Apothecary



 

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Apothecary

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Mer 27 Mar - 16:01

Apothecary by cyblix


Les premiers rayons du jour percèrent à travers les rideaux et vinrent caresser le visage de Hierophant, la tirant du sommeil, l’appelant à profiter de cette nouvelle journée qui commençait.

Mais la jeune femme ne fit que grommeler, se tourner et essayer d’enfouir son visage du mieux qu’elle pouvait dans le torse qui lui servait d’oreiller. Hélas, la cage thoracique était bien plus dure qu’un oreiller et elle ne pouvait pas y enfouir son visage. Elle prit donc appui dessus pour se relever et repousser les draps, toujours en grommelant.

Kolgun ne tarda pas à se réveiller à son tour :

- Je suis désolé, Hiero, fit-il tout de suite en voyant son amante de si mauvaise humeur.
- Ce n’est pas de ta faute, fit-elle. Précise juste à tes clients que cette boutique a des horaires... Et si tu le revois, dis-lui de se tenir loin de moi s’il ne veut pas finir avec un bras en moins...

En effet, cette belle journée prometteuse risquait d’être positivement mortelle pour un certain jeune assassin qui avait la très mauvaise idée de venir déranger l’apothicaire au beau milieu de la nuit parce qu’il avait oublié d’acheter le poison qu’il lui fallait pour ses fléchettes et qu’il devait les apporter à son maître dans quelques heures. Il était littéralement en train de pleurer aux genoux de Kolgun quand celui-ci lui avait finalement ouvert la porte de sa boutique, craignant de mourir aux mains de son maître s’il ne lui apportait pas le bon poison. Hierophant, qui avait suivi son amant dans la boutique quand il s’était levé, le regardait de haut, se retenant à peine de lui annoncer qu’il allait mourir avant d’avoir mis la main sur le poison en question.

Par Watos, elle n’avait pas beaucoup de nuits de libres vu le métier qu’elle faisait, mais quand elle en avait, elle aimait ne pas être interrompue par un jeune homme inconscient ! La jeune femme, uniquement vêtue de sa chemise de nuit, ses cheveux en bataille, avait jeté un regard assassin au jeune homme et était remontée se coucher tandis que Kolgun lui fournissait ce qu’il voulait.

Il avait l’air un peu maigre, mais s’il croisait à nouveau son chemin, elle n’hésiterait pas à en faire son dîner, décida-t-elle en se levant.

Kolgun l’admira un instant, toujours allongé, tandis qu’elle faisait une rapide toilette au dessus de la cuvette d’eau glaciale près de la fenêtre et se dirigeait vers sa garde-robe pour choisir ce qu’elle allait mettre pour la journée. Aujourd’hui, elle n’avait pas de contrat prévu, elle avait tué son dernier dîner hier, juste avant de rentrer et elle devait rester à la boutique pour attendre la dernière moitié de sa récompense. Même si Hierophant détestait rester sans contrat, elle appréciait ses journées passées à aider Kolgun à la boutique.

Elle choisit une robe pratique mais tout de même avenante pour pouvoir accueillir les clients vu que Kolgun allait sûrement être d’aussi mauvaise humeur qu’elle vu le petit nombre d’heures de sommeil qu’il avait eu cette nuit. Elle enfila son corset par-dessus une petite chemise blanche et fit les yeux doux à son amant pour qu’il sorte du lit et vienne l’aider. Par-dessus, elle enfila une robe d’un tissu rouge profond et foncé, quasiment pourpre, orné de motifs floraux brodés en fils cuivrés, mettant deux fois plus de temps que nécessaire à l’attacher parce qu’elle regardait l’apothicaire en train de se laver également en tenu d’Adam. Puis, elle se coiffa et Kolgun vint l’aider à attacher ses longs cheveux blonds en une tresse sagement posée dans son dos pour éviter de la gêner pendant qu’elle travaillait au magasin. Ils allaient manipuler des produits plutôt dangereux pour renouveler leur stock de remèdes pour apaiser les brûlures. Elle termina par de simples bottines en cuir brun et de jolies boucles dorées à ses oreilles. Elle s’admira cinq minutes devant le miroir, essayant un petit sourire avenant et aimable avant d’aller aider Kolgun à lacer ses propres bottes.

Le couple descendit peu après pour un rapide petit-déjeuner et une heure après, la boutique était ouverte et prête à accueillir les premiers clients de la journée.

La boutique était dans une petite ruelle et très peu de gens pouvaient la trouver, pourtant, la ruelle en question ne manquait pas de passants, ils ne s’arrêtaient juste pas sur leur chemin sauf s’ils cherchaient précisément la boutique en question.

Hierophant avait enfilé son tablier en cuir, lourd et inconfortable ainsi que de longs gants en cuir qui remontaient jusqu’au coude nécessaires pour la manipulation des fioles qu’elle allait ranger sur les étagères aujourd’hui. Hier, Kolgun avait fait des quantités et des quantités de fioles pour exterminer les rats (la saison allait arriver et les gens allaient commencer à acheter des stocks). La jeune femme était donc derrière comptoir de la boutique, habillée comme pour aller se débarrasser d’un corps, en train de sceller les petite fioles avec de la cire avant de les essuyer avec un chiffon et de les poser à côté d’elle. C’était une tâche fastidieuse, surtout qu’elle devait rester debout derrière ce comptoir et qu’elle n’avait pas beaucoup dormi, mais sceller les fioles était déjà moins fastidieux que la tâche qui allait lui incomber plus tard : l'étiquetage d’une bonne vingtaine de fioles.

Elle rejeta la tête en arrière un moment pour détendre les muscles endoloris de son cou avant de se remettre au travail. Hierophant détestait les tâches longues et fastidieuses. Il n’y avait aucun frisson à sceller les fioles. Elle préférait les préparer dans l’arrière-boutique où Kolgun se trouvait en ce moment-même pour arroser les plantes qui allaient ensuite être exposées dans la boutique. Elle pouvait tenir en place de longues heures au beau milieu de la nuit, dans un petit grenier où elle pouvait à tenir debout pour abattre sa cible à l’heure où elle passait toujours dans la rue d’en face, mais elle avait alors l’excitation d’un assassinat, de la mort, du sang...Cela faisait à peine une demi-heure qu’elle était en train de préparer les fioles que la jeune femme sentait déjà son attention dériver...

