs très bien à Ferdinand, s'illustre là avec majesté. Ne reculant qu'un pied pour un appui plus solide, le jeune guerrier fourra sa main dans la sacoche attachée à sa ceinture qu'il avait trifouillé quelques heures plus tôt, lorsque la situation était tendue. Il en sortit une sorte de petite figurine, une effigie, qui tenait largement dans le creux de la main. Aucun des villageois cachés ne put identifier ce dont il s'agissait. Pas avant que la petite figurine se mit à grandir de manière exponentielle jusqu'à devenir une épée monstrueuse, plus grande que son porteur déjà d'une taille honorable. La lame, aussi large que la garde, faisait peur à voir et ne donnait pas du tout envie de la prendre en pleine tête. Sa taille lui suggérait un poids tout aussi élevé, mais Ferdinand balaya les trois monstres d'un revers d'épée, la tenant à une main, comme s'il s'agissait d'un jouet en carton pâte. Cependant, l'impact reçut par les monstres n'avait rien de factice: le premier à prendre le coup fut littéralement tranché en deux tandis que le second fut traversé de moitié et projeté sur le troisième avec une telle force qu'on entendit dans toute la place ses os se briser. Atterrissant plus loin, il tenta de se redresser mais son arrière train retomba immédiatement au sol, comme s'il ne répondait plus aux injonctions du cerveau: un monstre paraplégique, quelle grosse marrade.
Ne s'attardant pas plus, Ferdinand bondit à on tour sur les deux monstres restant qui ne tardèrent pas à trépasser, l'un la tête tranchée avec une facilité toujours aussi étonnante et l'autre projeté à plusieurs mètres par un coup du plat de l'épée qui lui brisa aussi les os. Le jeune homme se rendit tranquillement sur les deux derniers survivants à l'ossature malmenée et les acheva d'un coup sec. Le sang noir de la créature coupée en deux l'avait éclaboussé, lui donnant une allure macabre. Pour couronner le tout, il planta l'un des cadavres au bout de son immense épée et la souleva bras tendu en l'air, pour mettre en évidence la bête morte. Il fit alors tonner sa puissante voix, qui résonna fort dans une bonne partie du village.


"Alors bande de saloperies, on voulait tester l'sieur Monfort? Hé bah merci bien, j'ai à peine chauffé l'muscle du bras! Qu'es c'qui s'passe, vous êtes où? On joue les dures avec les femmes et les enfants, puis quand c'est du vrai combattant on fait dans son froc? Naaaaaan, j'vous crois pas. Allez!! Amenez-vous!!"

Dans une des bâtisses, Seth était maintenant sur les fesses. Si il était perplexe au début, voir Ferdinand en action sembla le convaincre. Il s'était débarrassé, seul, de cinq bêtes en quelques secondes et sans être touché ou même effleuré. Si l'un des villageois encore en vie avait réussi à en tuer une ou deux par nuit, c'était déjà pas mal...Là, le ratio était plus qu'encourageant. Puis la facilité avec laquelle il les avait terrassées était presque plus terrifiante que les monstres eux-mêmes. Ensuite, l'appel de retentissant de Ferdinand acheva la scène avec brio: ainsi posté, cadavre à l'épée, il apparaissait comme un peu fou. Seth tourna la tête vers Henry, quelque peu déconcerté.

"Heu...ça aussi, ça faisait parti du plan?"

Henry souriait toujours, mais d'un air plus compréhensif.

"Oui, je lui avais dit de faire du bruit pour attirer le reste des monstres ici...Mais je ne lui avais pas demandé de tapisser le sol de sang noir, ni de jouer les sauvages. Enfin, il se laisse souvent emporter, c'est un trait de caractère auquel il faut se faire. Bref, ça ne devrait plus trop tarder maintenant: ça va être à nous."

En effet, alors que Ferdinand baladait le cadavre un peu partout dans la place, déversant son sang sur son passage, les autres bêtes qui avaient pénétré dans le village sortaient d'un peu toutes les rues menant à la place centrale. Très vite, elles furent trois ou quatre dizaines, s'approchant à nouveau ventre à terre de Ferdinand. Voyant que sa manœuvre avait marché, il fit un mouvement large avec son épée pour que le cadavre s'en détache et atterrisse au milieu des bêtes vivantes, en écrasant une au passage.

"Bien les mecs, j'serai pas contre me les farcir seul, mais j'suis quelqu'un d'poli alors si vous êtres chauds de participer à la fête c'est maintenant!"

Manière détournée de dire « Il y en a beaucoup quand même, un peu de renfort ne serait pas de refus ». C'était maintenant, en gros, comme il l'avait si bien dit. Henry fit signe à Seth puis avec leur petit groupe, ils se dirigèrent vers la sortie de l'édifice où ils étaient cachés. Henry ouvrait la marche, et ouvrit la porte à la volée, fonçant vers la masse de monstres qui semblait ne pas s'attendre à être pris de revers. En face, Raphaël et son groupe surgirent à leur tour tandis que de chaque côtés, d'autres villageois fondaient sur les bêtes en hurlant pour les impressionner. Elles avaient encerclé Ferdinand, maintenant c'était elles qui étaient encerclées. Enfin, du mieux qu'ils purent vu leur nombre: une vingtaine contre le double, on avait vu mieux. Mais bon, l'effet de surprise était là et les bêtes ne savaient plus où donner de la tête.
Ferdinand profita de cette petite diversion pour leur foncer dans le lard avec toute la délicatesse qui le caractérisait, donnant des coups d'épée dans tous les sens, coups qui écrasaient ou traversaient les monstres acculés. Les autres villageois tentaient tant bien que mal de terrasser les bêtes avec leurs armes de fortunes, tandis que Raphaël et Henry tâchaient de retenir le maximum de monstres sur eux. Tout en finesse, le mage à l'affinité Terre faisait remonter ses sortes de liens de racines agglutinées qui transperçaient les pavés pour entraver les pattes des monstres. Ainsi immobilisés, il passait en eux, leur assénant un coup d'épée derrière la nuque ce qui les faisaient s'écrouler sans retour.
Henry, comme à son habitude, se battait avec précision à l'aide d'une rapière ou de ses mains. Lorsque les monstres lui sautaient dessus, il utilisait sa vitesse pour se baisser et se redresser au moment où le ventre de la bête se présentait. Il se redressait alors paume en l'air, utilisait sa Boxe du Printemps Radieux afin de mettre à mal les organes internes (supposés) des assaillants. Sinon, la rapière était très efficace pour transpercer leur peau visiblement peu résistante.

Au plus fort de la bataille, alors qu'ils commençaient à prendre l'avantage, un cri de douleur retentit: Seth était aux prises avec plusieurs monstres, dont un qui venait d'engloutir son bras jusqu'au coude. Ce dernier le frappait à l'aide de son autre épée, mais la bête semblait déterminée à ne pas lâcher prise. Les autres bêtes, voulant profiter de ce moment de faiblesse, s'apprêtaient à bondir. Henry, trop loin de la scène, usa de toute sa voix pour interpeler Raphaël.


"RAPHAËL !! Là-bas!!"

Lui faisant un signe de bras vers Seth, il lui indiquait de faire quelque chose. Ni une ni deux, le mage tendit le bras vers le mercenaire, puis le remonta d'un geste vif. Tout autour de lui, les pavés volèrent laissant place à une sorte de cercueil de terre qui entoura le blessé. Le sort se referma complètement autour de lui, coupant en deux le monstre fautif dans une effusion de sang, d'os et de sons peu ragoûtants. Henry et Raphaël se précipitèrent vers lui, tandis que quelques monstres entreprenaient se foncer dans la masse de terre pour la faire céder. Que nenni, la terre empreinte du mana de Raphaël était d'une résistance bien supérieure à la force développée par les monstres. Après les avoir supprimés, le sort cessa et le mage récupéra Seth, qui avait encore la tête du monstre accrochée au bras. Raphaël le guida à l'écart de la place tandis que Henry les couvrait.
Ce contre temps ne joua pas en leur faveur: Henry et Raphaël ainsi entravés, Ferdinand ne suffisait plus à contenir assez de monstres pour que les villageois n'en aient pas trop à gérer. Ceux-ci s'en rendirent vite compte et commençaient à battre en retraite. Le guerrier se retourna vers ses amis, visiblement un peu agacé par leur absence momentanée.


