Kelen Ferghin, pile et face? [TERMINE]



 

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Kelen Ferghin, pile et face? [TERMINE]

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Messages : 38
Age : 19
Métier : Etudiant
Humeur : Possessive
Points Histoire : 22
Mar 21 Jan - 20:46
IdentitéNom: Ferghin
Prénom(s): Kelen Rhys Avel
Titre: Cor Unum
Âge: 19 ans
Genre: Homme
Nature:   Magicien
Affinité: Terre
Pays: Ventus
Métier: Etudiant en deuxième année à Mihailov (Spécialité Magie/Langue Ancienne/Technomagie)
Langues: Langue Courante écrite, lue et parlée. Langue Ancienne (parlée et écrite) en apprentissage
Thème: Whispers in the Dark, Skillet


Caractère et Morale La religion d’Ehol croit au fait que l’être humain passe sa vie à chercher la deuxième moitié de sa personne, et qu’il ne peut atteindre le bonheur qu’en la trouvant. Sur ce point, ils n’ont pas tort. En revanche, ils se fourvoient en croyant que seule une épouse peut remplir ce rôle. Si je l’osais, je dirais que c’est même d’une stupidité sans borne. Comment une personne qui n’est pas liée à soi par le sang, la chair, les os et l’âme peut compléter une personne si totalement ?

Je pourrais très probablement philosopher sur cette notion pendant des heures, parfois même sans que vous vous en rendiez compte. Mais il y a une personne, et une seule, à qui je n’ai pas besoin de l’expliquer. Mon âme-sœur, en somme. J’ai lu un jour dans une des plus mauvaises pièces de notre père que l’on était prêt à tout pour l’amour de sa vie. Ses qualités d’écriture intrinsèques étaient ridicules, mais les idées, en revanche… Je mentirais pour elle et l’ai déjà fait. Je volerais pour elle. Je tromperais pour elle. Pour elle, je crois que je mourrais et que je tuerais, mes parents, mon Conseil ou même le reste du monde. Je n’ai pas besoin d’y réfléchir. Elle est mon univers. Sans elle, je ne suis rien, et j’en suis cruellement conscient. Et je crois… je crois que si un jour elle venait à me quitter, je pourrais la tuer aussi. Mais je ne crois pas avoir besoin de m’en faire pour ça.

A côté d’elle, il y a les autres. Certains ont mon respect, pour leurs qualités et d’autres ne reçoivent que mon indifférence. Même si peu parviennent à faire la part des choses entre mes critiques éclairées et mon silence. Je sais n’être qu’un chercheur en devenir, et non un homme d’action, et mes débats les plus enflammés se déroulent contre moi-même, dans le secret de mon esprit. Et ils peuvent être longs. Je suis capable d’avoir l’air de m’endormir absolument n’importe où, perdu dans des pensées parfois sans queue ni tête. Et dont je ne fais part qu’à elle ou, à défaut, à mes livres de cours. Et rien, ni le sommeil, ni la faim, ni l’hygiène la plus élémentaire, ne peuvent me détourner de mes recherches, une fois entamées.

A part mon inquiétude. Ma jalousie. Les sangs que je me ronge en essayant d’imaginer où elle est et ce qu’elle peut faire. Ce feu dévorant n’a d’équivalent que mon obstination. Après tout, je n’ai pas survécu à Mihailov en vivant d’amour et d’eau fraîche. Mon esprit n’est peut-être ni le plus brillant, ni le plus rapide, mais il est profond et tortueux, et ma détermination à être le meilleur magicien possible pour la protéger me pousse à travailler d’arrache-pied et sans relâche. Détente et oisiveté ont été bannies de mon vocabulaire depuis que je suis devenu Magicien à part entière, et plus encore depuis que nous avons formé notre Pacte.

De l’extérieur, Kelen a tout du jeune Maître arrogant, dans son attitude, comme dans la façon dont il traite les autres. Il s’attend à ce que certaines choses soient exécutées pour lui, et ses paroles froides et concises, semblant parfois absurdes, ne savent ni réconforter ni réprimander.


