La belle et le prêtre [PV Sophian]



 

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La belle et le prêtre [PV Sophian]

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Dim 8 Déc - 17:39
Le goût âcre du cannabis m’emplissait la bouche et me brûlait les narines. Mes poumons se gonflaient du bien-être âpre et odorant que procure la cigarette et la chique tandis que défilait devant moi la colonne affreuse des travailleurs de la cité sainte, gens dévot et fin connaisseur d’art et de littérature. L’idée était charmante, elle était drôle ; mieux, elle était truculente ! Ô le plus vain des divins savoir que celui de la suffisance et de la fatuité d’un érudit ! Un vrai calembour de taverne ! La chose me faisait rire tandis que défilait devant moi des nuées de bien-portants heureux et savants.
Je jetais négligemment dans le caniveau mégot de ma cigarette qui s’éteignit en fumant avant de me frotter vigoureusement le corps de mes mains crevassées. Pouah! Le temps n’était pas clément pour les vagabonds, les errants, les voyageurs de misère, les catalyseurs d’ombre. La richesse des uns n’entrainait la chute des autres qu’avec plus de sûreté. Oui, sitôt étiez-vous errant dans les rues d’une cité ou d’un bourg que la messe était dite, votre destin était fixé par la ‘Providence’ –mot horrible qu’on dit souvent dans les sanctuaires !- : vous finiriez honnis, à crever en hurlant, à cacher vous sourires édentés même lorsque vous aurez la joie de rire pour oublier derrière des masques de honte et de stupeur, à supplier pour un bout de pain, une piécette ou un boc de vin chaud pour réchauffer pendant l’hiver s’enivrer d’oubli sirupeux ; Et on vous regarderait dégueuler vos ritournelles de la faim avec un air de componction savant, ou a vous saouler jusqu’à en avoir mal à l’estomac, mal au foie, mal au cœur, mal à l’âme à en hurler. Et on vous jugerait indigne de la société humaine parce que vous avez été pauvre. Et il continuerait à à deviser très moralement sur la place du saint-marché, pour faire mine d’être correcte et humain. Cela aussi me faisait rire. D’un bon rire jaune et gras. D’un rire qui fait son éloge à la folie.

En arrivant à Aquaria, sa beauté m’avait choqué. Sa beauté blanche et parfaite avait heurté mes yeux, habitués à la misère, et contraints d’observer sans le vouloir des spectacles désenchantés et des groupes d’individus dont l’incurie intellectuelle équivalait à la misère corporelle. Les formes si belles, se harmonieuses de la cité m’avaient éblouis et avaient éveillé en moi des sentiments âcre et purulents. Je ne comprenais pas comment une cité pouvait être si belle, si pure, si propre, et voir se traîner à une dizaine de lieu à peine de ses portes une si grande misère. Je ne comprenais pas comment des individus lettrés, amateur d’art et de poésie, peuple philosophe et religieux entre tous pouvait deviser si sereinement sur les bancs d’une petite place charmante, et ignorer les misères du monde cruel qui étaient à ses portes.
Aquaria, joyaux des arts ?! Aquaria, joyau de religiosité et de philosophie ?! Quoi ?! Ce refuge de fat, de dévots, et des bonnes femmes trop couvertes pour prétendre avoir connu les joies des sens ! Aquaria capitale de la pureté et de la beauté ?! Quoi, cette ville aseptisée au point d’en refuser la misère parce qu’elle est sale et ne serait pas digne d’Ehol ! Quoi, cette ville des parures de savoir, des parures de beauté, qui n’accepte pas l’incurie des uns sous prétexte qu’elle n’élève pas l’âme  serait la fierté d’un peuple tout entier?

Cela ne pouvait être. Je devais en avoir le cœur net.

