L'anniversaire



 

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L'anniversaire

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Lun 5 Mar - 21:00
1er janvier 762
Ancienne maison Erinys



Le calme et le silence. La rue est vide, faiblement éclairée par quelques fenêtres laissant encore signe de vie à cette heure matinale. Au loin l'aurore point, étendant un bleu acier contre celui de Prusse qui abrite la nuit. Un homme marche seul, ombre ciselée contre ce doux dégradé. L'air est frais et une fine brume sort de sa bouche au rythme de ses longues expirations. Les pierres qui dallent le sol ne résonnent pas sous ses pas. Il s'avance, comme un fantôme, jusqu'au devant d'une façade pâle, blanchie à la chaux. La porte de bois est peinte et les moulures qui ornent l'entrée dénotent une certaine richesse.
L'étranger ne laisse pas paraître son visage, ou peut être se protège du froid, écharpé dans un lin rouge, d'amples vêtements turquoises tombants, assortis à des drapés d'ombre et d'or. Une ceinture de tissu à sa taille, cramoisie, soutient un bâton brut, tortueux. Le fin fourreau d'une dague le côtoie et une tresse de draps colorés enserre de travers son buste, plongeant dans l'ombre de ses habits. De longs cheveux noirs volent derrière lui, jaillissant de foulards bleus imprimés de motifs sombres.
Seul son regard dans le noir. Ses yeux bleus luisent et sont humides, reflets d'un étrange regret.


-Joyeux anniversaire.

Un souffle, porté par le vent, presque inaudible.
Ase aurait préféré retrouver les ruines de son passé plutôt que de le voir oublier. Il perdait encore un morceau de son histoire.

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Lun 5 Mar - 23:28
La nuit est sombre, le murmure du vent glacial. Haïa marche doucement, suivant le chemin dicté par son coeur, qu'elle aurait pu retrouver même les yeux fermés. Ses pensées sont vides. Ce n'est pas nouveau, cela fait des années. Peut-être s'y est-elle habituée, elle ne passe plus ses nuits à pleurer. La seule chose qui l'habite, qui la fait mouvoir est l'espoir de revoir son frère un jour. Elle avait réfléchi pendant des heures, des jours à ce qu'elle lui dirait. Mais aucun mot ne se formait, même dans ses pensées, pourtant intimes. Six ans, six ans aujourd'hui qu'ils s'étaient quittés. Pour la première fois depuis plus de cinq années, elle voulait retourner à l'emplacement de son ancienne maison. Non, ce n'était pas pour voir la vieille dame qui l'avait gentiment hébergée quelques semaines. Ce n'était pas non plus pour espérer revoir une ruine du passé. Sa raison, elle n'en avait pas. Elle s'était levée spontanément tôt dans la nuit. Elle était décidée. Elle devait y aller.
Haïa reconnaissait le voisinage. Rien n'avait changé, tout était à sa place. Son corps était frigorifié malgré son épais manteau de fourrure. Sa vision était troublée, sa main droite sans gant la brûlait. Mais quelques instants plus tard, tout cela n'importait plus. Le monde s'était figé. Le destin s'était plié à sa volonté.

Dans la pénombre, elle pouvait apercevoir une forme se préciser. À chaque pas, son coeur battait de plus en plus fort. Elle croyait avoir oublié la peur. Mais en cet instant précis, elle était bien présente. De quoi avait-elle peur ? De se faire agresser ? Surement pas. Elle avait peur de connaître l'identité de l'homme, ou justement de ne pas la reconnaître. Espoirs, désillusions, toute sa crainte serait effacée dans quelques pas. Elle ne pouvait plus penser logiquement, elle se mit à courir en direction de l'ombre. C'était un homme, de longs cheveux noirs lui retombant sur les épaules. Elle ne peut pas voir son visage caché par une écharpe rouge. Seuls ses yeux transpercent les ténèbres. De magnifiques yeux bleus, rappelant ceux de la jeune femme. Oui, il n'y avait plus aucun doute. Une étrange chaleur traversa tout son corps pour atteindre sa tête, et ses yeux se remplirent de larmes. Ses derniers pas furent plus lents, et elle passe ses bras autour de son frère, murmurant, entre deux sanglots :


- Pourquoi... ?

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Mar 6 Mar - 12:24
L’impensable s’était produit. Un flot d’émotions noua la gorge du jeune homme qui ne bougea pas. Sa sœur, celle qu’il aimait plus que tout, l’enserrait dans ses bras fins. Des larmes commencèrent à surgir du coin de ses yeux, balayées par un vent audacieux. Tout semblait si irréel, comme un rêve éveillé, un fantasme masqué. Il n’osait plonger son regard dans celui de sa sœur, craignant que le souvenir de leurs parents ne se ravive. Qu’une cicatrice trop fragile ne se déchire.
Mais ses yeux de cobalt sous le ciel jeune tombèrent sur sa jumelle adorée. Et ses chimères s’effondrèrent en un instant, en un clignement de cils. Phantasme troublé par les années d’éloignement de sa moitié, fantôme trompé par une absence trop longue. Dans cette vision il ne trouva que le désespoir. Retrouvant là le souvenir de sa mère, balayée par une vague de chaos. Son visage ! Son visage ! Il était le reflet de celui de leur mère ! Sa copie conforme en son esprit, une réplique qui faisait écho à sa douleur. Tout ce qu’il avait refoulé ces dernières années, tous ces souvenirs de peine qu’il avait transformés en haine, lui réapparut dans un claquement de doigts. Sa sœur le serrait toujours, versant des larmes et lui posant une question dont il n’avait lui-même la réponse.


-Arrête… Arrête.

Comme supplique d’une voix vacillante, les poings se serrant jusqu’au sang, les paupières closes et plissées, des rivières de sel s’étalant sur son visage. Toujours droit, toujours immobile, figé par ses remords et ses peines.

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Mar 6 Mar - 13:33
Que faisait-il là ? Était-ce Haïa qui l'avait matérialisé ? Ou bien, était-ce lui qui l'avait appelée ? Peut-être que les deux âmes s'étaient retrouvées là, chacune attirée par les désirs de l'autre. Son frère lui supplia de relâcher son étreinte, et elle le fit. Elle essuya les larmes de ses yeux avec ses poings, et fixa son regard sur les paupières closes d'Ase. Il sanglotait lui aussi. Il repensait certainement à leur mère, malgré le fait qu'Haïa avait toujours coupée ses cheveux courts afin de moins lui ressembler. Devait-elle se mutiler pour calmer le mal de son frère qu'elle aimait tant ? Peut-être n'aurait dû-t-elle ne jamais venir, leurs retrouvailles allaient certainement causer plus de malheur que de joie. Pourtant, il était trop tard pour faire marche arrière. Elle ne pourrait jamais oublier qu'ils s'étaient revus ici, et lui non plus. Ses lèvres tremblaient, elle avait du mal à réfléchir. Que devrait-elle dire ? Pourraient-ils jamais redevenir comme durant leur enfance ? Son esprit n'était composé plus que de doutes et de craintes. Elle était incapable de faire une décision. Elle ne put lui demander qu'une seule chose :

- Qu'est-ce que... tu fais là ?

Au fond, elle connaissait déjà la réponse. Elle espérait que son frère guide ses paroles, qu'il la rassure et qu'il efface ses craintes. Elle voulait qu'il lui dise qu'il l'avait pardonnée, qu'on ne pouvait pas changer le passé, et qu'ils commenceraient une vie nouvelle, ensembles.

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Mar 6 Mar - 13:56
-Pleurer les trop nombreux destins brisés.

Ses paupières s'ouvrirent à nouveau sur ses yeux ciel. Ses prunelles fixèrent longuement sa soeur. Elle avait changé, oui. Une robe noire, une silhouette charmante, le visage de leur mère. Ase baissa son foulard sans plus un mot, libérant totalement le bas de son visage.