Hierophant regardait la rue se réveiller. Le soleil commençait à être haut dans le ciel. Un soleil certes froid mais présent tout de même. Les premiers travailleurs descendaient ou remontaient la rue de leur habituel pas pressé, jetant à peine un regard à droite ou à gauche, uniquement concentrés sur leur but. Certains étaient même en train de finir d’arranger leur tenue, visiblement enfilée à la hâte, au saut du lit. On aurait dit un flot, une rivière continue ou une longue corde, un fil du réseau d’hommes de la capitale. Les femmes y étaient présentes également, surtout des ménagères qui allaient à la fontaine publique à quelques mètres de là, portant leurs seaux dans leurs mains abîmées, quelques enfants bien réveillés et prêts à jouer toute la journée ou à aider leurs parents au lieu d’aller à l’école.

Parmi cette foule matinale et active, il y avait aussi ces quelques saoulards qui venaient à peine de se réveillés, encore hagards de l’euphorie de l’alcool bu en trop grandes quantités. Les habitués de la mère Hosh’ avec leurs vêtements sales et déchirés, leurs mains vides et leurs cheveux décoiffés. Ils semblaient perdus, vides, comme des êtres d’un autre monde dont on ne se soucie pas. Hierophant eut un léger soupir en regardant ces débris humains reprendre contact avec le monde qu’ils semblaient fuir si désespérément. Un groupe de jeunes hommes passa. La jeune femme se demanda s’ils étaient les envoyés de son dernier client quand ils s’attardèrent sur la vitrine de la boutique. Elle fit semblant de les ignorer, reprenant son travail, un oeil toujours fixé sur le groupe.

Ils étaient plutôt bien habillés, faisant sans doute partie des hautes classes de la société de Ventus. Que faisaient-ils dans un endroit pareil ? Ici, les hommes étaient sales, buvaient et les femmes étaient vulgaires. Les hommes dans le genre des cinq qui flânaient ne venaient qu’une fois la nuit tombée dans ces endroits-là... Il y avait peut-être une occasion spéciale dans le coin ou ils avaient entendu parler de cette boutique bien singulière par un de leurs amis. Peut-être l’un d’eux était-il un futur employeur... La jeune femme se sentait clairement observée mais décida de ne pas broncher. Elle avait mangé les restes de son dîner ce matin et sa faim était suffisamment calmée pour attendre le soir.

Puis, elle sentit des mains bien familières se glisser autour de sa taille. Elle ne tourna même pas la tête et continua son ouvrage :

- Ce groupe-là, murmura Hierophant, tu le connais ?
- Non, pas du tout, mais je n’aime pas la façon dont ils te regardent... Comme si tu étais une des marchandises de la boutique.
- Je suis bien trop chère pour eux, plaisanta la jeune femme, heureuse d’avoir affaire à un Kolgun jaloux.
- Tu es même trop chère pour moi, fit-il en posant son menton dans le creux de son épaule, sa main glissant le long de son bras jusqu’à la main de la jeune cannibale, effleurant par-dessus le gant le doigt qui aurait du porter une alliance si Hierophant n’était pas aussi têtue et indépendante.
- En attendant, une jeune femme au comptoir est un très bon mouvement publicitaire, mais si tu ruines les sots espoirs de futurs clients en continuant comme ça, ce sont eux qui vont nous ruiner, rétorqua-t-elle en souriant, posant une autre fiole de côté.

Kolgun ne répliqua rien mais ses mains restèrent sur les hanches de son amante, son menton posé sur son épaule, visiblement passionné par les mouvements de l’assassin qui partageait sa vie. Hierophant ne le repoussa pas, profitant de sa proximité et de sa tendresse inattendue. Soudainement, la tâche de sceller les fioles semblait moins longue et ennuyeuse même si le silence se prolongeait entre eux. Le silence n’avait jamais gêné la jeune femme : elle savait que Kolgun n’était pas un homme très bavard.

Pas bavard, certes, mais un homme d’action. Quelques minutes plus tard, elle sentait ses doigts tracer les motifs sur sa robe et son menton se relever un peu, juste assez pour que ses lèvres soient au niveau de son oreille pour lui murmurer :

- Nous avons été très impoliment dérangés hier... C’est dommage vu que c’est l’un de tes rares jours de repos... Et si on prenait tous les deux un jour de repos ?

La proposition était aussi alléchante que les mains expertes de son amant, mais la jeune femme se vit obligée de secouer négativement la tête : elle attendait l’autre partie de son paiement et elle savait bien que son client n’allait pas repasser plusieurs fois dans cette rue rien que pour la payer.

Mais elle n’eut pas à exposer ses raisons trop longuement car elle fut sauvée de la tentation par l’arrivée du premier client de la journée. C’était un jeune homme, mais pas l’un des jeunes hommes qui péroraient devant la vitrine quelques minutes auparavant. Pourtant, il ne semblait pas plus à sa place dans cette partie de la ville que les autres.

Hierophant réagit le plus vite possible, en entendant la petite cloche au-dessus de la porte sonner, signalant l’entrée d’un client. Elle posa sa fiole, prit les mains de Kolgun pour les écarter à regret et le poussa le plus doucement possible dans l’arrière-boutique, refermant la porte derrière elle. Le jeune client n’avait pas envie d’avoir affaire à un Kolgun fatigué et frustré. Puis, elle se retourna vers le jeune homme avec son plus beau sourire :

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? fit-elle derrière son comptoir.

Pendant un moment, dans la précipitation du moment, la jeune femme crut reconnaitre le jeune homme qui les avait interrompus dans la nuit et pendant une seconde, elle considéra le fait de lui crier dessus comme elle savait le faire, avant de lui régler son compte dans l’arrière boutique et de se préparer un bon déjeuner. Mais elle réussit à s’arrêter à temps, sa main gantée agrippant le comptoir, observant le premier client de la journée. Ce n’était pas le jeune assassin. Hierophant respira et lâcha le comptoir.

Le jeune homme ressemblait et ne ressemblait pas à la fois aux jeunes gens de l’élite de Ventus. Au premier abord, il avait l’air d’un jeune homme tout à fait normal, venu ici pour se remettre d’une petite maladie qui ne nécessitait pas un sort ou l’avis d’un magicien. Mais Hierophant ne tarda pas à remarquer que le tissu de ses vêtements et la qualité de ses chaussures le désignaient comme venant de sphères plus hautes de la société. Il se passait définitivement quelque chose dans le coin. Elle espérait juste que ça n’avait pas de rapport avec ses activités d’hier soir. Elle était sûre de ne pas avoir laissé la moindre trace de sa victime dans la ruelle adjacente où elle l’avait tué et elle n’était pas connue pour réussir son travail à moitié.

