Sorcière et Prêtresse [PV Kaede d'Azaïr]



 

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Sorcière et Prêtresse [PV Kaede d'Azaïr]

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Métier : Régente de la Latia
Humeur : Sublime !
Points Histoire : 0
Dim 22 Sep - 17:47
28 Janvier 762, 20h30


A Small Measure of Peace by Hans Zimmer on Grooveshark



    ... Ne sont-elles pas sublimes ?


Dit-elle d'une simplicité étonnante. Octavia était assise, sur cette barque typiquement azarienne. Ses yeux d'émeraude regardaient tendrement le ciel maintenant nocturne. Les étoiles brillaient d'une force tranquille au dessus de leurs têtes. Elle aurait pu choisir le plus beau des navires, la plus faste pirogue. Mais non, plutôt, elle avait préféré employer un moyen traditionnel et maintenant ses yeux se perdaient dans l'immensité de l'univers qui les dominait. Les actions de la jeune régente étaient pour le moins difficiles à décrire. Elle n'avait pas voulue venir avec des outils de guerre, loin de là. Seule Aestus Estus l'accompagnait, Néron, et deux vestales. Inutile de dire que pour la princesse c'était signe qu'elle se déplaçait en petit comité. Les mauvaises diraient qu'elle préparait quelque chose de mauvais, les autres, pour la majorité, simplement qu'elle voulait combler un autre de ses caprices.

Mais tous restaient silencieux, non pas par respect, simplement que la vue d'Octavia pouvait laisser sans voix. Non pas d'une beauté époustouflante ou bien d'un charisme écrasant. Mais plutôt d'une sérénité posée. Calme, très à l'opposé de ce que l'on s'attend d'une telle personne. Peu l'avaient vu ainsi, ce n'était pas pourtant rare. Simplement qu'elle était heureuse, pour une raison qui échappait à présent à tous.


    Ces étoiles, ces magnifiques créations, elles brillent d'un feu éternel. Ne sont-elles pas comme Ignis ? Notre coeur brûle de cette ardeur, chacune d'entre nous, mes filles, chaque vestale en est une... Lorsque nous voyons cela, nous nous aimons à penser que nous pourrions rendre ces terres encore plus fantasques qu'elles ne le sont déjà. Ne serait-ce pas merveilleux ? Donner cet amour, donner notre âme à ce peuple ?


Le silence ne se brisa pas. Ce n'était pas une conversation, loin de là, tout au mieux, ce n'était qu'un monologue simplement destiné à être écouté. Les deux femmes se mirent à sourire tendrement à leur régente. Combien d'ignisiennes avaient été sauvées grâce à une affinité élémentaire et à la protection de leur jeune gardienne ? Beaucoup. Elles lui devait tout. Et ces simples mots, qu'elle prononçait à présent, évoquait pour elles un besoin de la protéger du mal. De se sacrifier pour elle. Oui, elle était égoïste, terriblement égoïste, bien évidemment qu'elle ressemblait plus à un tyran qu'à une reine juste et honnête. Mais qui voudrait s'adosser du rôle du martyr ? Certainement pas elles, Octavia y comprise. Si il y avait quelque chose qu'elles avaient pu remarquer au fil du temps, c'est qu'elle ne cherchait pas à protéger des gens, non, elle voulait simplement leur offrir son amour, les transcender de ses flammes. Les rendre plus fort de son regard maternel. N'était-ce pas suffisant ? N'était-ce pas mieux que n'importe quelle femme basique ? Pour ces prêtresses des flammes, cela faisait toute la différence.

L'une d'elles s'avança simplement, se tenant dans un équilibre parfait dans l'embarcation et raccommoda une des fleurs dans les cheveux de la régente. Cette dernière avait mis un point d'honneur à s'habiller dans la tradition azarienne pour ce rendez-vous avec l'un de ses frères, Lucius d'Ignis, qu'elle avait mit au courant de sa venue par missive de même que la mystérieuse Kaede d'Azaïr méritait plus d'intérêt que le sujet "officiel" de son arrivée.

Elle portait un kimono, un de ceux normalement réservés à la noblesse, le yukata basique était d'un rouge carmin éclatant mais d'une simple couleur unie, ouvert à mi cuisse, il laissait passer les jambes de la jeune femme tranquillement, sans provocation mais non sans dénoter un charme certain. La seconde couche de vêtement, elle était d'un blanc cassé en lin sur lequel des fleurs de lys et de cerisier en fleur tombaient dans de douces coutures d'argent. Et plus ces belles plantes tombaient bas, plus elles étaient nombreuses, comme si elles marquaient la montée certaine d'un sublime printemps. La première ceinture, elle, était d'un bleu ciel extrêmement léger et les lacets de ce même blanc que le kimono sur lesquels de petites pierreries en saphir trônaient délicatement.

Enfin, la dernière couche, la plus majestueuse, reprenait ce rouge carmin, ce rouge Ignis, sur cette dernière, l'on pouvait voir des hérons s'envoler gracieusement, entamant une danse d'une indicible volupté entre l'animal et un aigle harpie, emblème de la Latia. Même aigle que l'on retrouvait, les ailes grandes ouvertes sur le dos de la jeune femme. Finalement, des getas noires, à la semelle rouge complétaient la tenue de la régente.

Son visage, lui, maquillé et orné de bijoux pour l'occasion, aurait fait passé Octavia pour une parfait azarienne si ce n'est son physique ne rappelant absolument pas la région. Ses yeux étaient étirés à l'aide de traits noirs sur les paupières, les allongeant de même que son mascara rendait son regard plus profond. Sa bouche, teinte d'un parfait trait épais de rouge sur le centre de ses lèvres était aussi fait de sorte à rendre hommage au style de la région qui l'accueillait pour un temps. Enfin, sa chevelure était couverte de tresses et d'huiles parfumées alors que des goûtes de saphirs attachées à des ficelles d'argent tombaient doucement dans cette dernière. Tintant légèrement lorsqu'elle tournait trop la tête et d'une unique fleur de lotus formant comme une couronne végétale au dessus de sa tête et reliée aux bijoux capillaires. Elle avait l'air d'une reine, d'une véritable impératrice et ne remercia la vestale ayant eu cette intention que d'un sourire, mais d'un si chaleureux que cela ne pu que forcer l'autre jeune femme à lui rendre cette même attention.

Ce ne fut qu'au bout de quelques minutes de ce voyage nocturne silencieux qu'ils arrivèrent enfin sur la baie. Un cortège semblait visiblement les attendre, composé des hauts dignitaires d'Azaïr à ce que pouvait voir de loin la régente. Un sourire doux traversa ses lèvres. Cette rencontre serait très probablement fructueuse, encore plus étant donné qu'elle était pour le moins... Officieuse.

Ils sortirent de leur embarcation avec l'aide de l'homme les aillant conduits jusque ici, Prima et Flavia l'aidant un peu plus, lui tenant les mains et Néron, eux trois aussi en tenues d'Azaïr et gardant toujours leur arme à leurs côtés, dans leurs fourreaux. Ce n'était pas un signe de provocation, loin de là, mais la protection de la grande vestale et régente de la Latia passait, après tout, bien avant les considérations pacifiques d'une région. La première personne à s'exprimer fut Octavia, alors qu'elle baissa légèrement la tête en signe de respect mais plus de politesse qu'autre chose là où ses accompagnants s'abaissèrent clairement bien plus.


    Lucius d'Ignis, Kaede d'Azaïr, voilà un plaisir qui nous comble de joie et de bonheur. Nous espérons que notre rencontre sera le signe d'une amitié longue et durable.


Et elle releva simplement la tête, leur souriant tendrement de cette douce euphorie que son corps contenait. Voir la régente aussi calme était rare, en effet, mais cela n'en était que plus délectable tant son être irradiait de cette force maternelle, de celle des femmes de pouvoirs voyant un peuple, une nation, comme ses enfants. Comme une personne à l'ambition aussi démesurée que son âme mais n'ayant jamais voulu le moindre véritable mal à l'espèce humaine. Celui d'une femme à l'amour distordu.  