PhysiqueUn bruit sourd, un froissement de tissu, une cavalcade pataude. Puis la porte s’ouvre. A contre-jour, la longue silhouette bloque la lumière, dans le cadre de bois. Le battant s’écarte plus largement, l’homme danse d’un pied sur l’autre, se décale, ouvre son antre. Il n’est vêtu que d’une serviette enroulée autour de sa taille, laissant voir ses jambes noueuses lourdement tatouées sur toute leur étendue, jusqu’à son abdomen musclé. Ses hanches, comme ses épaules, sont étroites ; ses membres longilignes et secs. Son visage est dissimulé sous une barbe broussailleuse d’un roux foncé, ses prunelles émeraude perdues dans le fouillis désordonné de sa tignasse abondamment bouclée. Il est trop grand pour qu’il soit confortable de tenter de fixer son regard indifférent, presque vide, comme si son intelligence et ses compétences n’étaient qu’une vague rumeur et qu’il s’agissait en réalité de quelque ermite ignare. Quelques mots sont échangés, ou plutôt lancés, probablement reçus, alors qu’il se penche d’un mouvement fluide pour récupérer une large serviette sur le sol. Le visiteur importun s’éclipse avant d’assister à un nouvel exemple du sans-gêne du rouquin.


Un temps indéterminé plus tard, comme si cela n’avait aucune importance de savoir que quelqu’un l’attendait, il émerge enfin, vêtu de pied en cap, ses boucles serrées humides dégoulinant le long de son dos jusqu’à ses omoplates. De hautes bottes de cuir huilé enserrent ses mollets et des braies sombres. Une chemise fluide d’un vert tendre achève le tableau, resserrée à la taille par une large ceinture, de cuir brut également, qui accueille un petit carnet et un nécessaire d’écriture. Son visage ciselé apparaît enfin, débarrassé de la pilosité hirsute qui apparaissait régulièrement, à mesure qu’il se perdait dans ses études. Une large cicatrice déparant ses traits attire l’attention du visiteur. Il rassemble son courage pour « briser la glace ». Kelen lui paraît parfois aussi immuable et inamovible que la pierre avec laquelle il possède une affinité réelle.

Mais soudain, ses lèvres s’étirent en un sourire qui fait apparaître une étrange fossette sur ses joues creuses. Ses yeux se plissent et pétillent, son pas nonchalant s’allonge et sa voix glacée s’écoule avec fluidité, moins de précision, plus de passion. Le visiteur secoue la tête en voyant les longs doigts fins caresser doucement, avec une tendresse débordante, la pommette de la jeune femme qu’ils viennent de croiser. Un soupir lui échappe : « Maudits jeunes amoureux… »

Il passe son chemin en ralentissant la cadence de ses jambes puissantes, jusqu’à entendre les bottes qui le rattrapent, finalement. Ils s’installent dans l’amphithéâtre, et il voit sous ses yeux ébahis un nouveau changement s’opérer, alors que le cours de Langue Ancienne débute. Les longs cheveux d’un roux flamboyant, qui s’obscurcit sur les pointes, sont attachés en un catogan lâche, et la concentration d’un chien de chasse sur une piste alléchante semble s’emparer de Kelen. Il le savait, rien ne pourrait le détourner des paroles de leur professeur, désormais, quelles que puissent être les pensées qui défilaient derrière les yeux de jade.


Compétences généralesL’intelligence, comme la magie, semble-t-il, est partiellement définie par la génétique. La scolarité d’un parent à Mihailov signifiait-elle pour autant que la mienne était toute tracée ? Bien sûr, diraient les ignorants. Mais ceux qui connaissent Ventus affirmeraient que non, et auraient bien raison. Je ne me considère pas comme un génie, mais j’imagine que je n’ai pas volé ma place d’Elite. En revanche, je n’ai que peu d’intérêt et de compétence pour la stratégie, la planification ou la logistique. Et on me dit souvent que je manque de bon sens…

En revanche, je n’ai aucun besoin de me comparer à qui que ce soit en termes de concentration. Qu’il s’agisse d’une possibilité offerte par mon affinité terrestre, ou simplement un inconvénient né de ma nature indifférente, il est malgré tout bien complexe de me détourner une fois que mon attention est fixée sur quelque chose, qu’il s’agisse d’un apprentissage, d’un sort ou d’une décision.