Soudainement, tous ces sentiments semblèrent comme s’éloigner, laissant place à un obstacle que représentait sa jumelle depuis leur plus jeune âge : la magie. Sans elle, il ne pouvait exercer cet art. Sans elle il n’y avait pas de salut. Son amour pour elle revint à son tour, chassant tout le mal qu’il ressentait et la mélancolie acide qui coulait en ses veines. Ses pensées de détresse et sa respiration lourde se firent joie des retrouvailles et souffle apaisé.

Mais autre chose en son esprit se fraya un chemin, serpent plein de poison traçant sa route au travers de ses sinueuses réflexions. Aidernal. Ce maudit voleur avait un jour tenté de l’assassiner en pleine rue d’Aquaria pour une querelle lointaine. Et il savait. Il savait pour sa sœur. Ase n’était jamais parvenu à découvrir comment le malfaiteur avait appris tant d’éléments de sa vie, mais cette jeune femme ne pouvait être qu’une tromperie, une feinte illusion ou une simple actrice jouant un rôle vicieux. En ce jour si particulier, il était faible, harcelé par ses souvenirs, hanté par ses désirs et cette femme pouvait n’être qu’un habile prestige.

Une soudaine poussée de paranoïa s’empara de son cœur et il fit sauter la garde de sa lame au creux de sa main gauche.


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Mar 6 Mar - 14:58
Que lui arrivait-il ? Ase avait sorti son arme, était-il devenu fou, voulait-il tuer sa soeur ? Pourquoi, pourquoi ? Ne lui avait-il pas pardonné finalement ? Tous les espoirs qu'elle s'était construite s'effondrèrent en un instant. Elle ne savait pas si elle devait fuir, se battre ou tenter de le raisonner. Troublée, elle fit quelques pas en arrière et trébucha, la laissant à terre sans défense. Pleurant plus que jamais, elle ne put que fermer les yeux en se protégeant le visage d'un de ses bras, et serrant fort le médaillon de sa mère de l'autre. Ase voulait son bien après tout, il allait finir sa vie de souffrance ici. C'était sans doute mieux ainsi. Elle cria ses dernières paroles.

-Je suis désolée !

Son monde s'arrêterait là. Pourquoi son destin devait-il être si cruel ? Pourquoi un bouclier l'avait protégée le jour de l'accident, si ce n'était que pour vivre dans le malheur et mourir aussi pitoyablement ? Qu'importe, elle n'aurait sans doute jamais ces réponses.

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Mar 6 Mar - 15:13
Ase n'hésita pas plus, faisant un pas en avant il tendit sa main droite vers la jeune femme et la fixa droit dans les yeux.

-Donne-moi ta main ! Tu sais laquelle.

Il n’allait pas tarder à savoir si cette fille était sa véritable sœur ou une imitation. Quand bien même son adversaire aurait pu apprendre pour le sceau et en imiter la marque, jamais il n’aurait pu en fait un fonctionnel. Un doux réconfort envahit l’homme qui se tenait bien droit, bras levé. Il maîtrisait la situation et se surprenait à espérer qu’il s’agisse bien de sa sœur, malgré ses craintes d’être à nouveau confronté au même déchirement des années qu’ils avaient passées ensemble à l’orphelinat, dans ce cloître immonde où il n’avait supporté l’enfermement que par ses lectures.

- Amoris umbra est fortitudo nostra

L’agréable picotement de la magie se frayant un chemin dans sa chair. Qu’il lui manquait de pouvoir le libérer. Il n’attendait plus que la réponse de celle qui se disait être Haïa, une main donnée, une parole prononcée, un être complété.
Dans un instant d’asthénie, il ne put retenir ces quelques verbes de franchir le pas de ses lèvres :


-Dans l’ombre de notre amour est notre force.

Des paroles sans sens aucun pour celui qui n’a pas vécu ce qu’ils ont traversé à deux. Une autre larme tombe sur le sol glacé et luisant sous la rosée matinale. Une goutte de plus à une rivière de larmes, un Styx aussi noir que profond.

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Mer 7 Mar - 11:03
Que lui voulait-il ? Désirait-il les tuer tous les deux grâce à la magie ? Si c'était son dernier souhait, alors elle le réaliserait.

- Amoris umbra est fortitudo nostra.

Une nuée de sensations envahit le corps d'Haïa. Elle n'avait pas ressenti cela depuis six ans. C'était comme un flux réchauffant son sang, partant de sa tête, descendant jusqu'à ses pieds et remontant jusqu'à sa main gauche. Celle-ci la brûlait presque, tant l'afflux d'énergie était important. Non, elle ne voulait pas cela. Elle ne voulait blesser personne. Elle devait vivre, c'était le seul espoir d'un jour revoir ses parents. Ase aussi devait vivre, il ne méritait pas ce sort. De sa main droite, elle repoussa violemment le bras de son frère. L'énergie reprit sa place d'origine presque instantanément, provoquant une sensation si forte que la jeune femme s'évanouit.

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Mer 7 Mar - 15:22
Le lien s’établit. Un flux instable prit place entre les deux jumeaux et aussitôt une intense sensation de chaleur envahit le corps tout entier d’Ase. Le mana affluait, il était à portée de main, actif, prêt à être forgé, modelé et consumé. Le torrent d’énergie qui s’assemblait dans le sceau était de plus en plus agité. Sans cible, il devenait dangereux de le maintenir. Haïa brisa le contact. L’énergie revint tout entière de manière brutale, faisant rater un battement au cœur du jeune homme qui tomba à genoux. Ses vêtements s’imbibaient d’une eau glacée, montant telle une vague sombre sur ses vêtements bleutés, emprunts d’humidité. Il se releva lentement. Sa sœur était tombée au sol, inconsciente. Il ramassa et rangea sa dague raffinée dans son fourreau gravé.
Il savait à présent. Il s’agissait bel et bien de sa sœur. Un nœud se forma dans sa gorge. Il l’avait retrouvée. Une douce nostalgie prit le dessus et le frère protecteur qu’il avait été refit surface. Il se pencha et passa ses bras sous le corps de sa sœur. Elle était si légère. Il la souleva, la tenant contre lui, son front contre sa tête endormie. Son absence avait été si douloureuse, mais la revoir était si cruel. Le temps apporterait ce qu’il devait, rien ne devait être précipité. Il se mit en route ainsi, la portant, presque la berçant au rythme de ses pas, entre ses bras.

Dans la clarté du soleil levant, dans son éclat perçant l’horizon d’un éclat de vermeille et étendant dans le ciel sa grâce incomparable, il faisait luire le sol d’une lumière rassurante et briller la bruine qui commençait à s’abattre comme une pluie d’or. La rue se réveillait lentement, des éclats de voix et la clarté des lampes provenant des maisons. Le bruit de ses pas était toujours aussi léger, toujours silencieux malgré la présence de sa sœur contre lui. Ce moment était parfait. La beauté de cette scène était le plus grand des cadeaux que pouvait lui offrir ce jour ; cette jeune femme si gracile au visage serein, ce matin éclatant dans la fraîcheur et l’or de l’astre écarlate tout autour de lui, l’accompagnant de ses pas.
Il marchait vers la demeure de Daendren, là où elle pourrait se reposer au calme et reprendre ses esprits sans plus de craintes. Une pointe de remord l’assaillit alors qu’il longeait les logements, ces maisons aux hauts toits et aux façades blanches finement décorées, le regret d’avoir infligé pareil traitement à sa jumelle. Il se remémora ses paroles « Je suis désolée ». Elle l’avait toujours été, mais lui, il ne l’avait jamais pardonnée. Fût-il qu’il arrache la vie de sa sœur ? Qu’il la brise pour trouver le repos ? Il n’y avait rien trouvé qu’un vide de plus. Un gouffre nouveau en son cœur, une blessure plus profonde parmi ses songes lacérés et ses rêves perdus.