Cependant, il ne semblait pas être hautain ou se vanter de sa condition. Il était peut-être assez humble pour être l’envoyé de son client. Peut-être avait-il le reste de l’argent qu’elle attendait ? Peut-être était-ce un autre jeune assassin qui avait entendu parler d’une boutique cachée et bien fournie ? Peut-être était-ce aussi un client tout à fait normal à la recherche d’un remède ? En tous cas, le sourire de la jeune femme ne diminua pas, même si ses yeux verts étaient déjà à la recherche de l’identité d’un client si matinal.

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Lun 1 Avr - 12:33
Omnia, 15 Janvier 762

J-1, 19h05

"Une fièvre diminue de 12% mes capacités d'observations. Ma mémoire arrête d'enregistrer certains détails et je n'arrive plus à me souvenir de l'intégralité du rayon livres en langue ancienne de la bibliothèque de Mihailov. Que m'arrive t'il ?"

"Après une rapide expérience, je m'aperçois que mes capacités d'analyses on elle aussi chuté de 20%. La maladie me ravage et laisse dans ma tête embrumé une forme de vide qu'aucune connexion neuronale ne parvient à combler".

"Capacité physique diminuait fortement. Chute à 40% de mes capacités motrices. Seulement - 20% en levée mais -80% en dextérité et en équilibre. Atteinte de nausée violente et vomissement. Bilan totale de la perte d'aptitude physique 60% de mon phénotype sain".

"J'essuie une nouvelle fois les réprimandes d'Anna qui m'amène une potion sensé faire chuter la fièvre. Elle m'engueule comme un enfant pas sage qui refuse de se laver les dents. Dans la pièce mitoyenne, j'entends les ronflements de mon père."


J-1- 21h05

"Capacité d'observations à 85%. J'ai encore perdu 3 points. Je n'arrive plus à me souvenir de l'intrégralité des oeuvres de philosophies de la bibliothèque dans leurs textes intégrales. J'estime ne plus connaitre la dernière page du dernier livre du rayon langue ancienne."

"Capacité analytique réduite à 50%. Vais je vraiment pouvoir préparer la conférence d'après-demain sur le rôle du vocatif pour les premières années ? Les ronflements remplissent le vide théorisé précédemment mais je commence à avoir des doutes sur la pertinence de mon analyse pendant un tel moment de faiblesse"

"Capacité motrice diminuée à 30%. Le sens de l'équilibre me manque et je trouve plus pratique de ramper. Anna me dit que je devrais rester allonger mais je dois continuer ce maudit papier. Elle a pas l'air d'accord mais ce n'est pas mon problème. Je le finirai. "

"Les ronflements maternels jouent au ping-pong avec ceux paternels. Anna me dit que je serai mieux chez moi que chez mes parents. Peut être pourrai-je faire venir un médecin dans les haut quartiers d'Omnia. Mais pourquoi faire appelle à un médecin ? D'habitude la fièvre laisse intacte mes capacités intellectuelles. Dois je vraiment m'abaisser à ça ? Elle propose de faire venir un fiacre".


J-1 23h05

"Mes capacités d'observations n'ont pas baissés. Cette stabilisation me redonne de l'espoir et je me remets au travail avec plus d'ardeur".

"Je lance le premier bro de café pour faire remonter mes capacités analytiques. J'espère que cette méthode va marcher. D'habitude c'est assez efficace. 1l5 pour commencer petit. Histoire de lancer mon premier quart d'heure de travail"

"Les ronflements se sont tus couvert par le bruit du café qui s'écoule tranquillement. L'odeur emplie la pièce d'un fumet doux, comme celui de la baguette de pain dans l'air frais du matin".

"Anna est parti se coucher. Elisa est à Mihailov. Les parents dorment. Je suis seul dans la salle principale en train de travailler".

"Annotation 23h06: Je suis tombé de ma chaise par perte d'équilibre. La légère blessure au bras qui en résulte ne devrait pas avoir de conséquence sur mes capacités physiques. Ce n'est qu'une preuve de plus de la supériorité de l'esprit sur le corps".


01h05

“1,5 par 5 qui nous font 7,5. Ma consommation de caféine atteint un seul moyen-bas. Mon état mentale semble s’être stabilisé mais je n’en suis pas tout à fait certains. Je commence à avoir des gestes nerveux que je ne contrôle pas. Dois-je considérer ça comme une chute de mes capacités mentales ou physiques ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. »

« Les bruits de la nuits commencent à m’entourer dans un cercle sonore et vicieux. Un chat miaule, une feuille craque et les roues des fiacres se fendent dans la nuit sous les mauvais pavés ».

« Je continue mon papier et j’en arrive presque à la fin. Plus que quelque pages à écrire et je jure que si l’un de ses petits merdeux de première année trouve un truc à redire à mon vocatif, je lui fais boire du thé noir jusqu’à ce qu’il fasse une crise cardiaque. Le thé c’est dangereux, le café c’est bon. Je relance un bro de café ».

« L’horloge dans la salle à manger fait tic tac tic tac tic tac tic tac. J’ai écrit « tic tac » à la place de « vocatif » sans le faire exprès. J’augmente la dose de caféine dans le bro de café que je viens de lancer.


03h05

« 1,5 par 10 qui nous font 15. Je ne suis plus capable de dire ce que je dois à la maladie ou à la caféine. Pourtant je ne suis que dans ma moyenne très haute, je devrais encore tenir sans trop de problème. »

« Les bruits de la nuit autour de moi m’encerclent, se joignant au battement régulier de l’horloge dans une danse machiavélique. J’ai peur et je ne peux plus m’enfuir. Quoique je fasse, je les entends, je les entends, je les entends toujours et je ne les oublie pas. Ma capacité d’observation semble être revenu à 100%... je sais pas si c’est un bien. »

Le jeune Alix se sent prisonnier et de fait il l’est. Quand il regarde autour de lui, il se trouve dans une pièce sombre, recouverte d’immense tapis aux étranges motifs. Lui ne peut pas bouger, il ne peut regarder que devant lui et c’est un jeu de corps étranges qu’il découvre.

Un corps bicéphales qui semble possédé par une étrange magie vaudou et ce corps pulse, faisant vibrer le lit sous ses coups de boutoirs. Puis peu à peu l’obscurité se dissipe et il peut les apercevoir. Anne, son corps frêle et cuivré et l’immense corps blanc d’Aloysius. Le sorcier et la jeune fille se confonde dans une danse presque expiatoire et Alix ne peut que crier d’horreur. Le visage de la jeune fille est défiguré par le plaisir qu’elle éprouve et cela ne fait que retourner le couteau dans le cœur de son jeune amant, témoins condamnée de cette scène qui le brise.