Alors, je choisis d’interroger celui que l’on considérait comme un saint à Aquaria, et qui déchaînait les passions religieuses comme certains déchainent l’amour et la guerre autour d’eux. Je choisis d’interroger le saint-prêtre d’Ehol, le jeune représentant de la bonté et de l’amour qui n’accepte les uns que pour exclure les autres en prétendant aimer les hommes.

d'Abord, je m’installais en ville, dans une auberge bon marché qui sentait le jasmin et le feu de cheminée, à proximité du sanctuaire et de la bibliothèque. L’établissement était bien tenu, propre, et son gérant était jovial, sans pompe ; un homme simple, brave et généreux, au front épais, aux cheveux blanc rares et au gros nez rouge surplombant une énorme bedaine. Il riait toujours de tout et de rien en fumant une immense pipe et lançait à ses clients des flots de boutades aigrelette, parfois tendancieuse que sa femme, sorte de matrone bienheureuse, réprimait toujours d’un affectueux sourire. Comme ses manières bonhommes et ses manières tranquilles me rassérénèrent ! Il me sembla retrouver un peu de foi en l’homme, malgré l’âcreté de mon cœur.

Peu après midi du jour qui succéda mon arrivée, je quittais l’auberge. Elle se nommait ‘les quatre-sangliers’; je n’aurai aucun mal à la retrouver. Puis, je partis en quête du saint-prêtre, dépositaire du pouvoir à Aquaria. Grâce à mon pouvoir, je me faufilais partout où je le désirais sans difficulté ; je m’évanouissais à loisir, feintais, trompais à tout va les étudiants, les ascètes et les gardes qui peuplaient les lieux saints. J’écoutais les conversations de tout un chacun  avec attention, tendant l’oreille afin de deviner l’emploi du temps du saint-prêtre.

Je finis par apprendre, tout à fait par hasard au détour du sanctuaire, que ce dernier devait se rendre aux archives de la bibliothèque à la nuit tombante, afin de lire un obscur manuscrit des temps anciens, et devait impérativement être dans un environnement calme et serein ; Car chacun sait bien qu’il est difficile de lire la langue ancienne dans le brouhaha des érudits et de leur joutes pédantesques. Je décidais de l’attendre là-bas.

Je traversais rapidement l’espace qui me séparait de la bibliothèque, et me dirigeais au hasard à travers les bâtiments colossaux éclatant de pureté et d’harmonie qui composait la bibliothèque. Il me fallut près d’une heure pour découvrir les archives, après avoir entendu une dizaine de fois les mêmes indications, et n’ayant, à chaque fois, jamais réussi à les comprendre tout à fait.

Je pénétrais furtivement dans le bâtiment, dallé de marbre, au mur d’une éclatante blancheur et veiné de bleu par endroit. Quelques érudits consultaient de vieux ouvrages aux pages jaunies et craquelées qui respiraient l’odeur du souffre et de l’usage. L’atmosphère était religieusement confinée ; je me sentie désagréablement, avec mon chapeau à large borde ceint d’un ruban de soie bleu, ma lourde pelisse de fourrure qui couvrait une chaude tunique en laine aux motifs de ma campagne natale, mon pantalon de toile et mes bottes en cuir élimé. Même la peau de mon visage, blanche à en être presque translucide, respirait la vigueur d’un autre lieu, l’extase d’un autre temps. Je frissonnais.

D’un regard, je constatais que le saint-prêtre n’accomplissait pas encore sa tâche fastidieuse. Pourtant, dehors, le soleil déclinait déjà et ne tarderait pas à basculer dans l’invisible. La ville se parait des couleurs du deuil et le ciel se couvrait de nuages sombres et gris. Le cœur assombri par le jour déclinant, je m’assis dans un coin des archives, négligemment, faisant mine de lire ardemment un livre pioché au hasard dans la bibliothèque et qui s’attachait à démontrer l’existence des libertés individuelles au sein d’un état fort et religieux. L’idée en elle-même me parut invraisemblable, bien que défenduepar un verbiage fort joliment mené.

Puis, alors que je terminais de lire les conclusions du second chapitre, je m’aperçus que le jour avait complètement décliné et qu’il ne restait dans la pièce que ma propre personne et deux autres individus dont je n’avais pas remarque la venue. L’un, anecdotique, ascète parmi d’autres ascètes. L’autre, d’allure juvénile, les cheveux blonds comme on n’en fait plus, les yeux bleus comme de l’eau de source, pâle et muet comme un page, lisait un énorme libre qui devait bien faire toute sa taille pour peu qu’on en mesurât l’envergure, et qui dégageait une aura singulière. Concentré, il semblait lire avec aisance, et même y prendre plaisir ! La chose n’était pas étonnante ; il avait la réputation d’être un homme de cœur, avide de connaissance, et d’une ineffable bonté. Rien que cela, pourtant, était digne de suspicion.