Il arriva enfin devant l’habitation du vieil homme et ouvrit la porte d’un coup de pied. L’entrée était étroite, les murs lambrissés étaient couverts de petites étagères remplies de babioles et de livres sans grande valeur. Daendren surgit au détour d’une porte en position défensive, main levée commençant à marmonner un sort qui sonnait comme une liturgie d’ancien langage. Ses yeux s’écarquillèrent alors qu’il apercevait son jeune ami portant une femme entre ses bras. Il baissa les bras, mais immédiatement la ressemblance frappante de l’inconnue lui donna réponse à la question qu’il s’apprêtait à poser. Sa bouche s’ouvrit sans son et ses sourcils tressautèrent alors qu’Ase continuait à avancer jusqu’à lui.


-Ta… sœur jumelle ? Que… comment ?

Mais son ami resta silencieux et pénétra en la bibliothèque, pièce centrale de la demeure. Là aussi les murs étaient couverts de lattes de bois et de hautes étagères montaient jusqu’au plafond, toutes de bois précieux et rare. Des rangées de livres à la tranche aisément reconnaissable se suivaient sur les meubles. Ceux-ci étaient précieux et l’érudit les avait fait relier de cuir et marquer avec soin. Contre un mur un espace ne comptait pas d’étagères et sur une table trônaient deux ouvrages : ceux qui avaient rassemblé les deux hommes. Au milieu de ce labyrinthe aux hauts murs de livres, qui filtraient la lumière et instauraient une pénombre rassurante, se trouvaient deux fauteuils marron et une banquette ocre dont le tissage était raffiné et élégant. Une table basse en bois d’orme reposait sur un épais tapis rouge et or.

Ase déposa sa sœur sur la banquette en plaçant les coussins sous sa nuque afin qu’elle soit bien calée, puis il alla s’asseoir dans le fauteuil de cuir usé auquel il était habitué tout en lançant au sol son foulard qui bloquait sa respiration dans la maison chauffée par une large cheminée au rez-de-chaussée et une seconde à l’étage. Il se sépara également de ses chausses trempées et de ses pans superflus de tissus. Il se cala au fond du confortable siège et le vieil homme s’éclipsa de la pièce sans mot dire alors qu’il posait ses bras sur les accoudoirs s’achevant en rouleau de bois.

Daendren revint dans la pièce, un verre d’eau à la main qu’il tendit à Ase. Il prit la parole d’une voix profonde et abîmée par des années de silence à étudier les ouvrages de magie.

-Veux-tu m’expliquer ?

Un silence s’installa pendant quelques longues secondes alors qu’Ase choisissait ses mots avec soins.

-Il semblerait que nous ayons eu tous deux envie de retourner sur les lieux de… il marqua un arrêt. Notre ancienne vie.

Le vieillard grommela dans sa barbe blanche qu’il n’entretenait que rarement.

-Et pourquoi est-elle…

-J’ai pris peur et lui ai demandé de me montrer que sa marque était vraie.

Sa voix s’était atténuée et il enfouit son visage dans ses mains. Son interlocuteur, quant à lui, sembla rassuré et arbora un grand sourire.

-Je sais combien cela peut être dur pour toi, mais elle pourra rester aussi longtemps qu’elle le souhaitera ici. De plus j’ai un petit cadeau pour toi.

Il se leva avec un clin d’œil malicieux et alla chercher un petit paquet de papier sable sur une étagère hors de vue. Il le tendit à Ase qui défit la ficelle avec soin. Daendren s’en amusa. Le jeune homme n’avait jamais montré d’impatience face à un cadeau comme il en était avec toute autre personne, mais il n’en appréciait que plus les présents. Le papier froissé découvrit alors un petit ouvrage d’un noir profond, marqué à la feuille d’or « Praecipitia magicae ». Le visage d’Ase afficha un grand sourire, le premier de cette journée exceptionnelle.

-Comment ? Comment l’as-tu obtenu ? Il s’agit de la version non traduite !

Le visage ridé du sage se détendit et son regard exprimait une profonde joie.

-Je sais combien tu détestes les approximations des traductions de ce volume et son langage subtil t’aidera à parfaire tes connaissances de la langue ancienne !

Ase se leva et enlaça son vieil ami dans un élan de gratitude. Il ne restait plus qu’à patienter pour que Haïa retrouve connaissance. En attendant, ils allaient faire comme à leur habitude : discuter de tout, de la magie comme du passé, de la langue ancienne comme des traits d’esprit.

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Jeu 8 Mar - 11:24
Haïa se réveilla lentement, avec un énorme mal de crâne. Elle ne se souvenait plus de ce qui s'était passé avant qu'elle s'endorme. La sensation de la surface sur laquelle elle était posée lui révélait qu'elle n'était pas dans son lit. Où pouvait-elle être ? Elle ouvrit ses yeux difficilement. L'éclairage ténu de la pièce rendait sa vision confortable. Une... bibliothèque ? De tout son champ de vision, elle ne pouvait apercevoir que d'immenses bibliothèques en bois de qualité, remplies de livres soigneusement entretenus. Se trouvait-elle à la Bibliothèque d'Aquaria ? Impossible, même Lily elle-même n'y avait pas accès. Alors...

-Où... suis-je ?

Elle ne savait pas à qui elle adressait cette question. Y'avait-il même quelqu'un ?

-Vous êtes chez moi. Ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité ici.

Un homme âgé apparu dans son champ de vision. C'était donc le propriétaire de cet endroit ? Il n'avait pas l'air hostile, Haïa se détendit. Elle se redressa et s'assit sur la banquette. Le vieil homme lui tendit un verre d'eau, qu'elle but volontiers. Son corps hydraté, sa mémoire revint. Elle fut pétrifiée. Son frère, essayant de la tuer, la forçant à utiliser la magie... Une décharge de magie, et puis, plus rien. Visiblement, elle était toujours en vie. Un bruit sur sa droite attira son attention. Elle tourna la tête. Il était là. Son frère. Était-ce lui qui l'avait amenée ici ? Il semblait détendu, presque souriant. Elle l'observa doucement. Il n'avait pas changé. Elle était rassurée. Rassurée qu'il aille bien, rassurée d'être en vie et heureuse qu'ils se soient retrouvés. Quelle heure était-il ? La lumière ambiante semblait ne jamais changer, et il était impossible de le dire. Cela devait faire quelques heures qu'elle était inconsciente. Elle espérait que Lily ne s'inquiéterait pas, que le mot qu'elle avait laissé serait suffisant. Elle ouvrit ses fines lèvres lentement, laissant couler sensuellement les sons que produisait ses cordes vocales, sans trépider et sa voix pleine de confidence.

-Pourquoi es-tu réapparu maintenant ? Pourquoi m'avoir abandonnée ainsi !? J'avais besoin de toi, et tu t'es enfui ! Et maintenant, tu veux me tuer ? Tu peux disparaître, je n'ai plus besoin de toi, je... je...

Incapable de prononcer un mot de plus, elle fondit en larme, se recroquevillant sur elle-même et se cachant le visage de ses mains.

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Jeu 8 Mar - 14:12
Cela faisait presque quatre heures que la jeune femme dormait et Daendren s’inquiétait, mais sa respiration étant lente et régulière, il en conclut simplement qu’elle avait plongé dans un sommeil réparateur dont elle devait bien avoir besoin. Ase lui-même avait eu plusieurs crampes, dans son bras, droit accompagnées par une sensation désagréable de fourmis et d’anesthésie. Son réveil fut un soulagement, d’autant plus qu’elle semblait calme. Son frère se trouvant dans l’ombre, elle ne le remarqua pas aussitôt, mais dès que ce fut le cas, le chagrin la reprit. Une boule se forma dans le ventre de son jumeau qui ressentait un fort malaise devant la réaction de sa sœur.

Mieux valait ne pas chercher à la consoler. L’accompagner dans l’émotion ne ferait qu’attiser ses pleurs et l’éloignerait de la vérité. Il prit donc la parole d’une voix grave et posée, alors que son vieux camarade le fixait d’un air paniqué.