"Qu'est c'que vous foutez? Vous croyez que j'peux tous me les faire seul? Sa va, merci d'la confiance mais là c'est chaud!"

Il disait vrai: si ça continuait comme ça, plus de villageois allaient être blessés ou tués et ils seraient vite débordés. Raphaël fit enfin signe à Henry qu'il pouvait gérer seul la blessure de Seth, ce qui permit au jeune homme de repartir de plus belle dans la mêlée.

"Désolé, Ferdinand. Je pense qu'il est temps d'en finir.Vous tous !! Venez vers moi, mettez vous derrière et ne bougez pas! Ferdinand, essaie de retenir ces trucs, tu sais déjà quand bouger..."

Ferdinand sourit, lâchant un petit « Ha que oui! », avant de faire signe aux villageois qui n'avaient fuis de se rapatrier derrière Henry. Son épée rétrécit jusqu'à retrouver sa forme de figurine, il la replaça dans sa sacoche de cuir et en ressortit une nouvelle figurine. Celle-ci grossit pour devenir un gros bouclier rectangulaire qui couvrait une vaste zone de chaque côté du guerrier si celui-ci le tenait horizontalement. Repoussant les bêtes restantes, il se mit à avancer tandis que ces dernières heurtaient l'immense bouclier en vain. Certaines se grimpèrent dessus afin de sauter plus haut que les bords du bouclier, ce qui incita Henry à aller plus vite. Ce dernier se mit à marmonner une incantation, tandis que les sceaux sous ses vêtements commençaient à briller de leur lumière turquoise.

"Dico vobis, qui de terra mortuis meos misisti iram tuam coruscantis...Indignatio!"

Au milieu de l'incantation, le bouclier revint à sa taille originelle à grande vitesse puis Ferdinand recula de plusieurs bonds en arrières jusqu'à arriver derrière Henry. Les monstres, perdus, tentaient de se disperser mais quelque chose les repoussait dans une zone restreinte, au milieu de la place. On discerna ensuite un vent d'une violence inouïe qui formait un cercle autour des bestioles, les empêchant de fuir. Au dernier mot, un puissant éclair frappa le centre du cercle formé et se dispersa entre les tous les monstres, les carbonisant dans un brasier formidable. Quand la dernière poussa son dernier cri, le vent se calma et les sceaux de Henry cessèrent de briller, laissant la place dans un calme étrange, seulement troublé par le crépitement les cadavres de monstres.

Enfin un peu de répis. Les villageois présents lachèrent leurs armes, soulagés; certains étaient blessés, plus ou moins gravement, mais aucun n'avait eu à sentir le souffle de la mort cette nuit là. Seth était cependant bien amoché: son bras mettrait plusieurs mois à se remettre des blessures profondes infligées par le monstre. Présentant milles excuses pour avoir causé tant de gêne, il se laissa emporter par un sommeil bien mérité: il avait perdu pas mal de sang. Les autres enreprirent d'entasser les cadavres éventrés ou carbonnisés des monstres à l'extérieur du village afin d'en faire un joli feu de joie. Le soleil se leva sur un village soulagé, remerciant les trois voyageurs de leur aide. On loua la force de Ferdinand qui terrassa un grand nombre de bêtes durant l'affrontement, la sagesse de Henry qui les mena la victoire sans pertes et l'efficacité défensive de Raphaël sans qui Seth, et d'autres, auraient sûrement péris.
Ils n'étaient cependant pas très louanges, et précisèrent qu'il ne fallait pas crier victoire trop vite: ces monstres étaient-ils les seuls? Un homme les éclaira d'une bien désagrable façon, dans la chambre où Seth se reposait.

Les trois compagnons avaient visité le mercenaire en fin de journée, lorsque celui-ci s'était réveillé. Alors que les discussions allaient bon train, un homme fit irruption dans la pièce: il s'agissait de l'ivrogne de la taverne. Il tenait à la main une bouteille presque vide, en disant long sur son état. Il déboula dans la chambre et fondit sur Seth pour lui mettre une gifle.


"Voilà! C'est tout ce que tu mérites. Tu crois pouvoir rentrer, jouer les héros et effacer ce qu'il s'est passé? Non, t'as juste failli perdre ton bras, imbécile."

Ferdinand s'était levé pour éloigner l'intru, mais Seth lui fit signe de ne rien faire. Il avait un air désolé, semblant accepter la sentence.

"Je sais. Je ne pourrai pas les ramener. Mais dois-je rester les bras croisés et boire comme tu le fais?"

Nouvelle gifle.

"Frappe moi autant que tu veux, ça ne les ramènera pas non plus. Je t'ai déjà dis que j'étais désolé, j'essaie maintenant de me racheter par les actes. Je ne peux rien faire de plus."

Henry, Ferdinand et Raphaël étaient pour ainsi dire largués: que se passait-il? Henry se souvint alors: Seth leur raconté l'histoire de cet homme, la façon dont il avait perdu épouse et fille. Parlait-il d'elles lorsqu'il disait qu'elles ne reviendraient pas? Plausible, mais étrange, et cela voudrait dire que...

"Stupide gamin, tu n'aurais pas du revenir, ta présence me rend fou. Tu n'étais pas là lorsque nous avions besoin de toi, c'est trop tard pour se racheter: si tu avais été là, tu n'aurais pas besoin de faire ça. Mais non, tu as préféré risquer ta vie pour je ne sais quel trou du cul plutôt que de rester auprès de ta famille!!"

Le verdict venait de tomber, les craintes d'Henry se confirmaient: Seth était le fils de cette homme, ce qui voulait dire que cette femme et sa fille dont leur avait parlé avec tant de détachement étaient sa propre mère et sa soeur. Les morceaux se recollaient d'eux même: le mercenaire leur avait confié n'avoir pas été là au début des attaques, il ne revint qu'après...probablement trop tard pour défendre mère et soeur, ce qui expliquait la rancoeur de son père envers lui. Rancoeur plutôt discutable pour Henry, mais que Seth acceptait comme châtiment de son absence. L'homme se tourna vers eux, leur jetant un regard très noir.

"Et vous! Bande de m'as-tu-vu, ça vous amuse de mettre le village en fête pour que tout le monde se fasse dévorer ce soir? Hein? Vous croyez que vos petites galipettes ont suffit à arrêter ces trucs?"

Henry, en bon diplomate, modéra les propos de l'ivrogne.

"Pardonnez moi, mais nous avons bien spécifié aux villageois que ce n'était peut-être pas fini. Maintenant, si vous avez quelconque information pouvant nous aider, pourquoi ne pas en faire profiter tous le monde au lieu de la garder au fond de votre bouteille?"

Courtoisie mêlée de sarcasme, une des armes rhétoriques préférées de Henry: malgré l'effronterie des propos, leur courtoisie les mettait à l'abris de nombreuses critiques. Le père de Seth sembla pris d'une subite envie de casser sa bouteille sur la tête du jeune homme, mais il préféra lâcher un peu plus du venin issu de sa peine.

"Ha oui, ha oui, vous êtes bien forts vous, les gens d'la ville. Mais moi, j'ai vu, oui, j'ai vu d'où viennent ces trucs. Contrairement à ce que croit mon idiot de fils, je ne suis pas resté sans rien faire, j'ai suivi les bêtes lorsqu'elles repartaient, après s'être délectées de la chair de leurs victimes. Je voulais découvrir leur tanière, là où elles se chachent, pour les faire brûler toutes ensembles. Mais ce que j'ai vu...Ho, non, non, non, ça, vous ne pourriez pas vous y coller. Personne ne pourrait rien y faire, pas même le Saint Prêtre!"

Ferdinand leva un sourcil dédaigneux tandis que Henry et Raphaël restaient de marbre. Henry l'encouragea à donner plus d'explications, les dernières étant un tant soit peu imprécises.

"Une ingnominie venant d'on ne sait où, elle doit avoir des siècles pour avoir atteint cette taille. De loin, on dirait une petite colline, avec une grotte à son sommet. Mais je me suis approché, je l'ai grimpée en pensant que la grotte était leur tanière. En montant, je sentait l'herbe étrange. Elle était molle, mes pas s'enfonçaient. Puis, arrivé à mi chemin, juste là, sur ma droite...L'oeil !!"

L'homme semblait vivre son histoire. Il pointait du doigt des choses que lui seul voyait dans ses souvenirs, mais parfois difficilement compréhensibles.