Je me levais d’un bond et m’approchais silencieusement du saint-prêtre –ce ne pouvait être que lui, et si tel n’était pas le cas, cela ne revêtait aucune sorte d’importance- tout en l’observant attentivement. Qu’il était jeune encore ! Qu’il semblait frêle et chétif pour une tâche d’une si grande importance parmi les hommes ! Je fus presque saisi de pitié devant son destin, avant de me rappeler qu’il devait bien au contraire considérer son statut comme une faveur divine. Alors, inspirant une grande bolée d’air, j’entamais de jouer le rôle que j’avais choisi de jouer.

Je m’assis cavalièrement en face de lui, arborant une moue contrite et frondeuse. Je jetais mon chapeau sur la table d’un grand geste, recouvrant une partie de son inestimable ouvrage, et je m’écriais :

-Ah Monsieur le saint-prêtre ! –Car vous l’êtes sans aucun doute, n’est-ce pas ? Je me dois vous interroger sur un problème d’ordre philosophique. Car voyez vous, j’ai beau d’être de peu d’instruction, je me cultive. J4essaie du moins. Autant qu’on me permet. J’achète quelques livres ; je lis des almanachs, je fais un peu de cosmologie, d’astro… d’astro comment… astro-magie ce me semble ! Enfin vous voyez, toutes ces choses là !

J’avais débité ces choses-là le plus rapidement que je l’avais pu, sorte d’hystérique chevelu aux boucles blanches et je tentais d’arborer une expression naïve, passionnée et stupide à la fois. Ne lui laissant pas le temps d’intervenir, je continuais ma belle diatribe :

-Enfin bref, voyez-vous, je suis une pauvre femme, au fond, une pauvre femme, sans grande intelligence, et de peu de moyen ! Mais enfin, voyez-vous, il faut faire comme on peut, n’est-ce pas ? Au moins essayer de faire le peu qu’on peut comme on peut, n’est-ce pas monsieur le saint-prêtre ? Non, non, ne bougez pas, je vais être rapide. Je ne suis pas une courtisane, vous savez. Non, ça non ! Mon dieu non ! Par ehol ! Que le collège des ascètes et des cardinaux éholiens m’en préserve !

Et, indiquant un paragraphe de mon fameux livre concernant les libertés individuelles au sein d’un état fort et religieux, je lui déclamais :

-Vous voyez, ici, monsieur le saint-prêtre, ici, il est bien écrit, si je ne me trompe pas –ce serait bien possible, hein, après tout !- : ‘Les libertés individuelles sont garantis par les principes religieux, qui sont au fondement de l’humanité, qui forment sa grandeur, et qui sont l’essence de sa divinité’.
Bon, et bien, outre le fait que… et bien que ce monsieur l’écrivain ait du faire ses humanités à pétaouchnok pour concevoir de telles rapièceries du cerveau, comment puis-je être libre si, admettons que je ne sois pas tout à fait pur, et bien je sois banni du lieu où je vis, hein ?


Un court silence suivi ma déclaration.  Je décidai de poursuivre ma déclamation :

-Bon, et puis voyez-vous, si je décide d’être libre, moi, demain. Bon, et bien est-ce que je pourrai être libre de faire partie de votre collège d’érudit ? Parce qu’après tout, hein, vous voyez, moi, je n’ai pas beaucoup étudié, hein, mais ce n’est pas ma faute ! Alors je n’ai pas eu la même liberté que vous, monsieur, hein, sans vouloir vous offenser, bien sur …
Enfin, vous comprenez mon problème, n’est-ce pas ? Vous allez m’aider, hein, monsieur le Saint-prêtre d’Eholie ?


Alors, je lui empoignai la main et je fichais mes yeux dans les siens, purs de tout vice, mais ignorant de ce qu’était le monde. Et je lui laissais voir qui j’étais réellement, en dehors de toute cette mascarade. Du moins, j’espérais qu’il le devinât, et je frissonnais d'angoisse et d'excitation.