De par l’éducation de nous avons reçue, également, je possède une certaine sensibilité et un penchant naturel pour la critique théâtrale et la finesse du jeu des comédiens. Les planches, les costumes et les textes, dramatiques ou comiques, font partie intégrante de ma vie depuis mon plus jeune âge et j’ai accumulé une connaissance étendue de ces domaines, quelles que puissent être mes compétences en la matière, en revanche.

Pour le reste… Mes compétences martiales ne valent pas celles de Killiane, je le sais bien. Mais suis cependant capable de me défendre honorablement au bâton, m’appuyant sur mon allonge. Quoique mes compétences magiques compensent fort probablement certaines de mes maladresses, et mon endurance me sert plus que l’inverse, de même que ma finesse (d’esprit également, mais cela allait sans dire).

 
*Équipement, objets divers : Outre ses carnets de cours, son nécessaire d’écriture ou ses vêtements, Kelen possède un bâton ferré adapté à sa taille, une chevalière familiale passée à son pouce droit, marquée du blason et de ses initiales, ainsi que son trésor le plus précieux, une large bague d’argent passée à son majeur gauche, ornée d’une opale noire pailletée de vert, qui lui a été offerte par Killiane.

 
Sorts :  

  • Sables mouvants : (Rang D)
    « Poussière, âme de la roche, délite-toi. »
    Il s’agit d’un sort qui peut se réaliser en intérieur, mais qui ne se fait pas sans dégât. Ce n’est pas un sort offensif, mais il permet de faire virtuellement « disparaître » une roche (ou un joyau, d’ailleurs, tout ce qui s’assimile à la pierre au sens large). En réalité, elle est simplement fractionnée en morceaux plus ou moins petits suivant la concentration et la force infusées. Très utile pour faire trébucher ses adversaires, au demeurant…
  • Peau de pierre : (Rang C)
    « Poussière de roche, terre de mes ancêtres, élève-toi et accorde-moi ta protection. »
    Ce sort fonctionne ne demande que peu de concentration, même s'il ralentit considérablement la vitesse du récipiendaire. Le lanceur modèle les particules de terre et de roche pour s’enrouler autour du corps de la personne et le protéger des armes physiques et sorts basiques.
  • Golem de glaise : (Rang C+)
    « Colère de la terre au cœur de pierre, lève-toi et marche selon le fil tissé par tes enfants. » [En langue Ancienne]
    Comme pour la plupart de ses sorts, celui-ci nécessite un grand apport de mana, ainsi qu’une concentration à toute épreuve. Terre et pierres se rassemblent et s’animent (comme par magie) selon la volonté du créateur. Chaque mouvement doit être dirigé par le mage, car le golem n’a ni intelligence ni volonté propre, et le corps du thaumaturge est donc vulnérable. Cependant, la force du golem et sa taille sont proportionnelles à la force infusée et à la concentration du thaumaturge.
  • Pont de pierre : (Rang C+)
    « Pierre séculaire, terre nourricière, porte tes enfants sur ton dos et emmène-les par-delà les obstacles. » [En langue Ancienne]
    Ce sort nécessite une grande concentration, maîtrise et énergie. En revanche, il porte assez bien son nom et est assez simple à concevoir. Il permet de créer des ponts et autres passerelles suspendues à la seule force d’esprit du jeteur de sort. Plus la concentration est grande, plus il sera long et solide, et il peut même être ouvragé, suivant la façon dont l'esprit du jeteur de sort le conçoit.
  • Tombeau : (Rang C)
    "Roche ancestrale, enferme mon ennemi dans ton étreinte inexpugnable, et étouffe-le contre ton sein de pierre immortelle." [En langue Ancienne]
    Grâce à ce sort, le thaumaturge crée autour de sa cible une boîte de pierre, dont les murs se rapprochent jusqu'à écraser la victime. La concentration du magicien doit être absolue pour que l'invocation ne dure pas plus que le temps imparti. L'énergie consommée est effectivement grande, et ce sort est esquivable, car la mise en place ne se fait pas exactement en un claquement de doigts.
    (Sort supplémentaire dû à Mihailov)


[Les niveaux des sorts sont indicatifs, dans la mesure où il ne s’agit pas de sorts offensifs.]


