Arghän Kane



 

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Arghän Kane

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Messages : 42
Age : 30
Métier : Capitaine
Humeur : Placide...pour le moment
Points Histoire : 0
Lun 27 Mai - 8:49
IdentitéNom: Kane
Prénom(s):    Arghan
Titre:    Post mortem nihil est ipsaque mors nihil (son crédo fétiche)
Âge: 30
Genre: Homme
Nature:  Humain
Pays: Terra, Rempart du Septentrion
Métier: Capitaine – Ecole d’Albio
Langues: Arghan possède également quelques rudiments de Langue Ancienne,  enseignement d’Albio oblige, mais il répugne à les utiliser.
* Thème: Harvey Two-face (Harry Gregson-Williams)


Caractère et Morale

Le caractère d’Arghän fluctue entre sa rigueur toute martiale et la générosité propre à ses racines terriennes ( car né d’une famille paysanne).  Cet étrange amalgame fait de lui un homme strict dont la morale à été endurcie par l’expérience militaire mais dont l’armure cache une âme empathique et un amour invétéré pour les choses simples de la vie, telles que l’odeur de la terre après la pluie, le crépitement du feu dans la cheminée, l’amour dans le regard d’un enfant ou d’une femme. Cette ambivalence déstabilise souvent les rares personnes qui lui sont proches, l’homme pouvant tant se montrer roide et pétri de solennité martiale en service que fanfaron et espiègle dans l’intimité.

Malgré une entrée tardive à l’Ecole Militaire d’Albio (18 ans, alors que certains s’engagent dès la fin de leur cycle primaire) et des notes catastrophiques aux cours de magie, Arghän à su terminer parmi les meilleurs de sa promotion et grimper les échelons rapidement en se révélant excellent soldat  de terrain. Puis, à la faveur de ses nombreuses expériences de combat, ses supérieurs  notèrent sa facilité à penser des stratégies pour les opérations en milieu hostile, bien que manquant parfois de finesse. Ses faits de guerre devenant notables, il fut propulsé au rang de Capitaine. Quelques années plus tard,  Arghän suggéra l’idée d’un Compagnie nommée « Première Vague », composée d’unités légères destinées à percer et/ou déstabiliser les premières lignes de défenses ennemies. Le Concilium Bellicum valida l’idée et Arghän fut placé à la tête du détachement. Il s’avéra plutôt bon meneur d’hommes car charismatique mais ferme, riche de son expérience martiale. Néanmoins les années qui suivirent mirent sa crédibilité à mal (cf Influences et Relations), ce qui restreignit sa liberté d’action sur la Compagnie

L’Armée constitue  donc une part indissociable de l’existence d’Arghän, creuset de sa personnalité équivoque. Secrètement athée et résolument pragmatique, il reste cependant un homme au caractère solitaire, taiseux sur sa vie privée, parfois hanté de sanglants souvenirs de bataille.  Il porte une aversion chevronnée au cœur pour la Magie, qu’il associe à l’orgueil, à la soif de pouvoir et à la versatilité inhérentes à la nature Humaine.

Pourtant, Arghän témoigne d’ une passion prononcée pour les armes blanches, qu’il entretient et forge à ses heures perdues, et plus particulièrement pour les épées longues. Sa « compagne », comme il se plaît à l’appeler, est une épée à deux mains de fabrication antique appelée  Fatum.  Nombreux sont ceux qui peuvent témoigner de l’étrange osmose qui se tisse entre l’arme et son porteur lorsque le Capitaine la dégaine de son fourreau. Arghän manie Fatum avec une aisance surnaturelle, comme le prolongement de son bras, et l’on se demande parfois si ce n’est pas l’épée, pourtant vierge de runes ou de toute empreinte magique, qui guide l’homme… Mais à cela, il se fend d’un rire dédaigneux et chasse les questions importunes d’un geste de la main, avançant que « cette foutue Magie ne fait pas tourner le Monde ».
Malgré sa discrétion, la personnalité  marginale d’Arghän et ses prises de position à contre-courant attirent sur lui nombre de regards torves, de médisances et parfois même d’ hostilités ouvertement déclarées, souvent nourries de jalousie


Physique

1m96 et un bon quintal à la balance, autant dire qu’Arghän « en impose ». Les années d’entraînement militaire n’ont fait qu’ajouter quelques petites livres de muscle à son physique, déjà épaissi par le travail de la terre, du bois et de la forge.  Elles ont néanmoins constellé sa peau mate et tannée de cicatrices et autres souvenirs ramenés de combat. La plus notable, en forme d’étoile sur le biceps gauche, lui vient d’un affrontement avec une faction armée Ventusienne, une lance ayant traversé son bras de part en part. (il garde de cette blessure une raideur du bras gauche en cas de fatigue musculaire)

Le visage d’Arghän illustre à merveille sa personnalité : mâchoire carrée, yeux d’un noir d’obsidienne et traits anguleux s’opposent à une voix de baryton aux accents suaves, à cette étrange présence calme, cette carrure imposante, inamovible… qui pourtant ne trompe personne, car celui qui sort du rang ou se montre irrespectueux sous son enseignement risque de se retrouver accroché par les pantes aux gargouilles qui décorent les hauteurs de l’Ecole. C’est ce calme faussement trompeur qui a inspiré aux cadets d’Albio  une poignée de sobriquets : L’eau qui dort, Le Volcan, Le Lion à la sieste.
Ce dernier est peut être dû à l’étrange chevelure ivoirine aux épis rebelles – qui tendent à grisonner avec l’âge- du Capitaine. Sans doute hérité d’un Sang dont il ne veut rien dire, comme bien d’autres aspects de son histoire personnelle.


*Compétences générales
Forge et entretien des armes blanches (spécialité épées longues/a deux mains)
Combat et stratégie (théorique et pratique)
Connaissance partielle de la faune et flore de Terra (endémiques de l’endroit où il a grandit surtout)


*Équipement, objets divers :
Fatum , épée à deux mains
Spoiler:
 
Un poignard de simple faction dissimulé dans la botte droite
Besace de voyage pour ses trajets en dehors de l’Ecole
Un médaillon contenant une mèche de cheveux de sa fille disparue, Leyanna


*Influence et Relations :

Arghän fut autrefois marié  à une Ignisienne et magicienne de feu,  Samäa Féranos , rencontrée lors d’un colloque militaire entre officiers Terrans et Ignisiens.  Plus âgée que lui, c’est elle qui le poussa continuer sa carrière militaire et faire ses preuves, même après la naissance de leur fille, Leyanna.
Or, leur bonheur conjugal tomba  en poussière lorsque Samäa subtilisa des documents  déterminants à son époux, ayant trait aux stratégies offensives de sa compagnie nouvellement formée, et s’enfuit. Alerté par Arghän, la Milice Terrane détacha un contingent spécialisé pour appréhender et neutraliser la magicienne, qui leur donna d’ailleurs beaucoup de fil à retordre.  Rattrapée de justesse à la frontière, Samäa Féranos fut accusée de haute trahison et d’espionnage mais Ignis démentit l’avoir envoyée pour duper Arghän et récupérer ces informations confidentielles. Pour prouver sa bonne foi, le Premier Prince autorisa la Milice Terrane à écrouer l’Ignisienne dans les prisons du Quartier Général afin de l’interroger et décider de son sort. Par considération pour son officier et l’enfant née de leur union, ou peut être pour montrer l’exemple, l’Armée décida d’éviter la mise à mort et la femme fut enfermée à vie dans une cellule ignifugée.  « Un sort pire que la mort » songe souvent Arghän, dans ses moments sombres.

Le mariage étant considéré comme nul et non avenu car contracté sous de mauvaises intentions, Arghän se retrouva fraîchement divorcé (un cas rare en Terra, bien que toléré par le culte d’Albio) et sujet favori des ragots. Il fut convoqué en Cour Martiale où on le blanchit de toute implication dans cette trahison. Au regard des témoignages apportés par sa famille et ses compagnons d'armes, la Cour détermina que le Capitaine avait été manipulé de bout en bout par son épouse et n'envisagea aucune sanction. Si grand nombre de ses frères d’armes et ses élèves compatirent à son sort, certains virent dans ce retournement de situation un signe de sa faiblesse et de son manque d’instinct, ce qui freina son évolution au sein de l’Ecole d’Albio, ses états de service et l’efficacité de la compagnie Première Vague sur le champ de bataille ayant, fort heureusement, limité les dégâts. Arghän reste donc un officier reconnu comme « efficace et compétent » par ses supérieurs, mais il attire néanmoins l’animosité de certains par son vécu et ses prises de positions.

Arghän possède comme seul ami proche un Mage de Guerre et collègue (affinité Vent, Sort de Magie Intermédiaire et  Supérieure) nommé Fenn Glynn,  réputé pour son goût la technomagie, une science émergente et encore fragile en Ventus. Bien que Ventusien de naissance, Fenn vit en Terra depuis de nombreuses années et en a pris la nationalité. Malgré son aversion pour la Magie et tous ses « suppôts », le Capitaine apprécie le caractère humble et espiègle du vieil homme, son côté avant-gardiste et l’intérêt qu’il témoigne pour les jeunes pupilles intégrant l’Ecole. C’est Fenn qui a immunisé la cellule de Samäa et il reste le seul confident d’Arghän, en dehors de sa famille restée dans les lointaines montagnes septentrionales.

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Lun 27 Mai - 9:59
Histoire











Mémoires d'un Docteur-ès-Sciences et de sa vie au sein d'une étrange communauté
– par Tarek Ibn'aladîm

Printemps 734

Encore une rude journée d'enseignement qui s'achève. Ces enfants auront raison de moi un jour et pourtant, des générations de petits derrières poussiéreux sont passées sur les bancs de ma vieille école. Je me suis longtemps demandé comment un prestigieux enseignant Terran comme moi, Tarek Ibn'aladîm, a daigné délaisser son précieux bureau d'études à Hystia pour se consacrer à l'enseignement -ô combien laborieux- des enfants de ce village perdu dans le Septentrion.

La réponse se trouve pourtant devant mon nez chaque matin, sur ces visages ronds, marbrés de sillons de poussière et de morve. Chaque matin, entre les murs branlants de cette école de misère, les regards limpides des enfants me mettent à nu. Ils semblent imperméables à toute science exacte, en particulier l'Histoire de leur propre monde, Albion. Il leur faut une explication à tout acte, tout choix. En chaque chose, ils cherchent l'essence, la raison d'être. Leurs questions sont franches, sans détour et terriblement profondes pour leur si jeune âge. On me demande pourquoi les Hommes s'obstinent à guerroyer, s’entre-tuer pour une terre, une loi, une foi, alors qu'un compromis est toujours possible, telle que l'Histoire l'a déjà démontré. Et lorsque je tente de nuancer leurs avis en leur parlant de jeu de pouvoir, de droit d'Héritage, de Guerre Sainte, ces petits faquins à peine sortis de leur couches me rient au nez. « Regarde ! » me dit-on « Regarde-nous. Nous sommes tous différents et pourtant nous vivons en paix ! »

Il faut dire que ce petit village, niché au cœur des plaines qui courent aux pieds du majestueux Rempart du Septentrion vit dans un étrange rêve depuis plusieurs siècles. Il n'a pas de nom, ou du moins aucun qu'on veuille me communiquer malgré mes années de service parmi eux, n'est même pas mentionné sur les cartes. On y trouve une majorité d'artisans et de paysans, propriétaires de leurs terres, des gens...peu instruits que je prenais tout d'abord pour des arriérés, des culs-terreux. Je me trompais

La majorité de leurs productions sert à leur procurer une vie en quasi-autarcie. Quelques objets d'art (on fait ici de remarquables bijoux en corne et en bois) sont vendus à des grossistes qui revendent eux-même aux échoppes des grandes villes, qui bien sûr ne trouvent aucun intérêt à mentionner l'origine de ces merveilles -un village perdu dans les montagnes- et préfèrent berner le client en leur donnant des origines exotiques... Mais cela ne semble nullement gêner ces gens qui se complaisent dans l'anonymat. L'argent de la communauté est stocké dans une caisse commune et le placement des dépenses est débattu au conseil du Village,qui réunit un représentant de chaque classe de métier (Artisan, Paysan, Chasseur,...) et de population
( Hommes, femmes, vieillards)...et il existe même une place au Conseil pour les enfants, représenté par un camarade élu en classe dès sa douzième année.

Chaque « instance » de cette étrange communauté est gérée par des membres volontaires, il n'existe pas de chef sinon une sorte de... « Commis de l’Égalité Parfaite » élu par les villageois sur un mandat de trois ans, en charge de la coordination et de la médiation de ce système atypique.

En tant que partisan des nouvelles idées inspirées par Ventus, malgré mon sang terran, je ne peux m'empêcher d'éprouver un mélange de perplexité et de fascination pour ces gens. Tant d'années à essayer de leur faire comprendre dans quelle utopie ils se complaisent, tant de longs débats pour leur démontrer que leur système s'effondrerait à l'échelle d'une ville, à l'épreuve du temps, à l'aulne de l'Histoire...Mais rien n'y fait. Ce n'est pas de l'obstination, car j'ai appris à connaître les gens d'ici et ils sont bien moins obtus et bien plus humbles que certains pontes de la Capitale...C'est tout simplement une sorte de Foi, un déterminisme teinté d'une immuable espérance en l'Humanité et son désir d'harmonie...

Ils s'appellent les Enfants de Néotopia. Une communauté d'illuminés pourrait-on penser, mais non. L’Église tient une place discrète dans leur cœur, elle n'est vue que comme le ciboire de la « Véritable Lumière » , le culte d'Ehol, dans toute sa...pureté, sa primauté.  Les derniers partisans et fidèles d'Ehol et ses descendants se seraient réfugiés à l'abri du Rempart, à l'avènement du totalitarisme. Ils auraient été rejoints par d'autres, des repentis, des réfugiés de guerre, avec la chute de l'Empire. Depuis, ils vivent là, dans leur rêve éveillé... et ils éduquent les générations futures à y croire aussi.  Ils n'ont pas envoyé leurs fils marcher sur Ventus aux côté des armées d'Ignis mais ils ont pleuré les morts et ont procuré, dans l'anonymat toujours, des herbes endémiques de la région aux hospices de Terra, afin d'assister le soin aux blessés.  Ils ont regardé Aquaria s'élever et prospérer d'un œil placide, souhaitant simplement que cette nouvelle et sainte « Autorité » œuvre pour le bien de tous, croyants ou non.