-Le destin nous a réunis, mais si tu veux partir tu le peux. Ces paroles lui semblèrent cruelles, mais étaient nécessaires. Certaines personnes sont prêtes à beaucoup pour me faire du mal, je devais m’assurer qu’il s’agissait bien de toi.

Il avait ignoré jusqu’à présent la question la plus importante de sa sœur « pourquoi ? » Pourquoi l’avoir quittée, pourquoi être parti dans une phrase mystérieuse. Elle devait avoir une réponse, mais la plus sincère qu’il put lui donnait ne pouvait la satisfaire :

-Je ne sais pas ce qui m’a poussé à partir, mais aujourd’hui encore je ressens cette brûlure.

Ne pouvait-il donc pas s’exprimer clairement ? Lui exprimer ses sentiments tiraillés ? Il fallait toujours qu’il mette ce mur mystérieux dans ses paroles, entre poésie et mensonge. Un mur de pierre qui ne céderait jamais. C’était la cause de leur malheur, mais il ne pouvait pour autant dépasser cela. Il devrait pour faire tomber le mur se blesser lui-même, arracher le mal enraciné dans son cœur depuis trop longtemps.

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Jeu 8 Mar - 14:51
Sous ces derniers mots, elle sécha ses larmes et releva sa tête vers son jumeau. Elle prit un ton rude.

-Tu crois pouvoir m'abandonner comme ça une fois encore ?

Ce n'était pas tant un dégoût de son frère qu'elle exprimait, mais sa propre haine d'elle-même qu'elle entretenait depuis des années. Elle ne devait pas fuir la situation comme son frère l'avait fait auparavant. Pour atteindre son but, elle avait besoin de lui. Les jumeaux ne pouvaient pas utiliser la magie seule. Haïa devait faire usage de ce qui l'avait détruit pour se venger sur le monde. Néanmoins, elle ne pouvait se résigner à considérer son frère comme un simple pion. Ses sentiments envers lui étaient bien trop forts, et cette barrière psychologique pourrait lui nuire par le futur. Pour le moment, elle devait se montrer forte.

Elle avait depuis bien longtemps abandonné l'idée de retourner à leur vie d'enfance. D'abord, ils avaient grandi, ils étaient deux adultes, homme et femme, avec toutes leurs différences plus que jamais prononcées. Ensuite, elle ne pourrait jamais effacer de sa mémoire la mort de leurs parents. Elle ne pouvait pas le nier, ni l'effacer. Peut importe sa volonté, elle ne pouvait muer le passé. Peut-être la magie le pourrait-elle ? C'est cette hypothèse qu'elle travaillait depuis des années déjà, mais aucune connaissance à sa portée ou celle de son amie Lily ne s'en approchait. Ce qu'elle n'avait jamais voulu accepter était bien présent : elle dépendait entièrement des autres, en particulier de son frère. Lors de son absence, c'était sur Lily qu'elle avait dépendue. Elle allait maintenant retourner vers son frère, mais c'était tout ce dont elle était capable, aussi bien par la nature de son sceau que son incapacité à vivre seule. Elle respira un grand coup, et s'affirma de nouveau.

-Peut-être, est-il temps d'oublier le passé, de commencer une nouvelle vie. Je... ne peux pas vivre sans toi, t'uniras-tu à moi ? S'il te plaît... je suis désolée.

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Jeu 8 Mar - 15:20
Se libérer du passé était impossible. Mais il était temps de retourner avec sa sœur. Ils devaient reformer ce formidable duo qu’ils avaient toujours été. De plus sans elle, point de magie.

-J’espère que tu n’as pas oublié les bases de de la magie. J’ai de mon côté passé quelque temps à mes recherches.

Il accompagna sa parole d’un geste ouvert de la main, paume vers le ciel, désignant les impressionnantes rangées de livres. Il lança un regard amusé à son ami, qui lui avait enseigné une bonne partie des arts magiques avancés, qui lui retourna un sourire en coin, plissant ses yeux verts. Ase espérait que sa sœur n’avait pas trop perdu, il serait dommage de devoir recommencer sa formation pour parvenir à une maîtrise convenable de la magie. Néanmoins, il savait que s’ils travaillaient de concert, comme à leurs années à l’orphelinat, il parviendrait à oublier alors les instants douloureux, et l’ancienneté de la blessure étant plus importante en ce jour, il arriverait certainement à l’ignorer en ces moments. Il avait déjà remarqué les deux dagues qu’elle portait alors qu’il la tenait entre ses bras.

Il avait aussi perçu le médaillon de leur mère qui avait alors ravivé la douleur. Une souffrance sourde qui ne passerait jamais, qui l’avait accompagné toute sa vie et avec laquelle il passait chaque instant. Rien ne saurait la faire taire, et à présent il la portait comme un fardeau terrible, mais qu’il craignait de voir s’évanouir, voyant ainsi partir avec lui les glorieux souvenirs de ses parents qui trônaient en son âme.

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Jeu 8 Mar - 16:41
Il avait accepté sa proposition. Il n'y avait plus d'inquiétudes à avoir. Assumant pleinement sa personne et ses paroles, elle avait posé la première pierre de sa nouvelle histoire. Mais ce n'était qu'une bataille dans la Grande Guerre, et déjà un nouvel obstacle se posait. Lily leur serait d'une aide précieuse, mais Haïa savait que son frère ne l'appréciait pas, même s'il ne l'avait jamais montré ouvertement. Comment devrait-elle le lui demander ? Devrait-elle lui révéler tous les sentiments qu'elle a par rapport à son amie ? Même si le vieil homme, qui semblait être un ami d'Ase, paraissait innocent, la jeune femme ne pouvait pas faire confiance à un inconnu. Il fallait qu'elle retourne chez Lily, même si ce n'était que pour lui dire au revoir, ou adieu. Et après ? Elle n'avait aucun moyen de payer un loyer, et son frère n'en avait pas l'air non plus.Des images des semaines où elle avait dû vivre dans la rue envahirent sa vision. Elle se raidit. Non, elle ne voulait pas revivre ça. Cette idée était absurde. Peut-être son frère avait-il déjà une idée, ou cachait-il plus de richesses que son apparence le montrait. Elle posa une nouvelle requête, espérant cette fois-ci qu'il ne l'esquive pas.

-Il faut que je retourne chez l'amie qui m'héberge depuis des années. Veux-tu bien venir avec moi ? Nous pourrons parler plus calmement.

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Jeu 8 Mar - 18:18
Il semblait que Haïa, à l'instar d'Ase, ait trouvé un hôte. Il n'aimait pas l'idée de rejoindre sa soeur chez un inconnu, il se sentait bien bien parmi les vieux livres de Daendren. Il préférait rester ici afin de se réapproprier l'usage de la magie qu'il n'avait que trop peu eu l'occasion d'expérimenter.

-Je vais t'attendre ici.

La réponse était simple et le ton était ferme, sans appel. Le vieil homme sentit qu'une certaine tension s'installait et décida de porter aussitôt secours aux jumeaux.

-Vous savez, vous pourriez loger ici. Cela fait longtemps que je suis veuf et que mon fils est parti. Il nous reste encore une chambre à l'étage.

Ase vit là l'opportunité de convaincre sa soeur de le rejoindre dans la demeure et décida de tenter de la convaincre.

-Et il y a une cour pour pratiquer, compléta-t-il.

Il craignait que sa soeur ne refuse, néanmoins elle avait toujours été plutôt malléable et à moins qu'elle n'ai gagné en caractère, il avait encore bon espoir qu'elle accepte. Après tout, cela ne signifiait pas quitter à jamais son ami -qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme, après tout Haïa aurait bien pu se fiancer sans qu'il n'en sache encore rien- elle pourrait toujours le revoir quand elle le souhaiterait. Tout du moins, avant que ses ambitions ne les portent plus loin.

