Les plus beaux messagers n'apportent pas toujours les meilleures nouvelles [PV Killiane]



 

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Les plus beaux messagers n'apportent pas toujours les meilleures nouvelles [PV Killiane]

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Lun 27 Jan - 20:16
Masse grouillante des esprits supérieurs, moutons se précipitant vers une falaise nommée connaissance. Voilà tout le paradoxe de Ventus, concentré sur le campus de Mihailov. L'élite d'un monde, l'élite d'une nation, regroupée en ce lieu si semblable à un village indépendant. La rencontre de tous ces esprits supérieurs devrait générer une émulation à nulle autre pareille. Les plus grands cerveaux, consacrés tout entier à la formation de la jeunesse et des membres éminents du monde de demain. Foutaises. Rassemblement d'égo bouillonnants qui ne vivent que pour leur onanisme intellectuel, dans l'espoir d'écraser les autres sous leur splendeur présumée. En un sens, les élèves en formation, ces esprits en construction, loin de l'achèvement et de la compréhension qui fera d'eux les piliers de la société, sont de loin les pires. Leur immaturité les pousse à rouler sur tous ceux qui pourraient ralentir leur évolution, ou pire, qui pourraient les faire se sentir inférieurs. Raison pour laquelle les membres les plus renommés de l'université ne sont pas de façon certaine les plus brillants. Les plus beaux, peut-être, les plus charismatiques, certainement. Les meilleurs orateurs, également. Mais les plus intelligents? Rarement. Les éminences grises ne portent pas ce nom pour rien. Pour diverses raisons, en réalité, mais aussi parce qu'ils sont dissimulés dans les ombres.

Bien entendu, je n'ai pas l'orgueil de penser que je suis différent. Tout aussi ego-centré, tout aussi arrogant et sûr autant de ma valeur que de mes capacités. Mais cet univers à part dans lequel j'évolue compte une personne de plus que le leur, et c'est cela, je crois, qui me permet de relativiser. De relativement relativiser, même, si je veux tenter d'être précis. Ou cohérent. Je ne prends que rarement cette peine, quand je parle dans propre esprit. Pourquoi chercher le mot précis qui me permettrait de verbaliser avec concision ma pensée exacte, alors même que je comprends ce que je veux dire. Inutile.

Un soupir m'échappe alors que je quitte le banc sur lequel je m'étais assoupi. Que j'avais eu l'air de m'assoupir, mais où j'étais simplement perdu en pleine réflexion, observant le monde qui m'entoure. Observation sociologique. Ce n'est pas ma spécialité, je le sais bien. Mais si je me confinais à la magie seule, je perdrais tout sens commun. Bien que la définition du sens commun puisse être floue et subjective. Tout comme celle du bon sens. Je rouvre péniblement les yeux, promenant mes prunelles de jade sur les bâtiments devant moi. Je me lève, étire mes longues jambes enserrées dans les braies de lin sombre. Je passe la main sur mon visage, ressentant le contre-coup des derniers jours, passés le nez dans les livres pour achever un devoir et préparer les examens, dans deux mois. Je me demande depuis combien de temps je n'ai pas mangé, ou ne me suis pas lavé. Un certain temps, si j'en crois la barbe que je sens sous mes doigts. Décidé, je me dirige vers les salles d'eau, défaisant en marchant la tresse serrée qui retient mes longs cheveux roux et abondamment bouclés.

Quelques dizaines de minutes plus tard, me voilà de retour dans mes appartements... Plus sérieusement, dans ma chambre, les cheveux encore dégoulinants (ils mettent des heures à sécher), une serviette autour de la taille, une lame courant le long de mes joues et de ma mâchoire. Il n'y a pas à dire, la propreté est vraiment une règle de société...

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Lun 27 Jan - 22:27
Je parcours le campus en longeant les murs comme à mon habitude, telle l'ombre que j'ai toujours été. Renvoyée. Vous n'avez clairement pas les capacités. Je n'ai pas le niveau. Je le savais au fond. Je l'ai toujours su. Et je ne peux dire que je ne m'y attendais pas, au vu de mes résultats en chute régulière et constante. La déception n'en a pas été moins douloureuse, toujours vive si peu de temps après l'annonce officielle de mon échec. Plus de cours donc, mais je suis autorisée à me considérer comme appartenant au campus jusqu'à la fin de l'année. Trop aimable... Je ne devrais pas me montrer si amère. Je ne peux m'en prendre qu'à moi si j'ai échoué, après tout, eux n'y sont pour rien. Et je peux au moins rester auprès de Kelen pour un temps. Me voici donc devenue non seulement ombre mais également fantôme, condamnée à hanter les lieux sans but réel lorsqu'il est occupé, soit la majeure partie du temps.

Quoi que, pas tout à fait sans but. J'ai été convoquée à un nouvel entretien, inattendu celui-là. « Strictement personnel et absolument confidentiel ». Je peine à deviner les raisons de cette convocation, que l'on n'a pas pris la peine de m'annoncer. Je sais déjà que j'ai échoué, que peut-on bien m'annoncer d'autre ? Il semblait pourtant bien clair qu'ils en avaient fini avec moi et n'avaient plus le moindre intérêt pour ma personne – dans la mesure où je ne mette pas à perturber la vie de l'établissement, s'entend. C'est donc sans guère d'entrain que je me rends où je suis attendue. Il me faut un certain temps pour comprendre ce dont on me parle, avec force mots couverts et sous-entendus. Pourtant mon intérêt se réveille au fur et à mesure de la discussion. Je me mets à poser des questions, après avoir répondu à celles qui m'ont été posées. Je comprends le secret qui entoure la discussion, j'acquiesce aux conditions. J'accepte sans hésiter la seconde chance que l'on m'offre, comme tombée du ciel. Une proposition que je ne peux pas refuser, je le sens au fond moi. Même si elle signifie devoir m'éloigner de Kelen pour un temps... Mais je n'aurais pas pu rester à ses côtés l'année prochaine de toute manière. Je ne fais que saisir l'opportunité de faire que cet éloignement soit, au moins, constructif.

Je parcours le campus en longeant les murs comme à mon habitude, telle l'ombre que j'ai toujours été. Mais je n'erre plus désormais, je sais exactement où me conduisent les pas qui me guident sans que j'aie simplement eu besoin d'y réfléchir. Tout comme je n'ai pas eu à me poser de questions sur ce que j'allais dire. Je comprends le secret. Mais il ne concerne pas Kelen. Il fait partie de moi comme je fais partie de lui. Lui cacher quoi que ce soit, et plus encore lui mentir, sont tout simplement inconcevable. Je me rends compte que je marche déjà la tête un peu plus haute qu'il y a tout juste quelques heures. La déception, la honte d'avoir échouées, sont toujours là bien sûr, mais elles ne sont plus seules. Je porte un regard différent sur ce campus qui n'est déjà plus le mien, sur ceux qui m'entourent, sur moi-même aussi sans doute. Je ne ferai jamais partie de cette élite, je l'ai toujours senti. Mais je sais maintenant qu'il me reste une chance de devenir quelqu'un. De faire partie d'un monde qui me correspond davantage. Un monde rempli d'ombres et de secrets.

C'est avec une mine nettement moins sinistre que celle que j'affichais la dernière fois qu'il m'a vue que j'entre dans la chambre de mon frère. Après avoir refermé la porte, je m’assois au bord de son lit sans un mot, lui laissant le temps de finir de se raser et de se préparer. Je le regarde faire en souriant, laissant mes yeux glisser sur sa peau nue que les boucles de ses cheveux encore mouillés parsèment de sillons ruisselants d'eau. Mon humeur s'assombrit légèrement en songeant que lorsque je serai partie, je ne pourrai sans doute pas le revoir pendant près d'un an. Une nouvelle qu'il n'appréciera pas, lui non plus, je le sais bien. Mais il comprendra, je lui fais confiance. Quelque part, je redoute moins de lui annoncer mon départ que lorsque j'ai dû lui dire que j'étais renvoyée. Quand bien même je sais, et je savais déjà, que lui – lui seul, sans doute – ne me juge pas, je ne pouvais m'empêcher de penser que je l'avais déçu, que je n'étais pas à la hauteur de ses sentiments.

Mais cette fois c'est différent. Cette fois, pas d'échec. Bien au contraire. Je sais qu'il comprendra. Et, pour une fois, c'est l'optimisme qui prime sur la déception, les regrets et l'appréhension. Ce qu'il sent, sans doute, alors que je lui lance avec un sourire, au moment où il repose la lame qui a fini de parcourir son visage :

"Tu es nettement plus beau quand tu es rasé."

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Lun 27 Jan - 23:45
Le doux raclement de la lame sur ma peau est accompagné de sombres pensées. Le mouvement mécanique n'a pas besoin d'une réflexion consciente de ma part. Je ne pense pas que je m'égorgerai. Mais à mesure que j'émerge sous l'ermite que je feins d'être la moitié du temps, je me demande à quel point il me faudrait me blesser pour être exclu de l'Académie. Ce que je devrais faire pour échouer après avoir tant travaillé pour y parvenir. Les deux buts de ma vie, tendue uniquement vers elle, tenue uniquement par elle et pour elle. Ne pas la décevoir, et devenir le meilleur Magicien possible, pour que notre Pacte lui soit le plus profitable, et que nous puissions enfin vivre comme nous l'entendons, loin de l'avis moralisateur de notre mère, et de la médiocrité contagieuse de notre père. Je sens un long frisson de colère remonter le long de ma colonne vertébrale. Mon poing se serre autour de la lame, et je sens le tranchant mordre la chair, je vois dans le miroir le filet carmin qui coule le long de ma gorge. Fasciné, je m'interromps, suis sa course sur ma peau d'albâtre. Je repose la lame alors qu'un souffle tremblant m'échappe. Ma main monte le long de ma gorge, mon doigt appuie, s'enfonce dans la blessure, alors que la douleur, enfin, me donne l'impression de payer, un peu pour mon échec, pour ma déception, pour le tourment qui embrouille mon esprit. La souffrance clarifie tout, étonnamment. Mes mâchoires se serrent, mes sourcils se froncent. Quoiqu'il arrive, j'ai simplement mal. Dans mon cœur, dans mon âme. La simple idée d'être séparé...

A nouveau, je me fige. Une tension, une impression. Les Pactisants ne sont pas exactement des vortex d'énergies, des sangsues magiques, mais ils sont une chape d'une douce pression qui pèse sur le Mage. Agréable sensation, alors que je sais qu'elle approche, confusément, inconsciemment, à un niveau inédit et incompréhensible pour le commun des mortels. Je nettoie rapidement le sang sur ma main, sur la colonne de mon cou. Juste à temps, la porte s'ouvre, et tous les soucis que j'ai pu avoir jusque-là s'envolent. Je la suis des yeux dans le miroir jusqu'à ce qu'elle prenne place sur le rebord du lit. Elle est là, avec moi, et j'ai l'impression que tout est à sa place. Je finis de me raser, rince les restes de mousse, et m'empare d'une serviette pour me sécher les cheveux. Je rejette le tissu humide et, enfin, la regarde. Elle n'a pas l'air déçue, n'a pas l'air angoissée, n'a pas l'air triste. Un nœud glacé de terreur se forme dans mon ventre. Ne ressent-elle rien à l'idée de partir? Non, non, c'est impossible. Il doit y avoir autre chose. Une nouvelle dont je n'ai pas encore été informé et qui a amené ce sourire dans ses yeux.

Je ne prends pas la peine de m'habiller, ni d'essayer de démêler le nid capillaire, ou de bander la coupure qui dépare ma gorge. Je m'agenouille devant elle, son visage entre mes doigts humides, ses lèvres fraîches contre les miennes. Elle vient de dehors, sans doute aucun, directement à moi. Je ne me suis pas trompé, il s'est passé quelque chose. A la sentir contre moi, j'ai presque envie de ne pas demander. Mais elle a l'air si satisfaite que je n'ai pas à cœur de m'imposer. Je m'installe plus confortablement, les fesses sur mes talons, et je laisse mes mains explorer son corps jusqu'à se poser, propriétaires, autour de sa taille fine. Le sourire ne me quitte pas, et ma voix de baryton, qui n'est aussi chaleureuse qu'avec elle, s'élève en un murmure dans ma sobre chambre d'étudiant:

"Je suis surtout beaucoup plus net. Mais je ne resplendis pas autant que toi... Qu'est-il arrivé, Killi? Pourquoi ces étoiles dans tes yeux, malgré les circonstances?"

Je sais que mes doigts serrent un peu trop, s'enfoncent dans sa peau. Trop désespéré, trop fervent, trop bouillonnant. Trop aimant, étouffant. Trop possessif. Je ne sais toujours pas ce que je ferai, si elle me dit qu'elle a décidé de partir, définitivement, de m'abandonner. J'inspire profondément, mais j'ignore si j'ai l'air enthousiaste pour elle, simplement paniqué à l'idée de la réponse qu'elle va me donner, ou si la colère, née de ma jalousie, rage meurtrière qui pourrait se retourner contre elle au moindre faux pas, apparaît déjà dans mes yeux. Tout ce dont je suis certain, c'est qu'elle ne partira pas sans m'avoir répondu...