Ces Enfants de Néotopia, je leur dois la vie. Cet hiver-là, de longues années auparavant, j'ai cru ma fin venue lorsque ma monture et moi avons chuté dans ce ravin...Mais ils m'ont trouvé, à l'agonie, protégé des blizzards coupants par la carcasse de mon cheval. Ils m'ont traîné jusqu'ici, m'ont soigné et recueilli pendant les longs mois de ma convalescence...Et aujourd'hui les canailles que j'ai enseigné dans mes premières classes me prient de revenir à chaque Printemps pour instruire leurs rejetons, malgré nos différences fondamentales d'idéaux, connues de tous depuis des années.  

Et aujourd'hui, alors que mes cheveux grisonnent et que ma mémoire fatiguée écorne la si belle science dont je me targue, je sens mes barrières tomber. Et si cela pouvait marcher ? Ce système fonctionne, il est stable et auto-suffisant. Bien sur il existe des points d'achoppement, des heurts, car il est à l'échelle de l'Homme, si  faillible...et c 'est par la main de l'Homme qu'il s'ajuste ! Peut-il vraiment s'appliquer à l'échelle d'une ville, d'un peuple, d'une Nation ? La Paix de tous, par tous, existe-t-elle vraiment ? Néotopia, les idées d'Ehol, est-ce que tout cela n'était qu'une utopie  avortée ou simplement  les bases d'un destin rayonnant pour l'Humanité ? ...Que nous avons brisées ou remodelées, par peur , par cupidité, par...orgueil ?

Aah...Tu divagues Tarek ! Serais-tu sénile avant l'âge ? Mais ma foi, qu'y puis-je. L'Espérance est contagieuse.

Hiver 745  

:: Note à moi-même – Confisquer l'épée d'Arghän ! Après les coutelas cachés dans ses bottes et la pointe de flèche dans la manche, c'est l'apothéose ! Ce maudit diable pense pouvoir se faire discret en cachant une arme de deux fois sa taille dans les bosquets mais avant chaque classe, je le vois parader devant ses copains à mon insu... Il va finir par trancher un de ses camarades en deux ! Et d'ailleurs, où a-t-il pu trouver cet engin ? ::

Ce début d'Hiver est laborieux. Les classes terminales étaient bondées cette année ! Cela s'explique d'ailleurs : tout les dix ans, les Enfants de Néotopia fêtent une année « porte bonheur » qu'ils appellent « L'Illumination ». Cela correspond à l'arrivée d'Ehol sur Albion et donc à la fin de l'âge obscur, pour laquelle l'Histoire n'a pas retenu de date précise, cela dit en passant... Concevoir un enfant pendant l'Illumination lui assurerait une bonne santé et une bonne vie. Je peux donc remercier cette coutume païenne pour la trentaine d'adolescents « illuminés » qui terminent leur parcours scolaire cette année...Et que je dois orienter vers leurs futurs métiers !

Cela dit, peu de jeunes rêvent de quitter le village. Même si je les sens curieux du Monde -et que ce choix de vie demeure typiquement terran - beaucoup reprendront l’œuvre de leurs parents pour continuer de nourrir l'Utopie qu'on leur à toujours miroité. Et comme beaucoup d'autres, ils attendront leur majorité pour demander au Conseil l'autorisation de voyager pendant une année, afin de faire leurs propres découvertes et peut être choisir une nouvelle voie. Je compte quelques exceptions néanmoins : Jody s'intéresse à la médecine, c'est une jeune fille brillante. Je l'envoie étudier à Hystia. Lilian, Tomaa, Udmila et Gylbert montrent un grand intérêt pour la littérature, la théologie et la magie. Peut être qu'une école religieuse les acceptera, mais il faut que je prépare les parents à laisser leurs enfants quitter Terra, ce qui n'est pas gagné. Même avec les bourses estudiantines comme argument de poids. Et puis...et puis il y à Arghän Kane, un petit gredin aux cheveux blancs.

Celui là me donne du fil à retordre ! Son frère jumeau, Raghnär, siège actuellement au Conseil comme représentant des enfants. C'est un garçon calme et pragmatique, dont le seul désir est de reprendre la ferme familiale, que le père peine à entretenir depuis la mort de son épouse en couche. Son frère est un...garnement au front buté, un solide gaillard pour son âge. Je l'ai mis de nombreuses fois au piquet pour son impertinence...ou devrais-je dire, sa pertinence ? Je vieillis et je perds patience avec les têtes brûlées, mais ce gamin est  étonnamment vif d'esprit. Arghän assimile et comprends un large panel de savoirs mais tout cela l'ennuie à mourir...Rester assis plus de deux heures dans une salle de classe relève du supplice pour lui et il a déserté nombres de cours pour aller forger en cachette ou courir dans les montagnes ! La seule façon de le retenir en classe est de lui proposer une partie d'échecs, pour lesquels il se passionne depuis que je l'ai initié.

Arghän démontre une étonnante faculté à penser des stratégies complexes, projeter ses déplacements, improviser des coups astucieux face aux impasses. Seulement son caractère impétueux le rends impatient, force sa précipitation et lui cause de cuisantes défaites... Le bougre est bien évidemment mauvais joueur aussi nos parties ce sont espacées ces dernières années, à mon grand dam. Je n'arrive pas à me résoudre à en faire un simple forgeron, même si sa passion pour les armes l'y prédestine. Il y a quelque chose chez ce diable blanc...Je désespère de voir tant de potentiel gâché.

Les discussions avec le père ne sont pas toujours concluantes, malgré sa bonne volonté. C'est un homme usé et triste, qui pourtant aime ses deux garçons et désire le mieux pour eux. Il porte une étrange chevelure gris-argent qui cascade dans son dos. Sans doute était-elle autrefois d'un blanc éclatant comme celle de ses fils. Quelle singulière famille...Implantée dans la communauté depuis la chute de l'Empire parait-il. Des générations de paysans, respectés pour leur prestance malgré leurs silhouettes modelées puis usées par l'interminable travail de la Terre. Cette chevelure de neige m'intrigue...Ce pourrait-il qu'il y ait un lien avec... ?

[Note gribouillée] Cheveux blancs comme le fondateur de Terra... parents de la famille royale ? Faire de plus amples recherches à mon retour en Hystia


Été 749







Le Diable Blanc

Le mauvais sort n'épargne pas les Enfants d’Ehol. Une épidémie à frappé le village, sans doute ramenée par un jeune après son voyage. Parmi les victimes, nombre de vieillards et de jeunes enfants dont deux de mes élèves...Et le père des jumeaux Kane, désormais orphelins.  Je peux compter sur la solidarité de la communauté pour les accompagner. Malgré cette dure épreuve, les villageois ne laissent personne en arrière. Leur sens de la fraternité Terrane est un exemple pour tous, en cette sombre époque ou notre belle Nation oublie les siens dans la course à la renommée.

Raghnär est atteint par cette perte mais sa volonté de remettre la ferme familiale sur pied l'aide à tenir. Il va de plus se marier l'année prochaine avec son amour d'enfance, la dot les aidera dans leur entreprise. Ce brave garçon m'a fait part hier de son inquiétude pour son jumeau et je partage son souci. Arghän était peut être un jeune effronté un peu bourru, mais sa vivacité et son caractère espiègle le rendaient appréciable malgré tout. Il s'est aujourd'hui renfermé, s'isole des autres, parle peu et passe des jours entiers dans la forêt à manier cette étrange épée « Fatum », qu'il dit avoir trouvé dans de vieilles ruines. Ragnhär m'a dit ressentir une profonde colère dans le cœur de son frère, plus amère, plus vive que celle qui l'agita lorsqu'on fut impuissant à sauver sa mère de la mort, malgré la présence d'un Mage de passage.

Ainsi donc,  le dédain d'Arghän pour la magie viendrait d'une vieille rancœur enfantine ? Une rancœur certes renforcée par son ignorance, par son refus obstiné d'étudier quoi que ce soit en rapport avec cet art, cette science pourtant si belle et complexe ! Eh bien, nous n'en ferons pas un Mage, la belle affaire. Arghän sera soldat. C'était l'évidence même, son expérience de la forge et du maniement des armes, sa propension à penser des stratégies de déplacements, sa force brute parfois...Bon, reste à remédier le problème d'autorité, mais peut être que mon contact à l'Ecole d'Albio pourra m'aider à le former. Oui, voyons grand pour ce garçon...il le mérite, il a le potentiel. Il ne me reste qu'un an pour le motiver, le préparer à l'entrée de l’École et ce n'est pas une mince affaire. Je deviens trop vieux pour ces quêtes effrénées mais étrangement, voir ce garçon perdre foi en sa communauté...cela me peine. J'espère que lui faire voir le monde, lui donner un projet d'avenir qui le mènera loin de tout cela lui fera comprendre combien les nôtres  comptent dans ce vaste Monde, combien il est important de ce souvenir d'où on vient...


Hiver 751

Ragnhär, mon frère aimé

Je viens de prendre connaissance de tes nombreuses missives. Pardonne moi de ne t'avoir répondu plus tôt, mais la tension est palpable au Quartier Général et je parie que les mauvais vents poussent jusque dans nos chères montagnes. L'air est lourd mon frère, et les hauteurs du Rempart me manquent. Te souviens-tu de nos périlleuses ascensions sur ses flancs, pour aller quérir de savoureux œufs de vautours ou quelque fleur rare à présenter aux filles ? Ah, Ragnhär, c'était le temps de l'innocence. Nous étions jeunes, loin de tout ces conflits de voisinage,  ces jeux de masques et de pouvoir avec les autres Nations, Ignis en particulier.

Chacun s'adresse des courbettes, des ronds de jambes. On passe de Congrès en Colloques, on  échange les intellectuels, les étudiants, les soldats. Puis sitôt terré chez soi, les Grands de Terra s'empressent d'espionner leur « frères de feu » pour mesurer leur puissance et les officiers Ignisiens se rient de nos pratiques militaires "faiblardes et éculées" . Tu sais ce que je pense de ces avortons de l'Empire...Même si ta réponse à cette missive cherchera sans doute à tempérer mes aigreurs, comme tu dis, je ne peux tolérer qu'une tyrannie déguisée en monarchie de droit se présente comme notre alliée et considère notre peuple comme débiteur, pour «avoir largement contribué à la guerre contre Ventus » !

Ce sont les Princes consanguins de ce maudit royaume qui ont fait signer les traités marchands au profit de l'importation Ignisienne. Les marchés sont envahis par les produits né de cette terre de feu... chaque fois que je regarde un étal, je te vois en train de bêcher avec ta femme, sur nos belles terres septentrionales. Comme nos parents avant toi , comme nos ancêtres avant eux. Je sais que les temps sont durs pour toi mon frère, et parce qu'en ces temps orageux nous devons plus que jamais rester terrans et solidaires, j'ai joint à ce courrier une enveloppe pour t'aider à accueillir l'hiver.

Et par pitié, ne me renvoie pas un interminable laïus sur ma situation pécuniaire. Ton épouse attends un enfant (voire deux, si j'en crois tes envolées lyriques, mon cher jumeau...Marja serait ravie d'apprendre qu'elle est « ronde comme la lune » à tes yeux ) et de fait, tu as besoin de cet argent. Ne t'inquiète pas pour moi, mes salaires sont minces mais j'apprends à prouver ma valeur autrement ici. L'Ecole d'Albio m'aide à tempérer mes ardeurs, à reconnaître mon potentiel et ne pas le gâcher par excès de ... fougue. J'ai encore des progrès à faire cela dit. Il y a quelques mois j'ai cassé le nez d'un « frère de feu » qui se pavanait dans le sillage de quelque grand seigneur Ignisien venu à Hystia en pourparlers . Sa suffisance m’insupportais déjà...Puis ce misérable s'est permis de critiquer le QG pour sa "faiblesse" (décidément, ce mot fait fureur en terre de feu!) dans le choix des nouvelles élites militaires, dont quelques autres camarades «de basse extraction» et moi-même. Je n'ai pas pu retenir mon poing. Comme sanction, on m'a assigné à la forge pour l'entretien des armes. Tu parles d'une sentence ! Après un an à peine entre ces murs, je peux affirmer que certains officiers m'apprécient déjà ... et que nombre d'autres doutent de ma place ici, mais malheureusement pour eux, je m'y plaît. J'ai enfin la sensation d'être...utile à quelque chose. Un dessein plus grand.

Je te rassure, je ne passe pas mon temps à casser de l'Ignisien ou tenir tête aux Mages. Je rencontre ici des gens de tous horizons, moi qui n'avait jamais fréquenté que les nôtres. Le Monde est si vaste au delà du Rempart mon frère ! Il y a tant de façons différentes de vivre, de croire, de se faire la guerre... Si j'ai pris place aux côtés de ces soldats, c'est pour mieux comprendre cet esprit de prédation qui habite le cœur des hommes, qui engendre leur volonté de conquête, tout ce que les Enfants de Neotopia conspuent au nom de l’Égalité Parfaite. Raghnär, j'ai vu des hommes et des femmes de toutes origines regarder l'horizon s'assombrir, j'ai vu le doute et la crainte naître dans leurs yeux , j'ai vu la flamme de leur regard au combat...Nous sommes tous semblables, nous protégeons ce qui nous est cher et prions, chacun à notre manière, pour des jours meilleurs. L'Ecole d'Albio m'a fait découvrir un autre sens de la solidarité : celle qui lie les frères et sœurs d'armes.