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Sam 18 Jan - 18:52

***

Lucius avait eu un rire faible et enjoué quand Octavia avait exprimé le virulent désir de voyager dans son lointain Orient. Puis il avait passé une main gênée dans ses cheveux bouclés et l’avait couvée d’un regard affectueux en acquiesçant doucement à sa requête.
C’était l’hiver. Ses voyages incessants entre Lex et Azaïr le fatiguaient considérablement, d’autant plus qu’il avait été bloqué pendant tout le mois de décembre avec Kaede dans le fort Kumamoto, au cœur de la montagne enneigée, où ils s’étaient transis tous les deux à examiner des plans de bataille, de murailles et de châteaux, à s’exercer en arts martiaux et magiques et à observer les étoiles en haut des tours, sous d’épaisses fourrures.
Ce n’était pas une saison qui convenait au naturel de Lucius. Enfermé entre quatre murs ou emporté dans les bourrasques glaciales de ses chevauchées, il se sentait plus oppressé que jamais et la moindre de ses réflexions se muait en considération morose, voire en angoisse terrible. Il ne souhaitait le montrer à personne d’autre qu’à sa cousine, mais les traits de son visage, devenus émaciés, et l’éclat un peu terne de ses cheveux frissonnants d’humidité le trahissaient derrière son masque de bonté et de grandeur. Il parlait d’une voix grave, prenait des décisions justes et rapides, écoutait, compatissant, les doléances du peuple et des seigneurs, jugeait et prévoyait avec la même intelligence et la même noblesse qu’à son habitude, mais sentait son être se déliter lentement. Il faisait nuit dehors et dedans son cœur. Tout était glacé, et il avait froid, jusque sous son épiderme, jusqu’à la moelle de ses os et jusqu’au cœur de ses entrailles. C’était l’hiver.
Personne n’avait à se plaindre de son efficacité. Il s’épuisait moralement à la tâche mais tout était toujours réglé en temps et en heure : il était trop méticuleux, trop raisonnable, trop terre-à-terre pour laisser ses humeurs noires empiéter sur ses responsabilités. A dire la vérité, son affaiblissement chronique et l’accentuation de son caractère contemplatif l’agaçaient et le mettaient en colère contre lui-même. Il se mettait au labeur avec d’autant plus d’acharnement et il semblait qu’il était encore plus actif en hiver que le reste de l’année, si c’était possible. Parfois, Kaede lui disait qu’il travaillait à sa propre ruine et l’obligeait à se calmer et à s’isoler à Himeji pour deux ou trois jours. Il trouvait près de sa cousine un apaisement chaleureux, comme après avoir voyagé des lieux et des lieux dans la neige et s’être assis devant le feu de cheminée d’un foyer qui lui appartenait. Mais quand il la quittait et retrouvait les pierres froides de Maruyama ou les visages aimés de ses frères et sœurs à Lex, il se sentait gagné par une vague de maussaderie sans précédent et s’apercevait à nouveau de l’abîme que creusaient son amour pour sa famille et l’ambition de Kaede devant ses pieds. En proie à des terreurs où s’agitaient les cadavres des jeunes princes et princesses et sa cousine suppliciée, il rejetait encore et encore cette perspective d’un geste épouvanté. C’était certainement l’une des seules choses au monde que Lucius ne pouvait faire entrer dans ses prévisions, dans sa réflexion et dans ses calculs, car la simple pensée de la réalisation de leur plan le plongeait dans des crises d’angoisse qui ne lui laissaient rien.  

Il était retourné alertement en Azaïr pour prévenir Kaede de la venue imminente d’Octavia. Il ne s’était pas plaint – quoique cette nouvelle chevauchée urgente dans les vents d’hiver le mettait déjà d’humeur morose – avait sellé son cheval et quitté Lex.

***

« Kaede ! »

Le foisonnement et les frissons incessants de la nature épuisaient et vidaient les hommes de tous leurs sens. Au labeur depuis l’aube dans le chaos sublime et inhumain du monde, les paysans se perdaient et s’oubliaient. Kaede elle-même ne reconnaissait plus le murmure de son nom. Lorsqu’elle levait son regard, l’immensité des rizières le happait et l’engloutissait dans ses chutes verdoyantes à flanc de montagne. Alors, elle se voûtait et repiquait les plants qu’elle tenait en main. L’eau, encrassée et opaque, reflétait l’éclat terrible du soleil et la lumière insondable consumait peu à peu les yeux de la jeune femme, jusqu’à les aveugler bientôt. Ses pieds nus s’enfonçaient dans la boue glaciale et elle croyait les perdre dans les entrailles de la terre. Ils ne lui appartenaient plus.

« Kaede ! »

Kaede leva sèchement la tête et reprit soudain conscience de son existence dans le monde. Ses yeux s’agrandirent et il leur fallut quelques instants pour débarrasser les couleurs ivres de la rizière de leur douloureux chancellement. Quand elle vit clair, il lui sembla soudain retrouver tout à la fois l’ouïe, le toucher et l’odorat. Le sang battit à ses oreilles et les battements de son cœur soulevèrent son corps tout entier. Elle fut ébranlée par le tapage trop vif de la marée paysanne en kimonos rouges et bleus, et par le vacarme de la verdoyance naturelle impitoyable. Des éclairs bleus et jaunes vinrent briser son champ de vision si brut en mille éclats bariolés : c’était le long bourdonnement des libellules et des papillons, qui fendait les airs. Entre ses doigts de pieds, elle sentait se couler les têtards visqueux et en frissonnait doucement, comme un arbre chatouillé par le vent. Des essaims de mouches s’agglutinaient près de l’onde trouble et épaississaient l’air de leur crasse, de leur frénétique bourdonnement et de leurs battements d’ailes incessants : Kaede toussa. Le coassement furieux des grenouilles l’enveloppait dans un tissu sonore étouffant.
Enfin, inspirant comme une nageuse restée trop longtemps en apnée, elle se tourna vers Lucius, qui avait laissé son cheval sur le chemin, et qui courait vers elle sur les minces sillons des rizières.

« Lucius ! répondit-elle, avec enthousiasme, et elle lui offrit un sourire éclatant. Je pensais que tu ne reviendrais pas avant des semaines ! Comme je suis contente ! »

Elle essuya ses mains sales sur les pans inférieurs de son kimono et réajusta méticuleusement son habit. Puis elle rejoignit Lucius sur les herbes pour frotter ses pieds, chausser ses sandales et le prendre tendrement dans ses bras.

« Je t’avais pourtant dit de rester tranquille, lui reprocha-t-elle, d’un ton pourtant tout à fait dénué de blâme.
– C’est vrai, accepta-t-il, en riant, et il lui jeta un regard à demi moqueur. Tu me manquais trop. Et je suis porteur d’un message pressant, malgré tout. »

Il avait l’air plus fatigué que jamais. Kaede ne répondit pas et passa sa main dans les cheveux bouclés de son cousin. Au bout de quelques instants de silence, elle dit doucement :

« Nous allons rentrer à Himeji, prendre un bain dans les sources, faire un feu, et boire un peu de thé. Tu me raconteras tout cela une fois que nous serons tranquilles, d’accord ?
– Comme tu voudras. » répondit-il, avec un air de soulagement inexprimable.

Alors, elle se tourna vers ses paysans et leur adressa quelques conseils en azarien, avant de les saluer, et de les laisser témoigner leur respect par leur plus respectueuses inclinations.
Ceci fait, ils quittèrent la rizière d’un pas vif et trouvèrent leurs chevaux dans le champ où ils les avaient laissés. Ils prirent place sur leurs montures respectives et une fois assise sur la selle d’Hayao, Kaede sentit tout le poids de son être s’évaporer. Son menton se leva et ses pommettes resplendirent, rehaussées par un sourire de tranquillité et de bonheur. Ses reins trouvèrent naturellement leur appui sur la selle et elle eut à peine à pousser les flancs d’Hayao pour qu’il se dirigeât sur le chemin d’Himeji.

Elle s’enivrait du tapage des sabots d’Hayao sur la terre sonore. Lorsqu’elle se redressa et lâcha ses rênes, le cheval ne perdit pas son allure. Elle serra ses cuisses et ses jambes contre les flancs de son animal et écarta les bras pour accueillir toute la force des airs dans sa poitrine. Les spasmes formidables de la nature la frappèrent et l’inondèrent d’un grondement intense : alors, un instant, elle se sentit investie d’une vie dont le sublime la dépassait, juste avant que la pression ne lui écrasât les poumons et qu’elle ne dût se rabattre contre Hayao, haletante et grisée.

***

En deux jours, Lucius et Kaede avaient rejoint l’île Yamato de l’archipel Nansei, où il était convenu qu’Octavia les retrouvât, et avaient averti les divers notables de les y rejoindre également sous deux jours. Ils s’installèrent dans la demeure des ancêtres et de la famille de Kaede – du côté de sa grand-mère, soit chez le cousin de son père, Yamato Eita, seigneur de l’archipel. Ils s’occupèrent de préparer la réception et de parler des possibles projets qu’ils pourraient engager avec Octavia, avec l’audace et la fougue de deux heureux idéalistes. Ils reçurent, le quatrième jour, une missive de la cinquième princesse, qui indiquait son arrivée au crépuscule.