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Mar 28 Jan - 4:33
Une fois sa tâche terminée, il vient vers moi. Comme je savais qu'il le ferait. Comme il le fait toujours. Douce et réconfortante certitude, rituel rassurant et intemporel, dont je profite comme toujours sans l'interrompre. Son contact me réchauffe, chasse le froid de l'extérieur que je n'avais pas vraiment remarqué jusqu'alors, perdue dans mes pensées et dans cet enchaînement improbable d'événements. J'aime le sentir près de moi, contre moi, comme si soudainement le monde devenait plus réel, plus tangible, puisque je peux le toucher, lui. Je laisse mes doigts courir dans les boucles de ses cheveux, sur son visage, j'entoure ses épaules de mes bras, mon visage pressé contre le sien. Quand il change de position, je remarque la fine blessure sur sa gorge, mes sourcils se froncent légèrement. Je l'effleure du bout du doigt tout en laissant échapper, pas vraiment inquiète mais malgré tout soucieuse :

"Tu t'es coupé..."

Ce n'est rien de très grave, je le vois bien, mais chacune de ses blessures m'atteint comme s'il s'agissait de la mienne. Plus encore, sans doute. Je m'entraîne assez souvent à combattre pour ne plus vraiment sentir les égratignures et ecchymoses que je peux recevoir. Lui en revanche... J'aimerais avoir le pouvoir de le protéger de tout, que jamais rien ne puisse le toucher ou lui faire du mal. C'est impossible, bien sûr, alors je me contente de faire de mon mieux. Et de faire tout ce que je peux pour devenir meilleure, pouvoir le protéger davantage et mieux.

Mon sourire revient quand j'entends sa voix, douce et chaleureuse, celle que je sais n'être réservée qu'à moi. Celle qui me fait oublier tout le reste, qui efface mes inquiétudes et mes échecs. Je ferme les yeux, comme pour mieux l'entendre. Pour mieux sentir ses mains serrées sur mes hanches. J'aime cette sensation, presque douloureuse sans l'être vraiment. Comme une preuve supplémentaire que je suis à lui. Que jamais il ne me lâchera. Qu'il ne laissera personne nous séparer. J'enserre mes bras autour de son cou, comme pour chercher à l'empêcher de s'éloigner de moi. Je dépose un baiser sur son front avant d'y appuyer le mien, comme si ce contact allait m'aider à lui transmettre ce que je vais lui expliquer avec ma voix.

"Parce que je sais où je vais aller quand je devrai... partir..."

Le mot reste bloqué un instant dans ma gorge, ma voix s’éteint et perd son enthousiasme. J'ai l'impression que l'avoir dit tout haut le rend plus réel. La perspective de ce qui m'attend et de ce que ça va nous apporter n'atténue pas la déchirure d'avoir à me séparer de lui. Même si ce n'est pas pour tout suite, je ne sais que trop bien que le moment viendra trop tôt. J'ai encore du mal à concevoir l'idée, la distance. Nous n'avons jamais été séparés plus d'une journée, je suis incapable de m'imaginer survivre sans lui pendant si longtemps... Il le faudra bien pourtant. J'essaie de me convaincre que nous n'allons nous éloigner que pour mieux nous retrouver ensuite. Je me console en pensant à après, au moment où nous serons enfin réunis, quand je serai enfin devenue assez forte pour être digne de lui.

Je relève la tête, rouvre les yeux pour le contempler. Mes mains glissent de son cou à ses épaules, continuent de descendre pour s'arrêter sur ses avant-bras, où mes doigts s'ancrent aussi fermement que les siens le sont autour de ma taille. Comme pour lui demander de ne pas me lâcher, de me retenir près de lui, de ne pas me laisser partir. Mon sourire est revenu, toutefois, je puise du courage en pensant à notre avenir. Ma voix n'a pas tout à fait retrouvé son enthousiasme, mais au moins une partie, qui n'a rien de feinte. Si je suis une bonne actrice aux yeux des autres, il m'est impossible de jouer un rôle avec lui.

"Je sors d'un entretien, figure-toi. Il semble que j'aie trouvé une école pour l'an prochain... Ou plutôt qu'une école m'ait trouvée, ça me semble plus exact."

Outre la déception cuisante, et bien évidemment l'idée d'être séparée de Kelen, la question de ce que j'allais pouvoir faire quand je devrais quitter le campus m'a hantée depuis le moment où j'ai su que j'étais renvoyée. Ce qui est assez idiot, j'en conviens, alors que je ne me faisais guère d'illusions quant à mes chances d'entrer en seconde année de toute manière... Mais ça n'avait été qu'une vague idée, jusqu'alors, qui était soudainement devenue réelle. Revenir chez mes parents était de toute évidence parfaitement inenvisageable. J'aurais eu le temps de trouver autre chose bien sûr mais la question était... laquelle ? Le simple fait d'avoir été acceptée à Mihailov m'ouvrait quasiment toutes les portes, mais il m'a suffit d'un rapide tour d'horizon pour réaliser qu'aucune ne me donnait envie de la franchir. Aucune ne m'aurait permis de rester auprès de lui, et aucune ne m'aurait permis d'atteindre mon but. Finalement, c'est la seule option que je n'avais pas envisagée – et pour cause, j'ignorais jusqu'à son existence – qui m'est tombée dessus comme une révélation. Presque une évidence. Celle qui correspond à ce que je cherche et à ce que je suis. Celle qui me permettra de devenir meilleure, plus forte, d'atteindre le summum de mes capacités et de le dépasser. La seule qui me permettra de devenir suffisamment puissante pour retrouver Kelen et le garder près de moi, de veiller sur lui comme je l'ai toujours voulu. C'est tout ce que j'essaie de lui faire entrevoir, par ma voix et mon regard, dans les simples mots que je prononce ensuite, après avoir laissé glisser quelques secondes de silence. Ce que je lui expliquerai, ensuite, mais que j'espère parvenir à lui faire sentir pour commencer.

"J'ai été recrutée par le Club Steinberg. C'est une petite école, il y a à peine une dizaine d'élèves chaque année. Au sud d'Omnia."

Les explications viendront plus tard, quand il les demandera. D'abord, les deux informations importantes, deux coups que je lui laisse le temps d'encaisser. J'ai accepté la proposition sans lui en avoir d'abord parlé, d'une part, et l'endroit où je serai, d'autre part. Je sais aussi qu'il ne va pas apprécier que je parte aussi loin de lui. Mais il faut nous rendre à l'évidence, c'aurait pu être bien pire. Au moins ce n'est pas l'autre bout du pays... Et les académies plus proches de Mihailov sont loin d'être légions. Je prends le temps de lui laisser encaisser le coup, j'attends sa réaction. Après seulement, quand il sera prêt à entendre et à écouter, je lui raconterai de quoi il s'agit. Si je parviens à le lui expliquer correctement, il comprendra que c'est la chose à faire. Il comprendra que je devais accepter, même si on ne m'a pas laissé l'occasion de le consulter, de prendre son avis, bien que j'aurais aimé le faire. Mais ce n'est pas le genre de proposition dont on vous laisse le loisir de discuter...

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Mar 28 Jan - 12:18
Il y a, en ce monde, un grand nombre de choses que je trouve déplaisantes, comme cela se doit d'être. Je ne suis pas suffisamment hypocrite pour affirmer m'intéresser ou apprécier tout et tous. La grande majorité du monde m'indiffère, en réalité, et je n'aime pas que l'on me touche. Car, toujours, mon corps, comme mon cœur, sont réservés à la personne que je tiens entre mes doigts en cet instant. A cette apparente et trompeuse fragilité. Car je sais que le Pacte, la marque de moi qu'elle porte sur cette peau opaline, l'a rendue bien plus qu'elle ne l'était. Pas plus humaine, bien au contraire. Mais plus forte, plus rapide, plus résistante. Plus puissante, en somme. Moins cassable. Moins tuable. Juste pour mon bon plaisir. Parfois, je me demande si elle regrette cette décision qui l'a liée à moi jusqu'à la fin. Les jours où je me souviens qu'elle était contre. Les jours où je sens, à un niveau reptilien, que quelque chose ne va pas. Dans ce genre de moment, seul son toucher léger, comme celui qui me fait frissonner alors qu'elle effleure ma blessure, sont à même de me sortir de ces sombres pensées. Et cette fois, je me contente de hausser vaguement une épaule. Inutile de l'inquiéter, de lui dire que j'ai perdu ma concentration en me rasant, parce que je pensais à elle et à son départ prochain. Inutile aussi de lui dire que ce n'était qu'une estafilade mineure, qui ne saignait même pas, avant que je m'acharne dessus. Je pense qu'elle sait, à un certain point, que ce genre de choses m'arrivent, parfois. Comme elle connaît mes propensions à la colère, à la violence, malgré leur ridicule. Malgré ce corps long et noueux qui apparaît aussi faible que celui d'un enfant, dont la tête culminerait à presque deux mètres de haut. Pourtant, je ne ressens pas le besoin de le lui rappeler. Parce que je sais... Mes mâchoires se serrent. Même en pensée, je n'arrive pas à me faire à l'idée.

Mes yeux se ferment, comme pour la savourer, lorsqu'elle se penche vers moi, embrasse mon front, repose sa peau contre la mienne. Cette chaleur que j'absorbe, que j'emmagasine, pour pallier aux jours sans. Comme ceux que je viens de passer, comme ceux qui viendront, à mon corps défendant. Mais j'ai beau savoir qu'il n'y a pas d'issue, entendre le mot dans cette bouche adorée me donne l'impression d'une dague enfoncée en plein cœur. Rapidement, cependant, je délaisse cette dernière partie, celle sur laquelle une part de moi voudrait se concentrer, celle qui s'infuse, à mesure que le temps passe, comme un poison à action lente qui me rongerait de l'intérieur. Terriblement dramatique, n'est-il pas? Je vous avais prévenus, je n'ai aucun talent pour la dramaturgie, mais j'imagine que certaines des plus mauvaises habitudes de notre père me sont restées. Je me demande même si ces mots ne sont pas tirés d'une de ses pièces. Cette digression, ce sujet neutre, ce mépris habituel, m'aident à sortir de la transe dans laquelle je me suis moi-même plongé. Pour me concentrer à nouveau sur elle. Un égoïsme paradoxalement tourné vers l'extérieur. Qui ne l'est plus tant lorsqu'on admet qu'elle est une extension de moi-même, l'autre moitié de mon être.

Un endroit où aller. Une école? Probablement. Je sais qu'elle s'en inquiétait. Revenir à la demeure familiale était impossible. Cette maison de pierre n'était pas plus chaleureuse, ni moins étouffante que les tombeaux qui naissent dans mon esprit, compressant, comprimant, jusqu'à réduite à l'état de pulpe sanguinolente. Métaphoriquement, bien entendu. Mais la mort de l'âme vaut bien celle du corps, même si c'est bien moins... impactant visuellement. Mon esprit se débarrasse à nouveau des aspects les plus pittoresques de cette image, pour se focaliser à nouveau sur le seul sujet qui m'intéresse véritablement. Je desserre légèrement mes mains, sur ses hanches. J'inspire une fois, profondément, et son parfum s'insinue en moi, presque physique tant il m'emplit. La pression de ses doigts sur mes avant-bras ne me paraît pas suffisante. J'ai envie de lui dire de serrer plus fort, encore, jusqu'à ce qu'elle se fonde en moi, totalement. Quelques secondes, je baisse les paupières. J'aperçois en périphérie de ma vision le balai de cils roux qui accompagne le mouvement. Elles se rouvrent sur son sourire, un nouveau coup, malgré sa voix tremblante qui me rassure. Quoiqu'il arrive, je sais déjà que ce qui arrive ne va pas me plaire.

Bel et bien une école, de toute évidence. Mes sourcils se froncent légèrement. L'école l'a trouvée? Ce n'est pas le processus classique de recrutement. Ce plus, quel genre d'institut sait en même que les élèves, et avant de la fin de l'année scolaire, avant même les concours et autres dépôts de dossier, qu'un étudiant ne poursuit pas le chemin élitiste et bourratif de Mihailov? Un endroit spécial, ayant nécessairement ses entrées dans l'Académie. Soutenu par des professeurs? Des chercheurs? L'administration? Une institution étatique, cela semble le plus plausible. Une école d’État, dans laquelle je ne pourrai pas la suivre. S'ils avaient voulu de moi, je le saurais déjà, fort probablement. Mais qui ont besoin d'elle. Pour ses qualités intellectuelles? Possible... Pour son Pacte? Oh... Bien sûr. Un Pacte d'ombre, un Pacte du secret. C'est presque une légende, un fol espoir que ce que je crois comprendre. Presque ridicule. Mais il paraît que le ridicule ne tue pas. La séparation en revanche...

La concentration, mon alliée et ma sainte ennemie. Elle me fait presque manquer les paroles suivantes de ma sœur. Mais je suis toujours fasciné par les institutions Ventusiennes. Si retorses. Le système est floué, bien entendu, mais ne l'est-il pas partout? Un fonctionnement qui encourage les comportements comme ceux de notre mère. Je m'arrête mentalement. Si je ne me recentre pas immédiatement, je serai perdu pour cette discussion. Alors, pour ne pas la perdre plus encore qu'elle ne l'est, j'écoute. Et au fur et à mesure que le sens de ses phrases se révèle à mon esprit, et plus seulement les mots dans leur individualité, mon sang se fige. Mes mains quittent ses hanches, se détachent d'elle, se dégagent de son étreinte.