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Mer 11 Déc - 22:30





A
ujourd'hui est un jour comme les autres pour le Saint-Prêtre. Il s'est levé avec le soleil, a prié et communié, puis il a mangé un frugal repas. Comme chaque jour, un sourire serein et satisfait se dessine sur son visage. Deux mignonnes petites fossettes y apparaissent alors. L'enfant se gorge du soleil et de la vie, il continue ses devoirs sacrés et sa quête mystique. Sophian a annoncé hier qu'il irait une nouvelle fois s'instruire à la bibliothèque. Il a, même, trouvé l'heure à laquelle elle est le moins fréquentée afin d'y étudier en paix. Cependant, Thémis le lui a rappelé, il ne lui est pas permis de sortir seul. Cette fois-ci, ce serait l'ascète Angéla, qui l’accompagnerait. Lorsqu'il part avec elle, il n'est pourtant pas seul. Archimède est là. Son familier hiboux est immense et majestueux, quoiqu'un peu fatigué. Le soleil tend à se coucher, les ombres s'étirent dans le froid. L'hiver en déclin garde son emprise en Aquaria. Un, deux, trois, les livres sont là : « l'Harmonie Sublime », « Ontologie de la Vérité » et « Fracture des Langages » accompagnent l'éphèbe dans de nouvelles aventures intellectuelles. Le premier tend à démontrer une unique thèse ; le monde est sculpté par le Grand Courant par érosion, comme l'eau sculpte les roches. Le second tend à faire une apologie de la critique et de la maïeutique, à la seule condition qu'elles soient menées avec sincérité et non sophisme. Le dernier revient sur la création de la langue récent en Ventus et de l'opposition qu'elle symbolise entre deux modèles : l'Empire égalitaire et utopie déviante, Ventus individualiste et capitalisme rampant. Sophian ne les avait pas encore lu, bien qu'il ait dévoré un nombre obscène d'ouvrages divers. C'est pourquoi, il est assis nonchalamment, en toute quiétude.

L
a langue ancienne coule dans son esprit aussi claire que de l'eau de roche. Ses lèvres fines et délicates sont closes. Malgré sa tenue simple et sobre, il émane la dignité. Sa soutane blanche et bleue est embellie par quelques arabesques de fils d'argent. Ses yeux saphirs se laissent porter d'une ligne à l'autre dans ces écrits presque poétiques. Le subtil style, ou bien l'emportement d'un autre, peuplent une imagerie en décalage, comme en escalier à travers le temps. L'esprit du Saint-Prêtre s'en délecte. Tous ces avis sont inestimables, car ils lui donnent matière à penser, ou plutôt à mieux penser. Confronter et affirmer des vérités telle est la tâche ultime du vrai croyant. L'homme a ce devoir, celui de connaissance, tout comme il a devoir d'amour. Tel est l'édit de Watos révélé par le Messie Ehol. Par ce biais, le croyant accroît sa sagesse et tend vers le Bien. Sophian étudie, donc, dans la quiétude. La sérénité du lieu endort même Archimède, qui est perché au sommet d'une étagère. Le silence finit par se briser lorsqu'une femme approche. Cette pie caquetante, hystérique, ne sait montre d'aucune grâce, est-ce feint ? Est-ce sa véritable manière d'agir ? Ce spectacle est étrange. Néanmoins, Sophian reste le même, doux, calme et innocent. Bien heureusement, l'ascète l'accompagnant s'est absentée peu avant. Son débit rapide ne laisse pas le temps à une éventuelle réponse, si ce n'est un tendre sourire et une oreille tendue du Saint-Prêtre. Un aimable sentiment naît en son cœur. Il s'agit de l'étrange sympathie à l'égard de ceux, qui, paraissent moins sages et que l'on souhaite aider. Certains y verraient de la condescendance, ceux-là sont de bien pauvres sceptiques, incapable d'apprécier l'enseignement d'Ehol à sa juste valeur. Ils devraient plutôt être sceptique à propos de cette jeune fille.