Kaede était d’une humeur terrible ce soir-là. Le monstre d’ambition vorace qui était né dans sa poitrine à son retour en Ignis, quatre ans auparavant, gargouillait de réjouissance, en proie à une fièvre déchirante entre le contentement et l’excitation. Elle planait dans un vague état de ravissement, fumait tranquillement dans des vapeurs de tabac vanillé et soudain, ses yeux brillaient d’un éclat effroyable et elle sentait un feu s’allumer dans son corps ; ses mains s’agitaient et son pied partait en bute frénétique contre le rocher où elle était assise. Elle tirait de grandes bouffées de sa pipe et s’exclamait tout à coup, comme en réaction à ses propres pensées : « Haha ! ».
C’était une occasion en or. Elle sentait son cerveau fleurir d’idées sémillantes qui s’agitaient comme un nuage d’atomes fous furieux. Elles s’entrechoquaient et dans des explosions colorées fusionnaient pour créer des possibilités toutes à saisir par une main audacieuse.

Quand l’heure fut venue, Kaede s’abandonna aux soins d’Okuni, sa sœur, confidente et camériste. Ses cheveux furent lavés, ses sourcils épilés, sa peau fut frottée avec du son, massée avec des lotions puis frottée de nouveau énergiquement. Okuni passa en revue tous les vêtements de la maison Yamato et choisit plusieurs robes de Ran – l’épouse de l’oncle de Kaede.
Ran et Eita menaient une vie simple. L’archipel Nansei avait connu son âge d’or et ses habitants s’en souvenaient avec une pure mélancolie, comme on se souvient de l’été dans la pluie fine et froide de l’hiver. Les vieilles îles voyaient d’un mauvais œil tous les étalages de luxe et de surabondance auxquels s’adonnaient les gens des côtes azariennes, ces nouveaux riches toujours près de la banqueroute, dont la fortune pécuniaire était livrée aux aléas de la nature, aux caprices de la terre et de la mer. Nansei avait connu la brume froide et opaque de la pauvreté et n’avait trouvé aucune valeur digne de mémoire dans cette triste période de son histoire ; aussi ses habitants étaient restés les mêmes dans la misère. Leur vie était cousue des pièces du passé glorieux et austère de leurs ancêtres, qu’ils avaient cachées jalousement pendant le règne des empereurs eholistes, et qu’ils rassemblaient aujourd’hui avec une fièvre méticuleuse. Ils ne croyaient qu’en leur honneur. Si Atrée, Kaede et Lucius les avaient sortis de la misère, ces gens nobles du passé reniaient l’opulence qui leur était aujourd’hui ouverte. On les sentait vivre dans une sorte de convalescence, encore trop proches de la mort pour croire au renouvellement de leurs forces. Ils veillaient à vivre dans un temps toujours suspendu au milieu d’une contemplation universelle. Dès leur réveil, ils se consacraient entièrement à la perfection de ce qu’ils réalisaient, qu’ils fussent seigneurs, attelés à des travaux de gestion et d’intelligence, assis sous une lanterne, encore au travail à la nuit tombée, forgerons ou orfèvres dans leurs ateliers où flottaient des nuées d’étincelles aurifères, archers, armés d’arcs longs, lestes et fins, l’œil rivé sur leur cible de paille, comme un gouffre d’inertie, ou nobles dames dans leurs salons austères, habillées sobrement, et servant un thé aux odeurs essentielles.  
Ils s’entraînaient quotidiennement à exister dans la mouvance lente et pure du monde, jusque dans leur respiration qui tirait profondément dans les forces de la terre et vidait leurs poumons d’un souffle apaisé, qui rejoignait l’air des cieux. Leurs regards étaient aussi insondables que la mer et leurs pupilles aussi lointaines et mystérieuses que l’horizon, leurs yeux exprimaient une sagesse ancestrale, voyaient toute la force de la vie et exigeaient la vérité. En un instant bref, on y rencontrait l’équilibre et le déséquilibre, l’être plein et éternel auquel succédait le vide, le silence, et le néant.

Aussi la robe de Kaede était-elle simple. Elle était ancienne, sobre, et avait été utilisée à quelques occasions par Ran, mais cousue de magnifiques broderies représentant des hérons pourprés et des herbes d’automne dont l’or et le vert se détachaient sur la soie couleur ivoire. Leurs couleurs faisaient ressortir l’intensité du regard de Kaede et les reflets bleutés de sa chevelure, longue et lisse, qu’Okuni laissa glisser librement sur les épaules et dans le dos de sa sœur, jusqu’à ses genoux. Il n’y avait peut-être que les longues manches battantes du kimono pour donner une certaine majesté à la parure. Kaede avait refusé une fois encore qu’on lui maquillât le visage de blanc (elle supportait très mal la matière collante, qui devenait poudreuse en séchant, et qu’on appliquait traditionnellement, par-dessus une couche d’huile), et n’avait accepté qu’un peu de charbon de paulownia sur le contour de ses yeux et que du rouge carmin sur ses lèvres – parce qu’elle en affectionnait particulièrement la couleur.

Tout le monde se rassemblait sur le port. La lune était pleine et orange, elle se reflétait dans les eaux de la mer avec un éclat chatoyant. Lucius avait annoncé qu’Octavia avait voulu venir sur une petite barque de pêcheur – ce qu’Eita avait commenté d’une voix forte : « ces princesses nous feront donc passer bien des caprices » – et qu’il fallait par conséquent l’attendre à quai – ce qu’Eita conclut par « en plein hiver avec ça ».
La horde de notables en kimonos d’apparat faisait donc le pied de grue depuis quelques dizaines de minutes déjà et commençait à s’impatienter, d’autant plus que la plupart se sentaient presque forcés d’accueillir une invitée indésirable.