Influence et Relations :
Rhys Ferghin – 49 ans – Dramaturge et Comédien – Humain – Affinité : Terre – Puissance : Rang E – Influence : Rang C

Enfant d’une famille aristocratique modérément influente, Rhys a vécu une enfance poussée par les règles strictes de ses parents. Issu d’une des écoles d’élite de Ventus, bien que pas la meilleure, il est parvenu à gravir les échelons et à faire reconnaître son travail, d’abord en tant que comédien, puis metteur en scène, et enfin dramaturge. Il dirige sa propre Troupe, les Idylliques Zéphyrs, qui est parmi les plus prisées de l’élite. Il n’a jamais ressenti le désir de pactiser avec sa femme. C’est un homme extrêmement exigeant, avec lui et les autres, et qui n’hésite pas à faire passer ses pensées par des mots choisis. Il aime sa femme d’une étrange façon, et ses enfants encore plus curieusement. A croire que les artistes sont bel et bien des incompris…

Abigail Ferghin (ex-Brea) – 43 ans – Ingénieure en Technomagie pour l’Armée – Magicienne – Affinité : Eau – Puissance : Rang B – Influence : Rang : C+

Née dans une famille modeste, Abigail Brea a toujours possédé une ambition dévorante et un désir de s’élever, par le mérite, le travail et les compétences, au-dessus de ce que ses parents avaient pu lui offrir en termes de confort matériel et d’émulation spirituelle. Son intégration dans la prestigieuse école de Mihailov, n’est que le premier barreau de l’échelle qui l’emmènerait, si possible, au plus près du pouvoir. Ses compétences magiques et sa curiosité naturelle, ainsi que les exigences de la technique la poussent vers la technomagie. Brillante ingénieure, elle s’est plongée corps et âme dans ses recherches. Elle n’a jamais proposé de Pacte à son époux pour conserver l’entièreté de ses capacités magiques. C’est une femme froide et extrêmement terre-à-terre, parfois étouffante et qui n’a pas perdu une once de son ambition démesurée.


Histoire
Une naissance, deux cœurs, deux corps, deux esprits et deux destins, pourtant intimement liés, pourtant déjà enlacés. C’est à cela que je songe alors que je suis étendu là, les bras serrés autour de la deuxième moitié de mon âme, celle dont je ne saurais être séparé, cette sœur qui a partagé tous mes instants de doute et toutes mes joies. Les premières différences entre nous sont apparues tôt, très tôt. Trop tôt. Faux jumeaux, disaient-ils. Mais ils n’avaient rien compris. Ce lien tissé entre nous est inexplicable, et pourtant tangible. Il est l’air dans mes poumons, le sol sous mes pieds, l’eau qui me fait vivre et le feu qui m’anime. Je ne suis pas poète, mais pour elle je le deviendrais… Si elle me le demandait.

Il est très simple, je l’ai appris depuis, de déterminer si un enfant est né Mage ou non. Procédure régulièrement effectuée, sur laquelle reposaient les attentes de nos deux parents. Une main dont je ne me souviens pas posée sur un front qui n’était pas encore complètement le mien, dans cette conscience en formation, trop précoce, inexistante, hurlant dans l’air trop vide, trop froid, alors que l’on me séparait contre mon gré de celle que j’aimais comme une extension de moi-même et de celle qui nous avait mis au monde. Je peine désormais à imaginer le sourire qui aurait hypothétiquement étiré leurs lèvres fines devant le résultat positif. Ils en ont été avares depuis, ou je n’y ai simplement plus prêté attention.