Lui-même doit maintenant lutter contre son propre désir. Son amante se donne à ce monstre de sorcier et pourtant il ne peut rien faire d’autres que regarder. Et leurs ébats provoque en lui une colère sourde ainsi qu’une fascination langoureuse. Le corps de la jeune fille qui bouge en rythme comme les vaques qui se cassent sur les berges, ses petits seins qui piquent vers l’éternité des éthers, sa peau cuivré où l’on peut percevoir ce léger tremblement de plaisir. Et plus encore que l’envie de tuer cet être infâme, Aloysius, qui lui vole sa vie, il souhaite prendre sa place. Que ce ne soit plus lui dans ce lit avec Anne mais lui-même, Alix, en train d’étreindre le corps de son amante, de se déchirer avec elle dans les limbes du plaisir.

Pourtant le doute lui vient. Aurais t’il la force, le talent pour lui donner autant de plaisir ? L’aimerait t’elle autant qu’elle aime lui ? Pourtant c’était son amante. Et au fond de lui-même il ne comprenait pas comment il en était arrivait là. Une profonde incompréhension l’envahissait alors qu’une voix raisonnait dans sa tête « tu n’as qu’à le vouloir pour être à ma place. Devenir moi. Alors tu l’auras elle mais tu auras aussi le pouvoir. Alors rien ne pourra jamais se mettre dans ton chemin. Alors tu seras aussi puissant que les dieux ». Il voulut se débattre, pour échapper à ce vœux maudit et pouvoir tuer cet homme impie, mais quand il regarda les liens qui le détenaient, il fit face à deux immenses serpents qui le regardaient avec leurs yeux jaune.


« Je viens de comprendre que j’ai continué mon manuscrit à la place du vocatif. Comment ai-je pu le faire sans m’en apercevoir ? »
« Je dois me remettre au travail, je relance un bro de café. Et je le corse autant que possible ».


05h05

« 1,5 par 15 qui nous font 22,5. La conférence est finit mais je me sens mal. J’ai vomi trois fois depuis la dernière demi-heure et mon corps tremble comme la pelouse secoué par la tempête. J’essaie de me déplacer pour rejoindre mon lit mais je m’écroule. Je me dis que j’ai meilleur temps d’aller à la pharmacie ».

« Autour de moi tout semble déformer, dans les rues les maisons s’envolent vers le ciel. Parfois je tombe mais comme personne n’est là, personne ne vient m’aider. Malgré l’absence de spectateur, je me relève le plus fièrement du monde. Mon bras vient de partir tout seul et il a cogné un mur. Ca commence à faire beaucoup pour mon bras gauche. »

« Les ombres déformés par les lueurs tremblantes
Dansaient avec fureur sur les parois stridentes
Les retombés cycliques de goutes en souffrances
Brisait avec écho l’agonie du silence » (JBX, Reflet d’Acide) »

Tiens je crois voir une pharmacie ».


6h32

Il est tôt dans les ruelles d’Omnia quand l’errance du jeune technomage touche à sa fin. Sa pérégrination l’a laissé épuisé, autant que l’overdose de caféine qui coule encore dans ses veines et les fortes fièvres qu’il subit.
Il s’approche comme il peut de la pharmacie, graal d’une quête d’une heure dans la ville. Il faut surement noter qu’il s’était perdu mais il n’a pas peur de faire le chemin à l’envers. Il sait partout où il est passé, il ne sait juste pas où c’est. Après un énième grand geste de la main, qui évita de peu un groupe de branleur prêt de la pharmacie, il tourna la poignée et pénétra dans la pièce.

La pharmacienne était une femme dans la force de l’âge, au trait fin et généreux et aux formes avantageuses. Elle le regarda d’abord durement, et une lueur de folie minuscule passa dans son regard sans que le jeune homme ne puisse l’interpréter.

Bonjour, que puis-je faire pour vous ?

Le garçon s’avança dans la pièce de son air le plus assuré possible. Les jolies femmes le mettaient mal à l’aise de manière générale mais il n’était plus à ça prêt.

« Vous avez de l’aspirine ? Je crois que j’ai un peu de fièvre ».

Et subissant les effets cumulés d’un geste nerveux de sa jambe et du manque d’équilibre due à la fièvre, il s’écroula par terre sur le plancher de la pharmacie, à moitié conscient, à moitié délirant, répétant le mot aspirine comme un graal précieux.



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Lun 1 Avr - 15:12
En tant que pharmacienne, Hierophant avait vu beaucoup de patients dans un mauvais état, mais le jeune homme semblait plutôt mal en point. On aurait dit qu’il n’avait pas dormi de la nuit, torturé par son propre corps. Il devait être un de ces malades qui refusent de faire quelque chose à propos de leur cas avant que ce ne soit absolument nécessaire.

La jeune femme fronça les sourcils en voyant son client si malade. Un regard rapide hors de la boutique lui apprit qu’il était arrivé ici seul. Il n’avait pas de compagnons, pas véhicule, même pas un cheval. Il avait marché seul dans les ruelles jusqu’ici. Pour un jeune homme aussi frêle, il avait du faire un effort surprenant et l’assassin ne put s’empêcher d’être surprise.

Puis, visiblement à bout de forces, il s’effondra sur le sol de la boutique. Aussitôt, Hierophant abandonna ses gants possiblement tachés de substance corrosive et se précipita au secours du premier client de la journée. En général, les malades dans un état pareil faisaient venir Kolgun chez eux ou envoyaient un ami, une connaissance prendre les médicaments nécessaires. Ce jeune homme-là semblait seul. La jeune femme ne put s’empêcher de se sentir désolée pour lui. Elle s’agenouilla à ses côtés, le redressant à moitié. Elle ne put s’empêcher de rire un peu devant son euphémisme et remit quelques mèches de cheveux désordonnées derrière ses oreilles :

- Entre nous, fit-elle dans un murmure, comme si elle s’adressait plus à elle-même qu’au client en question, je pense que vous avez un peu plus qu’une petite fièvre...

Par habitude, elle posa la main sur le front du jeune homme. Il était brûlant. Ce n’était pas étonnant : il suait et avait l’air ailleurs, comme déconnecté du monde des vivants. Il n’en fallait pas plus à la jeune femme pour se rendre compte qu’elle avait affaire à une fièvre assez sévère. Rien de mortel, selon son premier diagnostic, mais mieux valait ne pas laisser les choses traîner comme il l’avait apparemment fait.