"L'oeil !! Jaune, visqueux, injecté d'un sang soir comme la nuit. Il me regardait...Alors j'ai couru le long de la pente, pour m'éloigner de cette chose...Et là, un deuxième oeil! Semblable au premier. Puis, j'ai entendu un grondement qui venait du sol, de dessous mes pieds. Ce que j'ai pris pour la terre se mit à trembler, puis à bouger. Et là, j'ai cru avoir perdu la tête à force d'alcool."

Bonne observation, le vieux.

"L'herbe se mis à bouger, à s'hérisser. Soudain, la colline s'ouvrit par l'ouverture qui se trouvait en son sommet, dévoilant peu à peu une bouche pleine de dents monstrueuses. Et ces bêtes que vous avez tué cette nuit, sortaient par dizaines de cette bouche. Je n'ai pas cherché plus loin, j'ai rebroussé chemin et me mit à courir, sentant mon heure arriver. Je fus sauvé par la lumière du jour, que ces bêtes n'aiment pas. Elles sont rentrées bien à l'abri, dans la gueule de ce truc immonde. Croyez vous pouvoir battre un truc pareil? Je ne crois pas."

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Sam 7 Avr - 21:31
[Suite de la Première escapade]

Histoire pour le moins étrange, qui piqua la curiosité des trois amis. Seth regardait son père d'un air incrédule. Il ne put s'empêcher de s'offusquer.

"Pourquoi tu ne l'as pas dit? Si c'est si désespéré, nous n'aurions pas cherché à résister et nous n'aurions pas perdu tous ces gens au cours des semaines! Qu'as tu fais, vieux fou?"

"Ne me prend pas pour un fou! Je vous ai dit, à tous, plusieurs fois, qu'il ne servait à rien de combattre, qu'il vallait mieux fuir. Mais vous n'avez pas écouté, trop occupés à risquer vos vies chaque nuit pour tuer trois ou quatre bêtes."

"Pourquoi es-tu resté, alors?"

"Je n'ai plus rien, je n'aurai rien de plus ailleurs. Je mourrai dans ce village, aucun besoin d'aller autre part."

Seth ne répondit pas, probablement pour ne pas garder son calme. Henry analysait la situation vitesse grand V. Un monstre? Si gros? Et ceux de la nuit précédente viendraient de son estomac? Cela paraissait peu probable, et demandait vérification, mais cela expliquerait le nombre et l’appétit des bêtes. Enfin, venant d'un ivrogne, cela était encore plus difficile à croire. Mais si il disait vrai, peut-être avait-il raison sur toute la ligne: pouvait-on en venir à bout? Et l'armée que ne bougeait pas le petit doigt alors qu'elle avait une bombe à retardement sous les pieds...Bref, ils devaient aller vérifier ça. Henry prit la parole.

"Moi et mes compagnons allons y aller. D'une part vérifier la véracité de cette histoire, et le cas échant tenter d'y mettre un terme."

"A trois? Si ce truc est si gros, vous allez vous faire massacrer!"

"Notre nombre importe peu. Et puis...si jamais nous y passons, ça ne fera toujours que trois morts."

Sur cette petite touche d'humour morbide, Henry et ses deux compagnons se mirent en direction de la sortie du village, vers là où le père de Seth avait suivit les monstres nocturnes. D'ailleurs, le soleil n'allait pas tarder à se coucher. Raphaël semblait l'avoir remarqué, et le signala.

"Henry, lorsqu'il fera nuit, ces bêtes à quatre pattes sortiront nous attaquer. Même s'il n'y a pas d'énorme monstre, la présence des autres est bien réelle et nous ne connaissons par leur nombre exact."

"Si gros monstre il y a, nous serons contrains de le vaincre avant le début de la nuit. Et s'il n'y en pas...Hé ben nous verrons bien d'où viennent ceux qui nous attaquent."

Ils finirent leur route en silence, se concentrant pour l'affrontement à venir. Heureusement, celui de la veille ne les avaient pas trop fatigué. Arrivés près de la fameuse petite colline, qui ressemblait un peu à énorme monticule de terre (cela dépend comment on voit le verre), ils prirent du temps pour l'observer. Au premier abord, elle n'avait rien de particulier, pas plus qu'au second. Effectivement, une sorte rocher dans lequel on voyait une ouverture se trouvait à son sommet, mais rien de suspect. Henry réfléchit quelques secondes, puis trouva une solution afin de vérifier sans trop s'approcher.

"Si ce gros truc dort, on va le réveiller. Raphaël, balance lui une pierre."

Le mage s’exécuta; seulement, la “pierre” dont parlait Henry semblait avoir une signification particulière. Raphaël se tourna vers un petit rocher à côté d'eux et leva lentement les mains. La terre sous le rocher se souleva, formant une sorte de bras articulé qui ne tarda pas à lancer avec force le rocher. La force de propulsion était impressionnante, digne des meilleurs lanceurs de poids, sauf que le poids en question devait peser plusieurs dizaines de kilos. Le rocher s'écrasa au milieu de la colline, et ils eurent la surprise de remarquer que l'ivrogne avait raison: le projectile ne s'écrasa pas lourdement dans la terre comme il l'aurait du mais s'y enfonça puis le sol reprit sa forme d'origine, faisant rouler le rocher en bas de la pente. Aucune terre “normale” ne faisait ça. Quelques secondes après, un grondement se fit sentir, toujours comme dans l'histoire du père de Seth, puis deux yeux jaunes s'ouvrirent. La colline, d'une manière très déconcertante, roula sur le côté avant de se redresser. De la terre et des racines tombèrent à mesure qu'une forme émergeait, se dégageant d'un camouflage séculaire. Les yeux étaient maintenant alignés de sorte que l'on pouvait discerner la forme: un monstre gigantesque, présentant une bouche qui lui scindait le corps de part en part, à l'intérieur de laquelle de grosses dents faisaient office de broyeur. Quelques bêtes à quatre pattes sortirent d'un bond de la bouche monstrueuse, mais furent immédiatement brûlés par la lumière déclinante du soleil. L'ivrogne avait dit vrai, une monstruosité sans nom leur faisait face. Des sortes de lianes se détachèrent de son corps, formant de très minces bras fouettant l'air de manière peu engageante. Ferdinand siffla en voyant le résultat.

"Hé bah, c'est du costaud ça. Henry, tu crois qu'ça a quel âge pour être aussi gros?"

"Je ne sais pas...Il me semble qu'à Aquaria, j'ai lu dans un vieu livre qu'aux environs de l'époque d'Ehol, certains monstres camouflaient leur présence en se faisant passer pour de petits monticules de terre, et attaquaient les animaux qui passaient à côté sans le voir. Peut-être que cette chose a grandit pendant plusieurs siècle pour être comme cela. D'autres monstres ont même trouvé refuge dans sa gueule, c'est d'ailleurs assez étrange qu'il ne les dévore pas...Peut-être qu'il les laisse grossir pour faire un bon festin ensuite, va savoir. En tout cas, on est pas sortis d'affaire. On va y aller en formation habituelle, Ferdinand et moi devant, Raphaël tu nous couvre derrière et tu guette les ouvertures pour attaquer. Tâchons de ne pas nous faire tuer."

Les directives étaient données, une formation dans laquelle ils étaient à l'aise pour évaluer la force de l'adversaire et sa résistance. Henry et Ferdinand partirent en courant vers le monstre que se trouvait à environ quatre vingt mètres, tandis que Raphaël les suivait plus lentement pour creuser l'écart. Dans sa course, Henry utilisa son premier sort de vitesse accélérée pour opposer une grosse force d'impact à la taille du monstre. Quelques mètres avant d'arriver sur lui, il s'aida de son élan pour sauter haut et ajouter la gravité à sa frappe descendante. Le choc fut puissant, mais le pied d'Henry s'enfonça comme le rocher dans la membrane molle du monstre, qui retrouva avec force sa forme normal en éjectant Henry. Celui atterrit en tonneau sur le sol et se redressa en secouant la tête.

"Attention Ferdinand! Plus le choc est fort, plus sa peau se reforme avec force!"