Un destin de Magicien s’étirait désormais devant moi, par la grâce de la génétique et, j’imagine, d’Abigail Ferghin, née Brea, Magicienne, et ambitieuse. Pour Killiane, en revanche, je n’ai pas besoin de trésors d’imagination pour me figurer la moue déçue de notre génitrice, l’étincelle de colère devant celle qu’elle qualifiait probablement déjà de « son échec », et son désintérêt complet, comme si plus jamais il n’y aurait quoi que ce fut à attendre de cette enfant. De la part de notre père, en revanche, probablement une certaine lassitude, ou indifférence, face à ce résultat qui ne changerait pas la face de ses prochaines pièces, aussi exotiques et incompréhensibles qu’innovantes et saluées par une critique de faux connaisseurs qui n’aimaient rien mieux que se baigner dans la fange de ce qu’ils ne comprenaient pas en la qualifiant de génie, n’osant avouer l’ineptie de telles découvertes de peur d’être rejeté d’un cercle social plus important pour eux que leur estime d’eux-mêmes ou la nourriture que leurs compétences présumées amenaient sur la table.

Mais à l’époque, ni moi ni ma sœur n’avions connaissance, ou le moindre intérêt, pour de telles considérations artistiques ou politiques. Au mieux gazouillions-nous pour téter le sein généreux d’une nourrice sélectionnée, en bavant et éructant d’abondance, ne parvenant déjà plus à nous endormir que dans les bras l’un de l’autre, embrassés comme nous l’avions été pendant de longs et en même temps trop courts mois. Mais dans cette indifférence dorée, où le monde ne tournait qu’autour de nos personnes réunies et pourtant à jamais séparées, les années passaient presque sans heurt.

Toute mon existence ne se faisait qu’en fonction de cet autre moi que je pouvais toucher et avec qui je pouvais parler, déjà, à l’époque. Tant et si bien qu’il ne me fallut guère de temps pour prendre conscience de différences, d’abord subtiles, puis de plus en plus évidentes, de traitement entre nous deux. Durant les rares repas de famille que nous partagions tous ensemble, Killiane était considérée comme quantité négligeable, alors que j’étais encensé et traité comme le petit prince que je me considérais être. Injustice contre laquelle je protestais plus ou moins bruyamment, mais toujours avec une conviction et une flamme qui se heurtaient à l’indifférence glacée d’une mère ambitieuse et trop centrée sur ses propres recherches, et celle d’un père enfermé sans cesse dans une zone interdite que nous n’avions pas le droit de pénétrer, le bureau où s’écrivait le théâtre que nous voyions jouer plus souvent qu’à notre tour, parfois à mon plus grand écœurement. De fait, j’aurais préféré rester sagement à jouer avec mon autre moi-même, plutôt que de devoir subir ces horribles et interminables pincements de joues et cris extatiques, à base « Comme il te ressemble ! » et autres phrases inutiles et creuses du même genre, que les aristocrates se sentent obligés d’échanger comme si rejeter tout cet air en de vaines paroles était plus important même que de respirer.

Le premier mot que j’ai su prononcer était Killiane, et le dernier que je prononcerai sera probablement le même, si j’ai un quelconque impact sur la façon dont je finirai, avant de rejoindre les flux, où quelles que soient vos croyances. Que je respecte théoriquement. Que je trouve stupides intrinsèquement. Et de subir ces soirées où elle n’était pas mieux vue qu’un singe que l’on salue pour la politesse me donnait envie de frapper ces idiots aveugles, de les énucléer et de leur arracher la langue, pour qu’enfin ils cessent et soient réduits à l’état végétatif où ils seraient encore les plus utiles. Cependant, les années passant me prouvèrent que mes choix étaient mauvais. Que mon impatience était inconvenante (ce qui m’indifférait au plus haut point) et qu’elle desservait ma jumelle. J’ai donc appris de ces bêtes de foire qui ne vivaient que d’apparence et s’en nourrissaient comme une quelconque créature mythologique qui n’aurait pas été de chair et de sang, mais de faux-semblants et de vanité. La noblesse, ai-je compris, était tout à fait comme le théâtre encensé qu’écrivait notre Père. Creux et vide de toute substance, basé sur l’apparence et l’imagination, mais véhiculant le pouvoir des mots. Car la magie est mot, mais le monde également. Alors j’appris les mots. Ceux qui blessaient, ceux qui réconfortaient. Ceux de l’indifférence et de la froideur. Ceux de l’amour, aussi, qui n’étaient destinés qu’à ses seules oreilles.