Il y a une chose que je ne lui ferai jamais. Je le sais, même sous les brumes de la rage carmin qui borde ma vision, la rendant à la fois floue et plus précise, plus nette. Jamais je ne lui offrirai mon indifférence. Peut-être qu'elle le regrettera un jour, qu'elle la préfèrera à ce que je lui offre en cet instant. Mes traits se sont durcis, mes paupières baissées à demi, un sourcil haussé. Un léger sourire cruel hante mes lèvres, accentué encore par la cicatrice qui les pare. Je me lève à demi, la renversant sur le lit défait duquel émanent nos deux odeurs mélangées. Mon genou se pose sur le rebord du matelas, entre les siens, et je me penche sur elle. Ma main droite me soutient, enfoncée dans les draps et ses cheveux, qui s'enroulent autour de mes doigts. La gauche s'appuie sur son estomac, trop fort. Mes doigts s'enfoncent à nouveau dans sa chair, et la bague qui ne quitte jamais mon doigt, celle qu'elle m'a offerte et qui orne mon majeur, accompagne le mouvement. A ce moment précis, je sais que sans le Pacte, des perles cramoisies rouleraient sur sa peau, et le long de la mienne. Mais j'ai envie de lui faire mal, comme j'ai mal et comme j'ai envie de souffrir.

"Oh... C'est très courtois de ta part de me signaler ta décision. Qu'espérais-tu que je te dise? Que j'étais ravi pour toi, et que puisque cela te fait plaisir, je te laisse partir sans regret?"

Je me baisse encore, mes lèvres effleurent son oreille. Ma main remonte, crispée telle une griffe. Je me demande si cette fois je m'arrêterai avant qu'elle se serre autour de son cou. Je n'en suis pas encore certain. Ma voix est rauque de trop d'émotions.

"C'est donc cela que tu veux? Laisser derrière toi ce frère trop encombrant, aller vivre ta vie et rencontrer ces gens en espérant qu'ils te rendront heureuse? T'endormir seule, le soir, dans des draps froids? Ou peut-être pas, d'ailleurs..."

Une telle confusion dans mon esprit. Cette colère sans fondement, cette jalousie qui me ronge à chaque fois que j'imagine d'autres personnes autour d'elle. Parce qu'elle n'a pas conscience de sa beauté, de son éclat, elle qui se croit une ombre alors qu'elle est un soleil. Parce qu'elle ne prête aucune attention à ceux qui lui font des avances. Et j'ai beau savoir, consciemment et inconsciemment, qu'il ne s'agit pas de ça, que je devrais penser à son avenir plutôt qu'à moi, je n'y arrive pas. Je sais, je SAIS, que ce n'est pas le genre de proposition où l'on offre le temps de la réflexion, qu'elle a probablement vu une porte de sortie, une opportunité qui, enfin, l'intéressait suffisamment pour qu'elle décide par elle-même... Tout comme je suis conscient que je devrais plutôt m'inquiéter de ce que la distance fera à notre Pacte. Omnia. Une journée entière de voyage. Nous n'avons jamais été éloignés. La nuit, le jour... Et par-dessus tout, j'ai simplement peur d'être laissé, abandonné, oublié.

Elle n'exprime pas ses sentiments de façon aussi... claire et exubérante que moi. Mais pourquoi ai-je l'impression qu'elle ne ressent pas ce vide aussi cruellement? Pourquoi est-ce aussi douloureux?

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Mar 28 Jan - 15:54
Ses mains me lâchent, ses bras s'échappent de mon étreinte malgré l'étau de mes doigts. Son expression change, sa douceur disparaît. Je savais qu'il n'apprécierait pas... Je me laisse faire quand il me renverse sur le lit, quand il plante sa main sur mon estomac. Comme toujours. J'ai une confiance aveugle et absolue en lui. On pourrait croire que je veux dire par là que je sais qu'il ne me blesserait jamais vraiment malgré les mouvements d'humeur dont il peut faire preuve. Ce n'est pas le cas. Je ne suis pas assez idiote ni assez aveugle, je le connais trop bien pour croire ces inepties. Je lis dans ses yeux comme il lit dans les miens, je ne me fais aucune illusion quant à jusqu'où il serait capable d'aller. Et jusqu'où il se croit capable d'aller, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Ce que je veux dire, par confiance, c'est que quoi qu'il puisse me faire, je l'accepterais.

Je sens mes yeux s'embuer de larmes. Pas à cause de sa réaction, qui était plus que prévisible. Pas à cause de la douleur, qui n'est en réalité guère plus qu'une vague gêne. Il en faut bien plus pour parvenir à me blesser. Pas à cause de la peur, je l'ai déjà dit, je ne crains rien de ce qu'il pourrait me faire. Pour deux raisons, en réalité. D'une part, le fait que je vais devoir partir se fait de plus en plus réel, et par là-même de moins en moins tolérable. D'autre part, parce que le fait qu'il puisse penser que je veux m'éloigner de lui m'est insupportable. Qu'il le croit réellement, ne serait-ce qu'un instant, et qu'il en souffre, me fait plus mal que tout ce qu'il pourrait dire ou faire. Je me redresse à moitié, en appui sur mes coudes, accentuant la pression sur mon ventre dans une position pour le moins inconfortable dont je n'ai cure. Mon visage désormais au niveau du sien, presque à le toucher, je lui répond dans un souffle rendu difficile par le poids de sa main. Malgré tout, mon ton est ferme, sans appel.

"C'est la chose la plus absurde que tu m'aies jamais dite, et tu le sais très bien. Tu crois vraiment que ça m'amuse, que j'ai envie de me retrouver seule, loin de la seule personne qui ait jamais compté pour moi ? Je ne demande pas mieux que de rester près de toi, mais on ne me laisse pas le choix."

À bout de souffle, je me laisse lourdement retomber sur le matelas. Je ferme les yeux, un peu plus fort que nécessaire, ravalant les larmes qui menacent de déborder. Encore une fois, les mots semblent donner de la réalité au concept, et soudainement la terreur de devoir affronter le monde seule, sans lui, menace de me submerger. Jamais je n'ai été loin de lui. Jamais je n'ai eu à faire face à quoi que soit seule. Il a toujours été là, prêt à me soutenir, à me conseiller, à m'aider. Seule, je ne suis rien. Je sens mes mains commencer à trembler, j'agrippe la couverture sous moi pour tenter de contenir leur tressaillement. Mes yeux se rouvrent, guère plus secs qu'auparavant. Je le contemple à travers le rideau de larmes que je parviens encore à contenir. Un peu flou, mais bien présent. Comme toujours, c'est lui qui me permet de surmonter les épreuves et les obstacles. Ma propre peur, en l'occurrence. C'est lui, ma force. Il le sera toujours, peu importe qu'il soit à côté de moi ou à l'autre bout de monde. Je sais que je vais devoir y arriver, pour lui. Le savoir me permettra d'y arriver. J'espère. J'essaye de m'en convaincre, mais ça ne suffit pas à rendre à ma voix l'assurance qu'elle a perdu. Encore essoufflée, effrayée et accablée à l'idée de devoir le quitter, blessée, elle porte tout cela quand je reprends la parole, d'un ton tremblant et haletant, plus sec que je ne l'aurais voulu.

"C'est toi le génie, il me semble. Si tu as une solution miracle pour me permettre de rester, je t'en prie fais-m'en part, je brûle d'entendre tes brillantes idées."

C'est cruel et injuste, je le sais bien. Je ne peux pas le blâmer de ne pas trouver une solution qui n'existe pas. Ce n'est pas de sa faute, bien sûr. Si je n'avais pas échouée, si j'avais été meilleure, à la hauteur, nous n'en serions pas là. Mais je ne le suis pas, et il est trop tard pour revenir sur ce qui a été fait. Certaines choses ne peuvent pas être changée, malgré toute notre volonté. On ne peut qu'avancer, faire face à la situation, aussi insurmontable qu'elle puisse paraître. Je m'en veux de la dureté dont j'ai fait preuve envers lui. Mon visage se radoucit, une de mes mains monte vers le sien, effleure sa joue du bout des doigts. J'ai eu le temps de reprendre mon souffle, ma voix a perdu toute trace de rudesse pour se faire tendre.

"Je ne te quitte pas, Kelen. Je ne te quitterai jamais... Tu fais partie de moi, comme je fais partie de toi. La distance qu'ils mettront entre nous n'y changera rien. Personne ne peut briser ce qu'il y a entre nous. Personne ne peut nous séparer. Jamais."

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Mar 28 Jan - 17:54
Toujours la même impression, quand je touche au but que je me suis fixé. Une joie féroce d'avoir eu raison, d'avoir décelé la faille, d'être parvenu à appuyer là où le bât blessait véritablement. La sensation, infime, d'être supérieur, enfin. Parce que, soyons réaliste, cette école est remplie de génies, et ce n'est pas si facile d'y briller quand on n'est qu'un être supérieurement intelligent. Ce n'est pas nécessairement mon objectif premier, mais ça ne fait jamais de mal de regonfler un ego percé. Et pourtant, dans cette situation, je ne peux empêcher ma rage de s'évanouir, chassée par l'ombre des larmes qui brillent dans ses yeux. Je crois que j'ai un peu trop bien réussi. Ce n'est jamais tout à fait aussi satisfaisant, de la blesser. Parce que j'atteins mon but, certes, mais je souffre au moins autant qu'elle, en voyant le carnage que je laisse derrière moi. Carnage métaphorique, sang inexistant, plaies bien réelles, en revanche. Mais j'ai beau avoir mal pour elle, pour moi, pour nous, il reste une certaine... jouissance à savoir que l'idée lui semble absurde. Comme si j'avais eu besoin d'une confirmation. D'être rassuré sur le fait que c'était un crève-cœur pour elle également. Ridicule, me direz-vous. Mais je n'ai jamais prétendu être émotionnellement stable et logique. L'amour a ses raisons que la raison ignore.

Je retiens un claquement de langue. Je me demande encore pourquoi je lis les pièces que m'envoie notre père, elles polluent mon esprit de toutes ces considérations mièvres d'amour courtois et chaste et que sais-je encore. Une mollesse répréhensible. L'amour et la passion ne sont pas des émotions que l'on peut ne ressentir qu'à moitié. C'est un maelström de sensations positives et négatives dont on ne ressort ni indemne, ni sain d'esprit. Mais parfois, j'ai peur que cette folie ne touche que moi, qu'elle soit univoque. Je préfèrerais encore savoir que l'emmène dans ces tourments avec moi plutôt que de la préserver.

Aussi, lorsqu'elle appuie d'elle-même contre ma main, lorsque je vois les larmes dans ses yeux, lorsque j'entends ses paroles blessantes... Je ne peux m'empêcher de sourire, soulagé. Mon second genou s'appuie sur le matelas, me soutenant. Ma main droite effleure ses pommettes, effaçant des pleurs qui n'ont pas coulé. Mon visage a perdu son expression dure, malgré les accusations, et je ne peux que murmurer que je le sais, que ce n'est pas de sa faute. Parce que je ne lui en ai pas parlé, mais j'ai essayé. Pour une fois, l'impartialité des institutions Ventusiennes à l'égard des riches et des puissants a tourné en ma défaveur. Notre mère m'avait contacté, mais j'ai brûlé la lettre. Ce qui ne m'a pas empêché d'aller voir les administrations, d'essayer de faire valoir qu'elle était un sujet d'étude, en plus d'une élève qui pourrait faire de grandes choses. Les Pactes ne sont pas exactement ce qui m'intéresse le plus, mais j'ai même suggéré une thèse sur le sujet. Tout a échoué. L'impuissance n'est pas le sentiment le plus plaisant que j'ai pu ressentir.

Parfois, il n'y a pas le choix, et il faut simplement jouer avec les cartes qui ont été distribuées. Et en l'occurrence, celles de l'éloignement, de la séparation. Ma main quitte son estomac, se desserre, remonte le long de sa poitrine, et s'arrête là. La colère m'a quittée, et malgré le fait que ne pas avoir pris le temps de m'habiller ne soit effectivement pas la plus brillante idée que j'ai jamais eue, je ne suis pas tout à fait prêt à la laisser s'échapper. Bien évidemment, elle a raison. Je suis une part d'elle, et elle une part de moi. Avec beaucoup plus de délicatesse que les minutes précédentes, mes lèvres se posent sur les siennes, puis le long de sa mâchoire. Doucement, je laisse ma langue courir sur la marque de notre Pacte, le long de sa gorge.