C’était pourtant un cortège très hétéroclite. Il y avait les maîtres de l’archipel, l’impassible et malicieux Eita, qui parlait avec un fort azarien, au point qu’on disait souvent qu’il n’avait appris la langue courante que plus tard dans son enfance, au sein d’une famille traditionnaliste, son épouse Ran, dont le regard était mélancolique et la figure d’une pureté extraordinaire ; elle donnait des ordres simples à des domestiques pour la soirée, d’une voix basse mais limpide comme le chant d’une flûte. Ils avaient tous deux la quarantaine passée. Mais la plus âgée d’entre tous était Yamato Mariko, la mère d’Atrée, et tante d’Eita, qui observait en silence toute cette agitation d’un regard éteint et mystérieux. Juste après elle dans la hiérarchie des anciens se tenait Jin Kenji (quoi qu’on ignorait son âge véritable) qui souriait d’un air bonhomme et discutait allégrement avec Nodoka Mei, une femme au visage ovale, brun et aux yeux très doux ; le premier se faisait passer pour le médecin personnel de Kaede, la seconde disait qu’elle n’était que sa mère adoptive – c’était les chefs de la tribu des Invisibles. Avec eux, il y avait aussi le peintre Sesshu, un vieil homme au regard d’aigle, très élancé, aux traits osseux et au teint pâle, dont Kaede était la mécène. C’était une stratégie qu’elle avait adoptée dès son retour en Azaïr, agir en protectrice envers des artistes libres qui la couvraient d’éloges ou de blâmes, mais dont la lumière se projetait inéluctablement sur elle, qui avait eu l’intelligence de voir et d’honorer leur talent. Elle s’était rendue nécessaire à leur art et de ce fait, tout le monde disait d’elle qu’elle était une régente éclairée. Sesshu s’était d’ailleurs intelligemment taillé sa réputation grâce à Atrée et à Kaede, et sa peinture était connue jusqu’au-delà des frontières ignisiennes. Il était en quelque sorte l’ambassadeur de la culture artistique azarienne. Ophélia, habillée d’une robe plus neuve que sa sœur, et d’une splendeur plus éclatante, avec ses pivoines bleu et pourpre foncé sur un fond rose pâle, discutait avec lui en gardant un œil sur Shin, son fils, qui courait avec les enfants des domestiques en riant sauvagement.
Les cinq autres sœurs de Kaede se tenaient un peu à l’écart. Kaede avait dû insister pour les faire venir. Elles n’étaient pas des notables à proprement parler, et elles n’avaient que faire des grandes réceptions – sauf peut-être Maiko qui saisissait tout prétexte pour s’amuser – mais Kaede avait le désir de présenter à Octavia sa famille comme un front fort, uni, multiple, même face à une progéniture royale innombrable. Il y avait Toki, l’aînée, propriétaire d’une grande ferme près d’Himeji, forte, fière et vulgaire, Okuni, qui avait choisi de vivre au plus près de Kaede et qui suivait l’enseignement de Kenji, Yamiko, ancienne souillon devenue capitaine dans l’armée azarienne, enfin les jumelles Miwako et Maiko qui vivaient désormais en grandes dames. Elles parlaient fort et sans gêne, sous les regards un peu réprobateurs des notables plus âgés.
Au plus près du quai, Lucius, en kimono bleu nuit, croisait les bras en scrutant les flots froids de l’hiver et échangeait quelques mots pragmatiques mais complices avec Haku, qui s’assurait de la sécurité de leur réception, mais qui constituait tout de même un notable de taille, puisqu’il avait plus ou moins la réputation d’être le chevalier de Kaede.
Enfin, la dernière petite sarabande était composée des plus jeunes sommités du pays, qui avaient été élevées ensemble comme une famille aimante et soudée, ainsi que de Seiren, le valet cynique de Kaede, qui n’aurait pu trouver meilleur public pour ses frasques scabreuses. Il y avait les deux fils de Ran et d’Eita, des jumeaux grands et bien faits, aux cheveux couleur corbeau et aux yeux noirs comme du charbon. Ils affichaient deux sourires goguenards. C’était les fauteurs de trouble reconnus de Nansei, deux aventuriers, deux alter-egos hyperactifs, dotés d’un sens de l’humour assez spécial, et particulièrement remontés contre le traditionalisme figé de leur région. Ils s’appelaient Seika et Takeru. Entre eux deux se tenait Kaede, qu’ils chahutaient affectueusement depuis leur enfance, et à leurs côtés, Katsumoto Shigeru, le disciple d’Atrée et maître du Nord de Yaegahara. Ce dernier semblait plus réservé et plus prudent, et même parfaitement impassible. Il avait un peu moins d’une trentaine d’années, sa taille était nettement au-dessus de la moyenne et il était large d’épaules. La peau de ses mains était claire, presque blanche, et leur forme est harmonieuse, avec de longs doigts nerveux qui semblaient faits pour s’enrouler tout naturellement autour de la poignée d’un sabre. Quant à ses cheveux, il les avait très longs, très noirs, très fluides, avec des reflets violets, et soigneusement coiffés en chignon. C’était comme une cascade d’ébène retenue par un morceau de soie au-dessus d’un front d’ivoire. Esprit insaisissable des montagnes, il errait dans des desseins énigmatiques entre ses grandes forteresses et les sinuosités blanches et verdoyantes de la montagne. Il s’agissait d’un des plus grands appuis des Invisibles, qui savaient trouver dans ses forts reclus et ses jardins mystiques un refuge paisible, mais en outre d’un des plus grands amis de Kaede, dont l’attachement, disait-on, pouvait tourner à la dévotion aveugle.

Au total, une cohorte de vingt hauts personnages attendaient Octavia d’Ignis sur le port de l’île Yamato. Un enthousiasme un peu particulier animait la troupe de jeunes gens qui caquetaient comme des comparses à la veille d’un mauvais coup. Seiren menait la barque.
Soudain, Lucius poussa une exclamation et désigna une petite embarcation qui avait franchi une arcade de roches et de végétation et où se profilaient les silhouettes de leurs invités, dans la lumière de la lune. Seiren haussa un sourcil et passa sa main en visière.

« Par tous vos ancêtres, Dame Kaede, regardez-moi ça ! Sa Royale Altesse s’est peinturée en Azarienne de la proue à la poupe, il n’y a plus qu’à casser une bouteille pour la baptiser et la mettre à flot par chez nous. Voyez son joli revêtement. Quelle envergure ! Et quelle voilure, quelle glorieuse échancrure sur son double mât, comme elle s’ouvre dans la brise, à mesure qu’elle progresse sur l’eau ! N’est-ce pas qu’elle donnerait à n’importe quel habitué des grands chantiers navals de venir l’inaugurer, hé ?
‒ Et jette un œil au visage de mon oncle, Seiren… ajouta Kaede en riant dans sa manche, et en montrant Eita de son autre main. On ne saurait dire ce qui le fait plus pâlir, ladite échancrure, ou le fait qu’il n’oserait pas offrir à Ran une tenue aussi onéreuse rien qu’une fois l’an ? Peut-être la combinaison des deux, à la réflexion, parce que ce kimono doit…
‒ …coûter bien cher… poursuivit Seika.
‒ …pour si peu de tissu ! acheva Takeru. Mère doit enrager. Elle est l’hôtesse et son invitée a une parure plus présentable que la sienne.
‒ Plus présentable ? s’étrangla Kaede, qui détaillait la tenue de sa cousine avec effroi. Moi je dois avoir l’air d’une bergère sortie des foins, à côté d’Octavia.
‒ Honnêtement, si on file la métaphore, c’est plutôt Octavia qu’on dirait sortie du foin ! claironna Seika, qui fourra son coude dans les côtes de Kaede avec un clin d’œil gouailleur.
‒ Fais attention, cousine, elle va t’usurper ton fameux titre de « Fermière d’Azaïr » ! ajouta Takeru.
‒ Mais qu’est-ce que c’est que cette sarabande de mouettes rieuses ? dit enfin Shigeru, qui retenait avec peine un sourire doux et malicieux. Vous finirez bien un jour de jacasser ?
‒ Voilà le rabat-joie de service. Ne fais pas ton raseur, Shigeru, et dis-moi que de ta vie tu n’as jamais vu de courtisane mieux habillée ! Ce n’est pas vrai, peut-être, vieux frère ?
‒ Fais attention à ce que tu dis, Seika.
‒ Eh bien, elle vient brûler de l’encens pour cette bergère-là, non ? dit Seika en tirant  familièrement Kaede sous son bras, prêt à lui ébouriffer les cheveux ; mais elle lui échappa avec une moue boudeuse.
‒ Cette rencontre sera l’objet d’une joyeuse arnaque historique, mes amis, marquez ce jour d’une pierre blanche.
‒ Ce jour où Dame Kaede d’Azaïr s’allie à la famille royale pour… Renverser la famille royale !
‒ Oh, tais-toi ! protesta Kaede avec véhémence. Tu n’y comprends rien !
‒ Il va finir par crier ça sous tous les toits ! s’exclama Ophélia, qui s’était approchée d’eux d’un air mécontent. Shigeru a raison, cessez vos enfantillages, vous autres ! Seiren, tu es le plus âgé, tu pourrais les calmer un peu, au lieu de mettre le feu aux poudres !
‒ Je ne suis qu’un humble valet, Dame Ophélia.
‒ Qui a dit que le plus vieux devait être le plus honorable ? Insignifiant postulat, assena Takeru. Postulat antique ! Postulat de vieux grincheux traditionalistes !
‒ Ophélia, l’apaisa Shigeru, elle est bien trop loin, personne n’a entendu.
‒ Du reste, plaida Seiren, ce qui est véritablement intéressant, ici, entre nous, n’est pas tant dans la polysémie du mot « courtisanerie », pardonnez-moi, Sire Seika, mais plutôt dans la fantasque somme d’argent que toute cette soierie a dû rapporter à nos compatriotes tisseurs. Par tout le feu d’Atrée… J’aurais dû devenir tisseur… acheva-t-il pensivement, avec une pointe de regret.
‒ C’est vrai que tu es tellement à plaindre, Seiren, et que je ne te paie jamais assez… railla Kaede. Mais il est vrai que c’est un agréable retour de la prospérité d’Azaïr. Octavia pourrait être l’égérie du luxe chatoyant de notre pays.
‒ Tellement qu’on s’interrogerait sur sa crédibilité, marmonna Shigeru, qui se laissa entraîner dans le persiflage sans même s’en rendre compte.
‒ La sobriété est notre panache, c’est ce qui nous distingue des touristes, lança Kaede, avec une fierté satirique.
‒ Ecoutez bien, c’est la parole du sage ! s’exclama Seika, d’une voix chevrotante.
‒ Oh, toi ! »

Kaede flanqua un coup de poing pointu dans les côtes de son cousin, qui grimaça amèrement, et elle se dirigea vers Lucius d’un pas compassé, le menton levé.