Puis vint le jour tragique où ils me séparèrent d’elle, où l’on apposa sur moi de froides mains, étrange resucée d’un souvenir primal, pour faire de moi un Magicien, et permettre à ce bouillonnement, si chaud qu’il en était glacé, de s’échapper de mon corps d’enfant. De ce jour-là, des marques décorèrent mes jambes. Et ce jour-là, je compris que pour la protéger, je dévorerais le monde. Si la terre, loyale et nourricière, me supportait, alors je l’utiliserais pour devenir l’essence même de cet élément, et l’enfermer dans la plus douce des prisons, pour que plus rien ne puisse l’atteindre, et qu’à jamais elle soit mienne. Car elle était moi. Nous avions été malencontreusement séparés. Mais c’était un affront qui pouvait se réparer, comme je l’apprenais à mesure que l’on me forçait à ingurgiter ces connaissances qui s’imbriquaient dans mon esprit comme autant de pièces d’un casse-tête. Notre Mère nous avait séparés. Mais je pouvais faire en sorte que nous ne soyons plus qu’un à nouveau. Il ne suffisait que d’un Pacte. Si elle désirait mon mana, je le lui offrais sans réserve. Comme j’aurais donné ma vie, et même plus encore.

Mais je vais trop vite en besogne, je crois. Même s’il me répugne de nous exposer ainsi, autant que vous compreniez ce que j’essaie de vous conter. Le défilement des années n’avait en rien impacté mon besoin d’elle et de sa présence pour chaque tâche quotidienne, importante comme minime. Et notamment le coucher. Dormir sans elle m’était impossible, et m’est en réalité toujours extrêmement difficile. Cependant, j’aime à croire que je lui suis aussi nécessaire, car il n’y a jamais eu qu’elle dans mon monde. Chaque mot que j’aurais pu tourner à ma propre satisfaction lui était destiné, et chaque joie, chaque embrassade lui était réservée. Sans elle, le monde aurait été terne et ennuyeux, et je n’ose même pas l’imaginer. Je me souviens encore de ce jour où une chute de cheval sur une barrière effilée m’a ouvert la lèvre, causant encore aujourd’hui une cicatrice visible et disgracieuse. La voyant souffrir en même temps que moi, je ravalais ma douleur et lui offrais le plus sanglant des sourires qu’il me fut jamais donné d’exécuter, simplement pour la distraite de l’horreur par l’absurdité.

Je me dis parfois que si notre Père pouvait effectuer un chemin semblable avec ses pièces, elles seraient plus qu’une forme attrayante sans fond solide, plus qu’un divertissement pour oisif décérébré, mais une affirmation philosophique, une contestation de la société telle que nous la connaissons. Car l’art, lorsqu’il est subtilement dosé, peut être à la fois la contestation la plus virulente, et le dogme le plus entendu, compris, et assimilé. L’art est dangereux, mais sa nocuité est dissimulée sous de précieux attraits, comme la lame la plus mortelle peut aussi être la plus séduisante. Et par lame, j’entends également son porteur.

Faisons fi de ces considérations sociétales et philosophiques pour en revenir au sujet principal qui occupait toutes mes pensées, avant même mes études, malgré leur importance supposée pour la réalisation de mon plan somme toute simple, malgré son ambition. Il paraît que la pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre, mais je vous laisse le soin d’apprécier ce fait, en l’occurrence. Je vous expliquais donc que dans ma logique, probablement étonnamment simpliste, et dans mon esprit protecteur (d’aucuns diraient surprotecteur, mais je rétorquerais qu’il n’y a excès que s’il y a plainte), le Pacte représentait la panacée. Je n’avais aucun doute sur le lien qui nous unissait. Deux faces d’une même pièce nous étions et nous resterions. Car aucune femme ne se loverait contre mon corps et n’étreindrait mon esprit comme Killiane le faisait. Je lui confiais donc mon mana, me permettant de la protéger, de faire d’elle un être exceptionnel en accueillant, à nouveau, une parcelle de moi en elle, et en échange, j’avais l’assurance que notre lien n’en serait que renforcé. Je n’y voyais aucun inconvénient. Et je ne compris donc pas son refus premier.