- Kolgun, appela-t-elle sans quitter le malade, Kolgun, je sais que tu es vexé, mais on a un client en très mauvais état ici !

Elle leva les yeux vers la porte de l’arrière boutique où elle avait poussé son amant sans cérémonie, espérant que sa conscience d’apothicaire le pousse à venir l’aider. Le client en lui-même n’était pas très lourd, mais la dernière chose à faire dans ces cas-là était de le remuer dans tous les sens et ils y arriveraient mieux à deux.

- Un client en mauvais état... Ou un déjeuner... se demanda-t-elle en jugeant un instant le jeune homme qu’elle tenait dans ses bras.

Après tout, il était venu jusqu’ici tout seul. Il n’avait peut-être pas de famille ou pas d’amis pour venir ici à sa place. De plus, ce n’était pas un beau quartier bien fréquenté : n’importe qui pourrait se faire agresser ici. Le temps qu’ils le retrouvent dans cette partie de la ville, on pourrait faire croire que les chiens errants avaient mangé des petits bouts du cadavre que des malfrats avaient laissés derrière eux, uniquement intéressés par la bourse du jeune homme...

La porte finit par s’ouvrir sur l’apothicaire. Il semblait très énervé et vexé, mais il se rendit très vite à l’évidence : Hierophant avait raison : ils avaient un patient en très mauvais état. Aussitôt, il fronça les sourcils et demanda :

- Que s’est-il passé ?
- Il s’est effondré. Je pense qu’il n’a plus totalement contrôle de son corps : il avait des gestes nerveux... Et il est très très fiévreux. Il a demandé de l’aspirine. Il est brûlant.

Kolgun s’approcha du malade, le jugea en un regard et releva les yeux vers la vitrine où les passants, visiblement ravis d’avoir un spectacle, s’aglutinaient comme des mouches autour d’un pot de miel. Il ferma les rideaux, récoltant les soupirs des curieux.

- Maintiens-le droit. Il ne faut pas qu’il se morde la langue et se noie dans son sang. Je vais chercher le matelas et de l’eau fraîche. Essaye de le maintenir conscient : j’ai besoin de savoir précisément quels sont les symptômes avant de lui administrer quoique ce soit, fit Kolgun avec son efficacité habituelle avant de se retourner et de rentrer dans l’arrière-boutique où ils gardaient de quoi gérer les urgences.
- Est-ce que tu penses qu’il a été empoisonné ? demanda Hierophant.
- Aucune idée.

La boutique était désormais plongée dans une demi-pénombre plutôt réconfortante et apaisante. Le monde extérieur était coupé, le spectacle était fini. La jeune femme se retrouva seule avec le jeune homme, à peine conscient, presque tremblant dans ses bras. D’un geste presque maternel, elle repoussa à nouveau les cheveux trempés de sueur qui étaient collés à son front brûlant. Où avait-il été attrapé cette maladie ?

- D’accord, murmura Hierophant, essayant de ne pas trop crier comme tout à l’heure pour épargner le crâne du jeune homme. D’accord, quels sont vos symptômes ? Que vous est-il arrivé ?

Elle essaya de ne pas trop le submerger de questions non plus, mais il fallait qu’elle ait des réponses pour ne pas lui administrer le mauvais remède. Il avait demandé de l’aspirine et il semblait qu’il allait en avoir besoin... Sauf s’il se trompait sur sa propre maladie, ce qui arrivait...

Kolgun ne tarda pas à arriver avec le matelas et très vite, le jeune homme se retrouva allongé dessus :

- J’ai besoin d’un grand verre d’eau et d’aspirine également, fit-elle alors que l’apothicaire allait chercher l’eau et le linge.
- Oui, bien sûr, madame, pourquoi est-ce que c’est moi qui doit courir à travers toute la maison pour chercher tout ce que madame désire ? Es-tu sûre qu’il a besoin d’aspirine ? Tu ne risques pas d'aggraver son cas ?
- Tu dois courir à travers toute la maison parce qu’on sait très bien que tes genoux ne te permettent pas de t’agenouiller trop longtemps. Il a de la fièvre, il ne faut pas être un génie pour le voir, alors trouve-moi de l’aspirine pendant que je m’assure qu’il ne nous meure pas entre les mains !
- Je pense que ça t’arrangerait : tu es de mauvaise humeur ce matin et tout le monde sait que, quand tu es de mauvaise humeur, tu as faim !

Hierophant sentit la colère monter en elle. Comment osait-il ?! Ils étaient dans une situation d’urgence et il osait ramener ce genre de problème ? Elle était sûre que c’était parce qu’elle n’avait pas voulu fermer le magasin avec lui. La jeune femme sentit ses mains se crisper sur le bras du jeune homme qu’elle tenait. De plus, si «tout le monde savait» vraiment ce qu’elle faisait quand elle était de mauvaise humeur, elle serait déjà probablement en train d’avoir des démêlés avec un tribunal.

- Kolgun, fit-elle avec une sorte de grognement animal menaçant, tu vas aller me chercher de l’aspirine, de l’eau et le linge, MAINTENANT !

Elle réussit à contenir sa colère assez longtemps pour garder une voix calme pendant toute la phrase, mis à part le dernier mot qu’elle avait probablement crié assez fort pour que toute la rue l’entende. Ça devrait les garder à l’écart pendant un petit moment. L’apothicaire partit sans un mot. Hierophant se sentit tout de suite un peu coupable de lui avoir fait une scène comme une amante exigeante, mais elle avait du mal à travailler en duo quand il s’agissait d’urgences.

De plus, il revint très très vite avec tout ce qu’elle avait demandé alors tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

La jeune femme se mit alors au travail. Elle redressa le jeune malade, l’appuyant sur son épaule pour qu’il se tienne droit, utilisant sa main gauche pour l’aider sa tête en place (il ne fallait pas qu’il se noie dans l’aspirine tant demandée après tout) et, de l’autre main, mélangea le médicament dans l’eau tiède et porta le verre aux lèvres du jeune homme, l’aidant à boire le contenu.