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Sam 10 Mar - 21:10
Haïa n'avait certainement pas envie de loger ici, mais son frère n'avait pas l'air décidé d'une autre option. Elle devrait supporter la douleur pour le moment, ils ne devraient pas rester ici bien longtemps.

—Eh bien, je vais y aller, je reviendrais dans quelques heures.

Sans se retourner, elle sortit dehors. Elle prit soin de noter l'apparence de la demeure, son entourage et son emplacement dans le quartier ainsi que son adresse, afin qu'elle puisse y retourner facilement. Durant ses premières semaines seule, elle avait beaucoup voyagé dans la ville, ce qui lui permettait de savoir où elle se situait facilement. Elle n'aurait aucun mal à y retourner.

Le soleil était clément, l'air était légèrement humide mais agréable. Le ciel parfaitement dégagé laissait pleinement se répandre la lumière de l'astre. La robe d'Haïa coupait le contact du vent avec sa peau, elle ne ressentait pas sa fraîcheur. Elle se promena de rue en rue, baissant le regard dès qu'elle croisait une personne, pour enfin arriver à sa destination. La maison de Lily ressemblait à toutes celles alentour, faites de pierres soigneusement taillées, et s'élevant sur quelques mètres. Un petit jardin avait été aménagé autour du chemin de dalles menant à la porte d'entrée. On y trouvait une variété de fleurs, si diverses qu'on croirait regarder un arc en ciel. Haïa s'avança avec appréhension vers la porte. Celle-ci s'ouvrit gracieusement avant même qu'elle ne puisse y toquer. Une femme d'un âge similaire se trouvait sur le pas, ses boucles dorées retombant avec élégance sur ses fines épaules, couvertes par les longues manches d'une robe de prêtresse, parfaitement blanche, excepté les coutures mordorées. D'un geste simple mais significatif de la main, elle invita son amie à entrer à l'intérieur.

Les deux jeunes femmes prirent place autour de la petite table de bois qui trônait au milieu du salon. Lily attendit calmement que son interlocutrice commence à s'exprimer, sans la tirailler de question. Bientôt, Haïa se mit à raconter la nouvelle situation dans laquelle elle se trouvait, avec les retrouvailles de son frère et l'invitation du vieil homme. L'autre l'écoutait attentivement, ne ratant pas un de ses mots, les analysant tous.


—Oh, c'était donc cela. Je ne te cache pas avoir été surprise lorsque j'ai lu ton message quelques minutes après mon réveil. Te savoir là me rassure, j'étais prête à partir à ta recherche. Je ressens ta joie d'avoir retrouvé ton frère, bien que je ne me souvienne pas beaucoup de lui, il ne venait jamais me parler. Je ne peux pas faire de choix à ta place, et quel qu'il soit, je l'accepterais. Je suis désolée de ne pas pouvoir t'aider, je peux juste te donner ma bénédiction. Je souhaite que tu sois heureuse, mais j'ai aussi mes désirs égoïstes. Promets-moi que, quel que soit ton choix, nous resterons en contact d'une manière ou d'une autre.

Ces mots la rassuraient grandement. Elle n'avait jamais trouvé aussi bonne amie que Lily, qui la comprenait si bien et pouvait convoyer ses émotions si divinement. Oui, personne ne pouvait choisir à sa place. Elle ne comptait pas non plus abandonner Lily. Contrairement à cette dernière, elle devait se battre pour trouver les bons mots, ils ne coulaient pas naturellement de sa gorge. Elle réfléchit, quelques secondes ou quelques minutes peut-être, avant de s'exprimer du mieux possible, tentant d'avoir un ton neutre.


—Merci de tout ce que tu as faite pour moi ces dernières années. Je te promets de rester en contact d'une manière ou d'une autre. Elle prit le papier qui était resté sur la place, ainsi que la plume d'encre qui se trouvait en son centre, et inscrivit l'adresse qu'elle avait retenue. Tiens, tu pourras me trouver ici. Je ne sais pas combien de temps j'y resterais, mais je te préviendrais si je dois voyager. N'hésite pas à venir me voir, quoi qu'en dise mon frère. Merci…





De chaudes larmes commencèrent à s'accumuler sous ses paupières fermées. Son amie la prit délicatement dans ses bras, lui frottant lentement le dos d'un geste sinueux, faisant de son mieux pour la calmer et lui transmettre ses sentiments. Ils passèrent ensuite plusieurs heures à parler, de tout et de rien comme à leurs habitudes. Les mêmes histoires, les mêmes rires, les mêmes soulagements, la même ambiance chaleureuse. Après tant d'années, il était temps pour Haïa de prendre un nouveau départ. Elle quitterait son amie et vivrait avec son frère, comme auparavant. Elle en avait assez des journées similaires, elle voulait avancer sans savoir ce qu'elle affronterait le jour suivant.

Le ciel s'assombrissait, Haïa voulait revoir son frère le soir, elle devrait se dépêcher de faire ses bagages afin de ne pas traîner les rues de nuit. Elle rentra dans sa chambre qui serait bientôt déserte, et plaça tout ce qu'elle trouvait d'important dans un grand sac, qu'elle avait cousu elle-même il y a quelques mois. Robes, habits, quelques livres de magie, de culture et d'art, son matériel de couture, son matériel de peinture et de dessin et pour finir une magnifique statuette d'Ehol que Lily lui avait offerte, un souvenir qui lui permettrait de ne jamais l'oublier. Avant de partir, elle fit une dernière longue accolade à sa chère amie.

Elle reprit la route, se dirigeant habilement au travers du dédale de rues. Cette fois-ci, elle ne baissait pas la tête, et osait même parfois affirmer un sourire aux passants. Le soleil commençait à se coucher, tournant le ciel cramoisi. Au travers de quelques détours, elle retrouva la maison. Une myriade de doutes l'assaillit. Faisait-elle le bon choix ? Devait-elle abandonner sa vie tranquille mais isolée ? Son frère était-il le même, pourrait-elle reposer sur lui ? Ses derniers mètres lui semblaient interminables, le monde était comme ralenti autour d'elle, chacun de ses mouvements semblait trop prononcé et irréaliste. Elle ne pouvait plus faire marche arrière. Elle ne pouvait pas effacer cette journée. Sa nouvelle vie commençait maintenant, portée par les vagues tumultueuses du destin.

Sans frapper à la porte, elle l'ouvrit et attendit…

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Dim 11 Mar - 13:46
Ase n’avait pas perdu son temps et s’était rapidement mis à l’étude du carnet. Mais, troublé par les évènements il n’avait réussi à trouver suffisante concentration pour percer les sens cachés dans cet ancien texte. Il retourna donc rapidement s’asseoir dans le fauteuil, en face de Daendren. Celui-ci était allé préparer un repas alors que le jeune homme était perdu dans les runes. Ils mangèrent dans la bibliothèque, comme à leur habitude, commençant à parler non pas de magie, mais bien de ce qui allait suivre.

—Je devrai probablement partir, tu t’en doutes.

—Pour aller où ? La voix de l’homme s’était drapée d’un tremolo léger qui trahissait son chagrin.

—Je ne sais pas, nous verrons bien. J’aimerais tant voir les ouvrages cachés que contiennent les bibliothèques d’Aquaria, mais je n’ai aucune chance d’y pénétrer. Ventus pourrait peut-être aussi nous accueillir.

—Je ne peux t’être d’aucune aide. Mais cette maison restera tienne où que tu ailles mon ami. Tu pourras toujours y revenir.


Une idée germa dans l’esprit du garçon qui commençait à sentir une douce chaleur derrière ses yeux. Il se retenait néanmoins de verser la moindre larme devant celui qui avait été presque un père pour lui.

—Tu pourrais venir avec nous mon vieil ami… Rien ne t’oblige à rester ici.

Mais à l’instant même où cette pensée était apparue, il en avait connu la réponse. Et le vieil homme le savait aussi, si bien qu’il garda le silence. Rien ne pouvait lui faire quitter sa demeure, ses souvenirs y étaient trop intenses et l’époque des aventures semblait bien éloignée pour lui à présent.