L’empathie, je n’ai pas peur de l’admettre, n’a jamais été ma qualité première, et l’arrogance un défaut que je n’ai jamais tout à fait considéré comme tel, malgré ce qu’en pense la société. Mais la société pourrait bien me lécher les bottes ou autre chose encore, mon intérêt pour elle ne s’en trouverait pas accru pour autant. Tout cela pour dire qu’il me fallut encore quelques jours… semaines… D’accord, quelques mois, pour admettre que la volonté propre de ma sœur se tournait exactement dans la même direction que la mienne, comme un miroir bien trop parfait, qui nous séparait plus que mon cœur n’aurait pu le supporter. Je me refusais à me disputer avec elle, et argumenter contre elle me posait des dilemmes sans fin. Car son opinion et sa parole étaient une vérité à laquelle je ne pouvais que me conformer, quelles que puissent être mes considérations.

Cela ne m’empêcha pas de réfléchir encore et encore à un moyen de nous lier par-delà même les restrictions que nous imposait la Magie. Nous étions une même chair, un même sang, une même âme et un même cœur, mais nous n’étions pas une même puissance, et cette différence me rongeait à chaque fois que je suivais des yeux le tracé sinueux des marques qui remontaient le long de mes jambes maigres jusqu’à mon abdomen, s’enroulant en un nœud complexe et inextricable autour de mon nombril, rappel ironique et déchirant de ce lien qui me liait, sans jamais pouvoir se concrétiser, au phare qui guidait ma conscience dans les ténèbres. La proximité physique ne satisfaisait pas entièrement la faim que j’avais d’elle, de la sentir avec moi en toutes circonstances, et de me savoir en elle.

Pourtant, le miroir finit par se briser, réalisant mon seul et unique souhait, pour cette vie et la suivante, et m’apportant un bonheur sans pareil, malgré les croyances populaires aussi creuses que la dernière pièce de notre Père et que les tentatives de « fusil » de notre Mère. Ce soir-là, dans le lit que nous partagions toujours, nous franchîmes le dernier pas qui allait sceller nos corps, nos cœurs et nos âmes à tout jamais, rétablissant l’ordre naturel comme il n’aurait jamais dû être brisé, me montrant une fois encore qu’elle était tout ce qui était beau et bon en ce bas monde. Ma main sur sa peau et les paroles échangées scellèrent le Pacte en ce qui ressembla pour moi à l’avalanche qui entraîna l’excitation la plus intense que je connaîtrai jamais. L’expérience me laissa haletant mais comblé, et je sus que plus jamais nous ne pourrions être séparés. Avec un sourire, je sortis du tiroir de ma table de nuit un collier, simple pendentif d’argent sur un cordon de cuir. Des nœuds entrelacés, encore. Une métaphore de nous-mêmes. Comme nos membres mêlés sur ce matelas.

Cependant, le destin, nos parents ou un quelconque esprit retors et malin prit plaisir à me montrer l’étendue de mes erreurs, après m’avoir satisfait avec un nouvel accomplissement, quelques années plus tard. J’étais grandement satisfait de ce que nous avions fait, malgré le dégoût affiché par notre Mère pour ce qu’elle qualifiait de « gâchis éhonté de mana », et l’Institut Mihailov nous ouvrait ses portes. Mon travail payait enfin, et la deuxième étape de mon plan était atteinte. Faire de nous l’élite pour que nous ayons le pouvoir de nous affranchir des contraintes matérielles, maintenant que les contraintes magiques étaient levées. Certes, les contraintes sociales auraient toujours existé, mais les nobles ferment les yeux sur les plus extravagantes excentricités, pour peu qu’ils puissent en colporter la rumeur. Méprisable engeance qu’il nous faudrait côtoyer, même si mon inclination première me poussait vers une retraite où il n’y aurait qu’elle et moi, chacun satisfaisant les attentes de l’autre, sans contrainte et sans le poids de la nécessité.