« Ne sois pas fâchée ! Hé ! Ne répète rien à Lucius, il se sentirait mal ! s’exclama Takeru, derrière elle.
‒ Et puis au fond, elle est jolie sa robe ! »

Elle se retourna vers les jumeaux, prétendit le mécontentement avec une moue boudeuse et remua ses lèvres en un « Bla-bla-bla… » inaudible et puéril. Seika répondit avec une autre grimace et elle se glissa près de Lucius. Elle sourit en respirant l’air froid de la mer, se haussa sur la pointe des pieds, se balança d’avant en arrière, puis jeta un regard complice à son cousin. Sa poitrine se gonflait d’excitation et sa tête lui tournait, pleine d’une joie un peu folle, d’une ivresse légère pareille à la griserie d’un enfant qui aurait bu du saké à jeun. Ses sens étaient tout exaltés. Elle frémissait avec le flux et le reflux des vagues et son visage rosissait de satisfaction chaque fois que la présence affectueuse de sa famille se rappelait à sa conscience.

« Cette soirée promet d’être intéressante. Peut-être pas fructueuse, mais pittoresque. J’espère que les Yamato sauront se tenir… Ils ne laisseront rien passer à Octavia.
‒ Je lui ai bien dit que de tout Azaïr, les gens de l’Archipel étaient les plus hostiles à la couronne, mais elle n’en fait qu’à sa tête, murmura Lucius d’un air à la fois agacé, tendre et résigné, en se passant une main dans ses cheveux bouclés – ce qui laissait souvent deviner sa nervosité. Elle se passionne des peuples antiques, tu vois ? ajouta-t-il, avec un sourire contrit. Je suppose que les trésors de Nansei ont aiguillé son choix.
‒ C’est une piste intéressante… murmura Kaede, et un feu plus ardent roula un bref instant dans la fournaise de ses yeux. De toute façon, une rencontre à Maruyama aurait été difficile, avec les espions d’Iskandar. Ici, nous sommes tranquilles. Nous l’aurions peut-être été davantage à Himeji, mais je suppose que cette réception renforce l’image du voyage de courtoisie et de distraction qu’elle prétend faire en Azaïr, le rassura-t-elle, en prenant la main froide de Lucius dans sa main chaude.
‒ Oui, c’est vrai, acquiesça-t-il, en inspirant profondément. Et après tout, je suis assez satisfait : quand j’ai vu Octavia ce matin, alors qu’elle allait embarquer pour son petit périple en barque, elle me semblait disposée aux conversations raisonnables. Il y a des chances pour que tout se passe bien, finalement. »

Il offrit à Kaede un sourire presque optimiste et ils contemplèrent la mer d’un même regard confiant, purs comme au premier jour dans leur idéal.

Octavia débarqua enfin, aidée par le batelier azarien, qui s’inclina très profondément devant ses maîtres, et laissa la place à un homme massif, ainsi qu’à deux jeunes filles. Comme il avait été possible de le discerner, la princesse était magnifique, et sa parure, sans pareille. Ce qu’on apercevait d’abord, c’était un étalage de luxe et de faste, toute une vie brillante, légère et facile, toute une gaieté chatoyante sur le corps voluptueux d’une femme de plaisir. Elle portait tant de fleurs, de diamants, de bijoux, une telle ménagerie brodée sur ses vêtements, un si grand jardin des plantes, riche coloré, cousu sur son kimono, que Kaede en eut rapidement le tournis. Elle adressa un sourire vertigineux à Octavia et la salua exactement au même degré qu’elle, ni plus, ni moins, avant de se relever et de considérer son visage qui était, comme l’avait décrit Lucius, aussi paisible qu’une mer sans vent. Kaede ne cacha pas son étonnement, auquel succéda bientôt une expression de bienveillance polie et joyeuse. Elle ne répondit pas immédiatement, salua un peu moins bas le chevalier et les deux prêtresses, mais tout aussi civilement, et se tourna vers Lucius pour lui laisser la parole.

Le jeune homme, pâle, mais dont les yeux gris brillaient d’un éclat enthousiaste, avait salué en même temps que sa cousine. Il répondit à l’hommage solennel d’Octavia par un rire discret, court et clair, ramena soudain le fourreau de son sabre en arrière et prit sa sœur dans ses bras, dans un élan d’affection inimitable, et sous le regard surpris de Kaede. Il l’enlaça quelques instants avec la tendresse d’un grand frère, sans se soucier des convenances ou de leur rang. Sa simplicité était désarmante.

« Pas de ça entre nous, Octavia, je t’en prie ! s’exclama-t-il, en se détachant un peu d’elle pour la considérer avec ravissement. Ce ne sont pas des années de séparation qui nous ferons nous conduire comme deux parfaits étrangers. La première fois que je t’aie vue, tu étais une toute petite enfant. Comme j’ai regretté ton départ précoce… Et aujourd’hui, regarde-toi ! Tu es splendide, ma sœur ! »

Il sourit plus largement encore et se tourna vers Kaede pour s’enquérir de son soutien. La jeune femme demeura impassible et distante, le sang-froid l’emportant à l’excitation.

« Il a raison, murmura-t-elle, avec humilité et discrétion, et notre modeste réception ne rend pas grâce à votre majesté. J’espère que nous saurons cependant trouver à vous satisfaire. »

Une nouvelle lueur d’intelligence traversa le visage de la Sorcière d’Himeji. Ses sourcils se joignirent un bref instant et elle tenta de concentrer une force volcanique dans ses iris pour communiquer le véritable objet de sa pensée à Octavia.
Azaïr était un petit pays en disgrâce ; Octavia était la cinquième princesse du royaume, elle était à l’acmé de la puissance. Kaede s’étonnait elle-même de se trouver autant d’alliés influents, mieux, qu’autant d’alliés influents ne vinssent la trouver dans son Extrême-Orient reclus et solitaire. Elle garda le silence quelques instants devant Octavia, le visage soudain inexpressif, et pensa à l’image de beauté dont jouissait les Azariens à travers le monde, à la perfection réelle de son peuple, à sa poésie, à sa nostalgie et à son courage, et à l’image qu’elle donnait d’elle-même, qui éveillait l’intérêt calculateur des grands rapaces et qui les attirait chez elle aussi sûrement que si elle les avait convoqués. Ils croyaient accourir à elle, mais il n’en était rien ; ils venaient et s’inclinaient devant un trompe-l’œil artificieux. Avait-elle un jour désiré toute cette mascarade ? Elle avait beau ressasser ses souvenirs, retourner sa mémoire comme un champ mille fois labouré, elle ne se le rappelait pas... Comment en était-on arrivé là ?
Une peur glacée lui parcourut l’échine.
Elle ne ploya pas, et ne laissa d’ailleurs rien paraître. Ce n’était pas le moment de se laisser affaiblir par des états d’âme.  

« Voici, Octavia, Néron, nobles prêtresses, dit Kaede, en se tournant vers la foule, ceux que Lucius et moi considérons comme notre famille, et qui veillent à l’honneur et à l’équilibre en Azaïr. D’abord, Yamato Eita et Yamato Ran, nos hôtes, et maîtres de l’archipel Nansei, comme l’ont été leurs ancêtres des siècles avant notre naissance, appuya-t-elle, en jetant un coup d’œil furtif à Octavia pour noter sa réaction.
‒ Très honorés, fit sobrement Eita, avec son accent caractéristique et en s’inclinant avec son épouse.
‒ Leurs fils, Yamato Seika et Takeru, héritiers de leur dignité, poursuivit Kaede en désignant les jumeaux et en levant un sourcil sceptique à leur adresse – auquel ils répondirent par des sourires non moins caustiques. La mère de mon père, Yamato Mariko. Mes sœurs, Ophélia, Toki, Okuni, Yamiko, Miwako et Maiko d’Azaïr. Mon neveu et héritier, fils d’Ophélia, Shin d’Azaïr, continua-t-elle en recherchant le gamin des yeux, qui s’était enfui de l’attroupement solennel et qui jouait aux osselets sur un coin du port avec ses amis.
‒ Shin ! lança impérieusement sa mère, dont le grand regard froid et sévère s’était attaché à lui sans la moindre pitié.
‒ Je suis honoré moi aussi, fit précipitamment l’enfant en bondissant précipitamment sur ses pieds et en s’inclinant bien bas – puis il retourna à son jeu dès qu’il eût noté que les regards ne se concentraient plus sur sa personne, et ses rires ne tardèrent pas à résonner à nouveau sur les quais.
‒ Sire Katsumoto Shigeru, poursuivit Kaede, qui lança un regard complice à son neveu, avant de désigner l’intéressé avec affection, qui a eu la courtoisie de venir faire votre connaissance, tandis qu’il administre le nord de nos montagnes, à l’ouest du pays, et à quelque distance d’ici par conséquent.
‒ Je n’aurais pas fait défaut à une telle occasion, murmura le jeune homme, en s’inclinant à son tour. Et je représente ici les autres seigneurs du pays, qui joignent leurs hommages aux miens, Princesse Octavia d’Ignis.
‒ Enfin, Kimitomo Haku, général de l’armée et officier supérieur en Azaïr. Il s’occupe de la sécurité de notre réception, ce soir. La femme d’Eloy Altaïr, ancien chevalier de mon père, Nodoka Mei, notre médecin personnel, Jin Kenji, et mon valet indéfectible, Akira Seiren, qui mangera à notre table. »

Les quatre intéressés saluèrent à son tour, et Kaede s’estima soulagée d’avoir fait le tour des présentations. Lucius hocha la tête, également satisfait que toute la courtoisie d’usage eût été rendue, et se retourna vers sa sœur, Néron et les prêtresses avec un air amusé.