E
lle se disait sotte et parler sottement, mais elle avait la possibilité d'acheter des livres. Or, les livres sont des biens rares et précieux. Elle devait être riche, donc. Par ailleurs, son accent, comme son discourt pointe son origine ventusienne. Une étudiante transférée afin d'apprendre l'ancienne langue ? Auquel cas, elle serait très intelligente. A moins qu'elle n'utilise l'influence de son père pour venir ici sans être étudiante. Néanmoins, elle lisait un essai en langue ancienne, elle est tout sauf stupide, donc. Pourtant, elle affiche clairement l'inverse. C'est une bien étrange comédie. Quoiqu'il en soit, les doutes sont balayés du cœur du Saint-Prêtre. L'enfant n'a que faire de ces menus « détails. » Même si son esprit a une seconde pensé ainsi, ce n'est qu'un réflexe intellectuel méprisable. Son regard reste limpide et bienfaisant face à ce verbiage. Ses prunelles profondes plongent dans le regard de sa belle interlocutrice. L'éphèbe veut voir son âme et qu'elle voit son âme à lui. Son idéal requiert un échange, un partage avec elle ; la sincérité est une nécessité, non une qualité. Le bel enfant relève une mèche doré de son front, puis laisse libre-court à sa verve. La seule langue qu'il parle est la langue ancienne.



Mon enfant, tout d'abord, bonjour et enchanté de faire votre connaissance. J'espère que vous passez un agréable séjour à Aquaria et je suis heureux de vous aider.


Tout d'abord, au vu de ce livre et de son contenu, si ma mémoire est bonne, il s'agit d'un essai ventusien. L'auteur cherche à concilier la liberté idéalisée de Ventus et la foi de l'Empire.
En effet, on ne retrouve pas la même notion de liberté dans les autres cultures. La conception de libertés individuelles renvoient à une construction moderne.
D'où votre confusion entre le pouvoir et les libertés dans vos propos. Le pouvoir est la capacité à accomplir dans des conditions données. Les libertés seraient nos droits fondamentaux et inamovibles d'être humain, des droits naturels.


Bien entendu, la foi eholienne ne soutient pas cette thèse, d'où le paradoxe de l'auteur. Pour comprendre la substance de cette différence, il faut en revenir aux origines : l'accord du libre-arbitre aux hommes. Watos a créé l'univers, ses lois et ses créatures par ses mots.
Son souffle divin est devenu mana et alimentait le monde. Cela était bon. Le mana a formé un immense courant, celui des souhaits de Watos. Il s'agissait d'une harmonie sublime et heureuse.
Cependant, le créateur a accordé par la suite un grand pouvoir à l'homme, celui de choisir d'aller à l'encontre du bien et de ses desseins. Le libre-arbitre est cette capacité à refuser l’œuvre du Grand Courant. C'est une rébellion contre l'ordre.


Ma foi me pousse à croire qu'il nous testait, nous et notre bonté. Il souhaitait savoir si nous serions à même de faire un bon usage de notre « liberté. » Comme un parent souhaite voir son enfant devenir adulte, il souhaitait nous voir grandir. Nous l'avons déçu.
Dès lors que l'homme a été libéré du Grand Courant, il a commencé ses méfaits. Il a inventé le meurtre, la guerre et la haine. L’œuvre parfaite du Tout-Puissant n'existait plus, car l'homme créait le désordre dans l'harmonie.
Pourtant, notre Père était bon et nous aimait. Il ne nous a pas détruit et a toujours tenté de nous offrir le bonheur.
Les douze séraphins, puis Ehol, sont dans la continuité de sa divine création. C'est à notre sauveur Ehol que nous devons ce savoir. Le Messie nous a enseigné la vérité et le verbe divin pour que nous puissions faire bon usage du libre-arbitre.


Même si, celui-ci est limité, il ne peut s'opposer au Destin. Je nomme Destin le cycle des réincarnations. Cette métempsychose lave les âmes, puis inscrit en elles leurs naissances et leurs potentiels.
Le Destin entre dans la logique d'ordre du Grand Courant, qui, a pour but de réguler le monde et d'assurer le bonheur de tous.
Ce bonheur est assuré par la découverte de l'âme-soeur et la cohésion des hommes. Il faut des hommes pour chaque tâche de la société, de la plus basse à la plus élevée.
La véritable utopie permet à tous de vivre avec dignité. Mon idéal est de voir un respect et une acceptation universelle. Le sage ne devrait pas mépriser le sot, mais l'élever. Tout comme un homme cultivant la terre ne devrait pas être inférieur à un savant dans sa besogne.
Nous ne naissons pas égaux en talents, mais nous sommes tous égaux au regard d'Ehol et du Grand Courant.