Rien ne nous séparera jamais, bien entendu... Oui. Mais une pointe d'incertitude demeure. Depuis... plusieurs années déjà, j'attends. Je lui laisse le temps de se faire à l'idée, d'oser le premier, de prendre sa décision. Comme je l'ai fait pour le Pacte, et pour presque tout, quand ma patience terriblement limitée m'en laisse l'occasion. Elle ne m'a jamais repoussé, mais elle n'a jamais recherché ce type de contact non plus. Cette indétermination fait vaciller, souvent, les fondements de notre relation et je sais pertinemment que je ne sortirai pas de ces insécurités. Pas sans un geste de sa part. Mes yeux se ferment. Je suis content qu'elle ne me voit pas, ce doute qui trouble mon regard d'émeraude, qui me blesse plus que je ne pourrais lui dire. Parce que si elle ne veut pas de moi, je suis simplement terrifié à l'idée que quelqu'un d'autre, un jour, puis éveiller cette étincelle.

J'inspire profondément, avant de laisser simplement mon amour et mon désir pour elle apparaître. Mes mains se rejoignent autour de sa cage thoracique, et je laisse simplement l'inertie faire le travail, roulant sur le dos, et l'installant à califourchon sur mon abdomen, à l'endroit où mes marques de Mage se rejoignent pour former un nœud entrelacé semblable à celui qui pend au bout d'un cordon de cuir, contre sa clavicule. Je la regarde comme un chat devant un bol de crème, avant de finalement lui répondre. Je préfère laisser derrière nous cet épisode... aussi malencontreux que fréquent, par ailleurs. Revenir sur un terrain plus... neutre, peut-être. Pour chasser les larmes de ses yeux. Le reste... Au reste je songerai plus tard, lorsqu'elle dormira.

"Je n'ai jamais entendu parler de ce Club Steinberg. Qu'ont-ils bien pu te proposer pour attiser ta curiosité? Qu'ont-ils à offrir?"

Mes paumes glissent, quittent sa taille, se posent sur ses cuisses. Difficile résolution qui me noue l'estomac. Me calmer, un peu, la laisser se remettre, malgré mon rythme cardiaque effréné, malgré mon souffle qui ne veut que s'emballer. Malgré la peur, le manque, l'envie, le déchirement, l'anxiété qui me donnent l'impression de sombrer. Je ne suis ni bon acteur, ni bon menteur, mais je sais me tromper moi-même... Mon obstination, cependant... Et je suis décidé. Elle initiera, ou cela ne sera pas, et je la laisserai partir pour cette école. Résolution, Kelen, résolution...

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Mer 29 Jan - 1:50
Son visage se radoucit, l'orage passe. Comme il le fait toujours. Sitôt passé, sitôt oublié, la tendresse reprend ses droits. Pas d'entre-deux ou de demi-mesure entre nous, notre relation est faite d'intensité, comme le sont nos sentiments l'un pour l'autre. Alors que ma main effleure sa joue, la sienne remonte jusqu'à ma poitrine, déclenchant un frisson qui parcourt l'ensemble de mon corps. Gestes doux, tendres, ambigus, que je ne suis toujours pas certaine de savoir interpréter. Comme son souffle dans mon cou, sa langue sur ma peau, à l'endroit où s'est apposée sa Marque. Pour lui, ce ne sont sans doute qu'une suite logique, un développement naturel aux marques de tendresse, au besoin de contact que nous avons l'un envers l'autre depuis toujours. J'en ai très nettement conscience, peu importe à quel point j'aimerais qu'il s'agisse de plus. Je ne suis pas assez présomptueuse pour oser croire que j'éveille en lui ce genre d'intérêt. Il m'aime oui, je n'en doute pas une seule seconde, comme je ne doute pas d'avoir toujours la première – peut-être l'unique – place dans son cœur. Pour le reste... Il y a bien des femmes plus belles et mieux faites qui sans doute méritent davantage ces attentions que moi.

Suivant sans résistance le mouvement qu'il a initié, je me retrouve à califourchon au-dessus de lui. Instinctivement, je me penche en avant, prenant appui sur mes main de part et d'autre de son visage. Mes cheveux tombent en rideau autour de nous, offrant pour un instant l'illusion que nous sommes seuls au monde, et je me perds dans ses yeux. Je sens mon souffle, légèrement trop rapide, légèrement trop appuyé, qui se mêle au sien. Le trouble qu'ont fait naître ses caresses, sa langue dans mon cou, est toujours présent. Gestes ambivalents auxquels je meurs envie de répondre, sans jamais avoir osé. Parce que, contrairement à lui, je ne suis pas sure d'être capable de m'interrompre de moi-même avant que lui ne le fasse. Parce que je ne suis pas sure qu'il ne le fera pas. Je sais ce que disent les gens. Qu'il y a différentes sortes d'amour. Différentes catégories, des cases dans lesquelles ils croient pouvoir le ranger. Et que certains comportements, certains rapports,  ne siéent qu'à certaines relations. Qu'une chose jugée normale et naturelle pour l'un sera considérée inconvenante, immorale et déviante. Peu m'importe, je me moque de l'opinion des gens. Mais pas de la sienne. Peut-être que ça ne le dérangerait pas. Peut-être. Peut-être même qu'il le voudrait... J'aimerais y croire, sans parvenir vraiment à me persuader moi-même. Mais peut-être pas. Peut-être qu'il est du même avis que tous ces gens. Ce n'est pas vraiment un sujet que nous avons eu l'occasion d'aborder. Peut-être qu'il me repousserait avec un regard dégoûté, peut-être que je le perdrais pour de bon. Et ça, je sais que je ne pourrais pas le supporter. C'est un risque que je ne suis pas prête à courir.

Alors, prudemment, lâchement peut-être, je me redresse sans laisser voir l'agitation qui règne en moi, que je tempère rapidement. Je laisse glisser mes mains sur son torse l'air de rien, presque innocemment. Le sourire qui m'est habituel en sa présence, qui n'est réservé qu'à lui, a retrouvé sa place. La discussion reprend son cours initial, mon esprit reprend un cheminement plus décent. Mon sourire prend une courbure légèrement ironique, à peine le temps de répliquer d'un ton amusé :

"J'espère bien que tu n'en as jamais entendu parler, ils ont l'air de se donner beaucoup de mal pour ça..."

Je reprends mon sérieux, sans perdre mon sourire, pour répondre à ses questions. Brièvement, jusqu'à ce que me revienne en tête une remarque lâchée au cours de l'entretien, que je ne peux m'empêcher de partager avec lui.

"Eh bien elle a commencé par insulter Mère, ce qui forcément ne pouvait qu'éveiller mon intérêt. Elle était très bien informée sur... beaucoup de choses me concernant, d'ailleurs. Ce qui est tout à fait logique, au demeurant."

Une autre remarque se rappelle à moi, que je ne partage pas cette fois. Qui n'était pas réellement une menace en fin de compte, mais qui aurait pu passer pour telle sans trop d'imagination. Je le couve du regard, comme je le fais parfois quand mon désir de le protéger se fait plus impérieux, quand j'aimerais que nous puissions disparaître tous les deux loin du monde, là où rien ne pourrait l'atteindre à part moi.

"Et puis elle a parlé d'"exploiter mes vaies capacités" et de "pousser mon talent au maximum". Et de meilleures armes pour te protéger."

Je n'ai pas vraiment besoin d'en dire plus. Nous savons tous les deux assez bien ce que nous ressentons l'un pour l'autre, et il n'a pas besoin d'explications supplémentaires pour comprendre ce que je veux dire, et ce que ça signifie pour moi. Je me sors de ma contemplation et de mes réflexions, perds à nouveau mon air sérieux pendant quelques instants alors que je fais mine de me souvenir brusquement de quelque chose.

"Ah oui, et il y avait le chef du Conseil aussi. Même si ça je ne le savais pas avant d'accepter."

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Mer 29 Jan - 11:56
L'espoir est un sentiment traître. Je le sais depuis longtemps, mais je ne suis jamais tout à fait parvenu à l'éradiquer entièrement. Pour preuve, il renaît de ses cendres tel le phénix quand Killiane se penche sur moi, ses mains de chaque côté de mon visage. La pression de ses cuisses contre mes côtes, sa chaleur, son souffle rapide qui se mêle au mien... Rapide, oui, mais l'est-il suffisamment, n'est-il pas la conséquence d'autre chose? Non, impossible de penser à une chose pareille. Instinctivement, mes mains se sont posées dans son dos, pour l'attirer plus encore à moi, sur moi. J'entrouvre les lèvres, prêt à dire quelques chose... quoi? Je l'ignore. Toutes les phrases me passent par l'esprit, allant de "Laisse-moi te faire l'amour", plutôt sobre, je dois admettre, jusqu'à "Que nos corps ne fassent plus qu'un jusqu'au petit matin". Sérieusement... Parfois, j'aimerais pouvoir purger mon cerveau de toutes les inepties que le théâtre dramatico-romantique y a installé. Une bonne raison de maudire ma bonne mémoire, et une meilleure encore de ne pas croire en l'existence d'un quelconque Dieu. Parce que s'il existait, n'aurait-il pas déjà réduit à néant tous ces violeurs de la langue courante, ceux qui la découpent et la taillent pour le simple plaisir d'y associer la "licence poétique"? Non, vraiment. Je suis on ne peut plus sérieux, mais aussi on ne peut moins décidé sur ce que je suis finalement censé dire. Parce qu'en règle générale, c'est la phrase la plus médiocre qui m'échappe.

Cela dit, nous n'aurons pas l'occasion de tester la théorie qui expliquerait ce phénomène, car elle s'éloigne déjà, et mes mains reprennent leur place sur ses cuisses. La mort de cet espoir est une douleur terriblement physique, tant j'ai envie, besoin, de prendre ce que je considère comme m'étant dû, tout en voulant qu'on me l'offre de plein gré. Je crois avoir senti mes mâchoires se serrer sous ce nouveau et cuisant retournement de situation. Je n'ai jamais considéré ma sœur comme impressionnable, mais je sais qu'elle a été profondément blessée par les froides remarques de notre mère et le manque d'attention de leur part à tous deux. Et, alors que les battements de mon cœur ralentissent finalement peu à peu sous sa paume, je me demande pour la énième fois si elle ne s'est pas accrochée à moi simplement parce que j'étais le seul à la voir pour ce qu'elle était. Et si... et si cette école faisait ce que je n'avais jamais réussi à faire? Lui rendre sa confiance en elle, la faire briller comme elle le mérite. Et si je ne lui servais plus à rien? Malgré ce que je dis, malgré mes passions flamboyantes, je ne suis vraiment pas certain que je serais mentalement capable de retourner ma magie contre elle pour me l'attacher, ou pour la tuer avant de la suivre.

J'ai lu... je devrais arrêter de dire ça. Peu importe. Que l'on pourrait refaire le monde avec des "si". C'est une occurrence dans laquelle je préfèrerais que le monde reste comme il est actuellement. Moi avec elle, sous elle. Pas en elle, pas comme je le voudrais, même si la marque du Pacte montre déjà qu'elle m'appartient. Pas dans l'absolu, bien sûr. Elle n'est que le signe d'un lien quelconque entre nous. Mais le nôtre est puissant, et CELA, au moins, traduit la force de ce qui nous unit. Je l'espère, véritablement. Ces courtes digressions s'interrompent quand elle reprend la parole. Elle sourit. Bien. J'enfouis donc tout ce qui ne va pas, et je fais ce que je fais le mieux. Je me mens à moi-même. Tout va bien. Un sourire étire mes lèvres et réchauffe mes yeux. Je parviens même à laisser échapper un petit rire qui résonne dans ma cage thoracique. Sans la quitter des yeux, je l'écoute parler. Rien de surprenant à ce qu'un recruteur d'une école d'élite critique notre mère. Elle a été, à une époque, un crabe du meilleur panier. Mais le temps passant, elle n'est plus qu'un pion sur l'échiquier politique. Une simple fourmi travailleuse, malgré ses ambitions. Ceux qui sortent de Mihailov peuvent être tellement plus que ça. Et le sont, habituellement. Je la soupçonne parfois d'être plus amoureuse de son travail qu'elle ne veut le laisser croire derrière sa façade glaciale. Je me demande si elle se perd parfois dans des problèmes techniques et métaphysiques majeurs pendant de longues heures, comme je le fais parfois. Cependant, la question n'est pas là.

Une question me travers l'esprit, et je la pose dans l'intervalle qu'il lui faut pour reprendre son souffle, sans y réfléchir:

"Qui est-"elle" exactement? Un recruteur venu spécialement? Quelqu'un d'ici?"

Si les soupçons que je forme à l'égard de cet établissement sont justifiés, je dirais que c'est un membre du personnel enseignant, un chercheur ou un membre de l'administration même de Mihailov. Mais je peux me tromper. Ce ne serait pas la première fois. Elle reprend la parole et je reconnais ce regard. Celui qui dit qu'elle veut me protéger envers et contre tout. Je me demande si elle se rend compte qu'elle se vend si facilement, avec moi. Peut-être suis-je le seul qui interprète mal ses gestes et ses paroles. Comme je l'ai dit, il m'arrive de me fourvoyer. Rarement à ce point, mais les statistiques ne parlent pas nécessairement en ma faveur. Je hausse un sourcil en l'entendant mentionner le Chef du Conseil. Comme tout bon Ventusien, j'ai déjà entendu parler de lui. S'il était là... Un sourire triomphal fait son apparition sur mon visage, et je me contente de répondre, satisfait, alors que mes mains entament une danse toute nouvelle. Elles glissent, comme d'elles-mêmes, jusqu'à entremêler leurs doigts aux siens.