En parlant de différences Te souviens-tu de cette jeune femme d'Ignis mentionnée dans ma dernière missive , Samäa Féranos ? Je l'ai rencontrée il y a deux lunes, dans le cortège diplomatique où sévissait le sinistre imbécile dont j'ai gracieusement refait le portrait... Eh bien, la voilà de retour en Hystia depuis quelques semaines déjà et...j'ai eu l'occasion de faire plus ample connaissance avec elle, à l'occasion de mes patrouilles en ville. Je vois déjà ton air goguenard, et je tiens à dire que ma curiosité est tout à fait légitime ! J'ai vu passer un certain nombre de militaires, de mages de guerre et autre pantins d’esbroufe par la porte d'Hystia, caracolant dans le sillage de quelque notable d'Ignis venu en "négociation"...Mais jamais de femme, et encore moins Mage de Feu.  Toi même tu n'es pas sans savoir quelle place ont les femmes chez nos chers voisins...Aussi brulais-je de savoir comment elle avait réussi, quel parcours était le sien. Je ne l'avais plus mentionnée depuis un moment mais...maintenant que je la connais un peu plus, je ne sais pas...Certaines choses m'apparaissent sous un angle différent.

Je ne suis pas sûr que tu l'apprécierais, c'est le tempérament inverse de la douce Marja. Samäa ressemble à ce lynx des montagnes qui décimait parfois nos troupeaux. Sa grâce est féline et puissante à la fois, son corps à la volupté des femmes mûres et son cœur est aussi intransigeant que celui d'un Général. Ses yeux vous sondent l'âme puis se détournent comme si vous n'aviez pas existé. Autant dire qu'avec ma réputation, il n'a pas été facile de l'aborder, mais voilà un moment que nous nous fréquentons et je ne regrette rien. Nos débuts ont été tumultueux, tout nous opposait...Elle la magicienne de feu, pétrie de dogmes despotiques et moi le jeune troufion terran, emprunt des valeurs de notre communauté si singulière. Cette furie à même manqué de me faire rôtir à l'issue d'un débat trop animé ! Mes sourcils achèvent juste de repousser. Ce n'est que lorsque j'ai commencé à mentionner la place des femmes sur Terra que son ton s'est adouci au fil des jours et j'ai vu naître dans ses yeux d'émeraude une ombre tissée d'envie et de tristesse.

Mon frère, Ignis est notre Némésis, notre antithèse. Si tu savais ce que Samäa m'a raconté sur la vie en ces terres ! La façon dont ils traitent les femmes, l'esclavage, l'immunité totale des monarques... Elle à dû sacrifier son amour-propre, son...innocence pour être enfin considérée par les Puissants. Son cœur s'est endurci face à l'implacable concurrence, face à tous ceux qui ont tenté de lui barrer le chemin vers la reconnaissance. Je pourrais la blâmer pour ses actes impitoyables, sa morgue, sa défiance...Mais c'est une fille d'Ignis, comme moi un enfant de Terra. Nous avons grandi et vécu dans des mondes tellement différents... Je ne peux pas lui en vouloir et je me contrefiche des regards biaisés et des rumeurs qui courent à notre sujet. Samäa mérite mon respect et sa reconnaissance pour notre patrie, qui l’accueille et lui permet de travailler son Don en toute liberté, me touche.

Et tu peux donc te gausser de ton frère qui s'entiche d'une Ignisienne de cinq ans son aînée, magicienne de surcroît. Nous en reparlerons à ma prochaine visite, lorsque nous opposerons l'épée et la houe dans notre habituel duel au bras de fer !

D'ici là, prends soin de ta terre et ta femme, frère aimé. Je t'embrasse
Le Diable Blanc

Hiver 752





Raghnär Kane
Arghän, mon cher frère,

Tu trouvera dans ce paquetage des petits chaussons de laine tricotés par Marja et quelques jouets dont nos jumeaux se lassent déjà. J'ai dû refréner l'enthousiasme de certains des nôtres qui voulaient t'envoyer les cadeaux traditionnels... Je doute que Samäa apprécie le ragoût que nous servons aux femmes en couches, malgré ses vertus cicatrisantes et coagulantes, ce n'est pas pour les palais délicats !

Comment te sens-tu ? Étais-tu aussi confus et pâle qu'à tes épousailles, lorsque ta fille à vu le jour ? Aah, mon frère, nous sommes encore jeunes c'est vrai, mais tu n'es pas sans savoir que le lien du Sang est sacré chez nous. Tout est arrivé bien vite, je le reconnais, la Nature ne choisis pas toujours les moments les plus propices pour faire germer la vie...Mais tu as fait ce qu'il fallait : devenir le père de cette enfant et l'époux de la femme qui l'a portée.  Malgré les différences qui nous opposent à ta femme, Marja et moi pensons que Samäa sera une bonne compagne. N'oublie pas que sa situation pourrait être dangereuse, si on en croit les mœurs d'Ignis... Par son union à toi, elle épouse le Sang Terran et c'est en notre patrie, et à tes côtés qu'elle sera le plus en sécurité.

Je sais que tu te fais du souci, que tu penses que père et militaire sont incompatibles, mais tu apprendra à construire et modeler ta vie autour de cette petite chose fragile. Et je sais, je lis dans ces lettres que tu m'envoie tout l'amour que tu as pour...Leyanna. C'est étrange de lire à nouveau le nom de notre mère, mais pour moi, cela marque ta foi en le renouveau, en l'avenir. Alors apprends à te faire confiance et crois en mon expérience, être père s’apprend, avec du temps et de l'amour.  Te souviens-tu de cet adage connu des nôtres qui dit : Les graines de l'espoir sont les plus fragiles, et si nous ne pouvons les préserver de la colère du Ciel, offrons leur au moins une terre fertile, un berceau de Foi ou elles pourront germer et percer. C'est ce que tu fera pour ta fille, le riche terreau de votre amour l'aidera à grandir.

Et pourtant, cher Diable, je sais ta crainte des nouveaux chemins qu'emprunte Terra. Les mentalités changent c'est vrai,tout comme la politique Terrane et cela se ressent aussi à l'échelle de « simple gens du pays » comme nous. Même les Enfants de Néotopia ne peuvent ignorer la nouvelle marche du Monde, ce siècle où les portes des Nations s'ouvrent, où les idées, les sciences, les croyances s'échangent plus que jamais...  Tu me connais et tu connais nos enseignements, cette foi en la bonté de l'Homme nous qui nous a guidé dès que nous fûmes en âge de comprendre...Après tout, cette époque ne serait-elle pas le prémisse d'une renaissance ? Un premier pas vers nos frères, vers la Paix ? Marcherons nous à nouveau sous la bannière de l’Équité et de la Justice comme au temps d'Ehol ? Et pourtant, je n'arrive pas à y croire...A chaque fois qu'un marchand Ignisien ouvre un nouvel étal, qu'un prédicateur Aquarien vient partager la parole de l’Église en place publique, qu'un savant Ventusien vient y vanter les mérite d'un remède contre une maladie infantile, les villes terranes postent de nouveaux Miliciens pour surveiller leurs activités. Les taxes pour entretenir nos légions et renforcer nos programmes militaires grimpent en flèche. J'entends le grondement d'une tempête à l'horizon et parfois, lorsque le crépuscule appelle à la fin de mes travaux au champ, un frisson glacé me parcoure ...et je me demande de quoi seront fait mes lendemains.

Entendrais-je un jour le lugubre cor des bataillons tonner aux portes du Rempart ? Verrais-je des colonnes de fumée trancher dans ce ciel si bleu qui couronne nos vallons ?... Regarde ta fille dans les yeux et dis moi, cher frère...dis moi que tu fera tout ton possible pour ne pas avoir un jour à l'abandonner pour le champ de bataille.

Tu as trouvé ta voie parmi les soldats de Terra et nous respectons ce choix.  Nous ne pourrons jamais t'ôter cela. Mais Marja et moi craignons ...que la hâte de ta Samäa à te voir monter en grade ne te pousse sur des chemins dangereux. Elle a certainement ses raisons, ne serait-ce que par sa culture Ignisienne où la Force et le Pouvoir sont les seuls vecteurs sociaux... Mais comme disait notre si tendre mère, il ne faut pas presser de mauvais vents la tempête toute proche. Si un jour tu trouves ta place parmi les Grands mon frère, œuvre toujours pour la paix de notre Terre et de nos familles. Fais le au nom de Leyanna.

Moi qui n'ai jamais eu que pour armes la faux et la houe... Ô Grand Ehol...Faites que nous n’ayons jamais à laisser nos femmes et nos enfants pour abreuver de sang nos sillons.

Mais me voilà transformé en oiseau de malheur ! Puisses-tu me pardonner cher frère, désormais père. Ces jours sont des jours de joie, chaque naissance nous apprends que la Vie n'est qu'éternel recommencement n'est-ce pas ? Il me tarde de faire connaissance avec ma nièce et de la présenter à ses cousins ! Viendrez-vous nous visiter bientôt ? La porte de notre foyer vous sera toujours ouverte.

Prends soin de toi et transmets ma bénédiction à ta famille , Arghän
Ton fidèle jumeau, le Cul-Terreux



_______________________




Le jeune officier brassait nerveusement des parchemins épars, passant en revue les provisions d'armes et de vivre de la Compagnie pour le prochain mois. Arghän l'observait, les doigts mollement appuyé sur sa joue , ombrée d'une barbe de trois jours.

- Ne...Ne pensez-vous pas qu'il faudrait revoir l'entretien des chevaux ?

La proposition était timide. Le lieutenant n'osa pas lever les yeux sur Arghän, n'offrant à la vue de son supérieur qu'un pli soucieux sur un front juvénile et une chevelure rangée, séparée par une raie impeccable.  L'homme tressaillit devant le silence de son Capitaine et étaya ses arguments :

- Monsieur...Les bêtes semblent nerveuses ces derniers temps, plusieurs de nos soldats se plaignent d'avoir vidé les étriers sur les derniers entraînements. Peut-être qu'un soigneur pourrait...

- Lieutenant, ce sont les hommes qu'il faut soigner, pas les chevaux. coupa Arghän en remplissant sa tasse d'un liquide sombre et fumant. Nos soldats sont troublés, comme les bêtes ils sentent l'orage dans l'air. Qui sont ceux qui n'avaient pas le cœur tranquille en montant en selle et se sont retrouvés cul par dessus-tête ? demanda-t-il en touillant distraitement le contenu de sa tasse.

- Heu... déconcerté d'être interrompu dans son examen de l'étrange boisson, le lieutenant replongea aussitôt dans ses parchemins. On recense le Second-Maître Goeffray d'Abisque, section des Lanciers, pourtant excellent cavalier, le Sous-Lieutenant Rylwan Aulnay, qui d'ailleurs s'est fracturé le coude, ainsi qu'un jeune garçon d’écurie.

Arghän s'interrompit dans la dégustation de son « caff'ey» , boisson amère ramenée d'Ignis et malheureusement un de ses seuls pêchés mignons. Le Lieutenant se raidit en remarquant le sourcil désapprobateur de son Capitaine se lever par dessus la tasse.

- L'enfant est-il gravement blessé ?

- Une petite commotion, il s'en remettra. assura l'officier avec un sourire nerveux. Nos étalons de force sont parfois des bêtes sanguines et encore sauvages, il du mal s'y pr...

La tasse se posa dans un bruit sec, constellant le bois de la table de gouttes sombres. Le Capitaine avait planté ses yeux d'obsidienne dans ceux de son officier, raidi à la frontière du garde-à-vous.

- Lieutenant Ferguson, comment se fait-il qu'un jeune garçon entamant à peine son service parmi nous s'est  retrouvé dans le box des étalons de force ? Les Cavaliers ne sont-ils pas sensés s'en occuper eux-mêmes ?

-Il est vrai qu'on leur enseigne à garder un lien privilégié avec leur montures mais... Une goutte de sueur perla sous la chevelure blonde de l'officier Ferguson. Ce soir là les hommes souhaitaient fêter leur succès à la Parade du Centenaire. Nous...ils sont allés passer la soirée à la Pinte Pleine.

Un rictus nerveux crispa la mâchoire volontaire du Capitaine et l'espace d'un instant, Corenn Ferguson se demanda s'il allait perdre un grade...Voire quelques dents.

Arghän Kane était connu comme le « Loup Blanc » à l'école d'Albio, ne serait-ce que par sa surprenante chevelure blanche, hérissée comme une crinière et grisonnant aux tempes. Nul n'ignorait ses faits d'armes, ses prises de position tranchées et surtout sa triste histoire familiale et son mariage malheureux avec une Ignisienne envoyée en espionnage par sa Nation. On le savait excellent meneur d'hommes et cela, le lieutenant ne pouvait que l'approuver. Sa carrure imposante, sa force tranquille et la cicatrice de guerre balafrant son bras intimidaient, mais le Capitaine Kane détestait jouer de cette autorité naturelle pour se faire respecter et connaissait personnellement chaque homme de sa Compagnie.  Cependant, il ne tranchait pas avec la discipline. Ses punitions avait réputation d'être aussi intransigeantes qu'originales, comme en témoignait la récente remontrance du Sergent Berthold Knerr qui avait abusé du prestige de son grade pour obtenir le double de ration. Arghän Kane avait consigné l'officier aux cuisines pendant deux mois, lui laissant la charge titanesque de nourrir le bataillon entier et ne lui laissant que des fonds de casseroles comme pitance journalière.

Kane était militaire d'expérience, il avait pensé l'armement , les déplacements et l'entretien de sa Compagnie Première Vague avec brio et aujourd'hui, plus d'une centaine d'hommes étaient sous ses ordres, entraînés, compétents... et dangereusement impatients d'en découdre avec « l'ennemi ».

- Capitaine... Les troupes sont sur-motivées et c'est un excellent atout pour la Compagnie! contenant son appréhension devant la colère froide d'Arghän, Ferguson se décida à jouer carte sur table. Depuis sa création, vos troupes ont rarement été exposées à des situations de combat offensifs. Même si chacune de nos interventions fut couronnée de succès , nous n'avons été mobilisés que sur des opérations de défenses des frontières et contenu quelques attaques mineures...

- Continuez. dit simplement Kane, un léger sourire narquois estompant ses traits de contrariété.

-Vous étiez présent comme moi à cette parade pour le Centennaire de la Chute d'Eholis, vous l'avez-vu … poursuivit l'officier, laissant transparaître le contentement dans sa voix. Le peuple nous acclamait, ils ont salué nos démonstrations, les enfants émerveillés venaient toucher nos boucliers , les jeunes filles attachaient des bouquets de fleurs colorées à nos lances... Le peuple croit en nous, Capitaine, les Terrans savent que nous serons la pour les protéger quand...si...