Je vous prie d'excuser cette digression, mais elle me paraissait fondamentale pour vous familiariser un peu à l'esprit eholien.


Mon dessein était de vous faire comprendre un raccourci menant à un axiome de ma composition : L'homme a pour liberté d'accepter son destin ou de le maudire. Il est libre de ses choix par essence, mais  devient aisément soumis à l'ordre humain.







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Jeu 12 Déc - 16:30
J’étais d’humeur atomique, moléculaire, hypersensible. Tout ce qui m’entourait était fragmenté, divisée, décomposée ; mon esprit était tout entier concentré sur le saint-prêtre dont les yeux luisaient d’une bonté sincère qui m’inspirait des saillies ironiques aux tons brulants d’insolence.  Ah ! La belle blague que tout cela ! J’avais en face de moi l’un des représentants les plus puissants du monde, et il ne connaissait de l’existence que la pureté et l’innocence ! Il y’avait de quoi s’esclaffer un bon coup, de rire très franchement,

Toutefois, j’écoutais sa longue tirade jusqu’au bout. Parfois, lorsqu’il disait quelque chose de dérangeant, ou qu’il évoquait un concept compliqué, ou une théorie farfelue, je tiquais, ou arborais une expression profondément sceptique et désabusé –quelle autre chose aurai-je pu faire, après tout !-.  Tout de même, si jeune, et déjà endoctriné ! Voilà qui était fort, très fort. Comment avait-on pu en arriver là ? Conditionnement sociale, martèlement cognitif d’une idée religieuse, hypnose ?

Néanmoins, son propos n’était pas dénué d’intérêt. Il connaissait des mots, des expressions, des concepts, ce qui est déjà fort utile dans le monde. Cela permet la démagogie, le dogmatisme, la fatuité, parfois le bel esprit ; bref, le peuple appelait cela ‘l’intelligence des ‘Monsieur les curés’ ‘, et les orgueilleux se réjouissaient d’en faire montre dans les conversations. En outre, c’était fort utile pour accompagner des œillades indiscrètes. Les tortuosités du langage masquaient aisément les mesquineries des courtisans.

Quoiqu’il en soit, le propos n’était pas dénué d’intérêt. Que diable, cet enfant n’avait que treize ans, et il maniait déjà le substantif ‘métempsychose’ comme d’autres employait leur virilité viril à vingt ans ! Tout de même, cela méritait le respect. Alors, je l’écoutais d’une oreille attentive, la tête appuyée sur ma main, elle-même appuyée sur le poids de la lourde table de bois, la tête négligemment penchée, indolente, comme le font certaines courtisanes lorsqu’elles souhaitent démontrer l’alanguissement, le regard fiché dans le sien, comme pour m’y abreuver de lui-même et le comprendre, le défier, le pousser jusque dans ses retranchements, et briser ses dernières défenses. Sa démonstration achevée, je poussai un sifflement admiratif et lâchais :

-Et bien, chapeaux mon p’tit gars ! J’n’avais pas entendu de tels discours depuis bien longtemps, si ce n’est jamais !

Puis, faisant la moue, je penchais la tête de l’autre côté et j’ajoutais :

-Toutefois, sans vouloir vous offenser, j’ai remarqué quelques soucis de cohérences, dans ce beau galimatia raisonnementale que vous venez de me faire !

Alors, je me levai, d’un bon, souple, agile, déterminée, habitée par une énergie qui n’était pas la mienne et qui m’insufflait un langage que je n’avais connu qu’auprès de Maellan.

-Voilà, tout d’abord, je ne comprends pas cette obstination systématique  à porter sur Ventus un regard si condescendant, plein d’une antique méfiance pour tout ce qui est nouveau et ‘moderne’. Eh quoi, monsieur, le bel esprit ne s'invite donc que chez les prêtres et les dévôts? Faut-il être zélote pour être un digne orateur? Diantre, monsieur! Je prends tout de suite la soutane, et la couronne avec! Non, bon, dieu, ‘il faut être résolument moderne !’ Ou quelque chose comme cela du moins.