—Tu prendras soin de ta sœur. Tu prendras garde à la magie autant qu’aux hommes. Tu reviendras en vie.

Il asséna ses paroles telles des dogmes infranchissables. Ase comptait bien les respecter. Mais des dizaines de pensées confuses se frayaient un chemin dans sa tête, comme des colonies entières de fourmis. Il n’arrivait pas à éclaircir ses idées, à vider son esprit comme il en avait l’habitude. Il se leva en remerciant Daendren pour ses conseils et son amitié inébranlable. Il récupéra sa rapière et sa chaîne et sortit dans la cour. Resserrant les lacets de ses vêtements afin qu’ils soient plus au corps il libéra la corde hérissée de lames et la lame aussi effilée qu’un rasoir.

Se plaçant parfaitement au centre du cercle de la petite cour dallée en un parfait cercle blanc, surmonté d’un petit rebord, il inspecta les huit poteaux de sapin que Daendren avait fait installer pour lui. Ils étaient tous éloignés de cinq courts pas du centre. De sa main droite il fit jouer son arme, la faisant claquer contre les dalles ébréchées comme un fouet, de sa gauche il faisait tournoyer sa lame. Son ambidextrie avait d’abord été un fardeau, il était malhabile des deux mains. Mais un entraînement régulier lui avait permis de surmonter cet obstacle et constituait à présent un atout important. La chaîne décrivit une courbe gracieuse dans l’air frais, renvoyant des éclats de lumière blanche sur son passage, traînée de feu vive suspendue un instant autour de lui. Le vieil homme était sorti, se tenant sur le palier de l’arrière porte en observant avec admiration la beauté des gestes d’Ase. Il avait toujours cherché une forme de perfection dans les arts martiaux et il avait trouvé un équilibre surprenant entre beauté et létalité. L’air frémit et les lames lacérèrent profondément l’un des poteaux avant de s’enrouler autour du suivant. D’un geste ferme, il tira sur la chaîne. Mais, trop profondément ancrée, et le pilier affaibli, ce dernier s’arracha du sol et vola vers son agresseur. Le clair de la lame brilla et s’abattit contre la cible d’entraînement. Quelques éclats de bois et le bruit sourd du choc contre la pierre. Sans la moindre pause le guerrier reprend et, libérant sa chaîne, de deux pas en avant, va lacérer le flanc d’un autre pilier, un pas de côté et c’est sa rapière aiguisée qui sillonne le suivant.

Daendren assiste rarement aux entraînements d’Ase, mais à plusieurs reprises il lui a fourni une résistance plus intéressante. Il doit être prêt avant de partir. Paré à toute éventualité. Ce n’est pas grand-chose, ni la première fois, mais il entame une étonnante litanie, lancinante, fascinante. Les piliers vibrent et deux fines branches poussent, elles se tortillent comme vivantes mais sont de terre. Formant des bras, le bas se sépare, formant une paire de jambes. Des glaives de roche surgissent entre leurs mains couvertes de fragments d'écorces. Des cavités se creusent, imitant grossièrement des orbites et une bouche hurlante. Le jeune homme lance un regard à son ami et sourit de toutes ses dents. Les piliers étaient en majeur partie creux et remplis de terre. Avec plaisir il se jette dans une danse mortelle, fauchant ses adversaires animés par magie. Dans le chant morne du magicien et les explosions d’acier qui résonnent dans toute la maison, le combat se poursuit, et une heure plus tard, alors que Haïa franchit la porte, aucun des deux hommes n’est à l'intérieur, il reste encore trois troncs, les autres gisants éventrés et éclatés au sol.

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Lun 12 Mar - 18:50
Haïa mit le premier pied dans la maison. Pas un bruit à l'intérieur, mais des sons de combat violent pénètrent depuis l'extérieur par une petite porte au bout du couloir, entreouverte. Elle avança lentement, comme pour ne pas faire de bruit, refermant soigneusement la porte derrière elle. Ses pas tapaient subtilement sur le sol, mais trop peu fortement pour être entendu depuis la cour. Elle passa toujours aussi discrètement derrière l'escalier, et ouvrir un peu plus la porte. Elle observa son frère s'entraîner, ses yeux humides, presque émue par les efforts qu'Ase faisait, sans doute depuis des années. Le faisait-il pour elle, pour la protéger ? Elle se retrouvait à fantasmer sur cette possibilité, ne voyant plus le temps couler, si bien que quand elle voulut faire le prochain pas pour entrer dans la cour, sa jambe était engourdie et elle trébucha. Elle tomba sur le sol tête la première, s'égratignant la joue contre un caillou. Tentant de se relever, elle se mit à genoux, mais la journée l'ayant épuisée, elle n'en avait plus la force.

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Mar 13 Mar - 0:20
La rapière siffla et fit voler des éclats de bois et un filet de poussière, s’abattit en grand fracas le tronc contre le sol, éventré, ébranlant les pavés blancs. La chaîne fusa et planta sa dernière lame dans la cible animée, d’une brève traction il l’attira à lui et lui assena un féroce coup de pied qui l’envoya valser contre le suivant. Là, un bruit attira son attention et aussitôt les pantins se figèrent. Haïa gisait par terre à côté de Daendren qui se penchait déjà au-dessus d’elle afin de vérifier que tout allait bien. Ase s’agenouilla à son tour. Sa sœur avait un peu de sang sur la joue Et il s’empressa d’aller chercher un peu d’eau en cuisines pour nettoyer son visage. Il humidifia un chiffon et tenta d’effacer les traces rouges sur la pommette d’Haïa.

— Fais un peu plus attention voyons ! Tu aurais pu te blesser ! Vociféra le jeune homme dont les cheveux tombaient autour de son visage en cascade. Il plaça rapidement autour de lui la chaîne de lames qui crissèrent sur ses plaques cachées par ses drapés et rengaina sa lame, lui rendant l'aspect d'un vieux bâton usé.

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Sam 17 Mar - 21:07
Sa joue la brûlait légérement, mais le pire fut le contact du tissu imbibé d'eau avec sa peau, qui la picota pendant une dizaine de secondes. Elle se sentait étourdie, fatiguée par sa journée. Ses yeux se baladaient faiblement, tentant d'assimiler son environnement, mais sa vision était floue et elle avait du mal à empêcher ses paupièrs de se fermer. Cet état était sans doute un mélange de l'anxiété, du choc à la tête qu'elle avait reçue et de l'exercice qu'elle n'avait pas pratiquée si intensément depuis bien longtemps. Elle tentait de se concentrer, de rester éveiller, mais un intense mal de tête en éliminait toute possibilité. Très difficilement, elle anima ses lèvres, tentant de former une phrase ayant du sens :

- Je suis... de retour.

Sa voix était faible, son front brûlant et sa respiration haletante. Une mauvaise fièvre l'avait frappée, et sa conscience s'arrêta pour se reposer. Ses yeux se fermèrent, et elle s'endormit brusquement. Les voix alentours n'étaient pas suffisantes pour la réveiller, ni la bonne odeur de nourriture. Elle avait sans doute besoin d'une bonne nuit de sommeil, sa dernière ayant été écourtée.