- Si le Traité de Paix est brisé ?

La voix d'Arghän, grave et sombre, était tombée comme un couperet et pourtant ce sourire vif  ne quittait pas son visage, aiguisé comme son regard. Ferguson avala péniblement sa salive.

- Nous...nous avons simplement envie de faire nos preuves Monsieur. Vos enseignements ne doivent pas rester vains , le champ de bataille doit connaître le nom de Première Vague, hurlé de la voix de cents hommes sous nos claquantes bannières !

Le Capitaine poussa un long soupir et ferma les yeux, comme pour chasser une vision douloureuse.

- Pendant que ces jeunes fous  se gonflent d’orgueil dans leurs armures de parade, fêtant la fin des tyrans...on laisse les enfants se faire piétiner par nos engins de guerre. Le ton était amer. Arghän ouvrit les paupières sur un regard délavé par la lassitude. Et quand vous y serez enfin, sur ce champ de bataille, à verser le sang de nos voisins grâce à ma science, quand le Traité tombera et que les Nations se déchireront , combien de jeunes filles aux fleurs, combien d'enfants émerveillés faudra-t-il tuer pour la gloire de Terra ? Les traits tirés d'une colère sourde, il se pencha par dessus la table et fit face à son officier. Combien pour la Gloire de la Compagnie ?

-Pardonnez mon offense Capitaine, je... Ferguson cligna fébrilement des paupières, son rêve de gloire chevaleresque et de cri de guerre s'effaçant au profit de visions sanglantes. Je pensais simplement...

-Lieutenant... Les soldats de la Compagnie tous de bonnes unités et je suis fier de mes hommes, vous compris. N'en doutez jamais. Les traits du Capitaine se relâchèrent alors qu'il regagnait son siège. J'ai été soldat avant vous et je sais la frustration de ne pouvoir gagner le champ de bataille, mais en aucun cas nous ne devons stimuler l'appétit de nos hommes pour la Guerre et le Sang. Cette volonté de protéger chacun de nos citoyens doit être la seul nourriture du soldat, et non pas ces guerres intestines et ces politiques malsaines qui gravitent autour du Traité branlant.

Arghän servit une tasse de caff'ey à son officier , à laquelle il ajouta un sucre, et lui intima de goûter d'un geste de la tête. Puisqu'il s'agissait d'un ordre direct, Corenn s’exécuta malgré son appréhension et déglutit bruyamment en avalant la boisson brûlante avec trop de hâte.

-Ahaha, vous avez tort de vous précipiter Ferguson ! s'esclaffa-t-il alors que le jeune militaire s'étouffait dans une quinte de toux. Cette petite liqueur amère, c'est la seule réussite des Ignisiens . Il regarda pensivement la boisson sombre s'agiter dans la cruche de verre. Elle vient d'une étrange graine qu'on passe par le feu avant de la broyer... elle porte le goût et l'aspect du ce pays...

Un visage se dessina dans les reflets du liquide noir, un faciès d'une beauté féline couronné d'une chevelure de cuivre. Une jeune femme aux traits fins et aiguisés dont le regard d'émeraude vous sonde sans détour.  Arghän maugréa en son fort intérieur, ce n'était pas le moment de se laisser aller  à la nostalgie.... Il allait abandonner sa Compagnie pendant presque un mois et la laisser sous la tutelle de ce Corenn Ferguson, le preux chevalier aux bannières claquantes. C'était un bon officier, méticuleux, organisé, reconnu pour son agilité à la lance et son excellent sens de la hiérarchie... Mais il était hors de question que son nouveau grade l'encourage à exciter la meute de ses discours chevaleresques.

- Ferguson, entendons-nous bien. J'ai placé toute ma confiance en vous pour me remplacer à la tête de la Compagnie, vous le savez. Arghän dut contenir un rire à grand peine  lorsque le jeune lieutenant se redressa, les yeux encore larmoyants , lâchant un « Oui Monsieur ! Merci Monsieur ! » d'une voix éraillée par le liquide brûlant. En mon absence j'ai besoin d'un lieutenant responsable qui tempère les troupes, qui fait comprendre aux hommes que servir sa Nation ne passe pas toujours par des faits de Guerre. Jeanne de Villiers sera votre tutrice au QG et elle a d'ores et déjà moult missions « mineures», comme vous les appelez, à confier à nos troupes. Je veux qu'elles soient exécutées dans la discipline et l'excellence qu'on nous connaît. Sachez que la Seconde est déjà très affairée et n'appréciera guère de pallier à une ingérence de votre part.

-En effet, si la De Villiers me tombe dessus je vais le sentir passer... marmonna l'homme entre ses dents, rassemblant ses papiers pour se donner contenance.

-Et ce sera doux face à ce qui vous attendra à mon retour. Faites honneur à la Compagnie , Ferguson ! Il n'y a pas que les parades et les combats qui prouvent la valeur des hommes!

Sur ces mots il se leva, signifiant la fin de l'entretien. Le lieutenant tenta de rassembler des liasses de parchemins noircis de données et il gagnait la porte en chancelant lorsqu'Arghän ajouta :

-Ah et inutile de vous embarrasser avec les comptes et toute cette paperasse, j'ai vérifié tout cela la semaine dernière déjà. Ca m'était sorti de l'esprit... Rompez !

La porte claqua devant Ferguson,  l'ensevelissant à moitié sous les feuilles volantes.


Janvier 762




Leyanna Kane

"Ma chère fille, tendre Leyanna

Je serais bientôt à tes côtés, de retour sur nos terres, pour fêter ton dixième printemps. J’espère que tes cousins ne te font pas tourner chèvre… A ma dernière visite, les jumeaux étaient devenus un couple de trublions intenables, mais tu sembles avoir un effet apaisant sur eux.  Continue à veiller sur eux et traite toujours ta tante et ton oncle avec respect et amour, car ils ont toujours été là pour toi, plus que je ne l’ai jamais été.

Leyanna, tu grandis vite, trop vite. Je repense à tes grands yeux verts toujours emplis de lumière et de questions. Lorsque tu me regarde ainsi, je ne suis plus qu’un homme engoncé dans une armure trop lourde pour lui.  Je sais que tu m’en veux, pour ce qui est arrivé à ta mère, pour t’avoir abandonnée si longtemps après ce drame…Mais saches aussi que les adultes ont leur faiblesses, leurs défauts, qu’ils n’agissent pas toujours par et pour le Bien. Sache aussi que leurs enfants peuvent leur enseigner les plus belles leçons de Vie. J’ai longtemps été éloigné de toi, j’avais peur d’affronter le reproche dans ton regard, j’avais peur de ne pas pouvoir supporter tes larmes… J’ai espacé mes visites. Et pourtant, chacune de tes lettres, de tes petits cadeaux envoyés à l’Ecole ont empli mon cœur de joie et de reconnaissance. J’ai compris que cette peur était vaine, stupide et surtout égoïste. Et dès demain, ma douce Leyanna , je reviens vers toi, te serrer dans mes bras. Il y a bien trop longtemps que je n’ai pas entendu ton rire, ta petite voix chantante.

Dix printemps. Voilà que je me fais vieux, tout d’un coup. Tu es une enfant intelligente. Ton oncle Ragnhär m’a dit que tu faisais le bonheur du vieux Tarek à l’école du village, et que tu te passionnes pour l’Histoire. Sais-tu qu’il y a une éternité de cela, j’étais assis sur ces même vieux bancs en bois patiné, entre ces quatre murs de chaux fissurés, et que ce vieux chafouin (enfin, il était un peu moins âgé à l’époque)  s’arrachait les cheveux, désespérant de faire de moi un être civilisé et cultivé. Peut être suis-je à l’origine de sa calvitie, qui sait ? C'est un brave homme, notre égal. Il m'a aidé à ouvrir les yeux, traite le toujours avec respect... Bref, outre cette savoureuse anecdote qui te permettra de tourner ton vieux père en dérision, je tiens à dire…que je suis fier de toi. Nous avons vécu des choses difficiles, mais tu es restée forte, souriante malgré toutes ses épreuves. Il est temps que je me montre à ta hauteur.

J’ai formé un jeune officier pour me remplacer à la tête de la Compagnie pour quelques temps. Pour tes dix ans, je veux être un père présent. L’Ecole d’Albio attendra bien mon retour quelques semaines  Oh…Et Fenn m’accompagnera pour ce voyage. Même si cela ne me ravit guère, je sais combien tu aimes les tours de passe-passe de ce vieux sacripant. Il en a préparé un spécialement pour ton anniversaire ! Pour ma part j’ai prévu un cadeau plus…conventionnel, mais qui te plaira tout autant je pense.

J’ai hâte.
A très bientôt

Arghän "


Le Capitaine posa sa plume  et s’étira, faisant craquer les os de son dos musculeux. Ses yeux sombres parcoururent l’humble chambre qui lui servait de logis depuis quelques années. L’endroit était sobre, un mobilier de bois spartiate, des commodités derrière un paravent de vieille soie jaunie, un vieux lit au sommier effondré… On lui avait proposé moult fois d’intégrer des appartements plus luxueux, plus proches de son rang mais Arghän ne voulait pas perdre de vue ses premières années à l’Ecole d’Albio, les matelas durs des dortoirs, leur confort spartiate et le coffre cabossé contenant ses maigres effets, qu’il gardait encore aujourd’hui  au pied de son lit, par habitude.

Un soupir franchit ses lèvres émaciées auréolées d’une légère barbe drue, qu’il gratta nonchalamment en laissant défiler ses pensées.

- Il faudra que je rase tout cela. Décidemment, je quitte l’uniforme trois jours et je me néglige ! Il roula le parchemin et le scella soigneusement d’un cachet de cire aux emblèmes d’Albio.  Cela fait des lustres que je ne me suis pas absenté si longtemps… J’espère que ce jeune coq  de Ferguson se montrera à la hauteur de la Compagnie, sinon je le condamne aux corvées de latrines jusqu’à la fin de sa formation !

Quelqu’un toqua doucement à la porte.

- Entre donc Fenn ! lança Arghän, tout en s’attelant aux ultimes préparatifs du long voyage qui les attendait. C’ est ouv…

Il sursauta. Le Mage se tenait déjà devant lui, fidèle à lui-même dans sa longue tunique écrue, un sourire paisible étirant son faciès de sexagénaire. Le Capitaine laissa échapper un grognement avant de se remettre à la tâche.

-  A quoi bon frapper si c’est pour te faufiler par les courants d’air, bougre de Ventusien !

Comme toute réponse, le Mage eût un rire semblable au sifflement d’une brise dans les combles et croisa ses mains tavelées sur son giron.

- Es-tu prêt l’ami ? Ses yeux d’un bleu délavés, contrastant étrangement avec sa peau brune, parcoururent le paquetage qu’Arghän achevait de boucler. Les oiseaux m’ont averti qu’un front orageux important arrive par la Concitatia. Il devrait être sur Huskar avant la nuit.

L’homme manifesta sa contrariété par un grognement sourd.

- Si nous faisons une étape dès aujourd’hui, je ne verrais pas ma fille avant la prochaine lune.

-  Ce ne sont pas les étapes, mais ton entêtement qui ralentira notre voyage, Arghän. avança le Mage, sans se départir de son calme. Si nous faisons étapes à Huskar, nous pourrons être aux portes de Dyved dans les deux jours. Je peux utiliser un sort pour nous protéger des intempéries mais je ne peux en rien empêcher l’épuisement des montures. Devant le silence obstiné du Capitaine, le Mage posa une main compatissante sur son épaule. Je sais que tu as hâte de rattraper le temps perdu avec Leyanna, mais tu sais comme moi que sitôt arrivés au pied du Rempart, les chevaux ne supporteront l’ascension s’ils ne sont pas reposés.

- Très bien , très bien… concéda Arghän dans un soupir. Et puis je ne voudrais pas que tu épuises  ton mana, ma fille à hâte de te voir jouer les prestidigitateurs.

- Toujours aussi sceptique a propos de la Magie , mh ? Une bourrasque se faufila dans la pièce, ébouriffant la chevelure folle du Capitaine qui jeta un regard torve à son ami. Tu vois, si tu t’informais un minimum, tu saurais que cette brise n’est pas de mon fait. M’as-tu entendu prononcer une quelconque formule ?

- Non, mais c’est bien ainsi. Tu parles déjà trop !

- Quand vas-tu admettre que tu possède toi aussi un potentiel ? demanda le sexagenaire, de but en blanc.

-  Pitié, pas ces sornettes encore ! gémit l’humain, les yeux au ciel. Tu ne laisse donc jamais tomber ?

- Pas lorsque c’est l’évidence même ! persista Fenn en glissant un regard sur l’épée à deux mains dans son râtelier. Depuis que tu enseignes à Albio, j’ai vu passer nombre de tes élèves dans mes cours et tous me racontent la même chose. Il se passe quelque chose quand tu manie Fatum.

- Oui, je leur coupe la chique parce que je suis bon dans ce que je fais ! répliqua le Capitaine avec un sourire goguenard, jetant son barda sur ses épaules.

- Je ne sais pas encore si Fatum sert de vecteur à ta puissance, où si le Don est inné. Tu ne te laisserais pas examiner de toute façon. marmonna Fenn dans sa barbe, l’air songeur, comme s’il était seul dans ses réflexions. Pas de trace de runes sur la lame…Mmh…Peut être que la technomagie révélerait ton …

-La Technoquoi ? Un sourcil levé, Arghän dévisageait le vieil homme comme s’il l’eût crut sénile. C’est encore une de tes inventions ?

Fenn se mordit la lèvre, visiblement embarrassé. Il savait qu’Arghän était un ami de confiance mais il en avait déjà trop dit.

- Une… science émergente dont j’ai eu « vent » par un ami de l’Académie Mikhailov. Les recherches sont censées êtres tenues au secret alors garde toi d’en parler, je te prie.