En effet, si le rocher avait été mollement expulsé, le coup d'Henry avait fait réagir la membrane bien plus violemment. Ferdinand, en bonne brute, ne sembla pas y prendre attention et sauta à son tour, sa grande épée levée, pour frapper de haut en bas le corps de “l'animal”. Il semblait vouloir lui trancher la peau pour éviter qu'elle ne se reforme, mais sa lame, aussi affutée fut-elle, s'enfonça à son tour avant d'être expulsée violemment avec son porteur. Il se rétablit en l'air et planta son épée au sol pour se freiner à l’atterrissage. La monstre profita de cet instant pour lancer deux de ses immenses lianes sur les deux combattants. Alors qu'elles étaient proches de l'impact, les lianes furent stoppées par des enchevêtrements de racines qui, sortant du sol, les saisirent et les empêchèrent d'aller plus loin. Raphaël, un peu en retrait, usait de sa magie pour donner de l'air aux deux autres. D'autres agglomérats de racines sortirent du sol et foncèrent à leur tour sur le monstre qui les laissa frapper mollement son corps élastique. Voyant que ça n'avait aucun effet, il reporta les racines sur d'autres lianes pour les stopper.
C'était maintenant pour Henry et Ferdinand. Le soleil commençait à se coucher, ils n'avaient plus le temps.


"On attaque ensemble Ferdinand, comme dans la compagnie Gamma: frappe juste après moi, au même endroit."

Visiblement, Henry faisait référence à une combinaison qu'ils avaient déjà effectué, pour que son exécution soit plus fluide. Le jeune homme activa le deuxième degré de son sortilège de vitesse, faisant briller son second sceau. Il s'élança alors à l'assaut du monstre avec une vitesse fulgurante: en quelques secondes, il était déjà sur lui. Cependant, pour laisser le temps à Ferdinand d'arriver, il sauta une nouvelle fois en l'air. Ce coup-ci, son bond était bien plus haut que le second, lui offrant un meilleur élan sur l'impact. Il atterrit avec une vitesse folle sur un des flancs du monstre, enfonçant son talon profondément dans sa peau. Mais cette fois, il n'attendit pas le retour et reprit appui pour s'extirper avant le choc. C'est alors que Ferdinand arriva, armé d'une sorte de lance à la pointe dentelée comme un harpon, et la planta à l'endroit exact où Henry avait frappé. La vitesse d'enchainement ne permit pas à la membrane de se reformer, ce qui la mit à mal. L'arme de Ferdinand s'enfonça encore plus profondément dans le monstre, mais ne sembla pas le percer. Il se mit alors à suivre les coups de Henry qui à chaque fois repartait en arrière, prenait appui sur des lianes ou des racines aux prises l'une avec l'autre et refrappait le monstre. Celui-ci fut très vite couvert d'impacts.
Il sembla s'énerver, ainsi malmené, et plusieurs de ses lianes se défirent de leur étreinte pour frapper Henry et Ferdinand alors qu'ils étaient en l'air. Le choc fut violent, projetant vers Raphaël les deux combattants. Ce dernier prononça rapidement quelques incantations et l'herbe se mit à pousser avec une vitesse folle, formant une sorte de gant de baseball (bien que ça n'existait pas) qui les réceptionnèrent. Cependant, ce moment de déconcentration permit au monstre de dégager nombre de ses laines qui fondirent sur les trois compagnons. Ferdinand, quoiqu'un sonné par le choc, se remit très vite sur ses pieds, opta pour son épée et se tint prêt.


"Ce truc commence à m'énerver!! Comment on fait pour l'buter!!"

S'extirpant à son tour du “matelas d'herbe” de Raphaël, Henry essuya un filet de sang qui coulait de son nez. Lui aussi était agacé: il l'avait frappé de toute se forces, et rien n'y faisait. C'était à croire que ce truc n'avait pas d'organes: à la profondeur à laquelle ils étaient allés, les organes auraient du être si bousculés qu'ils auraient eut du mal à fonctionner.

"Raphaël, couvre nous encore. Ferdinand, il est temps de voler, tu ne crois pas?"

Après un nouveau “Ha que oui!!” et un sourire avide, Ferdinand réduisit un peu son épée, la planta dans le sol et se mit devant elle, face au monstre, gardant sa main droite sur la poignée. Henry lui, profita du temps qu'il lui restait en vitesse augmentée pour reculer au maximum. Il courrait si vite qu'il disparut de leur champ de vision après quelques secondes. Raphaël retenait tant bien que mal les lianes qui fondaient sur eux, tandis que Ferdinand attendait sans sourciller. Quelques secondes plus, on entendit comme un sifflement qui se rapprochait. D'abord lointain, puis de plus en plus proche. C'était Henry qui revenait en trombe, courant à grandes foulées vers l'épée de Ferdinand. On aurait pu penser qu'il allait rentrer dedans, mais avec un timing parfait, la brute sauta, gardant son épée derrière lui, et plia ses jambes pour prendre appui sur le plat de sa lame. A ce moment de flottement, Henry arriva et, présentant ses jambes, il frappa le plat de l'épée avec ses pieds, formant une puissante dépression à l’extrémité de ceux-ci. Sa vitesse mêlée à la pression fut telle que l'énergie déployée catapulta Ferdinand à une vitesse fulgurante et à une hauteur suffisante pour qu'il soit plus haut que le monstre. Alors, le guerrier déploya sa capacité à une grande échelle: tenant son épée au dessus de sa tête, celle-ci se mit à grandir et grandir encore, prenant des proportions incroyables. Elle fut bientôt si grande que même sa largueur devait faire le double de la taille de son porteur. Une épée monstrueuse semblant flotter en l'air. Ferdinand, dans un hurlement bestial, fit basculer l'épée pour frapper le monstre, lui faisant décrire une demi cercle. C'était sûrement le passage le plus impressionnant: comment pouvait-on décemment faire bouger un truc pareil? Au moment où elle était perpendiculaire au sol, une sorte de balancier s’effectua, la faisant tomber vers le monstre tandis que Ferdinand remontait, accroché à la poignée. L'immense épée frappa sa cible avec force, au sommet de celle-ci. La taille de la lame était si imposante qu'elle couvrait sûrement le diamètre entier du monstre. Il se plia sur le coup, sa membrane tentant d'encaisser l'impact. Ferdinand poussa alors un second cri, semblant user de toute sa force pour continuer à faire descendre l'épée.

L'intensité de la lutte était impressionnante, poussant Ferdinand à user un peu plus d'une force qui n'était pas la sienne: forçant une ultime fois, on cru voir l'empreinte d'un démon entourer son corps, une vague ombre reprenant la forme de son corps, mais portant deux imposantes cornes. A ce moment là, l'épée trancha enfin la peau du monstre, déversant une quantité folle de sang noir. La lame trancha de bas en haut le monstre, avant de reprendre sa forme “habituelle”. Ferdinand, autour duquel on ne voyait plus cette ombre étrange, recula pour rejoindre ses amis. Il était couvert du sang du monstre, qui continuait à gicler et à se déverser dans l'herbe. A ce moment là, se soleil disparut derrière l'horizon, laissant la pénombre prendre peu à peu place.
Le guerrier était essoufflé, mais semblait en bonne santé. Henry lui mit la main sur l'épaule d'un air reconnaissant.


"Je sais ce que ça représente pour toi de faire ça, merci de nous avoir évité de gros ennuis."

Le grand gaillard fit mine d'avoir repris son souffle, comme si rien ne s'était passé et disait ne pas avoir fait grand chose. Cependant, alors qu'ils pensaient en avoir fini, l'immense ouverture créée par l'épée de Ferdinand se mit à produire un son étrange. Une sorte de gargouillis strident, un son difficilement identifiable, discernable. Puis, la réponse fut donnée: quelques bêtes sortirent par la bouche amochée du monstre ainsi que par sa plaie. Elles poussaient de petits cris aigus et stridents, très désagréables. Mais le bruit de fond que l'on entendait...Henry redoutait le pire. Les bêtes quadripèdes sortaient du cadavre de leur hôte, par dizaines au début, puis leur flot continu en dévoila un nombre ahurissant, toutes se déversant autour du monstre mort. Au bout de quelques minutes, il y en avait des centaines.
Sur les fesses, les trois amis n'en croyaient pas leurs yeux. Comment ce truc avait pu abriter autant de monstres? Le village pouvait bien tuer quelques bêtes, d'autres allaient venir encore et encore, comme le disait le père de Seth. Même pour l'armée de Ventus, cela ne serait pas tâche facile et il faudrait probablement envoyer plusieurs garnisons pour en venir à bout. Pour le moment, les monstres se contentaient de rester autour de la dépouille du plus gros, poussant leurs cris particuliers. Henry ne perdit pas cette occasion.