Or donc, la première année nous confronta tous deux à des exigences sans cesse croissantes, auxquelles nous répondions de notre mieux. Je me plongeais dans l’étude des matières où j’excellais, utilisant mes points forts à leur maximum, plutôt que tentant d’améliorer les matières dans lesquelles je péchais déjà, le regard rivé sur la ligne d’arrivée, l’horizon idyllique qui ne sortait jamais de mon esprit. Mais quelque chose advint. Malgré le Pacte, malgré mon attention, malgré mon soutien et mon amour. Ai-je trahi son esprit en ne me concentrant que sur ces textes arides ? L’ai-je déçue ? Lui ai-je causé du tort ? Je l’ignore. Mais mes inquiétudes, alliées à mon égocentrisme et mon acceptation aveugle de tout ce qu’elle est me poussent à croire que la faute vient de moi. Que j’ai fauté, ou manqué de quelque chose. Que je l’ai abandonnée, d’une façon ou d’une autre.

Cependant, ni mes attentions, ni ma volonté ne peuvent changer les faits, car même moi n’ai pas d’impact sur la grande administration de l’Institut élitiste accueillant la fine fleur méritocratique de Ventus. Aussi décoratif et aussi vénéneux. Killiane n’avait pas été acceptée pour sa deuxième année d’études. Elle fut plutôt recrutée par le mystérieux Club Steinberg et, pour la première fois de notre vie, nous fûmes séparés. Seul mon objectif, aujourd’hui, me pousse encore à m’accrocher et à poursuivre ces études. Car même mon corps mort et mon esprit désincarné et réduit en charpie, jamais je n’avouerai que j’aime ce que je fais et que, parfois, je me perds tant dans mes propres recherches que je ne pense à rien –ni à personne- d’autre…


Autre
Comment avez-vous connu le forum ?:
Plusieurs très bons ratings sur des annuaires, puis la curiosité et le forum ont fait le reste =)

Des choses à améliorer ?:
Le design est très beau, les présentations très complètes (malgré quelques petites fautes d’orthographe, m’enfin vu la quantité, on vous pardonne xD). Même si les sorts en latin font un peu peur et décider des magies sans avoir une idée de son niveau n’est pas évident, mais voilà tout ^^

Crédits:
Kelen : Burndown by annDR (DeviantArt). Le personnage est issu d’une illustration d’un de ses romans.

Rhys : Karuma Gou/Manfred von Karma, Gyakuten Saiban/The Ace Attorney, by Kotalu

Abigail: Blood and Gold by Melissa Findley

Un dernier mot ?: S’il y a quoi que ce soit à modifier, sur la magie, les rangs, l’histoire ou quoi ou qu’est-ce, n’hésitez pas. Et désolée d’avance de la longueur. Si ce n’est pas suffisant, j’essaierai de rallonger.

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Jeu 23 Jan - 21:04
Bonjour et bienvenue sur le forum! Une très belle présentation, intéressante et correspondant bien au contexte (et aussi avec quelques fautes mais on te pardonne vu la long-/SBAFF) ... Non, non j'ai très bien pris la remarque sur l'orthographe xD

Alors concernant tes rangs, nous ferons simplement:

Puissance - Rang C:

C'est très bon en général, mais simplement "moyen" à Mihailov. Il faut dire que tu n'es qu'en première année, et que tes connaissances en magie mises à part, tu n'es pas vraiment un pro du kung-fu.

Influence - Rang D:

Comme ta soeur, mais tu passeras C à la fin de tes études. Ou avant si tu changes de pays, Ventus et Terra ont des rangs d'influence assez faibles en général.

Oh, j'allais oublier. Puisque tu es un magicien de Mihailov, tu possèdes un sort supplémentaire (tu pourras l'ajouter en éditant si tu veux). Bienvenue sur le forum =p




"J'effacerai toutes les tragédies de ce monde."

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Kelen Ferghin, pile et face? [TERMINE]
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