Une lumière intense la réveille. Devant elle, une bête géante. Elle mesure près de deux fois la taille de la jeune femme, est couverte d'une fine couche de poils bruns sur le haut de son crâne, mais tout le reste de son corps n'est qu'une infâme peau grise, rude, presque écaillée. Le monstre possède une mâchoire géante, de grandes canines acérées, déjà pleines de sang, et qui foncent droit sur Haïa. Elle arrive à esquiver l'attaque d'une roulade, mais la nouvelle direction à laquelle elle fait face est aussi dangereuse. Devant elle se trouve un long tunnel, avec un gouffre en plein milieu. Il faut se presser, le grognement féroce de la bête se rapproche d'elle. Elle court, sans s'arrêter, et saute par dessus le gouffre. Suspendue dans l'air, le temps est ralenti. Elle baisse la tête et voit les centaines de pics aussi perçants les uns que les autres, prêts à l'achever si elle ne va pas assez loin. Elle perd de la hauteur, et est toujours bien trop éloignée du bord Elle sent maintenant un des pics effleurer son ventre. Il la transperce, et elle passe à travers le sol. Elle se réveille, confortablement couchée dans son lit. Elle se relève. Son frère se tient là, et sans crier gare, lui lance sa chaîne autour du cou et l'étouffe peu à peu. Et puis, elle se réveille. Il faisait encore nuit. Elle roula sur le côté, ferma les yeux, et se rendormit.

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Sam 17 Mar - 22:15
Son front était brûlant et elle venait de s’endormir brutalement. Ase la souleva en plaçant ses bras autour de ses épaules et sous ses genoux et la transporta à l’étage. Le vieil homme le suivit en montant le sac qui contenait les affaires de la jeune femme.
Elle semblait si frêle étendue entre ses bras, si légère et fragile. Elle avait changé, mais était toujours la même petite fille de ses souvenirs. A le suivre, à lui faire confiance, à l’aimer. Lui ne se reconnaissait plus et il sentit comme un pincement au cœur, sa gorge se serrer à cette pensée. Sa sœur lui était revenue et il devait prendre soin d’elle. Mais ce visage… Sa mère…
Ils la couchèrent dans le lit de la chambre restante et la couvrir d’un drap blanc de coton et d’un édredon gris et épais. Ils la laissèrent ainsi, non sans que Ase ai auparavant déposé un baiser sur le front de sa sœur. En souvenir du passé. Elle lui avait manqué.

Il retourna s’entraîner avec plus d’ardeur encore, faisant siffler l’air de sa chaîne, ses vêtements flottant derrière lui, ses cheveux éclatant et ondulant à chacune de ses roulades et de ses bottes. Sa rapière filait, perçant d’invisibles adversaires. Daendren ajouta en épreuve en jouant de sa magie afin de pousser son ami dans ses derniers retranchements. Finalement épuisé et souffrant de plusieurs contractures, Ase abandonna sa lame à son fourreau et enroula à nouveau le terrible fouet autour de ses plates, qu’il recouvrit de tissu. L’érudit alla leur préparer une décoction de sorbier et ils parlèrent à nouveau jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Montant en silence l’escalier de bois qui grinçait perceptiblement sous ses pieds déchaussés, sandales à la main, il gagna sa chambre suivi de près par Daendren. Il se dévêtit rapidement et s’allongea sur son lit. Par la fenêtre aux carreaux poussiéreux filtrait la clarté lunaire qui tombait sur lui et faisait luire sa peau d’une lueur blafarde. Il passa son doigt dans le creux à la base de son cou. Il ne devait plus se laisser blesser, ni même laisser sa sœur l’être.
Il ferma les yeux, se promettant de ne se réveiller que tard le matin afin d’avoir récupéré de ces évènements éreintants. Dans la pénombre, ses yeux entament un furieux ballet derrière ses paupières closes et les traits de son visage balafré se tendent imperceptiblement.

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Mer 28 Mar - 21:01
Une heure, ou peut-être deux voire trois passèrent. Elle se réveilla à nouveau, cette fois-ci des rayons de lumières palpant à travers les rideaux tirés de la pièce. Un léger mal de crâne, elle avait toujours chaud mais elle se sentait capable de se lever. Elle descendit l'escalier de bois d'un pas léger, tentant de garder son équilibre marche après marche. Enfin, elle atteignit le sol et elle continua son chemin dans le long couloir. Elle s'arrêta devant une pièce, porte grande ouverte, d'où émanait des bruits d'activité humaine. À l'intérieur se trouvait Daendren. Il la vit le premier et lui indiqua une chaise en face de lui d'un geste invitant. Sans ouvrir la bouche, elle s'y assit. Le vieil homme lui apporta un verre d'eau. Elle en but la moitié et le reposa.

— Comment allez-vous ?

Elle hésita un moment, puis répondit :

— Hum, je vais un peu mieux, merci.

Aucun des deux ne prenait la parole, elle parce qu'elle était intimidée par l'érudit à qui elle faisait face, et lui car il ne voulait pas la brusquer. Finalement, elle commença :

—Merci de votre hospitalité... Nous ne resterons pas longtemps, mon frère et moi.

— Oh mais vous pouvez rester autant de temps que vous le souhaitez

— Merci... mais nous ne pouvons vraiment pas rester.


Sans dire un mot de plus, elle se releva et se dirigea vers la cour où son frère s'entraînait le jour précédent. Elle s'assit sur une pierre et contempla les troncs massacrés, rêveuse.

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Mer 28 Mar - 22:04
Deux points bleus électriques apparaissent dans la pénombre. Les volets de bois filtrent une clarté dorée qui chute en rais droits jusqu’aux pieds de du jeune homme, faisant apparaître les folles danses de la poussière dont l’air est saturé en cette matinée. Il ne s’est pas levé tôt. Il avait besoin de beaucoup de repos après cette journée éprouvante, mais il lui faut se lever. La faim tiraille déjà son estomac. Il saisit un pantalon de toile couleur crème et l’enfile avant de descendre. En passant devant la chambre de sa sœur, il s’aperçoit qu’elle est déjà levée. Étirant ses muscles endoloris et faisant jouer ses épaules il dévale les escaliers sans un son et se rue dans la cuisine où son ami est assis à la table devant un thé. Ase sent d’ici l’odeur entêtante du thé noir et fort. Il prend une tasse et fait couler le liquide foncé et fumant de la théière sans un mot. Puis il s’assoit et pose ses jambes sur la table avant de s’étirer et de faire craquer sa nuque. Il porte presque tous les jours ses plates et sa tenue drapée, mais le poids qu’elles exercent rend souvent ses épaules douloureuses. Aujourd’hui il compte rester ici à s’occuper de la suite des évènements, il n’aura besoin d’aucune protection.

— Elle m’a annoncé que vous alliez partir prochainement.

Sa voix était grinçante ce matin et il semblait tendu. Il ne regarda pas son ami et garda ses yeux sur sa tasse alors qu’Ase le dévisageait, tentant de percevoir la moindre expression sur ce visage crispé.

— Je n’avais rien prévu quant à la date de notre départ. Mais si elle veut partir, je doute de pouvoir retarder plus la suite.

Il monta la tasse ébréchée à ses lèvres et avala quelques gorgées brûlantes. Il avait aussi la gorge serrée et avait du mal et parler de cela sans qu’un nœud ne se forme dans son ventre.

— Je ne sais pas même où aller.

— Tu devrais te rendre à la bibliothèque d’Aquaria, lui suggéra-t-il. Si quelqu’un s’intéresse là-bas à votre cas, vous pourriez bien trouver de l’aide. Ne serait-ce que pour stabiliser votre magie.

— Je suis un voleur, s’ils sont informés je ne ferais que me jeter dans la gueule du loup.

Le vieil homme sourit et inspecta son ami.

— Eh bien, il te faudrait peut-être te couvrir un peu plus, mais ainsi tu ne ressembles pas à un voleur. Et puis de ce que je sais, tu es réputé pour ne laisser aucune trace.

— Alors peut-être devrais-je effacer la seule que j’ai jamais laissée. Toi.


Les deux hommes rirent de bon cœur pendant plusieurs minutes et continuèrent de discuter sur des sujets moins sérieux. Mais l’idée avait pris racine dans l’esprit d’Ase et il comptait bien la présenter à sa sœur. La cherchant d’abord dans le salon il la trouva finalement dans la cour. Assise sur une pierre. Il prit place à côté d’elle. La brise froide fit frissonner sa peau nue, mais il l’ignora. Il prit la parole avec assurance.

— Tu veux partir au plus vite? Il fit une courte pause. Daen’ m’en a parlé.