« Bien entendu, nous ne vous tiendrons pas rigueur si vous ne parvenez pas à redonner des noms à ces visages au cours de la soirée.
‒ Non, bien sûr ! s’exclama Kaede, en riant légèrement.
‒ Hormis le mien, peut-être, et celui de mon épouse Ran, avertit Eita avec un humour ambigu, qui sont fort importants.
‒ Eita, dit Ran, d’un air un peu sévère, il est difficile pour les gens de l’Ouest d’assimiler aussi rapidement des noms aussi peu familiers. Nous sommes déjà heureux, reprit-elle, à l’adresse d’Octavia, que vous ayez daigné vous rendre chez nous.
‒ Le nom des Yamato n’est pas inconnu aux d’Ignis, mon épouse, corrigea Eita avec soin. Nos ancêtres leur ont été d’une grande aide pour abattre l’empire, n’est-ce pas, Prince Lucius ?
‒ Oui, absolument, répondit Lucius, d’un ton égal et sérieux, pour ne vexer aucun des deux partis, avec une prudence qu’il avait appris à exercer depuis des années de principat dans ce pays hostile. Vos ancêtres ont veillé au succès des nôtres, et sont tombés pour la même cause que les nôtres.
‒ Ils ont eu une bonne mort. Ce n’est pas le cas de ceux des miens qui ont survécu à cette guerre.
‒ Eh bien peut-être qu’un jour vous en aurez une semblable, mon oncle, répartit Kaede, en adressant un regard intense à Eita, à la fois pour le remettre à sa place et pour lui rappeler que l’indépendance d’Azaïr n’était pas un projet abandonné.
‒ Si cela est mon destin, rétorqua-t-il, enfin, avec un regard profond et une voix douce. En attendant, il faut tâcher de reconnaître la vie dans chaque soupir, chaque tasse de thé, chaque vie que l’on prend. La mort est certaine, je m’y prépare depuis bien longtemps, on meurt chaque seconde – comme ces fleurs printanières que vous portez, Dame Octavia d’Ignis. J’accepterai la mort qui me sera concédée, quelle qu’elle soit. »

Kaede ne répondit pas, et se contenta de rendre à son oncle le regard éloquent qu’il lui lançait. Il était austère et noble, grand, habillé d’un kimono vert uni, le crâne rasé et la bouche encadrée d’une barbe taillée avec soin. Il s’en remettait entièrement à elle. Il remettait tout l’honneur de sa mort entre ses mains. La jeune femme déglutit imperceptiblement et accepta les paroles d’Eita d’un signe de tête assuré, mais discret.

Face aux étrangers, tout le monde était poli, tout le monde souriait et s’inclinait. Mais derrière ces courtoisies, on devinait une profonde réserve de sentiments. Lucius y avait été confronté depuis bien plus longtemps qu’Octavia, il avait réussi à s’intégrer parmi les Azariens, qui l’avaient en fait définitivement capturé dans le charme de leurs traditions et de leur pensée. Il était des leurs, et ne pouvait plus être d’Ignis à leurs yeux. Il avait fallu du temps, de l’application, de la tempérance et du courage au jeune homme, il avait dû prouver sa valeur et sa fidélité pour pouvoir enfin se dire chez lui en Azaïr. Pour Atrée, cela n’avait pas été aussi difficile. Il était fils de Golbez, mais il avait du sang Yamato par Mariko ; il était le descendant des anciens empereurs.
Kaede, elle, avait épargnée par une naissance royale, ce qui était un bienfait considérable pour les Azariens, et avait hérité du visage de sa grand-mère et des traits Yamato. Elle incarnait la seule autorité qu’ils accepteraient dans cette époque de misère.

Pleine d’une confiance renouvelée, Kaede se tourna vers Octavia avec fierté. La mort vient sans prévenir et la vie est fragile et éphémère. Personne n'y peut rien y changer, que ce soit par des prières ou des formules magiques. Les enfants pleurent face à cette réalité, mais les hommes et les femmes ne pleurent pas. Ils doivent endurer ce qui advient.

« Nous allons vous conduire dans la demeure ancestrale des Yamato, là-bas, entre les deux branches de la rivière, dit-elle, en pointant du doigt une grande maison, qui avait l’air d’avoir eu des jours plus heureux. Nous y passerons la soirée. Nous avons prévu d’y faire jouer trois pièces de théâtre ce soir, par des comédiens de métier, d’abord Hagoromo, La légende de la cape céleste, qui sera interprété pour la majeure part par ma sœur Maiko, Le jeune marié sur un bateau, qui sera l’affaire d’un court divertissement, destiné au rire, et Yashima, qui me tient particulièrement à cœur, mais qui sera joué plus tard dans la nuit. Je vous donnerai des détails si vous le souhaitez. Ce sera de toute façon nécessaire, car ce sont des œuvres en langage azarien. Nous sommes sur l’archipel Nansei, ici, l’art du théâtre y est séculaire, et les gens sont attachés à ce qu’il soit formé dans leurs traditions.
‒ Des livrets en langue courante seront distribués, ajouta Lucius, d’un ton rassurant. Et nous mangerons entre le premier nô et le kyogen, je veux dire, entre Hagoromo et Le jeune marié sur un bateau.
‒ Nous trouverons le temps de discuter à notre guise. Les grandes soirées comme celles-ci offrent de nombreux moments d’intimité. » souffla Kaede, en observant la maison.

La demeure était reliée à une langue de terre par le pont de pierre le plus long que Kaede eût jamais observé. Il y avait quatre arches où se précipitaient le flux tumultueux de la rivière et des parois de pierre parfaitement ajustées. Il lui semblait toujours qu’il n’avait pu être édifié sans l’aide de quelque sorcellerie.
Remarquant les regards de Kaede et de ses invités sur ce fameux pont, Eita sourit d’un air moqueur et dit d’un ton désinvolte :

« On a enterré le maçon sous la pierre. De cette façon, on était sûrs qu’il ne bâtirait jamais un pont rivalisant avec celui-ci, et qu’il veillerait sur son œuvre pour l’éternité. La nuit, on peut entendre son fantôme qui parle à la rivière.
‒ Pas seulement la nuit… » murmura Kaede, d’un air songeur et mystérieux.

Du port, on apercevait le jardin du pavillon Yamato, rempli d’arbres et d’arbustes qui gardaient chacun leur place, en une harmonie sereine et policée, puis le pavillon lui-même, un peu surélevé, sur une petite colline et sur ses pilotis. Il était fait de pierres d’un blanc crémeux et d’un bois sombre et brillant, du chêne. Le toit, en tuiles d’un vert foncé, avait cette forme si particulière au pays d’Azaïr de triangle convexe, et s’échelonnait sur plusieurs étages, laissant paraître dans la végétation hivernale des balcons et des portes coulissantes de papier et de bambou.
Kaede aimait cet endroit. C’était le dernier vestige habitable de son enfance.