"Raphaël, Ferdinand, je vais essayer l'arcane que j'ai apprise à Aquaria il y a quelques mois. Si ces trucs rappliquent, vous allez devoir me couvrir. Nous en avons déjà parlé, je ne dois pas être déconcentré. Quand ça commencera, accrochez vous bien."

Le visage de Raphaël se raidit tandis que Ferdinand regardait Henry d'un air sérieux, expression qu'il n'employait pas souvent.

"T'es sûr? T'avais dit que c'était pas sans danger cette technique, même pour toi."

"C'est ça ou toute cette partie du pays va connaître des heures bien sombres. Je devrais y arriver, et plus rapidement que d'habitude vu qu'ils sont déjà assez proches."

Les deux combattants acquittèrent tandis que Henry s’asseyait en tailleur. Immédiatement, il ferma les yeux et commença à réciter son incantation. Raphaël et Ferdinand se placèrent devant lui, l'un à gauche l'autre à droite, prêts à en découdre. A ce moment là, l'une des bêtes poussa une longue plainte rauque, et toutes tournèrent leur tête hideuse vers les trois hommes. Elles s'élancèrent alors d'un même mouvement vers eux, montrant des intentions bien hostiles. Près de soixante dix mètres les séparaient, mais leurs foulées étaient longues et les monstres approchaient vite. Raphaël faisait sortir de terre des murs de ronces destinés à les ralentir, mais si certaines fonçaient lamentablement dedans, la plupart parvenaient à avancer. Ferdinand resserrait sa prise sur son épée à mesure que les monstres approchaient. Trente mètres...Vingt mètres...Quinze...

"...Et inimici proiciam in oblivione!"

Henry avait fini son incantation. Immédiatement, le ciel se couvrit. Ferdinand avait levé son épée, prêt à frapper les monstres qui approchaient dangeureusement maintenant. Plus que quelques mètres...Puis, une forte bourrasque arriva de derrière eux, un vent chaud et menaçant commençait à siffler au loin, violentant feuilles et branches. Ferdinand et Raphaël comprirent de suite. Le guerrier planta son épée profondément dans le sol et la fit grandir dans la terre afin d'en faire une prise sûre, tandis que Raphaël faisait sortir de terre de nombreux liens qu'il attache à ses pieds, chevilles puis jambes. Lorsque les premières bêtes bondirent pour arracher leurs têtes, Henry, toujours yeux fermés, prononça un seul mot:

"Pretium!"

A ce moment, un vent d'une puissance inouïe s'opposa aux bêtes. Celles qui étaient l'air furent projetées loin en arrière, tandis que les autres étaient repoussées, incapables d'avancer. Les bourraques fouettaient le dos des trois amis, qui s'étaient heureusement accrochés...Sauf Henry, qui semblait ne pas subir les effets de l'environnement qu'il était entrain de créer. Il était toujours assis, les yeux fermés, complètement concentré. Il était alors connecté avec précision à ce qu'il se passait autour de lui, il sentait la présence de chaque bête, leurs déplacements. Les bourrasques se mettaient peu à peu à tourbilloner, poussant les monstres à se regrouper dans un cercle de plus en plus réduit. Ils se montaient tous les uns sur les autres ou étaient projetés en l'air pour retomber sur leurs congénères. Bientôt, une tornade apparut dans la petite plaine, emportant branches, poussière et parfois des monstres pas assez gras pour ne pas être emportés. Ces derniers étaient expulsés au sommet de la tornade et retombaient lourdement sur le sol, se broyant les os à l'atterissage. La scène était spectaculaire: un amas de monstres forcés de s'entasser au milieu d'une tornade au diamètre assez conséquent d'une vingtaine de mètres. Puis, alors que ciel était devenu si noir qu'aucune lumière d'étoiles ou de lune ne filtrait, Henry prononça la sentence finale:

"Fulmina!!"

Là, le spectacle fut à la fois terrible et magnifique: des dizaines d'éclairs très consistants s'abattirent au centre de la tornade. L'électricité statique suivait le courant de la tornade, formant une sorte de figure lumineuse très élégante. Les éclairs continuaient à frapper les monstres avec force, mêlant les flammes aux volts. Le grondement du tonnerre était assourdissant et devait retentir à des kilomètres à la ronde, à la manière d'un final de feu d'artifice.
Raphaël et Ferdinand ouvraient des yeux ronds: jamais ils n'avaient vu telle puissance, telle maîtrise d'un élément. Henry ne leur avait jamais montré cette arcane, s'étant seulement entrainé seul afin d'être le plus concentré possible. Aussi, il n'avait pas exploré toutes les possibilités de sa technique. A mesure que les éclairs tombaient, ses deux sceaux se mirent à briller fortement, celui sur son dos d'une lueur mauve, l'autre, sur le coeur, d'une lueur turquoise. Puis, pour le grand final, un éclair titanesque s'abatit sur les monstres, prenant la forme d'une immense épée de foudre. Une version gigantesque de son sort Indignation, rendue possible par cette arcane dévastatrice.

Lorsque la puissance de l'éclair fut dissipée, le vent se clama peu à peu et le ciel se découvrit. Quelques secondes plus tard, le calme était revenu. Le monticule de cadavres était impressionant, autour duquel s'éparpillaient quelques autres tuées par la puissance de la tornade. Une fois le climat complètement rétabli, Henry ouvrit les yeux et sembla reprendre son souffle. Il inspira très longuement, produisant une sorte de râle comme si il peinait à aspirer de l'air. A la manière d'un asmathique, il echainait difficilement inspirations et expirations. Ses sceaux brillaient toujours, alors que le sort était finit. Pire, ils semblaient briller de plus en plus fort. Alors en nage, le jeune homme tomba en arrière, cloué au sol, les yeux écarquillés cherchant quelque chose. Ses deux compagnons arrivèrent sur lui, très inquiets. Les sceaux de Henry s'emballaient: le second devenait trop gourmand et aspirait le mana de son porteur par le biais de l'autre sceau, le faisant chauffer. Raphaël savait plus ou moins quoi faire dans ces cas là. Il fouilla les poches de Henry et en sortit un petit sachet de cuir ainsi qu'une pipe. Il fourra à la va-vite l'instrument le bois et l'alluma à l'aide d'une pierre à feu. Après avoir tiré quelques bouffées, il présenta l'en bout à son ami. Celui ci inspira de longues bouffées, ce qui eut pour effet immédiat de calmer sa respiration. D'un point de vue extérieur, un aurait dit un drogué un manque venant de prendre sa dose. Mais c'était là plus bien plus grave: alors que la lumière des sceaux diminuait, on pouvait voir le torse de Henry commencer à etre parcouru de veinules violettes ou noires. Là encore, Raphaël prit les devant.


"Il faut qu'on l'amène vite au village, il doit avoir quelques potions ou infusions dans son paquetage. Mais ne trainons surtout pas."

Ferdinand souleva son ami, puis ils se dirigèrent aussi vite qu'ils le pouvaient vers le village. Une fois entrés dans celui-ci, on aurait dit que tous les habitants s'étaient rassemblés sur la place centrale. Tous discutaient d'une manière énergique. Puis, lorsque les trois compagnons arrivèrent, tous se turent, les regardant en silence. Un silence assez pesant, il fallait l'avouer, d'autant que Ferdinand était couvert d'un sang noir, Raphaël transpirait et semblait avoir été enterré, puis déterré, et Henry semblait dans un sale état, torse nu, dans les bras de Ferdinand. Ils s'éfforcèrent de ne pas porter attention aux regards un peu perplexes des villageois et foncèrent vers la maison de Seth où ils avaient déposés leurs bardas. Alors que la foule se fendait sur leur passage, une vague rumeur recommença à s'élever, les villageois se mettant de nouveau à discuter à voix basse. Une fois entrés dans la maison de Seth, Ferdinand déposé son ami son sur canapé tandis que Raphaël fouillait dans les sacs de cuirs où se trouvaient les affaires de Henry. Il en sortit une fiole au contenu bleuté et se précipita vers le jeune homme. Seth arriva dans la pièce, le bras tenu par une écharpe. Il regardait les deux hommes s'agiter, leur ami étendu à moitié inconscient. Henry semblait tellement souffir qu'il lui était impossible de perdre connaissance. Seth se précipita à son tour à son chevet.