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Sam 31 Mar - 19:08
Les choses s'étaient déroulées si vite, elle n'avait pas eu de moments pour vraiment y penser, reposée. Mais maintenant, elle pouvait prendre un peu de recul sur les événements du jour précédent. Elle savait qu'elle avait pris la bonne décision. Mais où iraient-ils ? Est-ce que son frère serait prêt à la suivre partout ? En y repensant, elle n'avait pas eu l'occasion d'avoir de discussion personnelle avec lui. Après tout, cela faisait six ans qu'ils ne s'étaient pas vus. Ils avaient sans doute changé, peut-être même leurs idéologies s'étaient éloignées. Si Ehol les avait réunis en ce jour, il devait bien y avoir une raison. Il était temps pour Haïa de prendre son destin en main, il était temps qu'elle prenne les décisions.

Son frère s'assit à côté d'elle et engagea la conversation. Sa question lui procura une joie intense, mais l'évocation du nom peu après brisa sa bulle. Pourquoi devait-il parler de lui ? Ne pouvait-il pas faire simplement comme s'il avait eu l'idée, ou s'il avait compris sa soeur ? Ce nom, même s'il devait sembler ridicule pour Ase, ne faisait que l'éloigner d'Haïa. Daendren n'était qu'un obstacle. Elle devait s'en débarrasser au plus vite avant qu'il ne corrompe plus encore son frère. Pour le moment, elle ne pouvait que tester Ase. Elle laissa le haut de son corps tomber délicatement contre le corps dénudé du jeune homme, posant sa tête contre son épaule. Elle lui dit, d'une voix douce et lente, sans accrocs :


— Tu ne veux pas partir ? C'est ton choix, je ne t'y obligerais pas... peut-être nous croiserons-nous à nouveau.

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Sam 31 Mar - 19:32

Ase sourit de toutes dents à sa sœur. Le soleil commençait à être haut dans le ciel et une ombre tranchée traversait le visage bienveillant qu’il arborait en posant son regard sur Haïa. Il entoura ses épaules de ses bras tout en ramenant ses jambes en tailleur. Il balaya une mèche chocolat de sa joue et l’image de sa mère poignit dans son esprit durant un bref instant, mais il effaça cette image. Les rayons d’Hélios tombaient sur le menton de la jeune fille, révélant comme une beauté oubliée, qu’il n’avait sût voir, éclipsé par le fantôme d’un souvenir brumeux.


— Je te suivrai. Il me restera peut-être encore quelques petites choses à régler selon ce que tu souhaites faire.

Il pencha sa tête contre celle d’Haïa et déposa, du bout de ses lèvres, un baiser sur son front.
Il espérait que sa sœur avait gardé une certaine attirance pour la magie, car quoi qu’il en soit il l’accompagnerait pour leur pouvoir. Mais il devrait se rendre à la grande bibliothèque probablement et il s’était toujours promis de dissimuler la blessure qu’il avait dans le bas du dos. Le moment semblait être le mieux choisi, un nouveau départ, une nouvelle vie. Encore.

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Sam 31 Mar - 19:51
La réponse de son frère l'avait satisfaite. Il était resté fidèle. Mais celle-ci souleva une question, que souhaitait-elle faire ? Sûrement pas rester ici, elle voulait avancer vers son but. Elle déclara d'une voix affirmée :

— La magie. J'ai besoin de toi pour l'utiliser.

Ses paroles étaient franches et directes, et elle se délectait déjà des réactions de son frère qu'elle imaginait. Elle avait changé, elle ne comptait plus perdre son frère et elle était à tout pour ça, même si sa folie devait la mener à sa perte. Haïa apercevait déjà le bout de son voyage, la Vraie magie à sa portée et le monde changé à jamais, à son image. Un trône pour Haïa et Ase, siégeant au milieu d'une immense clairière fleurie où vivent quelques élus, Ehol, papa, Lily et maman. C'était presque un jeu ce dans quoi elle se lançait, et elle n'avait pas le droit à l'erreur. La moindre faute, le moindre oubli, et tout serait terminé. Elle vivrait à l'encontre de la société, et de son pire ennemi, elle-même. Ce plan était la dernière volonté qu'elle avait de ce monde, et il ne faillirait pas.

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Sam 31 Mar - 20:01
Les espoirs du jeune homme brillèrent de plus belle. Elle marcherait dans ses pas, il lui ouvrirait la voie, mais tous deux suivraient le même chemin.

—Le vieil homme m’a conseillé que nous nous rendions à la grande bibliothèque afin de trouver une piste. Il nous faut stabiliser nos sceaux.

Sa voix se fit plus dure à la fin, alors qu’il pensa « pour que ça ne se reproduise pas ». Il était de plus en plus emballé par ses retrouvailles avec sa sœur. Elle lui avait plus manqué qu’il ne l’avait pensé. Ils avaient toujours été presque fusionnels et la violente rupture qu’il avait provoquée les avait blessés tous deux plus qu’il ne l’avait imaginé. Il posa son front contre celui d’Haïa, leurs nez se touchant. Il ferma les yeux et raffermit son étreinte.

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Sam 31 Mar - 20:23
Stabiliser leurs sceaux ? C'est une idée à laquelle Haïa n'avait jamais pensé. Songer à l'idée de faire de la magie sans son frère lui était impossible, voulait-il l'utiliser pour se débarrasser d'elle après tout ? Elle devait à tout prix le savoir, et pour cela elle ne connaissait qu'une méthode : le tester encore et encore.

— Es-tu prêt à... tout pour moi ?

Sans crier gare, elle déposa un baiser sur le coin de ses lèvres.

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Sam 31 Mar - 20:59
Ase recula sa tête brusquement. Totalement pris au dépourvu par ce geste imprévisible venant de sa sœur. Il était troublé, elle avait plus changé qu’il ne l’avait imaginé. Il ne savait vraiment comment réagir, si bien qu’il lui fallut quelques secondes avant de reprendre possession de ses moyens et il se redressa, plantant son regard dans les yeux bleu pâle qui lui faisaient face.

— Oui.

Il leva le visage vers le ciel et le soleil qui tombait comme palpable dans l’air humide. Une fine bruine se mit à tomber. Légère, elle recouvrit la peau à découvert du menteur. Les pensées ne comptaient pas, seuls les actes importaient. Il avait décidé d’ignorer l’écart de sa sœur et de tromper sa confiance presque instinctivement. Il sentait comme l’étau d’une sirène se refermer autour de lui. Doux et tendre, agréable et réconfortant, mais cruel et trompeur. Le meilleur moyen de s’en échapper était encore de feindre être pris dans ses filets.

Il aimait sa sœur, mais il ne pouvait pas ainsi s’abandonner à son contrôle. Il avait toujours eu le dessus lors de leur vie à l’institut, et il n’y avait aucune raison que cela change. Pas aujourd’hui en tout cas.
La température de l’air chuta brutalement et fit de nouveau frissonner le dos couvert de gouttelettes d’Ase. Il recouvrit Haïa de ses bras, feignant de la protéger de la pluie.


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Jeu 5 Avr - 13:40
— Eh bien, partons alors !

Suivant ces mots prononcés sur un ton jovial, elle se dégagea de l'emprise de son frère et le repoussa même de ses deux mains au niveau du torse. Elle le regarda en souriant, et se pressa à l'intérieur de la maison. Pas une seconde de plus, elle ne pouvait plus rester ici. Elle se dirigea vers la pièce où se trouvait le vieil homme quelques temps plus tôt. Il y était toujours. Sans attendre qu'il ne se retourne, elle prit la parole.

— Nous partons. Adieu.

Aussi vite qu'elle était apparue, elle se rua à l'étage. Elle avait pu entendre le vieux grogner quelque chose, mais elle n'y avait pas fait attention. Elle reprit les affaires qu'elle avait ramenée la veille, dans un sac, et elle descendit de nouveau les escaliers.

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