- Vos petites cachoteries de magots ne m’intéressent guère Fenn, tu devrais le savoir. répondit l’homme en soulignant son indifférence d’un haussement d’épaule. Je te demande juste d’arrêter de voir ce fameux Don en moi. Quand bien même il existerait, je n’en voudrais pas. La Magie m’a fait bien trop de mal…

Un silence pesant s’égrena en longues secondes, puis Fenn Glynn demanda du bout des lèvres.

- Tu comptes aller la voir avant le départ ?

Une ombre mêlant colère et tristesse voila le regard d’Arghän.

- Pourquoi faire ? Je n’ai rien à lui dire…


- Peut être…qu’elle souhaite elle aussi donner un cadeau à sa fille ?

- Si elle souhaitait être une vraie mère pour Leyenna, elle ne se serait pas enfuie en la laissant derrière elle ! Elle n’aurait pas ruiné ce que nous avions construit ensemble, durant toutes ces années !!  Qui sait…Arghän prit une vive inspiration par le nez, tentant de maîtriser le tremblement de sa voix. Qui sait si me donner un enfant ne faisait pas partie de ses plans pour amenuiser ma vigilance ? Je… Elle ne …

Incapable de trouver les mots, le militaire abattit un poing rageur sur la petite table de bois qui sursauta, faisant choir au sol la missive destinée à l’enfant.  Fenn répondit à cet accès de rage par un hochement de tête silencieux, le regard rivé au sol. Il connaissait le Capitaine depuis des années, son flegme, sa force de caractère… Et il savait que rien ne le blessait autant qu’évoquer la trahison de son ex-femme. D’abord méfiant et hautain à son égard, comme avec tous les Magiciens et Pactisans, Arghän avait appris à le connaître grâce à leur travail commun sur la formation des jeunes pupilles d’Albio. Son aversion pour la Magie était déjà présente, peut être moins vive à l’époque…mais Fenn avait écarté le sujet de leurs conversations sans hésiter.

- Je suis homme avant d’être Mage, Terran…et ex-Ventusien. lui avait-il dit alors, revêtant sa sempiternelle expression mutine.  

Ils avaient appris à parler de tout : savoirs, politique, tactique de guerre, pédagogie d’enseignement. Ils avaient échangé sur leurs patries natales, leurs inquiétudes mutuelles sur l’avènement d’une guerre prochaine. Puis ils étaient devenus amis, confidents. Taisant ses opinions personnelles pour le bien des élèves, le Terran avait soutenu Fenn de nombreuses fois lorsqu’il avait du prouver sa bonne foi devant le Concilium Bellicum, réticent à débloquer de nouveaux fonds pour améliorer ses cours. Puis la magicienne et épouse d’Arghän s’était enfuie du domicile conjugal avec des documents confidentiels sur la Compagnie Première Vague, le travail d’une vie. Fenn avait participé à la battue pour la retrouver puis avait scellé la prison dans laquelle elle allait passer le reste de sa vie.  Autant dire qu’il n’était pas sans savoir la détresse habitant son ami face à une situation pareille… Il fallait néanmoins que le Terran reprenne pied et assume ses responsabilités de père divorcé.

- Quoi que tu en dises, Arghän, Samäa reste sa mère. Pense à ta fille, collègue… Elle ne l’a pas vue depuis ce funeste jour ! Tu imagines ce qu’elle doit vivre au quotidien, entre un père souvent absent et une mère incarcérée ?

- Baste ! Tu as gagné maudit vieillard ! Je déclare forfait ! Arghän ramassa rageusement la missive et la plaqua contre la poitrine du Mage. Mais nous serons deux à perdre notre temps. Apporte donc cette lettre au coursier de l’Ecole !

Comme toute réponse, Fenn  marmonna une formule puis siffla un trille mélodieux. Bientôt, un sublime Harfang se posa sur la margelle de la fenêtre, claquant du bec.

-  Mon ami ici présent est bien moins fainéant. dit-il, laconique, alors que l’oiseau prenait son envol, le parchemin dans ses serres.

- Maudits Mages…Vous avez vraiment réponse à tout ! maugréa Arghän en réprimant un sourire à grand peine.

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Mer 29 Mai - 12:43
[ Dans le souci de ne pas allonger cette Histoire déjà conséquente pour une Fiche de présentation, la visite à la Prison du QG et les aléas du voyage vers le Rempart du Septentrion seront contés en partie Récits ]




Après quatre long jours à suivre les flots scintillants de la rivière Vif-Argent à travers les collines rondes et moussues, les forêts aux feuillus encore nus, frémissant sous la lente respiration des montagnes, les interminables plaines où paissent les troupeaux qui nourrissent Terra... Arghän sût et sentit, dès son premier pas sur l'herbe naissante, qu'il était arrivé chez lui :








Le Lac où se jetait la Vif-Argent – appelé Flots-Miroir par les siens, il ne lui connaissait guère d'autre nom – s'ouvrait devant eux, s'étendant à leur pieds comme une nappe d'étain couronnée de haut roseaux dont la tête ronde et dorée n'avait pas encore éclos.  A la droite des rives, on pouvait apercevoir au loin les premières pointes du Rempart, dont la lumière rasante de fin d'après-midi soulignait les replats et les tranchantes falaises à pic, refuges des rapaces. Un fin dais de nature, hérissé de fougueux pins et épicéas grimpait son flanc jusqu'à trois mille pieds, tentait de gagner quelques mètres encore, jetant aux pieds de ses escarpements des touffes d'herbe fleurie, des buissons épars, secs et piquants - dont les baies d'un violet sombre régalaient les bouquetins - puis le minéral finissait par l'emporter sur le végétal. A cette altitude, le Rempart n'était plus que blocs de granit erratiques, pierriers et falaises escarpées, dont les sommets se perdaient hors du regard. Le terrain de jeu favori des jumeaux Kane.

- Quelle paire de jeunes fous nous étions alors...songea Arghän, en parcourant du regard la face Est du Rempart, dont il connaissait chaque pierre. Nous aurions pu nous rompre le cou tant de fois !

Un rire silencieux secoua ses larges épaules alors qu'il voyait encore les deux minuscules silhouettes dévaler les pentes et les pierriers en direction du village, après un déjeuner et une sieste sur l'adret baigné du soleil à son zénith. Arghän remportait toutes les courses à la descente mais son frère, moins lourd, d'une musculature plus effilée, était un excellent grimpeur et le pulvérisait dans leurs périlleuses ascensions.
Les derniers frimas de l'hiver charriaient encore quelques poussières de givre, qui parfois se déposaient sur l'onde argentée de Flots-Miroir , y fondant sans sembler en troubler la surface. Laissant sa monture se repaître dans les généreux alpages qui s'étendaient à perte de vue, le Capitaine Kane s'approcha des rives d'un pas vif et s'y agenouilla, puis baigna ses mains jusqu'aux avants bras dans l'eau cristalline, frissonnant de plaisir au contact des flots glacés venus des lointaines montagnes, à l'odeur verte et minérale des rives où les épais murs de roseaux ondoyaient sous la brise, balançant leur grosse tête dans une danse placide. Une truite saumonée vint frôler son poignet d'une nageoire délicate, sa robe irisée piquetée de points noirs rutila dans les flots sombres. Soudain habité d'une excitation familière, Arghän approcha, avec une infinie précaution et une lenteur calculée, ses doigts de la nageoire caudale.

Pendant ce temps, Fenn resté en retrait observait avec un sourire son collègue retomber en enfance. Le paysage était somptueux, il est vrai. Une beauté différente des côtes de la Mer d'Azul où le Mage Ventusien de naissance avait grandi, de ses flots écumeux vert-de-gris léchant la pierre des falaises, blanche comme l'os. Il avait appris à aimer ces vertes plaines, ces forêts , ces montagnes Terrannes et à chacun de leur voyage, Arghän, fils du pays, lui faisait découvrir un nouveau sentier, une nouvelle source éloignée du passage des voyageurs, une nouvelle clairière cachée au cœur des bois. Oui, à chaque voyage, le Capitaine quittait son uniforme et sa rigueur militaire pour redevenir un enfant de la Terre, de ceux qui s'exaltent d'un simple paysage ou de la pêche d'une truite.

Alors qu'il partageait les vivats d'Arghän, qui tenait le poisson frétillant à bout de bras l'air triomphant, Fenn Glynn fut distrait par un piaulement aigu. Au dessus de sa tête, le Harfang messager dessinait des cercles lents. Le Mage des Vents tendit le bras et la bête vint s'y poser, ébouriffant ses plumes d'un air mécontent.

- Ce pauvre volatile doit en avoir marre de jouer les messagers songea-t-il en lisant la brève missive attachée à sa patte. Puis, donnant un bout de viande séchée à l'animal : Tu as bien rempli ta mission, je te libère. Va !

Ayant relâché sa proie dans le lac, Arghän le rejoignait en s'essuyant les paumes sur ses pantes. Il posa un regard dubitatif sur l'oiseau qui s'éloignait à tire d'aile.

-Ce bestiau nous as suivi tout le long du voyage, se tenant à bonne distance. Bref coup d'oeil sur le petit message que Fenn s'empressait de fourrer dans sa besace. Tu t'en es servi pour communiquer dans mon dos, on dirait... Serais-tu donc tombé pour le charme rustique des filles de nos campagnes ? s'esclaffa-t-il, les bras croisés sur son large torse. Doit-on s'attendre à fêter un mariage sous peu ?

- Je ne crois pas. répondit Fenn, un sourire mystérieux aux lèvres, son regard glissant sur le fond de la vallée. Mais de touchantes retrouvailles, oui.

Arghän n'eût guère le temps d'en demander plus, le Rempart renvoyait les échos tintinnabulants d'un troupeau d'ovins, arrivant derrière son dos. Les cris des bergers, perçant à travers cloches, bêlements et aboiement des chiens, lui serrèrent le cœur d'une joie débordante. Il connaissait ces voix et fit volte-face, les traits étirés de ravissement.

Le troupeau arrivait par un bief au Nord et s'éclatait maintenant en petits groupes cotonneux dans la plaine, les chiens passant de l'un a l'autre dans une inlassable course, la langue pendante. Il n'y avait pas beaucoup de bêtes, mais leur propriétaire avait les cheveux aussi blancs que leur laine. Juché sur un percheron d'un noir zain, il leva un bras à la musculature sèche , à la peau durcie par le soleil, et l'agita en grands signes enthousiastes. La tête d'une femme blonde jaillit derrière son dos et elle se joignit bientôt à lui. Mais le bonheur d'Arghän fut à son comble lorsque trois sauvageons juchés sur des Mérens presque trop grands pour eux galopèrent dans sa direction, une jeune fille à la longue chevelure ivoirine en tête de course.

Leyanna s'arrêta à une toise de son père et sauta au bas de la selle avec une agilité surprenante, puis sans autre forme de cérémonie, courut se jeter dans les bras du Capitaine, partagée entre le rire et les larmes.

- Ma fille, ma toute petite fille... murmurait-il, le visage enfoui dans sa chevelure de neige, en la berçant tendrement.

Elle avait pourtant bien grandi. Arghän la tint à bout de bras pour l'observer : le teint joliment coloré et la peau ombrée par la vie au grand air , des bras et des mollets galbés par l'équitation et le travail au champ, un visage dont la rondeur encore enfantine ne voilait en rien  un regard vif comme l'eau verte des sources, des lèvres vermeil s'ouvrant sur un sourire perlé...et même une petite poitrine naissante, encore discrète sous les habits de campagne. Une bouffée de fierté gonfla la poitrine du Capitaine, sa fille était plus belle chaque jour, elle serait bientôt une jeune femme...Et Dieux qu'elle ressemblait à sa mère...

- As-tu fait bon voyage Papa ? La voix chantante de Leyanna coupa court à sa nostalgie, alors qu'elle déposait deux bises sonnantes sur ses joues barbues. Nous ne vous attendions pas avant la nuit tombée mais Fenn nous as envoyé un sublime oiseau pour nous tenir au courant de l'avancée de votre périple. Leyanna désigna le troupeau derrière elle.. Nous avons décidé de vous rejoindre ici, à l'occasion d'une transhumance. Elle trépigna de joie. Nous avons amené de quoi manger au bord du lac, tous ensemble !

Arghän glissa un regard ému et reconnaissant à son ami Mage. Le vieux briscard commençait à le connaître et il savait que les dernières heures du voyage était toujours un supplice pour le Capitaine, qui s'impatientait et se languissait de retrouver les siens.

Les cousins de Leyanna, jusqu'à présent restés en retrait, descendirent à leur tour de leurs montures.  Roenn et Nero approchaient la douzaine et leurs silhouettes prenaient déjà les formes des jeunes hommes. Leurs yeux d'un bleu azuréen, hérités de leur mère, jurait avec leur teint bruni et leurs crinières désordonnées, d'un blanc aveuglant comme la neige au soleil. Bien qu'ils soient nés jumeaux, Roenn avait pris le menton rond et le nez retroussé de sa mère. L'habitude toute paysanne de coincer des brindilles entre ses dents, afin de les mâchonner pour passer le temps, lui avait valu un bel écart entre ses deux incisives du devant. Chaque fois qu'il riait, son père lui bourrait les côtes du coude en se gaussant « Arrête, on va entendre siffler le vent entre tes dents ! » . Mais Roenn, d'une nature flegmatique et assurée, se contentait d'y coincer une autre brindille avec un sourire nonchalant.

Nero lui, tenait tout de son père. Les pommettes hautes et marquées, la mâchoire large, les oreilles légèrement décollées... Son regard dont le bleu tirait parfois sur un gris d'orage en mer pouvaient lui donner l'air tourmenté ou coléreux, mais ses yeux s'illuminaient d'une lumière chaleureuse en présence de famille ou d'amis. L'âge avançant, Raghnär et Arghän lui trouvaient une ressemblance frappante avec Belenos Kane, son grand père. Il avait d'ailleurs le même caractère . Un peu bourru mais noble de cœur, toujours soucieux du bien des siens, quitte à le protéger de ses petits poings.

Bombant le torse, les jumeaux saluèrent leur oncle par un garde-à-vous solennel qui le fit éclater de rire.