"Que s'est-il passé? Pourquoi est-il dans cet état là? C'est quoi ce truc sur son torse? Du poison??"

Raphaël tourna la tête vers lui et usa du ton le plus doux qu'il pouvait sortir à ce moment là, mais l'on sentait toute la tension émaner de sa voix.

"Plus tard Seth, nous t'expliquerons, là nous devons nous occuper de lui sans être dérangés."

Il ouvrit alors délicatement la fiole et la porta aux lèvres de Henry tandis que Ferdinand lui redressait la tête. Il versa son contenu dans la bouche du jeune homme qui l'avala difficilement. Si mal que la dernière gorgée passa de travers, ce qui le fit tousser et sembla lui causer une grande douleur. Ensuite, Ferdinand mit de l'eau a chauffer tandis que Raphaël fourrait une nouvelle pipe. Il la tendit à Seth.

"Fait lui fumer ça, ne perd pas de temps."

Raphaël prit soin de l'allumer, étant donné que Seth n'avait qu'un bras, puis ce dernier s'appliqua à la tâche sans discuter. Le mage s'attela alors à broyer quelques herbes différentes de celles qui allaient dans la pipe, puis une fois que l'eau fut chaude, Ferdinand y plongea un linge qu'il étala ensuite sur la table la plus proche. Raphaël y étala les herbes broyées puis plia le linge de moitié pour enfin l'étaler sur le torse de Henry. Entre temps, la pipe était finie et Seth regardait la scène, attendant patiemment. Ferdinand et Raphaël semblèrent se détendre enfin tandis que Henry parvenait à s'endormir. Les trois hommes restants quittèrent la pièce, laissant leur ami se reposer au coin du feu (bien qu'il ne fut pas nécessaire en temps normal, vu les températures clémentes). Dans la pièce voisine, Seth commença à parler.

"Nous avons vu des gros arcs de lumières au loin, nous avons de suite deviné que c'était vous. Tout le monde est sortit voir, malgré le danger. Ce gros éclair, à la fin, c'était assez...magnifique. En tout cas, ces gens dehors, je pense qu'ils vous traitent déjà en héros."

Ferdinand pouffa avec dédain et écarta un rideau pour voir la troupe de villageois toujours présents sur la place centrale, regardant la maison de Seth comme s'ils s'attendaient à voir Watos sortir en personne.

"Pff, ils fr'aient bien d'retourner chez eux ces mongoliens. Puis au moins, ils ont pas tari d'éloges quand on est arrivés."

"Excusez les, vous savez par ici on ne voit pas beaucoup de magie. Et le peu qu'on a vu...C'était bien vous, non, cet éclair? Pour des gens qui n'ont vu que très peu de magie, ou pas du tout, c'est très impressionnant."

Raphaël sourit et se posa sur une chaise. Il expira longuement, comme s'il évacuait une grosse dose de stress.

"Oui, c'est Henry qui a montré l'étendue de son pouvoir. Mais comme tu as pu le voir, ça n'est pas sans contre partie."

"Oui...va t-il s'en sortir?"

"Je pense que oui, il m'avait déjà entretenu de ce genre de cas et m'avait expliqué comment le soigner. C'est quelque chose qu'il vit au quotidien, qu'il a réussit à dompter...Mais je pense que l'arcane qu'il a utilisé tout à l'heure a complétement chamboulé son énergie interne."

Seth regarda Raphaël d'un air perplexe. Il ne semblait pas comprendre: si il semblait avoir vu un peu de magie lors de ses voyages en tant que mercenaire, sa connaissance semblait plutôt limitée. En même temps, le petit secret de Henry était quelque chose d'extrêmement rare, même dans le milieu de la magie. Raphaël éclaira ses lumières.

"Pour faire simple, un mage “normal”, comme moi, possède un catalyseur, un sceau, qui permet d'extérioriser son énergie magique."

Il souleva sa manche, découvrant un motif végétal très complexe recouvrir tout son avant bras gauche. Seth acquiesa, visiblement au courant de cela.

"Cependant, Henry est un cas particulier. A ce qu'il nous a dit, une personne mal intentionnée a voulu faire une petite expérience sur lui en forçant son corps à accepter un second catalyseur. Cela augmente sa puissance, mais c'est...contre nature, en quelque sorte. Le second sceau aspire son énergie magique pour la stocker, en soit c'est une bonne chose car il dispose d'une grosse quantité d'énergie. Mais si il ne régule pas ce flux, le sceau aspire son énergie magique à une vitesse ahurissante, puis s'en prend à son énergie vitale: c'est là qu'il prend l'apparence que tu as vu tout à l'heure. Avec le temps et l'aide d'une personne bien renseignée, il a réussi a réguler son flux d'énergie et à équilibrer la relation entre les deux sceaux et sa propre énergie. Mais le sort qu'il a utilisé tout à l'heure est tellement compliqué à mettre en oeuvre et dû tellement solliciter son second sceau qu'il a déraillé, pour dire les choses simplement. En fait, imagine qu'une sorte de lien relie ses sceaux et que par ce lien, l'énergie transite. Il doit trouver un équilibre parfait pour que ni l'un l'autre ne tire trop fort car si c'est le cas, le lien devient instable et fait n'importe quoi...Un peu à la manière d'un courant électrique. Cependant, cela lui demande une attention constante. Voilà, tu sais à peut près tout, mais nous comptons sur ta discrétion: c'est quelque chose que Henry préfère garder secret."

Seth acquièsa de nouveau, il comprenait bien l'enjeu d'un tel pouvoir et la volonté de son porteur de le garder secret. Voyant l'état de fatigue des deux combattants, il leur présenta une chambre où se trouvaient deux lits afin qu'ils puissent se reposer. Il sortit ensuit afin de renvoyer les gens qui attendaient chez eux: ils auraient pu attendre toute la nuit, sinon.


Le lendemain, si Ferdinand et Raphaël semblaient avoir récupéré, Henry était toujours cloué au canapé. Les marques sur son torses étaient parties, ne laissant que l'empreinte turquoise de son sceau, ce qui était bon signe. Pas plus de changement un jour plus tard. Ce n'est qu'au bout du troisième jour qu'il revint à lui, avec un tête à faire pâlir de jalousie un mort vivant. Ferdinand ne put s'empêcher de se moquer, lui lâchant une petite boutade dont il avait le secret. Henry esquissa un sourire.


"Toujours aussi drôle mon bon Ferdinand...Combien de temps ai-je dormi?"

Raphaël, en guise de “bienvenue”, lui tendit une pipe toute prête.

"Trois jours entiers, tu as bien forcé ce coup-ci."

Henry saisit volontiers la pipe, l'alluma et regarda son torse.

"On dirait bien, oui...Visiblement ça va mieux, je sais que je peux vous faire confiance même dans ce genre de situations. Merci en tout cas, seul je serais mort."

Ses deux amis répondirent par un sourire alors que Seth arrivait. Il semblait heureux de voir Henry sur pied et lui tendit deux béquilles.

"Désolé de vous prendre au saut du lit, belle au bois dormant, mais du monde souhaiterai vous remercier, tous les trois."

S'aidant des béquilles, Henry suivit Seth, accompagné de Ferdinand et Raphaël. Lorsque le jeune mercenaire poussa la porte de sa maison, une grande clameur retentit. Les habitants du village s'étaient tous rassemblés et acclamaient leurs héros du moment. Des derniers, un peu gênés, acceptaient cette reconnaissance avec plaisir. Bien que les remerciements n'étaient pas leur fort, ils aimaient ces moments où ils se rendaient compte de l'importance de leurs actes. Ils avaient pris du plaisir à se battre ensembles, avaient eu la satisfaction de venir à bout d'un adversaire aussi coriace et étaient maintenant récompensés par la gratitude des habitants libérés du joug de la peur. Beaucoup tinrent à leur serrer chaleureusement la main, promettant de diffuser leur histoire autour d'eux, à leurs enfants et à quiconque voudrait bien l'entendre. Ils étaient leurs sauveurs, les héros de tout un village qui avait renoncé à attendre l'aide de leur nation. Les trois combattants leurs précisèrent cependant une chose: eux-même étaient l'expression de leur nation, de Ventus, des valeurs qu'il devait porter. Si certaines autorités n'étaient au top ces temps-ci, ils ne devaient pas perdre la foi en leur pays. Une sorte de serment patriotique qui clôturait en beauté une aventure aussi dangereuse que palpitante.