De son côté, Kolgun était en train de préparer de longues bandes de linges trempées dans l’eau fraîches pour les poser sur le front du patient. La jeune femme sentait son regard accusateur la brûler. Elle savait très bien ce qu’il allait lui dire quand elle en aurait fini avec ce client : «Tu ne t’occupes plus de moi, tu préfères tes contrats et tes clients. C’est parce que je suis vieux, c’est ça ?» etc etc. Mais Hierophant décida d’ignorer la situation qu’elle pourrait toujours régler plus tard. La jeune femme lui tendit le verre vide et reposa le jeune homme sur le matelas. Maintenant, elle pouvait se concentrer sur les choses sérieuses : déterminer à quoi elle avait affaire exactement avant d’administrer le moindre médicament.

Elle posa quelques linges frais sur le front du patient, faisant attention à ce que l’eau ne lui coule pas dans les yeux : ce serait une façon extrêmement désagréable d’avoir à répondre à ses questions.

- Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle une fois le calme revenu dans la petite boutique avec le départ de Kolgun dans l’arrière-boutique où il était probablement en train de bouder en faisant semblant de chercher de quoi remettre le jeune homme sur pied.

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Sam 6 Avr - 14:56
Le sol en bois de la pharmacie était comme un immense nuage auburn sur lequel flottait son corps souffrant. La fièvre, ce poison insidieux qui réchauffait la chair comme le soleil irradie le corps du poisson hors de l’eau, brûlait désormais comme un feu de paille à l’intérieur du jeune technomage. Les flammes blanches jaillissaient du bûcher d’herbes séchées sur lequel André Caéli luisait ; il ressemblait à l’effigie de Guy Fawkes que l’on transforme en torche quand vient le 5e jour de Novembre. Les courbatures douloureuses lui lacérer les muscles et les articulations comme si il avait fait une semaine intensive d’entrainement physique.

Mais si la fièvre diminuait fortement ses capacités motrices, l’effet du café était bien plus néfaste encore. Des spasmes violents commençaient à se saisir de lui, et il avait l’impression de quitter le lit flottant sur lequel il reposait pour s’envoler vers le ciel avant de retomber lourdement dans un léger bruit de craquement. Le bois émettait son petit son caractéristique au pied de la jeune assassin, sans que cela soit réellement violent. Ses spasmes, pour impressionnants qu’ils soient, ne le faisait bien sûr pas « décoller » mais les sensations du magicien se trouvait modifié des effets de la fièvre. A ses tremblements réguliers et violents venaient s’ajouter des mouvements nerveux incontrôlables de bras et de jambes qui tentaient de ruer un ennemi. Le membre partait fouetter l’air pour retomber brusquement dans le vide, arrachant au jeune homme une grimace de douleur quand cette chute s’achevait et que sa main heurtait, une fois de plus le sol avec violence, mettant son poignée foulée dans une chute initiale au supplice.

Mais le pire pour un jeune Mihailovien était le délire total dans lequel ses capacités sensitives se trouvaient plongés. Il avait l’impression de flotter au-dessus d’Omnia comme un ange qui gisait éteint et apathique sur un lit de nuage. Pourtant le sol en-dessous de lui était dure comme le bois, sa main l’avait fermement essayée et confirmée. Mais avec son corps il n’avait pas l’impression de le toucher. C’était comme si un léger matelas d’air le séparait de la surface marron et polie qui servait de plancher à la petite boutique.

Au fur et à mesure qu’il gisait par terre, au repos pour la première fois depuis une heure et demis, une pression irrésistible montait en lui. C’était un mélange de peur, de culpabilisation (de celle qui touche le procrastineur) et de désir de liberté et d’épreuve physique. Comme si son corps refusait cette inactivité que la fièvre lui imposait et cela ne faisait que renforcer les tics nerveux qu’ils subissaient. Une crampe menaçait de partir à tout moment dans son mollet droit mais pour l’instant, ne se déclenchait pas, ce qui évitait au jeune homme une douleur supplémentaire.

Soudain le technomage eu l’impression de ressentir comme une lueur salvatrice sur sa peau brûlante. Des goutes fraiches et humides vinrent se mélanger aux perles de sueurs qui dégoulinaient sur son front et un linge banc et humecté recouvrit son front puis épongea doucement son visage. Il vit alors un ange. Des traits doux et de longs cheveux qui tombaient en cascade sur des épaules finement musclées. Elle lui souriait gentiment et ses lèvres langoureuses étaient comme un diamant pourpre. Il se rappela la pharmacienne et se dit qu’au moins il était en sécurité entre deux bonnes mains.

Elle était proche de lui. Très proche. Trop proche. Mais dans son état de fièvres caféinés avancés, il n’y avait plus de place ni pour la timidité, ni pour la peur. En fait cette présence était plutôt rassurante car il n’était plus livré à lui-même face ç sa fièvre. Et Puis c’était un peu ça aussi le but de sa visite à la pharmacie.

Il entendit la pharmacienne parler comme dans un rêve. Sa voix était lointaine et profonde et elle s’envola par-dessus le bureau sans vraiment atteindre les neurones fatigués du technomage. Il enregistra la phrase mais ne parvenait pas à en faire l’analyse. Le signifié lui semblait vide de sens pour l’instant et il se concentra malgré la migraine et la douleur pour apporter une réponse à cette question. Mais la réponse ne venait pas… sa tête ne comprenait pas.

"D’accord, quels sont vos symptômes ? Que vous est-il arrivé ?"

Il se concentra fort et compris que la question était une question d’observation. Analytique. Afin de pouvoir le soigner. Il répéta faiblement aspirine par réflexe mais était en train de changer son disque comme il pouvait.

Au plafond, les taches de poussières étaient en train de danser une valse de lumière, apparaissant et disparaissant comme des milliers de lucioles. Au centre était le lustre qui était le pilier tournant de cette salle de balle inversée pour acarien téméraire. Les murmures incompréhensibles de la pharmacienne à ses oreilles s’étaient mués en une musique lancinante, comme celle d’un slow et chaque tâche avaient trouvés sa partenaire alors qu’un vieux assis sur un banc semblait hurler « de profundis morpionibus »

« De profondis.
Des profondis.
DES PROFOND MORPIONIBUS ! MAINTENANT ! »

Il fut pris d’un nouveau spasme alors que sa tête raisonnait encore sous le cri de la jeune fille. Il avait était frappé par ce haussement de voix comme l’est le ramasseur de balle inattentif par un service dans sa pauvre tête. Son bras parti sur la gauche et frappa violemment le plancher.

Puis après quelques phrases que ses oreilles refusèrent catégoriquement de décrypter, il put comprendre :

« Comment vous sentez-vous ? »

Et il parvint à formuler la réponse à la première question. De manière sporadique ; sans syntaxe ni application.