"C'est donc bel et bien de cela qu'il s'agit? Un institut de formation pour les agents secrets de l'état? Je ne vois pas exactement pour quelle autre raison il serait là. Ou encore comment ils pourraient avoir autant d'entrées et d'informations. Tout se recoupe. Des soldats d'élite, envoyés sur les missions les plus dangereuses sans aucun support de la Nation? Killi..."

Un soupir m'échappe et je sais très exactement que je lui offre le plus parfait exemple de "C'est bien parce que c'est toi". Une expression partagée entre l'impuissance, l'inquiétude, et pire que le reste, l'acceptation. Sa décision est prise, je le sais, je le vois. Je lève les bras au-dessus de ma tête, mes doigts toujours mêlés aux siens. La rapprocher de moi sans avoir à me lever. C'est ce qu'on appelle le service à domicile, non? Pas exactement? Peu importe... Doucement, je dégage quelques mèches de cheveux de son visage et je l'embrasse. J'entends moi-même la résignation dans ma voix.

"Rien ne changera jamais l'amour inconditionnel que je te porte. Si c'est ce que tu as décidé de faire pour toi, pour nous, alors fais-le. Après tout, je reste égoïstement à Mihailov pour les mêmes raisons, non? Ce serait hypocrite de ne pas t'offrir la même liberté..."

Chaque mot que je prononce m'arrache un peu plus le cœur, mais j'ai même réussi à introduire une pointe d'humour dans ma dernière phrase. Tant que je peux encore la garder entre mes bras pour quelques instants...

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Mer 29 Jan - 22:11
"Mademoiselle Pheles, la professeur de chant. Tu sais, celle qui a tout juste quelques années de plus que nous et qui fait peur à tout le monde ?"

Sur le moment, j'avais d'ailleurs été pour le moins étonnée d'être convoquée par elle. D'une part, je ne voyais pas ce qu'un professeur de Mihailov de manière générale pouvait bien encore me vouloir puisque je n'étais plus officiellement élève de l'établissement. Bien que mon renvoi soit encore très récent, je me considérais déjà comme extérieure à l'Académie, n'en faisant plus partie et n'ayant donc plus aucun lien avec elle. Et je ne me fais guère d'illusion quant à l'opinion de l'administration à ce propos, bien entendu. Ici, seuls existent ceux qui réussissent. Mais en l'occurrence, c'était d'autant plus surprenant pour moi que je n'avais même pas suivi les cours de celle qui me convoquait. J'aurais pu concevoir que l'un de mes anciens professeurs ait trouvé un motif pour demander à une me voir une dernière fois, un ultime devoir à critiquer ou quelque chose de cet ordre, mais que pouvait donc me vouloir un professeur qui ne m'avait jamais fait cours, appartenant à une académie dont je ne faisais plus partie ?

Avec le recul, bien sûr, en sachant ce que je sais maintenant, il paraît logique et évident qu'un institut tel que Steinberg ait des yeux dans toutes les plus grandes écoles – et surtout dans la meilleure, bien sûr – afin de repérer les éléments les plus intéressants. Qu'ils m'aient remarquée, moi, demeure en revanche une surprise. Mon Pacte, bien sûr, y est pour beaucoup, c'est indéniable autant que compréhensible. Il n'est guère difficile de s'imaginer combien une personne capable de disparaître dans les ombres pourra leur être utile... Mais quelle que soit son utilité, je ne me figure pas que cela suffise à éveiller leur intérêt. Quant à mes autres "capacités", qui ont été évoquées, je ne brille vraiment dans aucun domaine, ce dont j'ai fort bien conscience et qu'on m'a rarement laissé l'occasion d'oublier. Enfin je verrai bien... Un institut dont le chef du Conseil de Ventus assiste en personne aux recrutements doit certainement savoir ce qu'il fait, après tout.

Les mains de Kelen me tirent de ces considérations lorsqu'elles saisissent les miennes, entremêlant mes doigts aux siens. Je serre légèrement, les retenant si jamais elles tentaient de fuir cette étreinte qu'elles ont pourtant initié. Je remarque son regard brillant, son sourire triomphant, le ton sa voix enthousiaste, un peu enfantin, qui me tirent un sourire attendri. Il a évidemment compris de quoi il s'agit sans que j'aie à lui expliquer. Sans surprise. Et sans surprise non plus, il en vient à penser aux risques, le ton de sa voix change. Il s'inquiète, c'était inévitable. Pourtant mon expression ne change pas, et c'est d'un ton plutôt amusé que je réponds à sa question.

"C'est à peu près ça, oui. Bien que je ne sois pas certaine que l'on puisse vraiment parler de soldats... Je crois que la formule consacrée est "agent de renseignement et de suppression". Ça sonne moins bien qu'espionnage et assassinat, je trouve, mais c'est tout de même plus élégant."

Bien entendu, je sais bien que jouer sur la sémantique ne suffira pas à le rassurer. Voir l'inquiétude dans ses yeux, l'entendre dans sa voix, me procure un frisson étrangement agréable. Ce n'est pas la première fois, certes, mais il faut reconnaître que notre vie facile et protégée lui a rarement donné de réel motif de s'en faire pour moi. Je sais que je ne devrais pas apprécier de le voir se tourmenter par ma faute. D'autant que je suis loin de manquer de preuves de son amour et de son dévouement. Et pourtant je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine satisfaction pernicieuse à l'idée qu'il se fasse du souci pour moi, de l'imaginer, préoccupé et angoissé en songeant qu'il puisse m'arriver quelque chose pendant que je serai loin de loin... Satisfaction que je savoure quelques instants avant de reprendre la parole pour tenter de le rassurer d'une voix douce, dégageant mon cou pour montrer la Marque qu'il connaît si bien.

"Je n'ai pas besoin du support de la Nation, puisque j'ai le tien. Tu me protèges, toujours, même quand tu n'es pas là."

Bien que j'aie principalement accepté notre Pacte dans l'optique de pouvoir mieux le protéger, il faut avouer que j'y ai gagné bien davantage. Même en passant outre le pouvoir qu'il m'offre, sa simple puissance brute représente en soi un avantage non-négligeable, et une protection des plus remarquables. Et bien sûr, cette puissance ne fera qu'augmenter au fur et à mesure que Kelen développera ses capacités et son potentiel. Et sur ce plan là, je le sais capable d'aller loin, l'un des meilleurs sans doute.

Je laisse échapper un petit cri de surprise puis un léger gloussement quand il me tire vers l'avant et que je m'affale sur lui. Je pose ma tête sur son épaule après que ses lèvres aient quitté les miennes, des mèches de ses cheveux encore humides caressent mon visage. J'inspire son odeur, je savoure la chaleur de sa peau, la sensation de mes doigts qui glissent à nouveau sur son torse. La tentation, à nouveau, ravivée par les paroles qu'il prononce. Rien... Vraiment ? Je me trémousse un peu au-dessus de lui, de manière à pouvoir lover mon visage dans le creux de son cou. Mes lèvres effleurent sa peau et pourtant, malgré ses mots, je n'ose toujours pas aller plus loin. Hors-sujet. Il parle de mon départ, de la décision que j'ai prise, pas de... d'autre chose. Je reste là plusieurs secondes, les yeux fermés. L'espace d'un instant, j'oublie tout le reste, que je vais devoir le quitter, qu'il y a un monde autour de nous qui se moque bien de nous séparer. Je me sens bien. À ma place. Et pourtant je voudrais plus. Je le sens en moi. Dans les battements de mon cœur qui s'accélèrent, dans mon souffle qui s'intensifie, dans le mouvement de ma main qui se fait plus lascif. J'en oublie presque le reste de ses paroles, qui me reviennent en tête juste à temps pour me sortir de ma transe. Un mince sourire étire mes lèvres pendant que je fais de mon mieux pour calmer mon agitation intérieure, je m'écarte de lui juste assez pour être sure que le souffle dans lequel s'échappe ma question sera audible.

"C'est égoïste, si c'est pour Nous ?"

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Jeu 30 Jan - 15:33
Il est si simple d'inventer des façons de mourir. Des centaines de possibilités s'offrent à tout un chacun pour torturer, amputer, exterminer... Et certaines personnes sont particulièrement exposées à ces risques. Dont les soldats. Dont les "Agents d'information et de suppression". Je lève les yeux au ciel. Chipoter sur la sémantique ne risque pas de me rassurer. Parce que je n'ai pas uniquement peur pour son intégrité physique. A part l'enfermer dans une cage (et, croyez-moi, j'y ai déjà songé plus d'une fois... Puis je me suis souvenu des probabilités que la foudre tombe sur une cage et... Disons simplement que j'ai abandonné l'idée, même si elle revient frapper à la porte de mon esprit de temps à autre), je ne peux pas vraiment faire plus pour la protéger que je ne l'ai déjà fait. Le Pacte a fait énormément pour sa résistance, son endurance, sa vitesse. En plus de lui offrir ce pouvoir qui a sans doute aucun attiré l'attention de ce Club Steinberg. En plus de ses capacités physiques, et de son talent certain pour le déguisement et l'infiltration. Peu importe, là n'était pas là question. Non, je m'inquiète également pour la partie "suppression". Quoique l'on en pense, quoique l'on en dise, ce n'est pas anodin de porter atteinte à la vie d'une autre personne, d'y mettre un terme définitif, qu'il ait eu une famille ou non, des ennemis ou non, une importance capitale pour telle ou telle institution.

Ce n'est pas que je considère cela comme foncièrement mal. Après tout, tant qu'il ne s'agit ni de Killiane, ni de moi, cela ne m'intéresse pas. Mais il y a un avant et un après. Cela ne changera en rien ce que je pense d'elle, mais elle doute déjà tellement d'elle-même que j'ai peur qu'elle s'éloigne de moi en pensant que ses actions, ses missions, me dégoûtent, ou qu'elle ait la stupide impression qu'elle me salirait en me touchant avec ses mains "couvertes de sang". Cette expression est particulièrement inappropriée. Un guérisseur a les mains couvertes de sang également, la moitié du temps, et pourtant, aucune société ne le considérerait mal. Et puis, ce n'était pas comme si elle me touchait, pour commencer. Oh... C'est bien ça, la frustration me fait bouder. Très mature, j'apprécie, vraiment. Mon esprit me joue des tours.

Je laisse ces réflexions de côté avant d'avoir l'air véritablement perplexe pour me concentrer sur sa marque. J'ai entendu parler de Pactes où les deux parties pouvaient ressentir les sentiments l'un de l'autre. Je pense parfois que si je ne doutais pas autant, nous aurions atteint ce stade depuis longtemps. Mais j'ai déjà tellement l'impression de l'avoir enchaînée à moi, pendant toute sa vie. Peut-être que, finalement, pour elle, c'est une bonne chose de pouvoir s'éloigner de ma présence envahissante, étouffante et parfois bien trop exubérante. Non pas qu'elle s'en plaigne. Mais c'est bien ce que je crains. N'ai-je pas, en quelque sorte, bridé sa personnalité en étant, simplement, "trop"? Ma voix est probablement plus inquiète qu'avant encore quand je lui réponds, finalement:

"L'éloignement risque d'avoir un impact sur l'énergie que tu recevras, sur tes capacités, sur ton pouvoir. Nous ne savons pas à quel point, puisque nous n'avons jamais été séparés. Ma "protection" est loin d'être hermétique, et bien faible encore, par rapport à ce dont tu auras très certainement besoin."

Et par rapport à ce que je voudrais. Raison pour laquelle j'ai décidé de rester ici, de continuer à étudier. Raison pour laquelle j'ai choisi de me spécialiser en Magie, plutôt qu'en théologie, en dramaturgie, ou en sciences politiques, d'autres sujets qui m'intéressaient. Pour développer mes capacités naturelles et, finalement, pouvoir lui apporter plus. Même à cet instant précis, je sens le lien, je sens ce qu'elle aspire hors de moi par sa simple présence. Je n'en ai cure, bien évidemment. Beaucoup de Mages attendent d'être pleinement formés avant de contracter un Pacte, pour une affaire de logique. Je ne regretterai jamais ce choix. Cependant il pose un défi des plus... intéressants.

Mon esprit, faible, abandonne toutes ces considérations dès lors que je sens ses lèvres sur ma peau, le lent mouvement de sa main sur mon torse. La façon qu'elle a de remonter de quelques misérables centimètres, la pression de son corps, même l'inconfort né du frottement de ses vêtements, contribuent à user, lentement (c'est à voir) mais sûrement ma patience. D'ailleurs, le léger bruit de gorge qui m'a échappé en est une preuve relativement claire. Sans mon consentement, mon souffle s'est accéléré, approfondi. Mon cœur a repris sa course effrénée. La caresse de son souffle n'arrange rien, et ma voix est rauque quand je lui réponds:

"C'est égoïste parce que je pourrais simplement quitter l'école, trouver un petit emploi à Omnia et rester avec toi. Mais j'ai décidé, quand nous avons passé notre Pacte, que je deviendrais le meilleur magicien possible pour t'apporter la plus grande des protections. Et cela demande que je reste ici, pour apprendre des meilleurs, même si cela signifie passer quelques années loin de toi. Pour qu'ensuite plus rien ne puisse nous séparer."