« Sous ce pavillon subsistent encore les ruines du palais des grands empereurs, dit Eita. Nous avons reconstruit notre demeure plus sobrement, pendant l’Empire, car nos moyens étaient limités. Mais le pont, lui, est resté. »

La troupe se mit alors en route, guidée par les époux Yamato, Kaede, Ophélia, Lucius et Haku, qui accompagnaient leurs invités. Les sœurs de Kaede bavardaient avec les jumeaux, un peu en arrière. Shigeru restait silencieux et hochait la tête pensivement, en écoutant les boniments de Kenji, qui parlait de loger des cousins « malades » dans les forts de Yaegahara le temps de quelques semaines, afin qu’ils recouvrent la santé dans le « calme des montagnes ». Kaede entendait cette histoire d’une oreille complice et se retourna furtivement pour échanger un sourire amusé avec Shigeru, lequel plissa les yeux d’un air mystérieux.
Puis la jeune femme refit face à Octavia, pour lui donner l’occasion de rebondir sur ses propos, tout en avançant vers le pont. Plus ils progressaient, plus les eaux de la rivière grondaient à leurs oreilles avec un bruit de tonnerre, et plus il était permis de deviner une inscription sur le fronton du pont couvert.
« Les maîtres de l'archipel souhaitent la bienvenue aux hommes justes et loyaux. Quant aux injustes et aux déloyaux, qu'ils prennent garde. »

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Dim 16 Mar - 19:49
Un silence se forma. La jeune Vestale regardait enfin ses interlocuteurs et un sourire nouveau naquit sur son visage. Celui d'une profonde joie intérieure, qu'ils étaient beaux. Qu'ils étaient fiers. Elle avait eu raison de choisir cette partie de l'Azaïr en particulier outre les raisons de calme et de la présence presque inexistante des espions de son père. C'était un fier peuple, elle se demanda comment Lucius avait réussi à s'intégrer parmi celui-ci, il avait dû avoir énormément de mal. Pour Octavia, ce fut le contraire, après tout elle fut présentée comme une étrangère au grand potentiel, tant que le nom d'Ignis ne fut pas présenté le simple fait que l'ancienne grande Vestale le justifie en disant qu'il s'agissait d'une parente éloignée suffisait amplement à la majorité de la populace.

Néanmoins... Lucius avait dû apprendre à se faire aimer, il avait dû devenir fort et valable aux yeux des azariens lui qui n'aurait pas pu même faire comme si il était né ici ses caractéristiques physiques étant celles de la lignée d'Ignis et non les traits de porcelaine de cet orient lointain.

Elle avait pu voir de loin que son arrivée avait causé un certain tumulte, cette grande famille noble azarienne ayant visiblement du mal à rester calme à l'idée de l'arrivée de la cinquième princesse d'Ignis. Elle pouvait le comprendre quand bien même elle aurait été incapable d'entendre ou même de déceler la moindre des paroles qu'ils s'échangèrent. Elle n'en avait cure de toute façon et elle se doutait fort bien que la tenue qu'elle portait y était sûrement pour quelque chose. Mais pour Octavia, il n'y avait pas de vêtements qui étaient de trop. Ce n'était que les gens qui critiquaient de telles tenues qui eux l'étaient. Ses magnifiques étoffes représentaient un signe de son statut. Les joyaux de la couronne étaient la puissance, la richesse et la beauté dans cette patrie d'Ignis ou la force représente un subtile mélange de ces trois choses à la fois.

Un millier de flèches pourraient transpercer sa poitrine avant qu'Octavia abandonne tout cela contre du fer pour assurer sa protection. Si quelqu'un doit porter une armure alors que sa forme en soit flattée. Cachez là sous de riches étoffes qui correspondent plus à quelqu'un de votre statut. Car le fer seul ne vous protégera pas des langues acérées de la noblesse Ignisienne.

Pour elle, s'habiller seulement pour le confort ou n'en ayant cure était tout bonnement scandaleux. La mode et la splendeur étaient les seules choses qui importaient pour Octavia. Baignez vous dans l'or, laissez uniquement les plus fines soies caresser votre peau et portez une rançon de roi en perles et argent sur vos pieds. Laissez les fabriques lourdes et impropres au commun ainsi que leurs bottes boueuses et portez les vêtements d'une latienne même en montagne. Soyez encore plus glorieuse vos pieds chaussés de talons interminables alors que vous êtes à son sommet. Car telle est la philosophie de la régente.

Mais ce fil de pensée fut arrêté par l'étreinte de Lucius. Cela surprit la jeune femme, à vrai dire elle pensait qu'il était à l'image de ce peuple, beau dans son austérité mais il semblait que ce fusse le contraire. Il restait en lui d'ultimes parcelles d'occident ? Elle se remit tout de même au bout de quelques secondes d'inaction totale de cette surprise et l'enlaça à son tour, sentant doucement son odeur. Il est vrai, ce genre de contacts avec sa famille lui manquait. Ce n'était pas car Ignis voyait en la force un but ultime qu'elle devait empêcher une famille de s'apprécier comme elle le devrait.

Elle resta donc ainsi, quelques minutes dans ses bras avant de se laisser retirer de cette douce attention.

    Tu as bien raison notre frère. Comme tu es devenu beau... L'Azaïr a fait de toi quelqu'un de magnifique.


Elle se mit à rire tendrement alors qu'elle caressa le visage du jeune homme de ses mains. Elle était bien plus petite que lui, aussi, grâce à ses geta, elle n'avait pas besoin de se mettre sur la pointe des pieds, ce qu'elle aurait dû faire en temps normal.

Suite à cela, elle entendit Kaede s'exprimer, c'était donc elle la fameuse "sorcière" d'Azaïr ? Le coeur de la régente ne fit qu'un bon dans sa poitrine. Toutes les personnes vivants dans cette région étaient-elles donc d'une telle beauté ? Ce maintien, cette fierté inébranlable dans le regard. Elle était une sauvage dans le corps d'albâtre d'une nymphe d'une blancheur absolument insoutenable. Octavia avait tout bonnement l'air terriblement bronzée à côté de la blancheur laiteuse de la concernée. Et ses cheveux noirs... Cette cascade même de noirceur qui rehaussait ce teint... Si les enjeux n'étaient pas si importants elle se serait laissée volontiers allée à la douceur de cette voix. Mais elle même le reconnaissait, tant de figure et de prestance ne pouvait que cacher de sombres desseins, n'était-elle pas pareille d'une certaine façon ?

Un silence tomba alors que la jeune femme sembla jauger du regard Octavia, elle attendait quelque chose, ses yeux le montraient, elle attendait une réponse, un répondant, quelque chose lui faisant comprendre qu'elle ne perdait pas son temps.

    Dame Kaede, ne soyez pas si modeste... Dit-elle alors qu'elle s'approcha de la dite femme, prenant ses mains dans les siennes et la gratifiant d'un sourire d'un calme olympien. Vous n'avez nullement besoin de vous excuser. Le simple fait d'avoir accepté cette demande nous emplie déjà de joie à l'idée de découvrir cette fantastique région de notre royaume. Nous serions une bien piètre princesse si nous ne nous cantonnions qu'à notre Latia, n'est-ce pas ? Nous devrions être celle qui devrait vous couvrir d'excuses pour ce dérangement. Nous avons tellement à échanger !


La joie de la régente se montrait contagieuse car Prima et Flavia se mirent à sourire en même temps que la jeune femme terminait sa phrase. Néanmoins, le message envers Kaede était clair, elle n'était pas là que pour visiter. Et, après tout, cette dernière s'en doutait n'est-ce pas ? De plus, la princesse claqua soudainement des doigts, prononça quelques mots dans le dialecte latien. Les deux prêtresses réagirent de suite, presque instinctivement alors qu'elles allèrent vers la barque et récupérèrent quelques paquet qui étaient entreposés à l'arrière de cette dernière.

    Voici un bien maigre remerciement de notre part.
Dit-elle en levant une main vers ces dits paquets d'une façon théâtrale.
    Quelques étoffes et vêtements latiens, nous nous doutons que vous préférez probablement vos tenues traditionnelles aussi nous ne le prendrions nullement mal si nous ne vouliez pas les porter, prenez seulement cela comme un gage d'échange, l'art azarien nous portons actuellement sur nous vaut bien que nous vous en offrions n'est-ce pas ?


Un nouveau sourire vint ponctuer ce cadeau. Elle était véritablement heureuse de leur offrir ces tenues. Aussi, Flavia prit une dague attachée sous sa ceinture et défit les noeuds d'un des paquets afin de montrer l'une de ces fameuses étoffes. Il s'agissait d'une robe, une robe à la simplicité monstrueuse mais dont le travail qui y était apporté pouvait facilement faire comprendre à n'importe qui qu'elle était plus chère qu'une année de travail de marchand vivant plutôt bien sa vie. Elle était blanche, des épaulettes tenant les deux tissus brodées d'or représentaient la seule coquetterie de l'ouvrage. Seule la soie de cette blancheur extrême était présente, ça et un décolleté en v visiblement seyant et un dos nu. Enfin, la vestale la remit dans le paquet, le refermant à l'aide d'une nouvelle corde prévue à cet effet.