Une semaine plus tard, quand Henry fut à nouveau en état de voyager, les trois héros reprirent la route à la recherche d'autres personnes à aider. Alors qu'ils montaient leur chevaux, à la sortie du village, beaucoup tinrent à être là pour les voir partir. On leur offrit des vivres et des tissus neufs pour leur voyage. Après maints et maints remerciements de chaque côté, Seth leur fit ses adieux, le bras toujours en écharpe.


"Nous ne vous remercierons jamais assez. Vos actions résonneront bien après notre mort à tous, comme celles des Anges qui aidèrent jadis les hommes à s'élever. Sachez que pour nous, vous n'êtes pas la “Triade de Ventus”, mais “Les Trois Anges”, qui apportent paix et bénédiction sur leur passage. Merci infiniment, Anges!"

Il fut suivit par toutes les personnes présentes, qui tonnèrent en cœur “Merci, Anges!”. Une attention particulière qui alla droit au coeur des trois amis: on avait beau être modestes, être ainsi comparés aux légendaires Anges provoquait une chaude sensation quelque part dans la poitrine. Mais ils avaient encore un long chemin à parcourir avant de mériter tel titre. Si ils avaient apporté la paix au village, ils n'avaient pas tout arrangé, en commençant par la relation de Seth avec son père...Mais il était des choses que même les plus grands héros ne pouvaient arranger et c'était ces même choses qui les causaient bien souvent à leur perte: amour et haine, deux sentiments à la fois proches et opposés que même le plus habile des mages ne put dompter.
Mais, s'éloignant ainsi du village, Henry, Ferdinand et Raphaël étaient animés d'un sentiment de satisfaction très agréable. Après un repos bien mérité, ils se dirigeaient certainement vers une nouvelle épreuve...


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Mar 29 Jan - 14:41
Souvenirs consignés



Dans une haute tour de pierre d'Omnia, le jeune Henry Artins savourait les chaleurs nocturnes d'un été clément. Toutes fenêtres ouvertes, il laissait la brise du soir faire glisser la fumée de sa pipe sur son visage. A la lumière de quelques chandelles, il plissait ses yeux écarlates sur un bout de parchemin. Une plume à la main, dont il trempa le bout dans un encrier, il se mit à écrire, guidé par l'inspiration tardive.



Il m'est un souvenir cher que je n'oublierai pour rien au monde. Il n'est pas des plus confortable, et j'y abandonna quelques plumes. Les muses guident ma main ce soir afin d'immortaliser ce moment si fort. J'étais alors jeune, et nous avions quitté l'armée depuis peu avec Ferdinand et Raphaël. Deux compagnons dont beaucoup pourraient envier la fidélité et le courage. Je leur dois la vie, plusieurs fois, et les fois où je les arracha à une mort certaine ne suffisent pas à payer ma dette. Ils ne m'apportèrent pas seulement la vie, je reçus d'eux des éléments qui forgèrent la personne que je suis aujourd'hui. L'un de ces bienfaits me fut acquis par la sueur, le stress et le sang.

C'était une belle soirée d'un été comme celui-ci. Le jour déclinait lentement alors que nous chevauchions vers les terres désertiques du sud. La végétation sèche posée sur ce sol aride nous montais à la tête comme l'herbe à pipe que nous fumions: nous nous pensions tels ces héros anciens chevauchant sur ces plaines infertiles, traquant viles créatures et brigands. Alors que nous discutions de l'avenir de notre nation, du rôle que nous aimerions y jouer, une idée nous vint d'un constat d'expérience. Malgré la réputation de Ventus pour être la nation du mérite, nous trouvions les officiers de l'armée trop mous, décadents dans leur paresse héritée des longues années de paix. L'on pourrait considérer cela comme un bienfait, mais l'ombre des autres pays nous guettait, et nous guette, comme le loup guette l'agneau. Il fallait y remédier.
L'idée était simple: un entrainement plus rigoureux, plus complet, afin de préparer les officiers aux pires scénarios. Le meilleur moyen pour nous de vérifier nos hypothèses était d'expérimenter la chose. Il fallait allier la pratique martiale, naturelle pour tout soldat, à l'exercice de l'intellect ainsi que la maîtrise de soi. Un bon officier, selon nous, est un homme quasi infaillible, pouvant mener ses hommes en toutes circonstances.

Le lendemain même, nous attendîmes le zénith, le moment où le soleil est le plus chaud. Et Albion sait qu'il brûle chaque parcelle de peau soumise à ses rayons, en ces régions du sud. Nous avions imaginé ce fameux entrainement, opposant deux personnes. L'une d'elle était cible, jouant nos troupes, l'autre jouait les troupes ennemies. Mais les deux apprenaient, ce qui faisait une des premières forces de cette pratique. Ce coup-ci, j'étais cible, et Ferdinand allait être mon bourreau. Que dire de lui...Sa force n'a d'égal que sa bonté, et son charisme le promettait à de grandes charges. J'appris de lui autant que lui apprit de moi, et bien que ce fut pour mon bien, je frissonne encore au souvenir de ce qu'il me fit endurer ce jour là. J'imagine que le même sentiment le prend à mon égard, mais se retrouver seul face à cet homme est une chose que je ne souhaite à personne.
Nous nous faisions donc face. Raphaël tenait le rôle d'arbitre, au cas où, mais aurait un rôle plus direct par la suite. Nous étions légèrement vêtis, et nos corps suaient avant même de commencer l'effort. Nous portions tous deux de longs et robustes bâtons en guise d'arme. J'appréhendais réellement: je savais Ferdinand bien supérieur à moi en combat rapproché, et seule ma magie pouvait me sauver de ses assauts. Mais à cette époque, je ne maîtrisais pas mon pouvoir comme aujourd'hui...Raphaël donnait brusquement le signal de début des hostilités.

Ferdinand fondit sur moi de toute sa vitesse et m'assénait un coup vertical. Je le parais et sentais qu'il retenait sa force: à pleine puissance, nos bâtons se briseraient. Ma parade, aussi efficace fut-elle, ne me prévint pas du coup de pied qui me faucha les deux chevilles avec une aisance révoltante. Je tombais au sol pour recevoir une sanction immédiate et bien méritée: un autre coup de pied au visage qui fit jaillir le sang de mon nez. Sonné, je me relevai tant bien que mal tandis que Ferdinand me toisait, le regard courroucé. Je m'étais trompé. Il ne se retenait en aucune façon. Je soutenais son regard avec animosité, car son coup avait quelque peu réveillé le tigre sommeillant dans les tripes de chacun. Nous aurions pu trancher la tension avec nos bâtons, nos corps tremblaient d'excitation et d'adrénaline. Ferdinand fonça à nouveau sur moi. J'étais mieux préparé. Je le tenais à distance d'un coup d'estoc puis enchainai d'un coup de bas en haut visant son menton. Il m'esquiva sans surprise mais je laissai mon bâton poursuivre sa course et le faisant tournoyer à plusieurs reprise, je parvins à toucher la tempe de mon cher ami. C'était un véritable lion, une bête sauvage dont la force augmente à chaque coup reçu. Il me regardait avec un regard sanguinaire, et sourit de la même manière effrayante. Je l'avais déjà vu dans cet état à mon encontre, je savais à quoi m'en tenir, et c'est ce qui me faisais peur. Bien que nos liens étaient très forts, je le savais capable de tout. Il m'aurait envoyé au tapis pour plusieurs jours s'il le fallait.
Il se remit en garde et fonça de nouveau. Après maints coups échangés, il ne prit plus garde à sa force et nos bâtons se brisèrent en deux lors d'un impact trop appuyé. Nous nous séparâmes quelques secondes, reprenant notre souffle. La chaleur nous accablait, et nous suions maintenant à grosses gouttes. Mais peu importait: seul l'adversaire comptait.