Mon ton est un peu rêveur. C'est un plan sur le long terme, que j'ai tracé pour nous deux, sans la consulter. Peut-être qu'il ne lui convient pas. A cet instant précis, je me rends compte que je ne veux pas le savoir. Ma main gauche glisse sous son menton, lui relevant la tête, et j'aperçois l'éclat envoûtant de l'opale noire avant que je ne l'embrasse à nouveau, bien décidé, cette fois, à ne pas la laisser s'échapper si vite. Ma langue effleure ses lèvres alors que mon autre main se pose dans le bas de son dos. Je pense en une fraction de seconde que si je me redresse ou que je la renverse à nouveau, je n'arriverai plus à m'arrêter. Mon contrôle est meilleur que cela, habituellement, mais la perspective de son départ donne un côté... désespéré à mes pulsions.

Par chance pour elle, un coup à la porte m'interromps et je me fige, plus totalement encore lorsque je reconnais ces coups courts et secs. Abigail Ferghin a toujours su choisir son moment. Un soupir consterné m'échappe alors que je réintègre mon masque public, froid et indifférent, et que ma voix perce l'air en suspens de la chambre. Encore un peu rauque, mais teintée d'ennui, plus que de rage bouillonnante:

"Je ne suis pas décent."

Et j'attends. En des circonstances normales, elle entre malgré tout. Son excuse est qu'elle est notre mère et nous a vus nus plus souvent qu'à son tour. Ce qui est bien entendu faux, car elle n'a jamais participé à nos bains et ne nous a jamais changés. Après tout, pourquoi se salir les mains avec des êtres à la réflexion immature quand des personnes peuvent être payées pour accomplir ce sale travail à sa place? Je pense simplement qu'elle n'en a cure. Mais étonnamment, tout ce qui traverse le panneau de bois est un ordre clair. Celui de me dépêcher. D'indifférente, mon expression devient excédée. Mes sourcils se froncent, et je sens une colère froide monter en moi. Elle a recommencé.

Je laisse Killiane se dégager elle-même, et je me relève, tout désir oublié, jetant la serviette qui ceint mes hanches dans un coin de la pièce, avant d'enfiler les vêtements sobres et sombres que je porte chaque jour. Je passe rapidement une brosse dans mes cheveux tout en grommelant:

"Je n'arrive pas à croire qu'elle ait recommencé. Je lui ai déjà dit que ces visites n'étaient pas les bienvenues..."

Pas ses visites, qui m'indiffèrent au plus haut point. Non, ces visites. Celles qu'elle ne fait pas seule. Parce que telle connaissance a une fille qui... Si j'étais croyant, je lèverais probablement les mains au ciel. En l'occurrence, je me contente d'avoir l'air le plus antipathique possible avant de me diriger vers la porte. Je me demande si je vais parvenir à battre mon record personnel. La dernière a tenu en tout et pour tout trois minutes et quarante-deux secondes...

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Jeu 30 Jan - 18:22
Mes sourcils s'arquent dans une expression de surprise perplexe, un peu amusée peut-être. S'il est vrai que ses arguments sont pertinents dans l'absolu, on croirait à l'entendre que je vais être envoyée dès demain sur une mission mortellement dangereuse. Il réfléchit beaucoup – trop, parfois – mais il m'arrive d'avoir l'impression que certains aspects pratiques, terre-à-terre, échappent complètement à sa réflexion. Mais on est rarement très objectif ou cohérent lorsque l'on s'inquiète pour quelqu'un, je suis bien placée pour le savoir. C'est moi, d'habitude, qui émets les arguments exagérément alarmistes, et lui qui me rassure en me disant que tout va bien se passer. Il faut dire aussi que c'est probablement la première fois que je prends une décision nous concernant par moi-même. Je préfère m'en remettre à lui, après tout il est bien plus apte que moi pour ce genre de choses. Mais, peut-être pour la première fois, je suis sure d'avoir fait le bon choix, même s'il m'a fallu le faire seule.

"Je ne vais être qu'une étudiante, tu sais. J'ai au moins deux ans de formation avant que tu n'aies vraiment à commencer à t'inquiéter pour moi. Si je réussis à aller jusqu'au bout. Et même alors, s'ils ont un minimum d'intelligence, ce dont je ne doute pas, les missions les plus délicates doivent être confiés aux agents expérimentés en qui ils ont confiance, pas à une jeunette fraîchement débarquée et tout juste diplômée. Ça nous laisse du temps. Pour apprendre précisément les effets de la distance. Et pense à combien notre Pacte s'est renforcé, ces deux dernières années, comme il va continuer à le faire. Et puis tu sais, je suis plus forte que je n'en ai l'air."

Toutes ces considérations s'effacent quand il m'attire contre lui. Il ne reste plus que nous, son contact contre moi. Les yeux fermés, je savoure les sensations. Je sens, j'entends. Son souffle, plus rapide et plus profond. Le grondement réprimé qui s'échappe de sa gorge. Sa voix, plus rauque, troublée, quand il me répond. À nouveau je m'interroge, sans pouvoir m'en empêcher. Est-ce que, peut-être, je pourrais en être l'origine. Bien évidemment je le suis, dans une certaine mesure, je ne suis pas assez naïve pour ne pas comprendre qu'il réagit à la caresse de mes doigts, à mon souffle dans son cou. Ce que je me demande, plus précisément, c'est s'il ne s'agit que d'une réaction purement physique, celle qu'aurait le corps de tout jeune homme à ce genre de contact, ou le fait qu'il s'agisse de moi y est également pour quelque chose... Il pourrait m'arrêter, si mes gestes le gênaient. Il ne le fait pas. Mais ça ne signifie pas non plus qu'il veuille, qu'il accepterait davantage. Et, comme toujours, le courage me manque, malgré le désir presque douloureux que j'ai de lui. Ma voix répond à la sienne sur le même ton doucement rêveur. J'aime ce qu'il me dit, la manière dont il le dit. Quand il me parle de l'avenir de cette façon.

"Je ne trouve pas que ce soit égoïste, au contraire. Tu décides de faire un sacrifice pour moi. Pour Nous. Le même que celui que j'ai décidé de faire. Ou bien je suis simplement égoïste, moi aussi."

Cela pourrait sembler prétentieux, de considérer comme un sacrifice de se séparer de moi. Ça ne l'est pas, pourtant, c'est un fait que je sais indiscutable. S'il peut m'arriver d'avoir des doutes sur certains aspects de notre relation, celui-ci n'en est pas un. Il a besoin de moi comme j'ai besoin de lui, et cette séparation nous sera douloureuse à tous les deux. J'espère seulement qu'elle ne sera pas l'occasion pour lui de se rendre compte que, finalement, il peut très bien vivre sans moi, que je ne suis qu'un poids dont il n'a pas besoin. Je ne sais pas ce que je ferais si, à mon retour, il m'annonçait que j'étais finalement très bien là où j'étais, et qu'il préférerait que je reste hors de sa vie, désormais, que je n'en faisais plus partie... Sa main relève mon visage vers le sien, son baiser chasse mes sombres conjecture. Je me serais sans doute relancée dans mes sempiternelles interrogations sans fin, si un à la porte ne les avait pas interrompues avant même qu'elles ne commencent. Je lève un regard interrogateur vers Kelen alors qu'il y répond, sans prendre la peine de demander de qui il s'agit, de ce ton peu amène qu'il réserve au reste du monde. La voix qui me répond, depuis l'autre côté de la porte, me crispe instantanément.

Dix mois depuis que je ne l'avais plus entendue. J'ai compté. J'aurais apprécié de continuer pendant plus longtemps. Je me détache de Kelen, à regret, pour le laisser se relever. L'idée saugrenue de sauter par la fenêtre simplement pour éviter la confrontation me traverse l'esprit l'espace d'une seconde. Ce n'est pas si haut, avec notre Pacte je ne risque guère plus qu'une cheville foulée. Mais c'est idiot je le sais bien, je ne vais pas passer ma vie à la fuir. Et je suis intriguée, également. Kelen a l'air bien plus au fait de ce qui est en train de se passer, ce qui n'a rien d'étonnant. Et il a aussi l'air... énervé. Je me souviens l'avoir entendu mentionner des visites, sans vouloir s'étendre sur le sujet, et soudain l'envie de me prend d'en savoir plus. Pour qu'elle en vienne à délaisser son si précieux travail, il doit falloir plus que la simple envie de venir voir son cher fils... Alors j'attends sagement sur le lit, les genoux remontés son le menton et les bras autour des jambes, comme une enfant inquiète, tandis qu'il s'habille et va ouvrir la porte.

Elle entre dans la pièce de la même façon qu'elle entre n'importe où, comme si elle se trouvait en terrain conquis. Elle salut mon frère, chaleureusement, jette un regard circulaire dans la chambre, vérifiant comme elle aime à le faire que tout est en ordre et à son goût. L'examen est de toute évidence réussi, jusqu'à ce que ses yeux se posent sur le seul élément qui fait tâche dans la pièce. Moi. Ses sourcils se froncent, une moue disgracieuse s'affiche sur son visage. Comme toujours, elle ne cherche pas à masquer la déception dans son regard, et encore moins le fait que ma présence inattendu semble la déranger au plus au point, ce qu'elle prend même la peine de confirmer par le ton sur lequel elle s'adresse à moi.

"Oh, Killiane, tu es là."

J'hésite un instant à me fendre d'un ironique et enjoué "oh, mais moi aussi je suis très heureuse de vous revoir", mais je me contente de m'en tenir aux vieilles habitudes et de lui répondre d'un laconique "Mère." en guise de salutation. Ce n'est qu'à ce moment là que je me rends compte qu'elle n'est pas seule. Une jeune femme la suit, d'environ notre âge, qu'il ne me semble pas connaître. Je la dévisage quelques secondes avant de me tourner instinctivement vers Kelen, comme pour l'interroger silencieusement. Je n'ai pourtant pas besoin de lui pour deviner ce qu'elle peut bien faire là, et je sens une boule se former dans mon ventre alors que mes doigts se crispent sur le tissu de mes braies. Mon regard revient se poser sur l'intruse, sans que je puisse l'en empêcher, d'une manière qui n'est sans doute guère amicale ni accueillante. Et pendant que je la fixe me vient, malgré moi, la réflexion qu'elle est fort jolie. Certainement plus que moi.

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Sam 1 Fév - 0:59
Conquérante. Voilà de quoi elle a l'air, lorsqu'elle pénètre dans notre chambre... Non, je devrais probablement dire qu'il s'agit de MA chambre, désormais. Je ne suis toujours pas certain d'être capable de me faire à l'idée. Je ne l'apprécie pas, de cela au moins je suis certain. Mais voir ses affaires disparaître, ne plus la sentir contre moi, lorsque je ne parviens pas à dormir, la nuit... Douce torture que celle-ci. Les tourments qu'elle peut m'infliger, parfois, sans le savoir. La séparation sera probablement autre chose, pire, bien pire. Cette fois, au moins, elle sait à quoi elle m'expose. A quoi ELLE s'expose. Car j'ai beau douter de la possibilité de nos rapprochements physiques, de son désir de moi et pour moi, je ne doute pas de l'attachement que nous éprouvons à l'un à l'égard de l'autre. Elle a beau avoir essayé de me rassurer, par des moyens plutôt douteux, comme sa certitude qu'elle ne souffrirait pas pendant ses études, ou encore le genre de missions qui lui seraient confiées, cette inquiétude se rajoute au reste. S'empile, encore et encore, dans une pièce trop petite pour la contenir. Je ne suis pas au point de rupture, parce qu'elle est là. Il est difficile d'expliquer qu'elle est comme l'opiacée de la meilleure qualité que vous pourrez trouver, pour moi. Et que le sevrage sera... violent, à n'en pas douter.

Enfin, ce long monologue interne pour justifier le fait qu'en plus de mon indifférence notoire pour le reste du monde, j'apprécie moyennement le point nommé auquel cette interruption nous a... interrompus. Et l'intention comme le messager m'exaspèrent à juste titre. Je ne fais pas l'effort de me pencher pour accueillir avec bienveillance son baiser glacé sur ma joue, et je ne referme pas mes bras pour compléter son étreinte brève. Je n'aime pas que les autres me touchent. Mon corps est un temple et n'a qu'une seule déesse. Je lève mentalement les yeux au ciel en me promettant de brûler la pièce que notre père m'a envoyée et que je garde dans le tiroir de mon bureau. D'ineptie en ineptie, je vais finir aussi niais que lui. Non pas qu'il le soit. Et ses pièces ont parfois un fond politique intéressant. Mais cet enrobage inutile de miel et de sucre, relativement écœurant, a une étrange propension à me parler et à s'incruster dans ma mémoire.

J'entends presque mes dents grincer à la vue de sa grimace et de son ton, alors qu'elle s'adresse à Killi. J'inspire profondément, une fois, et fixe finalement mon regard émeraude dans celui de notre mère. Je n'ai pas accordé la moindre once d'attention à la personne qui l'accompagne, même si je ne doute pas qu'il s'agisse d'une jeune femme, probablement bien née, probablement la fille d'un de ses collègues... Mon ton, je l'entends, est froid et ennuyé. un tantinet désagréable. Personne ne m'a jamais forcé à être charmant et je ne pense pas commencer demain.