Par la suite, Kaede lui présenta la noblesse azarienne. Octavia s'inclina à chaque nouvelle personne introduite, chacun méritait le respect après tout, faisant bien attention de retenir qui était le nom de qui. Elle avait pu comprendre quelque peu la mentalité azarienne durant son voyage, s'étant achetée des ouvrages sur la région avant celui-ci et elle ne savait que trop bien qu'oublier ces noms serait un outrage pour les plus anciens. Elle n'eu qu'un regard amusé envers l'enfant qui accordait plus d'attention à ses jeux qu'à la venue d'une princesse d'Ignis. Après tout, que jeunesse se fasse elle n'y voyait pas le mal. Il n'était pas encore en âge de comprendre. Cela dit, la réprimande de sa mère avait toute raison d'être là. Après tout le respect se montrait bien important surtout envers une femme telle qu'elle. Car, si cet affront lui avait été fait dans sa propre région ou par un adulte, elle se serait montrée bien moins compréhensive.

Elle s'arrêta un instant pour contempler le sire Shigeru. Il était fier, beau lui aussi, à son goût d'une certaine façon et ses manières étaient impeccables, néanmoins ce fut sa présence qui l'étonna le plus bien que son visage ne laissa paraître qu'une légère surprise, chose qu'elle avait fait de son plein gré sans quoi elle se serait retenue.

    Nous ne pensions pas vous voir ici seigneur Shigeru, sachez simplement que nous sommes honorée de votre présence.


Elle lui rendit simplement son attention et ses gestes de politesse avant d'en finir avec le reste, continuant de jouer le jeu de la bienséance. Après tout les apparences sont ce qu'il y a de plus important et la beauté interne y est finement mêlée. Quoi qu'on en dise, ce sont les apparence qui régissant le monde et non le contraire.

Elle se retourna vers Eita et Ran, les toisant d'un regard noble, était-ce une forme d'insulte qui lui était proférée ? Elle ne savait que dire mais à vrai dire elle le prit plutôt mal. Elle ? La prendre pour une femme qui oublierait aussi facilement des noms aussi importants ? Ce fut une voix plutôt froide mais compréhensive qui leur répondit;

    Ne vous inquiétez pas dame Ran, il est tout a fait normal que votre sieur époux prenne cela à coeur. Sachez simplement, seigneur Eita Yamato, que nous serions insultée de ne pas arriver à tenir une telle formalité. Il est des plus importants que nous soyons capables de retenir le patronyme de chacun, il en vient de notre rang, de notre crédibilité et surtout de notre philosophie. Chaque être vivant est important. Les noms qu'ils portent le sont donc tout autant.


Il n'y avait pas la moindre once de méchanceté dans ce qu'elle avait dit. D'aucun ne l'aurait pris comme un avertissement mais plutôt comme un cri du coeur, elle était honnête et se sentait insultée par le simple fait qu'on puisse emmètre la possibilité qu'elle ne se souvienne pas de quelque chose d'aussi trivial. Octavia donnait toujours le sentiment d'avoir vécu d'une façon terriblement légère mais ce n'était pas le cas. Son entraînement avait été dur, elle avait été confrontée à plus de misère que de raison à sa propre façon. Etre prise pour une simple noble qui ne portait pas attention à ceux qui l'accueillait était un affront à lui tout seul. Cela dit, elle écouta le reste de son discours. Elle pouvait sentir l'animosité, la méfiance et le doute derrière les paroles de cet homme. Il ne devait probablement pas être capable de duperie pour exprimer ses pensées de la sorte. Pire encore, il avait l'air d'être d'un magnifique honneur tout a fait respectable. Cela donna au regard d'Octavia une lueur étrange, entre l'admiration et un certain doute. Bien que cela était sublime elle ne savait que trop bien une certaine chose. Ce type de comportement tient la route jusqu'à qu'un conflit éclate. Des hommes d'une telle droiture sont toujours les premiers à tomber. Néanmoins, elle trouvait dans cette tragédie une beauté fondamentale.

    Bien évidemment sieur Yamato la mort est inéluctable, c'est bel et bien ce qui rend la vie si attachante, si belle, si fantasque. Vouloir une belle mort est tout à votre honneur et nous partageons le même rêve. Une mort signifiante est tout ce que nous souhaitons bien que notre vision est assez large pour en accepter beaucoup. Votre métaphore est très belle et nous sommes honorés de votre accueil mais ne soyez pas si volontaire à mourir pour autant. Vous avez encore de beaux jours devant vous, vouloir les réduire ne serait que triste pour quelqu'un de votre stature.


Elle se tenait noblement, le visage haut, les yeux perçants, ses émotions étaient visibles elle partageait d'une certaine façon l'avis de cet homme, le respectait et ne l'insultait nullement. Néanmoins pour elle la mort n'était qu'un passage comme un autre, il fallait vivre une vie flamboyante continuellement, une mort du même acabit n'était que naturel. Néron eu un léger mouvement comme pour couvrir la jeune régente que cette dernière coupa d'un mouvement sec de main. Si elle devait affronter cet homme mentalement et verbalement pour lui prouver sa valeur alors elle le ferait et elle l'écraserait comme il se doit. Elle ne se sentait pas rabrouée mais elle n'abandonnait pas aussi facilement. Quant à Flavia et Prima, elles avaient apprit à rester de marbre et bien que leur visage restait noble à elles aussi elles ne bougeaient pas, ne laissant absolument rien filtrer telles deux statues vivantes.

Enfin elle suivit à nouveau Kaede et Lucius, restant à leur niveau elle n'écrasa personne de sa personne, elle ne se mit nullement devant mais resta tout de même en tête de convoi. Ainsi elle allait donc voir une pièce traditionnelle ? Parfait, elle s'en réjouissait déjà. Décidément ils avaient tout prévu y comprit son goût immodéré pour l'art.

    Pour vous remercier nous vous donneront aussi un spectacle. Ou plutôt devrions nous dire une cérémonie. Nous vous donnerons un avant goût des arts latiens par une représentation par Flavia et Prima. Si nous en avons le temps bien évidemment.


Elle tendit un sourire tendre à Kaede comme pour la détendre quelque peu. Octavia elle était de ce calme maîtrisé que donnent les grandes figures historiques. Quelque chose qu'elle avait apprit à créer et à sentir en elle. Néanmoins, comme le montrait son changement envers le patriarche Yamato, ce dernier pouvait tout aussi bien s'effriter à une vitesse plutôt impressionnante pour laisser place à d'autres émotions.

Octavia profita du voyage, marchant doucement avec une certaine légèreté, elle profita des anciennes battisses tout autour d'elle, de la beauté simple et pourtant complexe des arches que ses yeux couvaient et enfin écouta avec une attention toute particulière ce qu'Eita avait à lui dire sur le pont qu'ils traversaient. Elle ne dit mot, préférant seulement son regard parler pour elle, ce dernier brillait d'un brasier intense, elle aimait ce qu'elle entendait, elle aimait tout bonnement presque tout depuis qu'elle avait débarqué. Cette société était si différente de la sienne et les flammes brillant en elle faisaient un contraste terriblement différent des signaux corporels qu'elle envoyait. Elle ne fut que surprise d'entendre Kaede murmurer des paroles dans le vent, pour elle, elle ne pouvaient rien entendre mais seulement voir du mystère déformer ses traits albâtres. La régente plissa le front quelques instants se demandant si la jeune femme n'était pas torturée par quelques démons.

Cela dit, elle passa vite à la suite, notant simplement la réaction de celle-ci dans sa tête. Ecoutant encore Eita parler du passé flamboyant de cet empire passé.

    Sans nul doute, l'Azaïr fut un empire passionnant mais il l'est toujours quand bien même cette gloire est passée seigneur Yamato. Bien que l'histoire ancienne nous passionne l'actuelle est de toute importance et la noblesse de votre peuple est toujours aussi présente. Les pierres finissent par tomber, la beauté elle, est éternelle. Son discours était impérieux mais était prononcé avec une certaine sympathie. Elle pensait réellement ce qu'elle disait. Quand à vous Kaede... Nous aurons tout le temps de nous parler après toutes ces découvertes n'est-ce pas ? Nous sommes curieuse de ce que vous pouvez nous faire découvrir. Après tout, nous avons tellement à échanger vous et nous !


Un gloussement presque enfantin glissa de la gorge d'Octavia mais n'importe qui avec un minimum de réflexion, ou tout du moins sachant jouer au jeu de la politique saurait se rendre compte des sous entendus glissés. Cela dit, ce message n'était adressé qu'à elle et pour beaucoup il ne passerait que comme un bête échange de culture. Octavia n'était pas véritablement redoutée, elle était cinquième princesse ce qui forçait le respect néanmoins pour beaucoup elle n'était qu'une grande courtisane fantasque. Oui, presque tous se trompaient à son sujet. Elle n'était pas là qu'à but culturel après tout. Et, au fond.

Kaede s'avérait bien plus importante que ce cher Lucius.


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Sorcière et Prêtresse [PV Kaede d'Azaïr]
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