La première phase de l'entrainement était terminée. Nous nous étions affrontés selon nos compétences martiales, il fallait maintenant introduire le second volet, celui de l'intellect et des émotions. Je préparai une arcane me permettant d'accroître ma mobilité, puis une autre pour renforcer mes coups. J'étais prêt, mais pas assez pour Ferdinand. Personne n'étais prêt pour lui faire face, surtout lors d'un combat à main nues. Je ne puis révéler ses secrets si facilement, mais de toute ma vie, je n'ai rencontré de personne le surpassant en force brute. Et ce n'était pas son seul atout, son passé tourmenté lui avait appris à se battre avec une férocité sans égal.
Qu'à cela ne tienne, nous nous élancions. Malgré toute ma vitesse et ma technique, je ne tins pas deux minutes en face à face. Il m'asséna un coup formidable au ventre qui me coupa le souffle. Je tombai à genoux, tentant de respirer, tandis qu'il retenait avec peine un coup de pied pour m'achever. Il se détourna de moi, et je le vis tourner en rond frénétiquement, se mordant un doigt jusqu'au sang. La violence qui l'habitait lui tourmentait l'esprit comme personne. Seule sa lucidité lui permettait de ne pas perdre les pédales. Raphaël se tenait prêt à intervenir, mais je savais que je méritais mon châtiment. Je me sentais faible, inutile. Il me hurla alors des paroles que je n'oublierai jamais.

"Imbécile!! Tu crois qu'on t'épargnera sur un champ de bataille?? S'tu tiens à devenir une de ces merdes qui nous dirigent, t'es sur la bonne voie!! Alors, quoi? C'est ça, Henry Artins, la p'tite sous merde qui veut tuer le chef des armées son-enfoiré-de-grand-père? Tu crois qu'il arrivé là haut en se tenant à genou comme tu l'fais? Ami ou pas, laisse moi t'dire une chose mon gars, pour l'heure, t'es rien! Rien, t'entends?! Un putain d'bon à rien! Allez! Tu crois qu'ton père a laissé sa vie pour toi, pour qu'tu t'tiennes à genoux comme ça?"

Il agrémenta sa réplique d'un crachat de dégoût. Ce n'étais pas tant le ton qu'il utilisa qui me marqua, ni sa salive atterrissant juste devant moi. Il avait touché une de mes cordes sensibles, à savoir mon père. Et je savais qu'il l'avait fait exprès. Cela me mit hors de moi. Je ne m'étais qu'une seule fois senti aussi en colère, et cela ne ravivait pas en moi de doux souvenirs. Et, avec le recul, ce qui me blessa par dessus tout, c'est qu'il avait raison. Je n'étais pas un soldat. Je n'étais qu'un favorisé effrayé de sa propre force, qui se cachait derrière les mots et les pensées pour paraître fort. J'étais certes, déjà à l'époque, fin tacticien, mais j'avais la preuve formelle que mes capacités pouvaient être améliorées.
Je poussais alors un cri rageur en me redressant, regardant Ferdinand droit dans les yeux, avec toute ma hargne. Il me répondit d'un de ses larges sourires déments, et se remit en garde. Je ne me retenais plus. J'usais de toute ma puissance, qu'importe les conséquences sur ma santé. J'usais de mon "extension" afin d'augmenter considérablement la puissance de mes arcanes. Cette puissance, aussi dangereuse soit-elle, est formidable. Je soulevais la poussière autour de moi alors que mes mouvements devenaient presque indiscernables. J'usais de la pression de l'air pour asséner de lourds coups à Ferdinand, qui devait augmenter le rythme.

La phase suivante pouvait commencer: la mise en situation. Alors que j'attaquais Ferdinand, celui me surprit par une vitesse insoupçonnée, me saisit à la gorge et me projeta au sol. Le coup était terrible, et me laissa un hématome pendant plusieurs semaines. Bien que désarçonné, je me relevai pour parer ses coups incessants. Il me dressa alors le tableau du jour, notre première situation imaginée: je me trouvais assailli par des forces ennemies supérieures en nombre. Elles enfonçaient mes lignes et mes troupes se désorganisaient. J'attendais des renforts de Terra, devant arriver d'une minute à l'autre.
La situation a beau être assez sommaire, il est très difficile d'y réfléchir clairement sous les assauts de quelqu'un qui plus est ceux de Ferdinand. La chaleur me tapait sur la nuque, et les émotions soulevées par mon ami ne me laissaient pas les idées claires. Je devais pourtant réfléchir au mieux...Mais je fis une erreur. Devant mon incapacité à faire face à Ferdinand seul, j'attendis l'arrivée de ces renforts, joués par Raphaël. Je vis ce dernier s'avancer et alors que j'usais de mes forces pour repousser Ferdinand de concert avec mes renforts, je me retrouvai dans une situation pire encore. Je lançai un poing rageur vers mon adversaire mais une racine sortant du sol m'attrapa le poignet tandis qu'une autre me tira en arrière et me fit rouler par terre. En me redressant, je regardais Raphaël, étonné. Ce n'était pas ce qui était prévu.

Je n'eus pourtant pas le temps de m'attarder sur ma réflexion car tous deux fonçaient sur moi. Ferdinand me criait: "Tu crois qu'tout l'monde est aussi loyal que toi?! Pourquoi attendre de l'aide des autres quand t'es assez grand pour t'en sortir seul??" et Raphaël restait silencieux, affichant sa détermination. J'étais mal en point, fatigué, et en infériorité numérique. En situation réelle, mon erreur aurait coûté très cher tant à mes hommes qu'à moi. J'étais désormais seul face à moi même, et devais m'en sortir seul. J'appris alors quelque chose de fondamental pour tout bon leader. Si je dois me vider de tout mon sang pour remporter une bataille, ou au moins permettre à mes hommes de se retirer sans casse, je dois le faire. Sur un champ de bataille, ma vie avait la même valeur que le soldat à côté de moi. Nous naissons et mourrons de la même manière. La détermination des troupes n'était que le reflet de ma propre détermination, et montrer un imbécile se débattre dans la poussière le nez cassé n'avait rien de galvanisant. Mais si je me battais avec ardeur et complétude, mes hommes m'épauleraient jusque dans la mort. Les batailles étaient aussi gagnées par des sentiments primaires comme l'orgueil, ou d'autres plus nobles comme le courage que l'on sortait du plus profond de nos tripes.

D'ailleurs, je ressentis ce sursaut d'orgueil, avec tant d'effarement que de plaisir. Cela raviva en moi des émotions que je ne soupçonnais pas. Alors que mes deux assaillants me mettaient à mal, je les repoussa chacun d'un coup puissant usant de toute ma puissance magique. Ils reculèrent de plusieurs mètres, visiblement surpris. Soufflant comme un buffle, je les fixais avec détermination. Sans attendre, je me fondais sur Raphaël de toute ma vitesse et le saisissant au col, je le repoussais au loin avant de lever des vents violents autour de lui afin de l'empêcher de nous rejoindre. La poussière l'empêchait aussi de nous voir, il ne pouvait plus prendre part au combat. Face à Ferdinand, je comptais bien lui rendre les coups qu'il m'avait porté. Je fonçais sur lui avec ardeur et frappait de toute ma force, physique et magique. Je ne comptais pas sur le fait de l'épuiser: alors que mes poumons brûlaient, il ne semblait pas essoufflé outre mesure. Il parait mes coups, avec difficulté, mais aucun n'atteignaient leur but. Puis, j'aperçus une ouverture. Tout combattant à ses failles, et lors d'un combat prolongé, même les plus habiles commettaient des erreurs. Alors qu'il ouvrit légèrement sa garde basse, je lui rendis son coup à l'estomac, ce qui le plia en deux. Il grogna et me frappa aux côtes, m'en fêlant deux au passage. Je frappais une nouvelle fois son estomac, profitant qu'il fut encore penché. Je sentis ses côtes basses se plier à l'impact ce qui, même pour lui, était douloureux.
Je le saisi à mon tour à la gorge et usant de l'adrénaline, je le soulevai puis le plaqua fortement au sol, créant une forte zone de pression au dessus de lui pour l'empêcher de se relever. Je m'écroulai alors en arrière, les bras étendus, exténué. Mon corps était meurtri et mon esprit affaibli, mais je me savais plus grand. Mes sorts cessèrent, et Raphaël fonça sur nous afin de nous prodiguer quelques soins. Autant dire que nous ne nous étions pas ratés! Mais le jeu en valait la chandelle et nous allions améliorer notre petit exercice au fil du temps. Je n'en voulais pas à Ferdinand, comme il ne m'en voulait pas, mais nous restions tranquilles pendant quelques jours, car nous avions donné le maximum pour finir au tapis.

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