Je déglutis. Mes joues brulaient. Mes tempes hurlaient ; mon corps tremblait, en proie à une sombre et terrible volonté.

-Outre ce détail, finalement très anecdotique, repris-je, le problème fondamental que j’ai ressenti dans votre discours, ma foi fort joli, c’est qu’il fonde un raisonnement logique et cohérent sur des spéculations mythiques qui n’ont aucune validité et qui ne sont du ressort que de la foi. Tout ce baratin que vous me dites sur l’accord du libre-arbitre aux hommes s’effondre si on exclut Watos du raisonnement.
De plus, votre conception du libre-arbitre est antinomique avec son concept même ! Vous dites, textuellement ‘Cependant, le créateur a accordé par la suite un grand pouvoir à l'homme, celui de choisir d'aller à l'encontre du bien et de ses desseins. Le libre-arbitre est cette capacité à refuser l’œuvre du Grand Courant. C'est une rébellion contre l'ordre. ‘ Mais c’est un non sens absolu ! Pourquoi le Watos aurait-il permis qu’on aille à contre-courant de son œuvre qu’il sait si bonne et si parfaite ? N’y a-t-il pas là quelques volonté maligne ?  En outre, n’est-il pas malaisé de ne donner à la liberté que deux directions lorsqu’elle désigne au contraire l’ouverture des possibles ? Le Bien et le Mal, l’antagonisme millénaire n’est-il pas désormais erroné face à l’entièreté de notre liberté qu’on ne devrait pas décrire comme les points opposés d’une droite, mais comme le centre d’un cercle dont les droites infinis représentent l’ensemble des possibles.
Et qui plus est, peut-on appeler libre-arbitre un test lancé au hasard par un créateur quelconque ? Il ne s’agit pas de liberté, mais de capacité à réagir conformément ou non à une loi donnée ; c’est-à-dire à un déterminisme. Et qu’y à-t-il de pire que cela ?


Je m’arrêtais un bref instant, le souffle court. J’avais mal aux yeux, et l’indignation m’avait empli avec tant de rage que mes poumons en brulaient. Je me contraignit à respirer calmement et, le feu qui me brulait s’apaisa rapidement. A nouveau sereine, je dis calmement, marchant de long en large dans la pièce :

-Du reste, je ne comprends pas votre notion de Destin. Quel rapport a-t-il avec le cycle des réincarnations ? Si vous ne spécifiez pas celui-ci, le concept demeure flou, sans appui, sans définition, et du même coup n’est d’aucune légitimité dans un discours.
Le reste du discour est moralisateur et dogmatique. Il ne m’apporte pas véritablement de réponse. Certes, il m’éclaire sur la pensée Aquarienne et sur les subtilités de la foi éholienne. Mais cela ne reste qu’un point de vue parmi tant d’autres


Je le regardai avec insolence et lui jetai avec un grand sourire narquois :

-Cessez de me réciter vos thèses absconses, monsieur le saint prêtre, et dites-moi le fond de votre pensée. Je vois bien que ce n’est pas vous qui parlez, mais celui qu’on attend de vous ! Peut-être même n’en avez-vous pas conscience. Mais moi, je veux en voir plus ! Et faire un récit complet de la foi Aquarienne ne vous rapprochera pas plus de cet objectif que si vous me récitiez tous les alphabets du monde, et me parliez en chat.

Puis, détournant les yeux, je terminais en murmurant insidieusement, ténébreusement :

-Et puis, Monsieur, un ‘axiome de votre composition’ n’est pas un axiome, mais un postulat.

Alors, ayant dit, je m’approchais brusquement de lui, m’assise à ses côtés, croisais les jambes, lui saisit le menton dans une main, le tournai vers moi afin, et lui dit en souriant :

-Alors, qu’en dites-vous désormais? Et plus de babillage!

Mon âme frémissait d’impatience et attendait sa réaction. J’espérais enfin briser ses défenses, balayer le contexte social, et contempler qui il était au fond de lui-même.

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