« Café… Fièvre… Café… Beaucoup de café… trop de fièvre… Aspirine… Caféine… »

Puis il hurla longuement

« Cafféééiiiiiiiinnneee »

Dans sa tête quelque chose venait de se briser. L'aspirine, la fièvre, tout ses détails insignifiants venaient de disparaître. Trève de billevesée c'était l'heure de prendre un café. Son addiction avait pris le pas sur le bon sens et il lui semblait maintenant que le liquide couleur jais pouvait résoudre tout ses problèmes de maladie. Il craque compllètement. Et fut pris d’un violent spasme qui le fit retomber au sol alors son cerveau venait enfin de comprendre la dernière question de la jeune femme.

« Je me sens malade. Et j’ai peut être forcé un peu sur le café… Caféééééééééééééééé ».


Et rajoutant d’une voix faible, presque mourante

« pas besoin d’aspririne. Juste de café. Café. Café. Café. Café. Couleur Café. Caffffffféééééééé » ;


Un geste nerveux fit partir sa jambe gauche qui frappa le sol avec violence cette fois. La crampe se déclencha et le jeune homme dont la fièvre briguait le raisonnement ne compris que la douleur, vive et irrémédiable qui était en train de l’envahir. Ses traits se forcèrent et son corps se tendit pour lutter contre la douleur, ce qui amplifia sa migraine. Sa jambe rua une nouvelle fois en lui arrachant un long

« Ca fait mal p************* ».



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Dim 21 Avr - 13:55
Hierophant sentit la panique s’emparer d’elle pendant un instant. Kolgun était reparti bouder dans son coin et elle était toute seule avec le jeune homme dont l’état était plutôt inquiétant. Elle sentait ses mains trembler et son rythme cardiaque s'accélérer. Elle n’était pas habituée à gérer ce genre d’urgences seule. Mais, par Watos, elle avait réussi à échapper à un cannibale à dix oui ou non ?

S’il y avait bien une chose que la jeune femme avait apprit c’était que tuer était mille fois plus aisé que soigner. Les êtres humains avaient tous les mêmes points sensibles, les mêmes veines à percer pour les vider de leur sang, la même façon de s’étouffer... Mais rien n’était plus délicat que la médecine. Des milliers de pensées passaient dans sa tête sans pouvoir s’arrêter pour qu’elle puisse les analyser. Elle fit alors ce qu’elle faisait de mieux : elle agit par instinct.

Heureusement pour le jeune homme, son instinct salvateur avait prit les devants sur ses instincts cannibales. Sinon, elle se serait retrouvée avec les dents plantées dans la joue du jeune homme, buvant le sang, arrachant la peau, satisfaisant son estomac et son insatiable gourmandise. A la place, sa main avait trouvé le ruban qui attachait ses cheveux en une longue natte et, malgré ses mains tremblantes, elle réussit à le défaire sans s’arracher trop de cheveux. Sa longue chevelure dorée se défit comme un boa se laissant tomber d’un arbre pour étrangler sa proie. Elle n’y prêta pas attention et se mit tout de suite à l’ouvrage. Hierophant saisit le bras que le jeune homme venait de se cogner en remuant dans tous les sens et le serra pour qu’il ne s’échappe pas à nouveau. Puis, elle saisit l’autre bras et, tenant les deux mains dans les siennes, attacha les deux poignets ensemble, nouant le ruban avec les dents.

Avec son nez aussi proche des veines palpitantes, la jeune femme dut fermer les yeux un instant pour se battre contre l’envie de gouter le jeune homme. Mais maintenant, elle s’était mise en quête de le sauver, elle devait donc aller jusqu’au bout de son plan. Il demandait sans cesse du café et tenta de refuser l’aspirine qu’il avait demandée. Mais ce n’était pas vraiment comme si Hierophant n’avait pas l’habitude d’administrer des médicaments de force à ses patients. Elle ne pouvait s’empêcher de sourire à chaque fois que les famille des malades la remerciait d’avoir enfin pu forcer à leur faire avaler un remède dégoûtant de force : elle se demandait s’ils la remercieraient toujours s’ils savait qu’elle s’était entraînée avec du poison sur des cibles qu’elle était payée pour tuer.

Une fois le jeune homme attaché, au moins au niveau des bras, la jeune femme plaça une autre serviette trempée sur son front. Elle sentait ses muscles tirer, ses sourcils froncés sous l’effort de la concentration. Il semblait qu’elle aurait elle aussi besoin de café très bientôt. Mais probablement pas autant que son jeune patient... Pourquoi s’était-il mis dans cet état ? S’il s’y était mis. Il réclamait encore du café, certes, mais qui sait si on ne l’avait pas forcé à en boire ? Il aurait probablement une explication à lui donner quand il serait en état de parler normalement.

La jeune femme hésita : devait-elle accéder à sa demande et lui donner encore du café ? Il était clair que le breuvage avait eu un effet néfaste sur lui, mais peut-être était-ce comme l’alcool : rien de mieux qu’une gorgée le lendemain pour estomper tous les effets ! Du moins, c’était ce que Kolgun lui disait et ce qu’il faisait. Quand Hierophant s’amusait à essayer de l’imiter, elle finissait toujours par vomir encore plus en jurant à son amant qui lui tenait les cheveux en riant que c’était la dernière fois qu’elle touchait à une goutte d’alcool avec lui. Maudits soient les Omniens et leur sacré résistance à l’alcool ! Non, la jeune femme décida, lui donner encore plus de café n’aiderait les choses en rien. Elle risquait peut-être même de l’achever : le coeur du jeune homme battait à mille à l’heure dans sa poitrine et elle n’avait vraiment pas envie qu’il fasse une crise cardiaque maintenant.

Elle se précipita sur une des étagères et saisit une fiole remplie de liquide bleuté. Elle fit sauter le bouchon, brisant la cire protectrice et s’agenouilla à nouveau aux côtés de son patient. Le temps qu’elle soit partie, la serviette froide était devenue tiède avec la chaleur corporelle du jeune homme. Il était terriblement fiévreux. Une boisson chaude était bien la dernière chose dont il avait besoin. Hierophant regarda un moment la fiole dans sa main : elle n’avait pas vraiment le temps de faire un dosage savant et elle ne savait pas si son patient avait mangé avant de venir.

- Et puis zut, se marmonna-t-elle.

Elle redressa le jeune homme encore une fois, ignorant ses mouvements brusques et ses plaintes et, en guise d’avertissement, lui fit le plus doucement possible (elle s’en voulait terriblement d’avoir crié auparavant, c’était très peu professionnel et avait du lui donner un mal de tête horrible) :

- Buvez ça, ça va vous aider à vous détendre un moment... Ça n’a pas le meilleur goût du monde, mais ça va vous aider...