- Ne vous avisez pas de devenir sérieux et aigris avant l'âge vous deux ! s'écria-t-il, coupant cour à leur cérémonie en leur coinçant la tête sous ses bras épais. Et je ne veux pas voir un seul de vous dans les rangs de l'Armée, je ne saurais que faire de tels trublions !

Il ébouriffa leur chevelure qui n'en avait pas besoin alors que les deux frères, riant aux éclats, le renversaient dans l'herbe. Contournant précautionneusement la mêlée, à laquelle Leyanna s'était jointe en poussant de haut-cris, Ragnhär et Marja vinrent saluer le Mage.

- Qu'il a l'air heureux de revenir ! souffla Marja, une petite femme aux rondeurs délicieuses dont la superbe chevelure dorée était retenue par un énorme chignon, lui donnant des airs de souris. Cela fait si longtemps...

- Bien trop longtemps. ajouta Fenn avec un sourire en demie-teinte. Il n'était plus lui-même ces dernières années...

- On oublie jamais la terre qui nous voie naître. Raghnär regardait son jumeau avec une vive émotion, un sourire tremblant accroché aux lèvres. Mais je dois m'assurer d'une chose avant de le laisser passer nos frontières. Mettant ses mains en porte voix, il héla d'une belle voix grave : Oh ! Diable Blanc ! Que les flammes de l'Enfer me piquent et me croquent si tu ne réponds !


Les enfants s'écartèrent aussitôt d'Arghän, reconnaissant le rituel qui marquait chaque retrouvailles entre les deux frères. Se redressant, la lippe animée de malice, une main sur le cœur, le Capitaine entonna la ritournelle que tous les Enfants de Néotopia connaissaient, autrefois portée par les échos du Rempart lorsque les jumeaux Kane se cherchaient sur ses vastes flancs :

- Oh ! Cul-Terreux ! Que la bouche de la Montagne m'avale et me crache si tu ne me réponds !

Il y eut un silence où les deux hommes se dévisagèrent. Puis ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre, se souhaitant la bienvenue à grands renforts de claques dans le dos, de solides étreintes et de rires.


On déjeuna sur les rives, près du troupeau, au creux d'une tâche de soleil dont la pâle lueur dorée, encore fragile après l'hiver, dégageait pourtant une chaleur bienfaitrice. Le repas était généreux en produits simples - légumes bouillis issus des terres des Kane, fromage de brebi, pain noir et même une outre de lait au miel encore chaud - dont la saveur ravissait lespapilles de Fenn et Arghän, habitués à la nourriture insipide de la cantine de l'Ecole d'Albio. On trinqua -avec les enfants qui, ayant lourdement insisté, finirent par obtenir un petit fond de vin dans leur gobelets – à la famille réunie, à cette magnifique journée de printemps et aux dix ans de Leyanna, qui rougit de plaisir.  Le Mage des Vents fit ensuite la démonstration de ses « talents », pour la plus grande joie de la fillette qui battait des mains en observant les courants d'air rassembler flocons et feuilles brunies pour former des personnages cristallins, des créatures fantastiques qui s'animaient sous les doigts de Fenn.

A la fin de son petit tour, Roenn et Nero se mirent en tête de ne plus lâcher le Mage d'une semelle. L'un voulant apprendre la Magie pour impressionner les filles, l'autre souhaitant dresser un Harfang pour la chasse au petit gibier. Si le Capitaine ne voyait pas d'inconvénients à ce que sa fille s'esbaudisse devant quelques feuilles en lévitation, l'avidité des jumeaux l'inquiéta. La Magie était telle : une forme de pouvoir, de puissance qui une fois travaillée et disciplinée pouvait supplanter des corps armés entiers... Les garçons n'étaient encore que des adolescents, mais il pria en silence pour qu'ils ne se laissent pas piéger, comme leur propre Nation, par une insatiable faim de pouvoir.
- Allons, les garçons ! Laissez donc ce pauvre Fenn se reposer ! tempéra Marja, dont le Capitaine bénit l'intervention. N'iriez-vous pas nous pêcher quelques truites au petit torrent de la vif-Argent pour ce soir ? Il me reste quelques grosses pommes de terre et un peu de beurre salé.
L'eau est encore froide, elles ne doivent pas être bien vives.

La gourmandise l'emporta finalement sur la curiosité et les deux jumeaux sautèrent en selle. Lorsque Roenn demanda si sa cousine, qui n'avait pas son pareil pour piéger les poissons, souhaitait les rejoindre, elle glissa un étrange regard sur son père et lança :

- Je vous rejoindrai plus tard, commencez à construire le bassin !

Les jumeaux hochèrent la tête d'un même mouvement et disparurent dans les sous-bois où la rivière s'engouffraient en serpentant. Un étrange dialogue silencieux passa par le regard, entre Marja, Ragnhär et Leyanna, puis le jumeau du Capitaine hocha la tête avec un sourire en guise d'assentiment. Alors la fillette se leva et prit son père par la main.

- Viens. Allons nous promener !




Chevelure de Neige
(Thème de Leyanna)

Perplexe , Arghän se laissait guider par sa fille à travers les champs de hautes herbes. Leyanna chantonnait distraitement, s'amusait d'entendre crisser ses pas sur les plaques de neige survivantes, se penchait de temps à autres pour cueillir les dernières perce-neige. Ils prirent finalement place sur un rocher plat, sur les rives de Flots-Miroir, derrière un épais mur de roseaux. Leyanna ôta ses bottes de cuir bouilli et fit battre ses orteils dans l'eau fraîche, un petit gloussement lui échappant au contact du froid. Néanmoins, son teint rougissant et son regard obstinément baissé intriguèrent Arghän.

- Eh bien ma douce ? finit par demander le Terran, posant une large main qui se voulait rassurante sur la frêle épaule. Voulais-tu me dire quelque chose ? N'aies pas peur de te confier...Je sais que cela fait fort longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés ainsi, tout les deux...Mais tu peux parler sans crainte, je t'écoute.

La fillette hésita encore quelques instants, rythmant le silence des clapotis de ses pieds dans l'eau. Elle n'avait pas toujours été une enfant timide et réservée. Chaque jour, Arghän bénissait son frère pour lui avoir transmis les valeurs de leurs terres, de leur communauté en son absence. Malgré son apparente fragilité, Leyanna était comme tous les enfants du Rempart : des gamins solides, intrépides, dont les petits pieds endurcis par la marche ne craignent pas les eaux glacées des torrents et rivières en montagne. Mais en sa présence, elle semblait toujours plus introvertie, moins assurée... L'emprisonnement de sa mère et la distance de son père ces dernières années avaient amenuisé son énergie, sa joie de vivre, comme si elle craignait de trop en faire, comme si elle s'en sentait fautive.  Saisi par cette triste évidence, Arghän soupira et défit ses hautes bottes de militaire.

- Tu ne vois pas d'inconvénients à ce que mes grosses pattes d'ours accompagnement tes petits pieds de princesse ? demanda-t-il alors qu'il les plongeait dans l'eau jusqu'à mi-mollets, éclaboussant Leyanna qui pouffa en se protégeant le visage. Aaaah ! Cela fait un bien fou ! Je mijotais dans mon propre jus depuis des jours...

Passant un bras tendre autour du cou délicat de sa fille, il laissa faire le temps, attendant qu'elle se décide à parler en battant des pieds dans l'eau, le regard perdu dans la contemplation de ce paysage renaissant doucement sous les premières éclaircies.

- Papa ...Avons-nous du Sang Royal ?

La question, jaillissant soudain de nulle part, déconcerta le Capitaine. Il appesantit sur sa fille un regard songeur, qu'elle feignit de ne pas remarquer, affairée à masser ses pieds engourdis.

- Du Sang Royal ? Voilà qui est original !

Le teint de la fillette grimpa d'un ton dans les carmins et elle s'apprêtait à se murer à nouveau dans le silence lorsque son père se rattrapa de justesse.

- Continue Leyanna, cela m'intrigue et m'intéresse. Qu'est-ce qui t'as guidé sur cette piste ?

Le visage de la fillette s'éclaira. Elle tira alors de sa poche un vélin froissé qu'elle déplia, l'ouvrant sur un arbre généalogique complexe, dont les ramifications mêlaient le Sang d'Ignis et de Terra. Arghän reconnut sans peine l'écriture de sa fille.

- C'est toi qui as fait cela ?

- Oui... Grâce aux livres qu'Oncle Raghnär me ramène d'Hystia et l'aide du vieux Tarek. J'aime beaucoup l'Histoire, tu sais. C'est comme... Elle sembla chercher l'inspiration autour d'elle. C'est comme un recueil de légendes, des contes sans fin. Sauf que cela s'est réellement passé et explique pourquoi le monde à cette forme aujourd'hui.  Ces derniers mois j'ai beaucoup lu sur la création de Terra et de son fondateur. Leyanna sembla hésiter à raconter la suite, mais la passion l'emporta. C'était un personnage extraordinaire Papa ! J'ai lu toutes les chroniques de sa vie et j'ai appris... qu'il avait les cheveux blancs, comme nous, les Kane.

- Mhh.  Arghän caressa son menton volontaire, pensif. Et comme d'autres individus en Albion. Tu sais , ma fille, depuis que la dynastie Terrane à mélangé son Sang à Ignis en 682 on compte de nombreux métissages en tout genre, le Sang Royal s'est un peu...dilué. Il pointa le travail de la petite sur le vélin tacheté, avec un petit sourire de connivence. Si tu avais connaissance de toutes les familles bâtardes, cousines au énième degré qui ont pris germe depuis, ton arbre ressemblerait à un buisson touffu.

Déterminée, Leyanna tapota du bout du doigt une branche qui s'éloignait du tronc central et dont les ramifications se muaient en vagues esquisses transparentes, fleuries de noms incertains.

- Justement Papa ! Ses yeux verts brillaient d'excitation. Grâce à Tarek, j'ai fait main basse sur un écrit exceptionnel qui date d'avant même l'indépendance de Terra. Un jeune écuyer qui au couronnement du Fondateur entrera dans sa suite. Il mentionne à plusieurs reprises une jeune cousine du Roi, pour qui le Seigneur Senyl semblait avoir une grande affection... Mais à son avènement, elle disparaît des récits du petit écuyer, comme si elle n'avait jamais existé. Leyanna laissa promener un regard rêveur sur les rives vertes de Flots-Miroir. Peut être s'est-elle éclipsée pour ne pas faire ombrage au Sang du Roi ? Peut-être a-t-elle délaissé le faste de la famille Royale pour suivre son aimé  dans un long exil ?

Le Capitaine laissa Leyanna se perdre en conjonctures, tout à sa confusion. Leur chevelure blanche, les Kane n'en avaient jamais fait une affaire d'Etat. Les quelques tentatives pour interroger leur père s'étaient soldées soit par un silence douloureux, soit par un interminable sermon sur l'identité et l'appartenance raciale. Bien assez tôt Raghnär et Arghän s'était contentés d'être des « Enfants de Néotopia à part entière » et n'avaient plus cherché à comprendre les origines de leur chevelure ivoirine. De plus, un membre de la communauté fort pieux, parti en pèlerinage a Aquaria, revint un été s'amusant d' avoir vu d'autres « neigeux » à la Cité Sainte. On en rit puis on oublia. Les Enfants de Néotopia n'étaient pas connus pour s'attacher à ce genre de détails individuels. Seul comptait l’œuvre des familles pour la communauté.

Mais voilà que sa fille cherchait désespérément à les rattacher au Sang Royal, à leur trouver une identité, une histoire. Quelle singulière idée ! Elle avait déjà une famille. Chaotique certes mais... Arghän comprit soudain que ce n'était qu'un symptôme parmi d'autres, l'expression des maux que Leyanna taisait : sa sensation d'abandon, son besoin d'attaches, de repères, sa détresse de ne pouvoir vivre comme les autres enfants de son âge, en compagnie de parents aimants. Cette réalité le frappa durement au cœur.

- Je suis stupide, hein ? Prenant le silence de son père pour une profonde consternation, elle froissa l'arbre entre ses mains penaudes et tremblantes. Il y a une chance sur mille que nous descendions de cette cousine, si elle à vraiment existé... Elle renifla et se racla la gorge pour ravaler les larmes dans sa voix. Oncle Raghnär m'avait déjà fait part de son étonnement, je me suis entêtée, j'ai perdu mon temps...J'aurais dû...

- Sshh shh ma douce... Bravo Arghän, tu décroches la palme du père le moins empathique d'Albion ! Le Capitaine caressa la joue ronde de Leyanna et attrapa une mèche opaline au passage, la faisant tourner entre ses doigts avec un petit sourire. Ne dis pas ça, tu as toutes les raisons de t'interroger sur l'origine de ton Sang.  Et comme les yeux verts, légèrement humides levaient sur lui un regard chargé d'espoir silencieux : Non seulement tu entre en âge de te poser ce genre de question mais en plus , ta mère et moi - utiliser ce terme à nouveau lui arrachait la bouche et lui blessait le coeur, mais son ressentiment importait peu – t'avons toujours trouvé des airs de princesse, et ceux dès ton premier sourire, ton premier regard sur le monde.

Leyanna piqua un fard , un petit sourire affleurant sur ses douces lèvres vermeil. Desserrant les mains, elle examina à nouveau l'arbre généalogique, a présent barrés de plis marqués.

- Garde cela précieusement. Je t'aiderai. appuya Arghän en déposant un baiser sur le front de sa fille. Au Quartier Général à Hystia, nous avons une immense section d'Archives, peut être y trouverais-je quelque chose d'intéressant...Mais avant...

Il tira de sa poche une aumônière de taffetas bleu et la tendit à Leyanna.

- C'est bien peu, mais j'espère que cela te plaira.