"J'espère que la vue vous satisfait? Qu'avons-nous aujourd'hui, au juste? Une étudiante d'élite, au pedigree exceptionnel, élevée au grain? Avec de bonnes dents? Une poulinière d'une lignée fertile? Quelles matières?'

Je crois que j'ai fait mouche, elle n'a guère l'air d'apprécier de ne pas avoir pu commencer les introductions avant que je commence à l'insulter. Je vois ses yeux briller de colère froide, déjà. Mais elle sait se maîtriser. Elle n'aime pas non plus que je ne l'appelle plus "Mère". Je ne renie pas notre lien de parenté. Je suis lui même reconnaissant d'avoir donné naissance à Killiane. Mais elle n'est qu'une contribution génétique à mes yeux, et ne mérite guère ce terme. Abigail la définit bien mieux. D'autres noms lui conviendraient, mais pas aux oreilles des dames présentes. Je réprime une once d'amusement alors qu'elle tente de reprendre contenance. Je peux au moins lui accorder cela. Son visage n'a rien trahi, et sa voix est égale alors qu'elle présente la jeune femme. Mala, Mera... Quelque chose. Son nom, contrairement à d'autres choses aussi inutiles, ne marque pas mon esprit de son empreinte.

J'interromps notre ingénieure de mère d'un geste de la main et tourne enfin la tête vers la pauvre victime qu'elle voulait m'offrir en sacrifice. La première remarque qui me vient à l'esprit est qu'elle est petite. Par rapport à mes six pieds quatre pouces, par rapport à tous les membres de la famille, en réalité. Elle a l'air choqué également. Je n'ai pourtant pas encore été vulgaire. Serait-ce une étincelle de colère compréhensible et convenable dans son regard? Elle durera peut-être plus longtemps que la dernière. Je me demande encore comment Abigail a géré l'incident diplomatique de la dernière fois... Je m'adresse d'ailleurs à elle, regardant la jeune femme comme un objet inintéressant, mon long corps incliné au-dessus d'elle.

"Ne sait-elle donc pas parler par elle-même. Ou est-ce une nouvelle marionnette dont votre honorable époux aurait fait l'acquisition et qui aurait besoin de votre voix pour s'exprimer?"

Je me redresse, rejetant quelques mèches bouclées et encore humides par-dessus mon épaule. Je commence déjà à me détourner lorsque sa voix, vibrante, transperce l'air. "Vibrante" n'est pas un compliment. Simplement, j'en conçois qu'elle sait s'en servir, mais souffre, durant les partitions qu'elle interprète, d'un vibrato relativement handicapant qui gâche très probablement ses performances, bien que certains trouvent de trait "émouvant".

"Je peux parfaitement m'exprimer seule! Et je suis en deuxième année en cursus musicologie à l'institut Lahmyr." Je ne..."

"Et vous êtes fière de ça? De cet institut de seconde zone? Vous n'êtes pas sans savoir que Mihailov a ce qui se fait de mieux en matière de chant. Votre spécialité, j'imagine? De plus..."

Toujours aussi calme et froid, en apparence, je me retourne vers Abigail. Je dis en apparence, car je n'ai qu'une envie, en réalité. Chasser ce petit monde et retourner dans la bulle que nous occupons. Il est si fatiguant de devoir parler aux gens, parfois... Il est temps d'achever ceci...

"Je suis surpris que vous me proposiez la compagnie d'une artiste. Je pensais que votre propre expérience vous en dissuaderait. Après tout, n'est-ce pas déjà un miracle que vous ayez pu avoir des enfants, vu la fréquence à laquelle votre dramaturge de mari sort de son bureau? Les probabilités étaient on ne pouvait plus minces, ne croyez-vous pas?"

J'étais peut-être allé un peu loin... C'est le problème avec les joutes oratoires. J'ai tendance à m'emporter. Mes mots ne dépassent pas ma pensée, certes pas. Mais la rattrapent, ce qui n'est pas toujours mieux. Je me demande si je finirai persona non grata à la demeure familiale ou non...

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Dim 2 Fév - 17:51
C'est étrange, je m'en rends soudainement compte, que cette idée ne me soit jamais venue à l'esprit. Oh j'ai déjà pensé, bien sûr, qu'il s'intéresserait à d'autres femmes. En vérité, à chaque fois que je m'interroge sur le désir que je ressens pour lui. Mais toujours je ne l'envisageais que d'un point de vue purement physique, rien de plus que l'assouvissement des besoins du corps. Ce qui m'était déjà suffisamment pénible à imaginer. Mais je n'avais jamais considéré qu'il puisse y avoir plus, une relation réelle, un lien plus profond, des sentiments... Qu'une autre puisse prendre une place dans la vie – dans le cœur, même – de Kelen. J'ose croire que quoi qu'il arrive je resterais la première, la plus importante à ses yeux quoi qu'il arrive, mais de me dire que je pourrais ne plus être la seule... Le moins que l'on puisse dire est que je n'aime pas. Comme je n'aime pas que Mère l'incite, tente d'instiguer ce genre de rapprochements. Je ne crois pas avoir jamais réussi à être en colère contre elle. Je ne pensais même pas en être capable, en réalité. Jusqu'à aujourd'hui.

L'accueil qu'il leur réserve montre bien, s'il en était besoin, que c'est loin d'être une première fois. Une habitude usée, comme une pièce trop de fois répétées dont les acteurs eux-mêmes auraient fini par se lasser. L'un d'entre eux au moins. Je ne me fais guère d'illusions quant à ses chances de réussite, je les connais assez tous deux pour me douter que si Kelen en venait à s'amouracher de quelqu'un, ce ne serait certainement pas d'une des jeunes femmes si soigneusement sélectionnées par elle. Malgré tout, sa réaction est un réconfort. La froideur et la dureté qu'il affiche envers cette inconnue me rassurent et me tirent un sourire en coin que n'efface pas la brève pensée qu'elle n'a sans doute pas mérité tant de cruauté. Si les piques acerbes qu'il redirige vers notre mère me procurent une satisfaction certaine, je ne peux m'empêcher de songer qu'il risque d'aller trop loin. Non que je me soucie le moins du monde de ce qu'elle put en être blessée d'une quelconque façon, mais je m'inquiète de la réaction qu'elle pourrait en concevoir. Mon frère, je crois, sous-estime la nuisance qu'elle pourrait représenter pour nous si l'envie lui en prenait, si les égards qu'elle a pour lui ne tempéraient pas son mépris pour moi.

C'est toutefois moins l'envie de rediriger l'ire de notre mère vers une cible plus familière que la simple jalousie et le désir puéril de blesser qui me poussent à me lever pour les rejoindre, me tenant auprès de lui alors que mes bras s'enroulent autour de sa taille, propriétaires, et que je pose ma tête sur son épaule. Je fixe l'étrangère d'un regard vide, le visage si dénué d'expression qu'il en a quelque chose d'inquiétant, juste assez pour mettre mal à l'aise.

"Vous croyez vraiment être assez bien pour lui ?"

Elle ouvre la bouche pour répondre, manifestement outrée de se voir traiter de la sorte par non plus un mais deux membres de la famille. Je semble être la seule à le remarquer pourtant, et elle n'a pas le temps de se défendre par elle-même, interrompue avant même de commencer par la réplique d'Abigail, au ton encore plus sec et tranchant que d'ordinaire.

"Nous nous passerons de tes avis, personne ne t'a rien demandé. Et je te prierais de cesser de te comporter comme la dernière des débauchées, c'est parfaitement indécent."

En temps normal, cela aurait certainement plus que suffit à ce que j'acquiesce d'un air soumis avant de disparaître dans un coin comme il est attendu de moi. Mais en temps normal, je ne me serais probablement pas permis ce comportement devant elle, pour commencer. Le manque d'intérêt manifeste de Kelen pour la charmante offrande de notre mère n'a pas suffit à dissiper ma colère qui, je n'en doute pas, me donne le courage de répliquer. Le ton, pourtant, n'en laisse rien paraître, parfaitement calme bien que distinctement impertinent.

"Et votre avis, qui vous l'a demandé, à vous ?"

La réaction ne se fait pas attendre. Aussi subite qu'inattendue, la gifle tombe dans un claquement sonore. Jamais encore elle n'avait osé lever la main sur moi, bien que je ne doute pas que ce soit l'envie lui manquait. Ceci dit, jamais encore je n'avais osé répliqué à ses réprimandes. Loin de me calmer, le geste ne fait qu'aviver encore la flamme brûlante qui vient de naître en moi, l'envie d'aller plus loin. Je me détache lentement de Kelen, un sourire malsain sur le visage. Madame Ferghin serait-elle en train de perdre le contrôle de la situation ? Voilà qui serait bien la première fois. L'idée est parfaitement délicieuse.

"Mais dites-moi, puisque vous parliez d'indécence, amenez-vous souvent des jeunes demoiselles innocentes dans la chambre de votre fils ? Ne trouvez-vous pas que ce soit parfaitement inconvenant ? À votre avis, que vont pensez les gens ? Qu'il n'est pas capable de les trouver lui-même ? Que vous lui fournissez des filles directement sur place pour qu'il puisse se livrer sur elles à des actes de débauche et de luxure ? Auxquels vous prenez peut-être part vous-même, d'ailleurs, pourquoi pas ?"

À voir son visage se décomposer, ce n'est pas la réponse qu'elle espérait. Tout comme elle n'attendait pas ce ton plus qu'insolent, venimeux. Je vois son bras se relever, comme au ralenti. J'aurais mille fois le temps de l'arrêter cette fois, si je le décidais. L'idée m'effleure l'espace d'un instant, sans que je prenne la peine de m'y arrêter. Je la sentirai à peine de toute manière, comme la première n'a fait guère plus que m'effleurer malgré la force qu'elle y a mis. Je me demande si, maintenant qu'elle a réussi à accomplir ce geste si simple pour la première fois, elle va se laisser aller à me rendre toutes celles qu'elle n'a jamais osé me donner, comme une fureur trop longtemps accumulée au cours des années qui se déverserait soudainement une fois que le barrage a sauté. Si elle se rendra compte qu'elle se fait plus mal qu'à moi avant que sa main ne s'engourdisse. Ou si, peut-être, je me lasserai avant elle. Je pourrais décider d'entrer dans son jeu, de lui rendre la monnaie de sa pièce. À la différence bien sûr que, si je ne sens pas ses coups, une simple gifle comme celle qu'elle vient de me donner, de ma part, suffirait sans doute à lui faire traverser la pièce. Pour la première fois de ma vie se forme dans mon esprit l'idée que je pourrais la tuer, sans même y mettre d'effort particulier, avec une facilité déconcertante.

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Dim 2 Fév - 19:28
Je ne me suis jamais excessivement inquiété des conséquences de mes actes. Je le pourrais, bien entendu, si je m'en donnais le temps, et que je dégageais une partie de mon cerveau à l'exécution de ces tâches. Les devoirs et leçons occupent la majeure partie de mon esprit, et Killiane le reste. Comme toujours. Les conséquences de mes paroles moins encore. Certains sont outrés, d'autres énervés, quelques-uns blessés. Quelles que soient les proportions. Quelle que soit la gravité. Mes mots sont rarement bien accueillis, même si quelques critiques apprécient mes avis. Être la plume de certains d'entre eux me permet d'accumuler un pécule que je ne dois qu'à moi, et qui ne sert qu'à ma sœur. Cependant, la question n'est pas là. Mes pensées ont une sérieuse propension à la digression, quand je ne suis pas tout entier concentré.

Tout cela pour dire que je m'étais attendu à de nombreuses choses, concernant cette rencontre, mais certainement pas à l'intervention de Killiane. Pas à ce qu'elle vienne glisser ses bras autour de ma taille, à ce qu'elle pose le menton sur mon épaule. Et moins encore à ce qu'elle parle. Une voix calme, si calme, si... vide. Oh, comme je détesterais que ce soit à moi qu'elle parle sur ce ton. Mais elle s'adresse à cette jeune femme, puis à notre mère, après ses remarques. Celles que je n'apprécie pas. Je sais de source sûre qu'elle est loin d'être dévergondée, à mon grand dam, parfois. Cette phrase pourrait être mal prise. Dans la mesure où ses envies de luxure se limiteraient à ma personne, j'apprécierais plus que je ne saurais l'exprimer qu'elle se... libère. Mais sans témoins, dans des circonstances idéales, alors que nous pourrions... Mon esprit divague et est violemment interrompu.

Claquement de la chair contre la chair. Pas celle que j'attendais. Mon regard surpris croise brièvement celui de la jeune intruse. Je me sens figé. Des tentacules glacées s'emparent de mes membres, entourent mon cœur. Je n'avais jamais rien eu contre elle, avant cela. Porter la main sur le centre de mon univers. Ce n'est pas une bonne idée. Véritablement pas. Je ne suis pas physique. Je ne frappe pas les gens. Je ne tue pas de gens. Un long soupir tremblant m'échappe alors que mon âme-sœur lui répond. Tremblant parce que je retiens un rire. Si elle savait à quel point c'était ridicule. Mais elle ne le fait que pour blesser notre mère, pas parce qu'elle croit vraiment que ce serait possible. Bien sûr que non. Qui d'autre qu'elle pourrait susciter cette réaction en moi? Absurde.