La fillette s'en empara et le défit avec mille précautions. Le tissu s'ouvrit sur un médaillon d'argent ovale, de faction simple mais élégante, gravé d'une solide houe. La bouche de Leyanna s'arrondit dans un « oh ! » muet alors qu'elle caressait du pouce l'outil indispensable au travail de la terre, puis, comme guidée par un instinct étrange, elle exerça une légère pression sur le blason et dans un clic presque imperceptible, le bijou s'ouvrit sur un petit compartiment tapissé de nacre. Alors les yeux verts se levèrent sur le Capitaine et y défilèrent successivement la surprise, l'émoi, la reconnaissance puis sans crier garde, la fillette se jeta au cou de son père avec  un « merci ! » haletant et couvrit son visage de multiples baisers

- Je vois que tu l'as reconnu ! s'esclaffa-t-il, sans tenter de ce soustraire à cet assaut d'affection qui le ravissait. Le médaillon des Kane, transmis par notre père Belenos, qui le tenait lui-même de sa mère Téana.  Tirant sur la chaîne fine qui cerclait son cou, il tira le sien de dessous son bliaud et l'observa pensivement. Il le portait rarement, craignant de l'abîmer durant quelque exercice de sa fonction militaire, mais le moment lui avait paru plus que propice pour ressortir cette étrange pièce de son passé familial. Le bijoutier d'Hystia a mis des mois à en faire un double, figure-toi que c'est une pièce délicate et « savamment ouvragée » si j'en crois ce qu'il m'a dit.

- Étonnant héritage pour une lignée de paysans n'est-ce pas ? pouffa Leyanna, observant d'un œil mutin le bijou se balancer au bout de sa chaîne. Cela sent le secret à plein nez !

Le Capitaine rit doucement devant le charmant entêtement de sa progéniture et la berça doucement alors qu'elle laissait aller sa tête contre son torse. Ils restèrent ainsi un moment serrés l'un contre l'autre, à écouter le soupir de la bise dans les roseaux, observer le miroir impassible de l'eau, troublé de temps à autre par la bouche ronde d'un poisson, cherchant à happer les premiers insectes de la saison sur sa surface. Puis la lettre de Samäa se rappela soudain à son bon souvenir, l'enveloppe contre sa peau dégageant un étrange picotement acide. Il soupira puis, desserrant doucement leur étreinte, plongea son regard d'obsidienne dans celui de Leyanna

- Il y a autre chose... Une lettre de ta mère.

La mâchoire de la fillette se décrocha dans un hoquet stupéfait.

- Maman ? Mais que... Sa petite poitrine palpitait d'une respiration frénétique. Que se passe-t-il ?  Est-elle malade ? Ont-ils décidé d'une nouvelle sentence pour elle ? La traitent-ils mal ? Que... ?

- Calme toi ma douce, calme toi. Il prit sa petite main dans la sienne et l'ouvrit d'une caresse pour y déposer l'enveloppe, dont elle s'empara aussitôt, y lisant et relisant son nom comme si elle n'osait y croire.  Ta mère va ...bien. Puisses-tu me pardonner pour cet odieux mensonge, ma fille, mais c'est encore trop tôt. Cette année j'ai simplement...pris l'initiative d'aller la voir pour m'enquérir d'un message ou d'un éventuel cadeau à te transmettre. Je voulais juste...

Il fut interrompu par la soudaine explosion d'un sanglot étrange, qui sonnait comme un éclat de rire dévoyé. Leyanna pressait la lettre contre son cœur, ses lèvres tremblantes passaient d'une émotion à l'autre, tantôt tirées d'un sourire épanoui, tantôt d'un rictus de chagrin.

- Leyanna... Il eût un soupir désolé.

- Pardonne-moi. En vérité, je suis heureuse ! Elle s'essuya les yeux en hâte et regarda, encore une fois, la lettre de sa mère. C'est juste que...Cela fait dix ans que j'attends un signe d'elle. Elle me manque tellement... Je sais que je ne pourrais pas la visiter avant quelques années encore mais...j'ai longtemps cru qu'elle m'avait oublié, qu'elle...ne m’aimais plus.

- Elle t'as toujours aimée...C'est moi qui était trop obtus, trop égoïste, trop pétri d'amertume pour comprendre combien c'est important pour toi. songea Arghän, un élan douloureux mêlé de colère contre lui-même lui serrant la poitrine. Elle m'a donné pour consigne de te la confier à toi seule. Si tu souhaite en faire la lecture, je me retire céans. C'est entre ta mère et toi.

Leyanna eût un petit hochement de tête, caressant son nom sur le papier du bout des doigts. Mais alors que son père s'éloignait, elle le retint d'un cri vif

- Papa ! Attends !

Tirant lestement un petit poignard de sa botte, elle se coupa une petite mèche de cheveux et lui tendit, cherchant à le rassurer d'un sourire doux.

- Pour ton médaillon. Ce ne sont peut être pas des cheveux de princesse, ils n'ont peut être rien de Royal mais... Elle baissa les yeux, un voile de tristesse passant dans son regard l'espace d'un instant. Il font de moi ta fille, votre fille à Samäa et toi. Même si nous ne sommes pas une famille parfaite, je ne veux pas que tu oublies l'amour qu'abritait notre foyer autrefois, car moi je ...n'en ai que de vagues souvenirs.

Emu, Arghän revint sur ses pas, pressa un baiser fébrile sur la petite main et en retira doucement la mèche pour l'enfermer dans son médaillon.

- Jamais, ma tendre et douce fille, jamais ces instants ne quittent mon cœur et mon esprit. Et je prie chaque jour pour qu'il y en ai encore beaucoup d'autres qui illuminent ta vie.







Le soleil se couchait dans le dos des jumeaux Kane, projetant sur le Rempart un dais d'or rasant, où miroitaient de fines nuées de flocons scintillants. A leur pieds, le Lac rendit une fois de plus honneur à son nom alors que ses flots imprimaient les couleurs du couchant, offrant à leurs yeux une onde mouvante chatoyant de roses et de violets délavés par l'air fraîchissant. Pour les calendes de février, le temps était exceptionnellement doux et après un hiver rigoureux, la vallée retrouvait enfin sa vivacité, ses bruits, ses odeurs. Un gros crapaud sortant de son hivernage perça la surface, cligna son œil rond et poussa un coassement sonore, bientôt suivi par une dizaine de congénères. Alors, sur ce signal, l'immuable symphonie du crépuscule se mit en marche , rythmée du frisson des roseaux sous le vent froid, des pépiements discret des loriots et du brame d'un cerf tonnant dans le bief, comme un fier soliste.
Dans un silence rituel, Ragnhär sortit de sa poche une pipe de terre cuite au long tuyau et en bourra le fourneau d'un mélange d'herbes  odorant qu'il alluma avec mille précautions. Tirant une longue bouffée, les yeux fermés d'un plaisir non dissimulé, il exhala ensuite des volutes de fumée blanchâtre qui se délièrent avec élégance dans l'air du soir, se teintant un instant des couleurs du couchant avant de se dissoudre dans une bise vivace.

- Je vois que tu n'as pas renoncé à ton petit pêché mignon. glissa son frère jumeau, une lueur goguenarde s'allumant au fond l'œil. Je reconnais à l'odeur le mélange que père utilisait.

- Si Marja me voyait faire, elle m'écorcherait vif et ferait de ma peau un nouveau tapis pour le salon. Il jeta un regard presque craintif par dessus son épaule, mais sa femme était toujours absente, partie chercher les enfants à la rivière avant la tombée de la nuit. Ne restait que Fenn qui somnolait paisiblement dans les dernières lueurs du soleil, les mains croisées sur une bedaine repue. J'avais arrêté lorsqu'elle portait nos fils, mais j'ai repris il y a trois ans. Cela me détends...Et il faut dire que j'en ai besoin.

Le Capitaine observa les doigts de son frère se crisper sur la tête de sa pipe alors qu'il en mâchonnait nerveusement le bec. Il savait quelle angoisse habitait son cœur, comme bien des Terrans : la Guerre.
Elle était aux portes de l'Histoire, des villes et des villages. Chacun le sentait, et les discours policés   des Grands de Terra n'y changeaient rien, on ne pouvait faire taire cette intuition viscérale, cet instinct animal de proche danger dans le cœur des hommes par des mots, aussi choisis soient-ils. Extirpant de sa besace de voyage une flasque de caff'ey , qu'il appréciait aussi bien chaud que froid, il en frappa le flanc contre la pipe de son jumeau.

- Aux moments de paix alors.. Il leva sa flasque pour saluer les dernières lueurs du jour. Puissent-ils durer encore.

- Puissent-ils durer toujours. ajouta son  frère dans un soupir enfumé.

La pipe était froide et la flasque vide depuis quelques instants lorsque Marja vint les trouver à grand pas, l'inquiétude tirant ses traits. Elle ne retrouvait pas les enfants, malgré une recherche minutieuse en amont et en aval de la Vif-Argent. Arghän se leva et posa ses grandes mains puissantes sur les épaules de la mère soucieuse.

- Ah, ce doit être de ma faute Marja. Lorsque Leyanna et les garçons sont revenus bredouille de leur première cession de pêche, je leur ai cédé un petit secret familial...

- Tu leur as parlé de la Grotte Magique ? Ah, Traître !  s'esclaffa Raghnär, non sans avoir rapidement caché la pipe dans sa poche, avant de s'adresser a sa femme. C'est une petite résurgence de la Vif Argent , dissimulée à l'ombre d'un pan rocheux à quelques pas du lit de la rivière. Les poissons qui y arrivent par des conduits souterrains s'y retrouvent piégés. C'est un coin de pêche idéal que nous avions, jusqu'à présent, gardé secret depuis notre tendre enfance.  Le paysan lança un regard faussement dépité à son jumeau. Ne t'inquiète pas mon aimée, ils doivent être là-bas.  

- La nuit tombe vite. J'y vais ! Le Capitaine gagnait déjà les sous-bois à grandes foulées. Rassemblez le troupeau et réveillez donc le vieux Fenn, je serais rapidement de retour.


Alors qu'il suivait le lit de Vif-Argent, un sentiment de malaise le gagna comme une fièvre vicieuse. Dans le limon argileux bordant les flots, des traces encore fraîches témoignaient du passage de trois ou quatre chevaux. Plus il s'approchait de sa destination, plus les signes étaient visibles : branches cassées, piétinement des chevaux, humus retourné par un galop. Marja, tenaillée par l'angoisse d'avoir perdu sa progéniture, n'avait sans doute rien remarqué mais pour Arghän, qui savait appréhender le terrain pour y pister l'ennemi, tout ces indices formaient un mauvais présage.
Alors qu'il bifurquait vers le cœur des sous-bois pour gagner la grotte, le cœur battant, un gros caillou isolé accrocha son regard. Posé sur l'humus épais, le minéral renvoyait un étrange éclat dans la pénombre naissante. Lorsqu'Arghän s'en approcha, il reconnut instantanément les minuscules formations cristallines qui enchâssaient les paroi de la Grotte Magique et c'est avec effroi qu'il découvrit le sang poisseux qui recouvrait l'autre face de la pierre. Quelque chose de terrible s'était passé.

- Leyanna ? Leyanna ! Nero ? Roenn ? Répondez les enfants ! La voix était ample, forte, secouée par la course effrénée du Terran alors qu'il se précipitait vers la résurgence cachée.

Ses cris firent taire un instant les chuchotis du crépuscule, alors qu'il guettait, le souffle court, un signe de vie...N'importe lequel. Mais alors que reprenaient les bruits de la vie nocturne, un appel à peine audible franchit les bois dans un timide écho

- Hé ...ho ? On..cle...Ar...än ? ...Ai..de...A l'aide... !

Il fut à la Grotte en quelques minutes à peine, guidé par les cris de détresse qui se muaient en sanglots à son approche. La lune à présent levée jetait dans la cavité ses rayons opalins et froids, en faisant scintiller les parois diamantées. Le spectacle aurait pu être enchanteur si ne s'y était pas trouvé  la silhouette prostrée d'un misérable Roenn, secoué de sanglots et de froid, berçant contre lui le corps inerte de son jumeau. Les garçons baignaient à moitié dans le bassin à l'eau rougie, Nero était d'une pâleur cadavérique mais respirait encore, le bandeau improvisé d'herbes cicatrisantes ceignant son crâne ensanglanté lui avait sans doute évité une mort certaine.

- Roenn...Roenn ! Que s'est-il passé mon garçon ? Ou est Leyanna ?  Accroupi auprès de son neveu, Arghän lava son visage sale ou les larmes avaient tracé d'innombrables sillons. Il tenta d'épargner à Roenn sa panique grandissante. Tu ne crains plus rien, je te le promets. Je suis là mon grand... J'ai vu des traces de lutte et de course poursuite plus bas, vers la rivière.  Saisissant le visage congestionné de peur et de chagrin de Roenn entre ses paumes chaudes et tannées, il plongea son regard d'obsidienne dans le sien. Si quelqu'un vous a fait du mal, je le traquerai, il sera puni...Mais tu dois m'aider... Que s'est-il passé ?

L'adolescent hocha la tête et expliqua, la voix secouée de hoquets :

- Leyanna et Ner...Nero étaient restés à la ri...vière pour ran..ranger le matériel de p...de pêche. Je suis pa...parti en éclaireur pour trouver ta Grotte Ma..gique, je...je n'au...n'aurais ...ja...jamais du les lai...sser...je...Pardonne moi ...

Le Capitaine compris à son regard que Leyanna était toujours en danger. Et comme sa voix s'étranglait de détresse, Arghän le serra contre lui et le laissa épancher sa peine, la machoîre serrée par sa propre douleur.

- Roenn, mon brave Roenn... Tu n'es encore qu'un enfant, ne l'oublie pas. Tu as fait tout ce que tu était en tout pouvoir, j'en suis persuadé.  Continue, raconte moi... C'est dur, je sais, mais il le faut.

Rassuré par l'empathie de son oncle, il poursuivit d'une voix un peu plus assurée, bien qu'encore chancelante de peur :

- J'ai...trouvé la Grotte à l'endroit exact que tu nous avais indiqué. Je ne suis pas retourné vers la rivière tout de suite. Un soupir tremblant franchit ses lèvres. J'ai voulu décrocher une de ces pierres brillantes pour leur montrer et je venais juste d'y parvenir... Lorsque j'ai entendu les cris de Leyanna. Roenn se mordit les lèvres et ferma les yeux, la tête rentrée dans ses épaules. J'ai couru pour aller voir et au moment d'atteindre la rivière...Je les ai vus...Des hommes montés sur des chevaux... Ils...ricanaient...L'un d'eux tenait Leyanna.

Le visage d'Arghän se figea d'une colère si froide qu'on l'aurait confondu avec les parois minérales de la grotte.

- Combien étaient-ils , à quoi ressemblaient-ils ? As-tu pu les approcher ? Ceci est très important, mon garçon !

Les lèvres du malheureux frémirent en retenant un sanglot.

- Je...Je me suis caché. murmura-t-il, pétri de honte. Je ...je ne pouvais rien faire...mais, j'ai pu les voir d'assez près... Ils étaient quatre, ils avaient l'air sales et mal soignés... Ils ressemblaient à ces vagabonds malodorants et inquiétants qu'on croise sur le chemin vers Hystia...Mais eux avaient des armes et des chevaux...

Arghän trépigna sur son séant. Des bandits de grands chemins ! L'affaire prenait vraiment une sale tournure et le Capitaine brûlait de tirer les vers du nez à Roenn, chaque seconde comptait désormais. Comme s'il avait senti la hâte de son oncle, le garçon poursuivi

- Celui qui avait l'air d'être le chef ...tenait Leyanna par le bras. Il touchait ses beaux cheveux de ses mains crasseuses et n'arrêtait pas de dire qu'ils avaient de la valeur, que ca allait attirer les clients ou je ne sais quoi...J'entendais mal  avec la rivière. Et puis...soudain... Il se referma, hésitant à continuer mais le regard sans détour du Capitaine l'y obligea. Leyanna l'a mordu et à tenté de s'échapper... Ils l'ont poursuivi , ca n'a pas pris longtemps. Nouveau sanglot. Un gros gars roux est revenu en la portant sur son épaules comme un sac d'épeautre et l'a chargée en travers de sa selle, elle ne bougeait pas ...Je crois qu'il l'ont assommée.

- Et...toi ? Et ton frère ? demanda enfin Arghän, lorsque l'effroyable scène cessa de repasser dans son esprit comme un dangereux ostinato. C'est eux qui l'ont blessé ainsi ?

Roenn posa sur son frère jumeau un regard mouillé de contrition et de chagrin. Il pressa ses lèvres contre les mèches blanches poissées de sang.

- Il était hors de mon champ de vision...susurra-t-il sans détacher les yeux de Nero. Je n'ai su qu'ils l'avaient capturé aussi que lorsque le chef à fait signe à sa troupe de repartir. Deux autres hommes le traînaient vers le cortège mais il se débattait trop...Il hurlait le nom de Leyanna...Il les insultait. Roenn eût un petit rire triste, qui donna à ses jeunes traits l'ombre et les marques de vingt années de vie. Nero à toujours été d'un tempérament fougueux, il n'est pas comme moi, il est brave, ce n'est pas...un lâche.

- Oh, Roenn... gémit Arghän en étreignant son neveu, à nouveau secoué par les sanglots. Mon pauvre bonhomme... Il ne sut que dire de plus

- Un de ces sales types l'a attiré à lui et l'a cogné si fort...Mais Nero est résistant comme un roc. Le garçon pressa avec fierté la main inerte de son frère et un petit sourire mesquin anima son triste visage. Il a donné un coup de pied dans les noix de ce sale type, et il a dû lui faire bien mal car ce chien est tombé à genoux et à vomi son déjeuner dans la rivière ! Bien fait ! ... Mais l'autre... L'autre avait un énorme maillet de chêne et … Il a frappé Nero à la tempe...J'ai...entendu un craquement horrible... Le jeune garçon frôla la tâche écarlate qui fleurissait sur le bandeau poisseux, et poursuivit d'une voix blanche. Celui que Nero avait frappé, avec sa face maigre toute violette et ses mains entre les cuisses, lui à crié que c'était malin, que le Busard allait leur tomber dessus maintenant. Il a hurlé quelque chose à propos du marché, de jeunes garçons pour les riches « énuques » ou de renfort pour les mines d'Ignis...J'ai...pas tout compris... Puis sa bouche s'est ouverte toute ronde et son doigt maigre a pointé sur moi...Il m'avait vu .

- Et on t'a poursuivi n'est-ce pas ?

- Le gros roux. Il a lancé son cheval après moi... Un voile opaque ternit le regard de Roenn. J'ai su que j'allais mourir, oncle Arghän.

- Mais tu t'es défendu...Le Capitaine sortit la pierre ensanglantée de sa besace. Tu n'es pas aussi lâche que tu le pense, Roenn. Tu n'as pas laissé la peur te tétaniser.

- J'ai lancé de toute mes forces. Je crois que ca lui à crevé l'oeil. J'ai pu m'échapper. annona le garçon d'un ton désincarné, avant de rugir, les yeux soudain animés d'un courage désemparé. Il fallait sauver Nero ! Son visage baignait à moitié dans l'eau et il saignait tellement ! Je me suis caché dans la grotte...attendant que le gros roux finisse de hurler, de fouiller la forêt en chancelant. Puis quand la nuit est tombée je suis retourné à la rivière, j'ai vidé l'eau de ses poumons avec les gestes que père nous as enseigné... Je l'ai traîné ici puis je l'ai pansé...Mais il ne bouge plus, il respire à peine... Tout est de ma faute, oncle Ragnhär. Nero et Leyanna vont mourir à cause de moi !

Arghän se raidit, l'échine enflammée par une vague de colère enragée. Quel genre de monstres pouvaient ainsi traiter les enfants ?! Des individus sans morale aucune, faisant sans doute fortune de pillages et... d'esclavage, s'il en croyait le témoignage de son neveu. Ses salauds détenaient sa si douce, si tendre Leyanna, allaient attenter à sa pureté. Chaque pas de cette vermine foulant Terra était une insulte.

- Écoute moi bien, Roenn. Personne ne va mourir ! Il saisit fermement le garçon aux épaules et l'obligea à confronter son regard déterminé. Nous allons d'abord vous mettre en sûreté, nous assurer de l'état de Nero. Alors que l'adolescent arborait un regard contrit, Arghän le rassura d'un sourire.  Tu as fait un excellent travail avec ce bandage, tu ne connais peut être pas son nom mais ces feuilles proviennent d'une plante appelée Curatia Hybridum, notre communauté la surnomme aussi « Panse-Miracle ».

- J'ai vu la Soigneuse l'utiliser sur Olmer. avoua le jeune Roenn. Le vieux charpentier. Il voit mal, tu sais ? Il s'était tranché deux doigts net... La Soigneuse à enroulé sa main dans quelques feuilles comme celles-là. Le sang à cessé de couler presque immédiatement...

- Tu as sauvé la vie de ton frère. déclara Arghän en chargeant Nero dans ses bras avec mille précaution. Et ce que tu m'a dit de ces … pourritures va me permettre de les traquer. Et je les retrouverai, par ma vie, je le jure, ils ne m'échapperont pas !

Il abaissa le regard sur l'enfant blessé qui dans ses bras paraissait si chétif. Les lèvres de Nero retrouvaient déjà un peu de couleur. Elles s'ouvrirent sur un gémissement désarticulé qui broya le cœur du Capitaine. Pauvres enfants, victime de la folie humaine ! ...Si jamais Leyanna... Non, il était trop tôt pour y penser !

- Mon oncle... Dans son dos, Roenn s'était levé, une étrange force couvait dans son regard d'adolescent. Le Busard...C'est un rapace n'est-ce pas ? Un charognard qui vit dans les montagnes ?

- C'est cela, Roenn. Les yeux d'Arghän Kane se firent perçants. C'est le nom de leur Chef c'est cela ?  

- De leur troupe, plutôt...ou quelque chose comme ça. Ses paupières palpitèrent alors qu'il se ressouvenait. Sur...le tapis de selle du gros Roux...et gravé sur le bois de sa masse il y avait cet oiseau...Un Busard Rouge. A présent sur de lui, il hocha vivement la tête. Le grand maigre avait la même chose sur son tabard immonde.  

Arghän serra vivement le corps blessé de Nero contre le sien. Un Busard Rouge. Ce nom ne lui était pas inconnu. Il apparaissait de temps à autres dans les rapports « mineurs » que l'on communiquait à sa Compagnie, comme l'imposait le protocole. Référencée pour violences, pillages et commerce illégal d'esclaves, la troupe du Busard Rouge n'était qu'un ramassis de perdus, de gredins de basse fosse ou de mercenaires en manque d'action. Néanmoins, les bandits semblaient avoir des fonds et ne manquaient pas de moyens, au point que certaines patrouilles Sentinelles soupçonnent la présence d'un Pactisant dans leur rangs. Les truands sévissaient depuis quelques mois déjà, leurs faits épars ne suscitant sans doute  que peu d'intérêt auprès du QG, trop affairé à chouchouter ses Ecoles   et ses programmes militaires pour rassurer le bon peuple Terran. Le rapport signalait également que passé Hystar, il devenait quasiment impossible de traquer cette racaille. Les Busards se dispersaient au Sud-Ouest , comme une nuée de moineaux affolés, et leur Chef se volatisait dans les Elenides avec ses lieutenants et son butin. Les meilleurs Sentinelles de Terra avait parcouru en vain ce dédale escarpé de montagnes, de pics et de falaises, de la Grande Faille de l'Est jusqu'aux portes du Yaegahara ou les soldats d'Azaïr, une main prête à dégainer le katana, les avaient poliment priés de retourner d'où ils venaient.

Une fois de plus, la cordiale tension entre Ignis et Terra avait frappé. La Terre de Feu n'aimait pas qu'on titille ses frontières et après quelques conciliabules très tendues avec Joël Castamère, Chevalier du Roi, le QG d'Hystia avait depuis renoncé à investir les Elénides pour retrouver les infâmes Busards. Une fois encore, la Guerre frappait avant même d'éclore, dispersant ce qui restait de raison, de bon sens et d'humanité …

- On...Oncle Arghän...Tu sais qui c'est ? ...Ca ira bien pour Leyanna, n'est-ce pas ?

Roenn frémissait de froid, ses doigts engourdis serrant la toile de son bliaud tâché de sang. Arghän libéra doucement un de ses bras pour l'amener contre lui et lui communiquer un peu de chaleur.

- Ta cousine est forte, Roenn. Elle tiendra. Elle sait que je viens la chercher.

Contre son poitrail, l'écrin où reposait le blanc souvenir de Leyanna lança un éclat argenté dans la nuit, comme un appel.






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Des choses à améliorer ?

Aucun problème mis à part la disparition des outils d'édition dont j'ai l'habitude de me servir, mais je sais qu'on y peut rien ^^ . Le contexte est vaste et passionnant, de plus j'ai grandement apprécié la liberté de création qu'on m'a laissé.

Crédits:

Musiques (dans l'ordre d'apparition )

Harry Gregson-Williams  - Harvey Two-Face
Castlevania Lords of Shadow OST - Labyrinth Entrance
Escaflowne OST - Memory of Fanelia
Yoko Kanno – Forgotten Hero
Uncharted 3 OST - Drake's Return
Ghost in the Shell Solid State Society OST – Take a little hand
Game of Thrones OST - Things I Do for Love
Game of Thrones OST - You'll Be Queen One Day
The Corrs -  Buachaill ón Éirne
Yoko Kanno – Cloé
Tristeza - Balabaristas

Images

Fatum : Delothar, Sword of Betrayal par Keitaro333
Le Rempart du Septentrion : Mountains par tiger1313
Jeune Arghän(Le Diable Blanc) : Raekwon Soul of War II par Vyrhelle
Raghnär Kane : Severin the Blacksmith par nathie
Leyanna Kane : Girl par Mar-ka
Flots-Miroir, la plaine et le Rempart : Lake par Roberto Nieto
Le Busard Rouge : Modèle d'étendard pour un GN (BCB – Berry Champ de Bataille)

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Dim 16 Juin - 19:47
Et voilà, terminée.
Désolée pour la longueur, j'étais inspirée ^^;

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Points Histoire : 0
Dim 28 Juil - 13:04
Bonne fiche et très bonne histoire, je me suis juste permis d'éditer le point sur la cellule de ta femme (car créer une cellulle "immunisée" aux sorts n'est pas possible, et certainement pas au niveau magique de Terra xD). En réduisant ses rations pour qu'elle regagne moins de mana et avec une cellule ignifugée, elle risque pas de s'évader, même si elle venait à lancer des sorts.
Et pour revenir là dessus effectivement dans le cas de ta femme Ignis a probablement démenti de manière tout à fait naturelle par un "Nous n’espionnons pas nos alliés" suivi d'un "de toutes manières vous pensez vraiment qu'on confierait une tâche si importante à une femme?".

Bref, bienvenue et bon rps parmi les marrons! Ah, voici tes rangs:

Puissance - Rang B:

Combattant Terran expérimenté, à vrai dire c'est une belle prouesse d'avoir atteint un tel rang sans utiliser aucune capacité magique. Terra est plus centré sur les prouesses physiques et le leadership dans tous les cas, et puis, tu ne risques pas d'arriver à court de mana.

Influence - Rang C:

Capitaine de Terra, peu de choses à dire à ce sujet, ton influence se résume en majeure partie aux soldats que tu commandes. Je donne le même rang d'influence à tous les gradés de l'armée hormis le général, ce qui ne change pas la structure de la hiérarchie.




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Dim 28 Juil - 13:17
Merci Ehol ! cheers 

Citation :
créer une cellulle "immunisée" aux sorts n'est pas possible, et certainement pas au niveau magique de Terra xD

Ok. Il faudra donc que je corrige mon chapitre en partie Récits ou l'on voit un peu plus en détail les conditions de détention de sa femme, afin d'éviter les incohérences. Si tu as le temps, je te communiquerai les changements par mp quand je m'y pencherai à nouveau, afin que tu en vérifie la teneur.

Citation :
Et pour revenir là dessus effectivement dans le cas de ta femme Ignis a probablement démenti de manière tout à fait naturelle par un "Nous n’espionnons pas nos alliés" suivi d'un "de toutes manières vous pensez vraiment qu'on confierait une tâche si importante à une femme?".

Haha, parfait. C'est tout a fait le genre de réactions que j'attendais.

RP, me voila !


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