Je vois sa main se lever à nouveau et un claquement de langue m'échappe. Le premier m'a pris par surprise. Mais il n'y aura pas de second coup. Plus jamais. Il me suffit d'un pas pour la rejoindre. Mes doigts glissent en remontant son bras, avant de s'enrouler autour de son poignet. Je ne suis pas particulièrement fort, je ne suis pas particulièrement agressif. Pourtant, je ne doute pas que cela suffise à l'interrompre. Un nouveau pas. Je ne l'ai pas lâchée, mais je me suis approché de la jeune femme. Je me penche, effleure son oreille avant de souffler, pour elle seule:

"Je pense qu'il est temps pour vous de vous éclipser discrètement. Bien sûr, je ne doute pas que cet épisode sortira totalement de votre esprit. Que vous ne le mentionnerez ni n'y songerez même. Car, après tout... quel intérêt y trouveriez-vous?"

Un soupçon de menace alors que je libère l'épaule autour de laquelle j'avais serré les doigts. Elle doit penser que nous sommes tous fous, après tout. Et peut-être n'a-t-elle pas tort. Après tout... Qui ne l'est pas? Elle s'échappe alors, claquant la porte derrière elle. Bien, j'avais oublié de le lui rappeler. Je laisse échapper un soupir alors que mon expression menaçante redevient calme. Un sourire glacé étire mes lèvres quand je me retourne vers elle. Je lâche son poignet et passe dans son dos, posant les mains sur ses épaules. Ma voix est presque amusée quand je reprends:

"J'ignorais que vous aimiez vous donner en spectacle, Abigail. N'était-elle pas la fille d'un de vos collègues? Vous n'êtes pas sans savoir que dans certains milieux, les rumeurs vont plus vite que votre ambition, et pourraient bien la contrecarrer."

Mes mains remontent légèrement, s'approchant de son cou. Je sais bien qu'elle pourrait tout à fait m'immobiliser par magie. Je souris, une expression qui n'est ni chaleureuse ni agréable. Je m'appuie un peu plus sur elle, avant de poursuivre, la voix basse:

"Ce n'était pas une bonne idée, Abigail, et vous le savez. Je pensais que vous aviez plus de contrôle que cela. Je suis déçu, si déçu... Je pense que vous devriez suivre cette jeune femme pour essayer d'arrondir les angles. Soigner votre image, puisque c'est la seule chose qui compte pour vous."

Je la lâche, m'éloigne, avant de rejoindre Killiane. Je ne voudrais pas qu'elle décide de rendre coup pour coup. Le Pacte a fait d'elle une femme tellement supérieure... Je ne regretterai pas notre mère. Mais je crains que ma sœur n'en soit profondément marquée. Et cela, je ne le supporterais pas.

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Dim 2 Fév - 22:55
Tellement obnubilée par mes considérations funestes, je n'avais pas anticipé la réaction de Kelen et me laisse surprendre quand je vois sa main apparaître pour saisir le poignet de notre mère et interrompre son mouvement. Ça n'avait pourtant rien d'inattendu, j'aurais évidemment dû savoir qu'il me protégerait, comme toujours, qu'il ne tolérerait pas qu'elle réitère son geste. La possibilité ne m'était pourtant pas venue à l'esprit, ce qui me semble soudainement incompréhensible. Quoi qu'il en soit, son intervention suffit à me sortir de ma transe, et le sourire dangereux que j'affichais s'efface lentement. Je ne cesse pour autant pas de fixer sur notre mère un regard dangereux. En dehors de cela, et sans avoir bougé le moins du monde, je retrouve mon attitude de retrait habituelle. Je rends, en quelque sorte, les rênes à Kelen, il reprend le contrôle de la situation, comme il se doit.

Je n'accorde aucune attention à la jeune femme qui quitte la pièce après qu'il l'ait congédié, sans pour autant avoir relâché son étreinte sur le poignet qu'il tient toujours fermement. J'ai une impression étrange, la sensation d'être dans un état second, comme dans un rêve. Je prête à peine attention aux paroles qu'il lui adresse, ne remarquant que le ton, sa voix froide aux accents légèrement menaçants. Je suis du regard ses mains, désormais posées sur les épaules d'Abigail. Quand elles remontent vers son cou, je sens un frisson qui n'a rien de désagréable me parcourir, en même temps que je me demande s'il a mis dans ce geste la même intention que celle que j'y lis. Je n'ai toujours pas complètement écarté l'éventualité de retourner à ma chère mère la délicatesse des attentions dont elle m'a gratifié un peu plus tôt, mais Kelen y met fin en revenant auprès de moi. Comme précédemment, je me serre contre lui, mes bras autour de sa taille, et soudain le monde semble retrouver sa réalité.

Notre mère, quant à elle, paraît s'être recomposée une contenance de façade. Elle me lance un regard noir en remarquant mon geste, auquel je me contente de répondre par un sourire ironique, puis se désintéresse de moi pour poser les yeux sur mon frère, l'air soudainement moins sure d'elle. Ma petite rébellion lui a déplu, certes, mais je présume qu'elle ne s'attendait pas à mieux de ma part. Elle n'avait probablement pas prévu, en revanche, que lui prenne mon parti de manière si virulente. Elle n'a vraiment jamais rien compris à notre relation. Elle n'a pas non plus essayer, il faut dire. Son seul souci à mon propos n'a toujours été que je risque de freiner Kelen dans sa réussite, le reste ne l'intéressait pas. Peut-être regrette-t-elle de ne pas y avoir prêté plus attention, désormais. Mais si c'est le cas, elle n'en montre rien, évidemment. Elle se contente de prendre ses grands airs qu'elle affectionne tant et de s'appliquer à lui offrir le meilleur ton autoritaire dont elle se sent capable.

"Nous aurons une discussion à propos de cet incident. Tous les deux. Et j'ose espérer que d'ici là, tu auras repris tes esprits."

Vous manquez de conviction, Abigail, Père lui-même se serait offusqué de votre performance s'il y avait assisté. Elle n'arrive même pas à dissimuler la pointe de peur qui ombre le dernier – bref – regard qu'elle me jette avant d'enfin quitter la chambre à son tour. Ce n'est qu'une fois la porte refermée que je reprends mon souffle, remarquant par la même occasion que je l'avais retenu jusqu'alors, sans bien savoir depuis quand ni pourquoi. Je me détache légèrement de Kelen, sans pour autant le lâcher, suffisamment pour pouvoir lui faire face. Maintenant que nous sommes à nouveau seuls, mon visage et ma voix ont retrouvé leur douceur. Je lève vers lui un regard légèrement timide, l'air désolé.

"Excuse-moi de m'être... imposée dans la discussion. J'aurais sans doute dû te laisser gérer ça toi-même..."

Je ne m'inquiète pas vraiment, je sais qu'il n'a jamais été capable de m'en vouloir vraiment, comme moi envers lui, mais ça n'empêche pas mes excuses d'être sincères. Je n'étais pas concernée, et je n'aurais certainement pas dû m'en mêler. Il me paraît difficile autant que ridicule de lui expliquer que je n'ai pas pu m'empêcher d'intervenir parce que je ne supportais pas l'idée qu'il puisse donner de son affection à quelqu'un d'autre qu'à moi...

"Je ne crois pas qu'elle reviendra te présenter d'autres demoiselles après ça..."

Je ne suis plus si sure d'être en train de m'excuser, j'ai plutôt l'air d'énoncer un fait. D'une part, parce que je n'ai pas l'impression qu'il le déplore, et d'autre part parce que je ne peux pas dire que je le regrette, personnellement. Bien au contraire. Je me rends compte que mes mains tremblent légèrement, à nouveau, bien que pour des raisons fort différentes qu'il y a quelques minutes. Ce n'est pas la peur, cette fois, et moins encore le remords ce que je sais avoir été très près de faire. Le simple contre-coup de tout cette histoire sans doute, entre la colère qu'elle a déclenché en moi et le fait d'avoir tenu tête à Mère pour la première fois. Je n'y prête pas garde, les yeux toujours rivés dans les siens, comme attendant l'autorisation implicite de le prendre dans mes bras et me serrer contre lui, de clore cet incident pour de bon et de l'oublier. Même si, sans doute, je n'oublierai pas cette inquiétude nouvelle qu'il m'a fait découvrir, dont je sais déjà qu'elle me hantera tout le temps où je serai forcée de rester loin de lui.

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Mer 5 Fév - 17:37
Avez-vous jamais eu l'expérience de ces instants entièrement hors du temps, hors des lois de la physique et de la logique, où seuls vous et votre partenaire existez. Maintenant, imaginez cet même instant magique, cette même bulle de perfection, éclatée par un éléphant indélicat. Je vous le donne en mille. Cette magie pour laquelle il n'y a besoin d'aucun mot, les bras de Killi autour de ma taille, mon menton posé au sommet de son crâne, mes doigts caressant doucement ses cheveux et son dos. Puis ces quelques mots prononcés par notre mère, qui me forcent à baisser les yeux sur elle, à sortir de ma transe. Mon regard est rien moins que glacial, et si elle n'avait pas déjà eu l'air si incertain, peut-être l'aurait-elle eu cette fois. Parfois, je comprends pourquoi notre père écrit des comédies romantiques et des pièces à l'eau de rose, pourquoi il met tout son amour dans son travail. Simplement parce qu'il a trouvé la seule chose sur laquelle il lui est impossible de le reporter. Entité qui tente a cette seconde de me menacer et de me faire comprendre que le problème vient de moi. Vraiment? Ne s'en rend-elle compte que maintenant? J'ai tout fait pour bâtir un univers hermétique autour de nos deux existences, de les rapprocher pour qu'elle n'en fasse plus qu'un, parfois sans résultat. Et maintenant, tout ce monde s'écroule autour de moi.

Ces visites n'étaient qu'un inconvénient mineur, et je ne suis pas persuadé que le fait que ma sœur ait vent de leur existence soit bon pour moi. Pour Nous. Comme le fait qu'elle se soit -enfin- rebellée. Et le fait qu'elle parte. Trois craintes se disputent la part belle en mon cœur désormais. Celle que le joug de notre mère ne pèse plus sur elle et qu'elle n'ait donc plus besoin de mon soutien dans ces situations. Celle qu'elle découvre qu'être loin de moi n'est finalement pas une si mauvaise chose, qu'elle se débrouille magnifiquement, et que sa confiance en elle reçoive un accélérateur inattendu. Et enfin celle qu'elle se dise qu'au vu des possibles candidates qu'Abigail me jette dans les pattes, elle puisse m'abandonner sans regret, puisque je ne serais visiblement pas seul. Alors, peut-être, ne suis-je pas capable de la tuer pour qu'elle reste mienne, mais cela ne signifie pas pour autant que je ne peux pas la suivre jusqu'aux confins du monde connu et que je ne pourrais pas m'efforcer de la rendre aussi misérable que possible en éliminant tous ceux avec qui elle pourrait tisser un lien. Ou mourir en essayant.

Je me contente de signifier à notre ingénieure de génitrice le chemin de la sortie d'un vague geste de la main, la congédiant comme une malpropre, avant de revenir au point intéressant de cette conversation. Pas exactement ce qu'elle était avant que les intruses n'arrivent. Je crains de parvenir à atteindre le calme nécessaire pour cela. Mes pensées tournent, encore et encore. Aussi, lorsqu'elle se détache de moi, j'attends le verdict. J'attends... quelque chose. Un couperet qui scellerait la mort de tous ceux qu'elle pourrait jamais rencontrer, si elle décide de partir. Ou la satisfaction, chaude et vicieuse, d'une colère salutaire. Celle qui me prouverait que cela l'a atteinte, touchée, rendue jalouse, fait souffrir, au moins un peu. Celle qui me rassurerait. Celle qui me ferait comprendre que malgré sa décision de partir, je reste le centre de son univers.

Mais elle me regarde comme si elle avait fait une erreur. Une terreur telle que je n'aurais jamais cru la connaître s'insinue dans mon cœur, s'y love et s'y installe. La sentence est tombée. Quelques secondes, je me demande si j'entends du regret dans sa dernière phrase. Ma conscience se déconnecte complètement. Je me sens... engourdi. Mes pensées, mes sentiments. Même mes mouvements m'apparaissent comme ralentis. Une mono-idée commence à s'installer. Un mois. Voilà le temps qu'il me reste. Le temps qu'il Nous reste. Je sens à peine sa peau sous mes lèvres alors que j'embrasse son front. Ma main glisse jusqu'à la sienne, l'attire vers le lit, contre moi. Je m'allonge sur le matelas, la serrant entre mes bras, son dos contre ma poitrine. Je me sens attiré vers des abîmes sans fond. Un soupir pâteux m'échappe:

"J'ai l'impression de n'avoir pas dormi depuis des jours..."

Quatre en réalité. Mais j'ai du mal à me rappeler. Je sombre. Ma conscience me quitte sur une dernière et unique pensée. Un mois.


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