D’un geste inconscient et machinal, elle passa sa main dans les mèches humides des cheveux du jeune homme, dégageant son front et ses joues d’un geste tendre. Puis, elle porta la fiole aux lèvres du jeune homme et, d’un geste sec presque brusque, versa le contenu dans sa bouche. Plus il avalerait vite, mieux ce sera pour lui. Hierophant connaissait bien ce remède : elle avait eu ce goût amer entre la viande avarié et la plante fanée sur la langue pendant plusieurs jours après son premier repas de chaire humaine à Omnia. Si sa faim avait été enfin assouvie, son esprit avait été terriblement tourmenté avant que les dernières attaches de la morale ne sautent. Elle avait eu du mal à dormir pendant des jours, terrifiée des cauchemars (ou plutôt des souvenirs) qui hantaient son sommeil sans cesse. Au début, elle avait essayé de s’occuper avec Kolgun, découvrant leur nouvelle relation pendant des heures pour ne pas tomber dans les bras de Morphée, mais son nouvel amant avait eu du mal à tenir la cadence et avait fini par lui administrer la potion bleutée pour qu’elle finisse par prendre un peu de repos, dans de longs sommeils sans rêves et sans cauchemars.

Hierophant plaça délicatement sa main sur la gorge du jeune homme pour vérifier qu’il avalait bien le remède. Une fois satisfaite, elle retira ses mains, le laissant doucement glisser sur le matelas. Les muscles commençaient à se détendre, peu à peu, tandis que le sommeil allait le frapper. Il aurait l’impression de glisser dans un bain chaud et mousseux avant de tomber dans un sommeil noir et salvateur. La jeune femme lui sourit doucement avec une tendresse qui lui ressemblait très peu et elle le laissa dormir.

Une fois assurée qu’il était endormi, la jeune femme décida de remettre de l’ordre dans la boutique. Elle rangea la fiole dans la boîte des fioles vides à laver et à ré-utiliser, défit les mains du patient et mit le ruban dans sa manche d’un geste absent, repoussant ses cheveux de son visage où la sueur commençait à se former à cause de la panique et des mouvements brusques. Puis, elle se pencha sur le jeune homme. Il était assez frêle et elle était prête à parier qu’il était plus âgé qu’il ne semblait l’être. Elle se demanda comment il avait fait pour trouver la boutique. Certains membres de la pègre avaient cherché pendant des semaines avant de réussir à la trouver pour la contacter.

Il en aurait des choses à raconter quand il se réveillerait.

La jeune femme passa ses bras autour du torse et sous les genoux du jeune homme, le soulevant. Elle avait porté des cadavres plus imposants que son patient. Hierophant marcha alors doucement vers les escaliers derrière le comptoir qui menaient à la chambre qu’elle partageait avec Kolgun en faisant attention à ne pas marcher sur l'ourlet de sa robe.

Il n’y avait aucun doute que son amant ne serait pas du tout heureux de trouver un autre homme dans le lit où il dormait, mais ce ne serait pas la première urgence qu’ils auraient à transférer en haut pour leur permettre de garder la boutique ouverte pendant que le malade était en convalescence. Et aujourd’hui n’était pas un jour où Hierophant pouvait se permettre de fermer la boutique : elle attendait toujours ses contacts.

Elle posa donc le jeune homme sur les draps repliés à la va vite et cala sa tête sur les oreillers. Elle prit son pouls et écouta sa respiration un moment : il semblait dormir pour de bon. Tant mieux. Quand il se réveillerait, il aurait probablement la bouche pâteuse et la tête douloureuse (sans parler du bras qu’il avait cogné très violemment juste avant) mais il serait calme. Hierophant comptait bien lui interdire toute goûte de café pendant au moins une semaine après cet incident. Si possible en montrant les dents si le simple avertissement ne suffisait pas. La jeune femme s’installa devant sa coiffeuse pour refaire sa tresse. Les mains de Kolgun dans ses cheveux lui manquaient déjà. Elle était très fatiguée, ses cernes à peine masqués par la poudre qu’elle avait prit la peine de mettre ce matin. Elle avait hâte de se glisser dans les draps (qu’elle aurait préalablement changés) tout contre son amant et s’endormir dans ses bras pour une longue nuit bien méritée. Mais d’abord, pensa-t-elle, en passant son peigne dans son épaisse chevelure, elle devrait non seulement sauver ce jeune homme mais aussi se réconcilier avec l’amant en question. Elle soupira en tressant ses cheveux à nouveau, les attachant à nouveau avec son ruban.

La jeune femme se remit ensuite en quête de faciliter le réveil de son patient. Elle tira les rideaux de la chambre, la plongeant dans une obscurité fraîche et bienvenue. Puis, elle descendit ouvrir la boutique à nouveau pour que Kolgun puisse continuer à faire ses affaires, ouvrant les rideaux et chassant les spectateurs trop curieux avec des regards noirs. Il était fort possible que certains des traînards soient au courant de son troisième métier. Médecin, fournisseur de poisons, assassin. Hierophant n’avait jamais le temps de s’ennuyer. Puis, elle s’occupa de la cuisine. Elle avait certes déjà mangé, mais cela lui semblait une éternité depuis qu’elle avait avalé une bouchée et elle était prête à parier que son patient était dans le même cas qu’elle.

En entrant dans la cuisine, enfilant un autre tablier (oui, elle aimait terriblement sa robe et détestait se tacher alors elle devait bien avoir une dizaine de tabliers, chacun destinés à des usages complètement différents) et ouvrant le buffet pour voir ce qu’elle avait à disposition. Elle saisit du fromage, du pain blanc encore frais et, saisissant la jarre de lait, elle tomba sur des morceaux de viande séchée. Elle fronça les sourcils : il ne lui semblait pas que Kolgun avait racheté et fait sécher de la viande récemment. Curieuse, elle prit une bouchée. La saveur explosa littéralement sur son palais et elle se surprit à fermer les yeux, gémissant de plaisir sans la moindre honte. C’était vrai, ce client de la dernière fois. Il y avait une semaine, elle avait du le tuer avec une flèche empoisonnée et elle n’avait pas pu prélever assez de chair pour faire un bon steak bien épais, alors elle avait fait des délicieuses tranches de lard fumé avant de faire sécher le reste, prévoyant un moment de vide dans ses commandes. Dès fois, elle s’adorait.

Elle disposa donc des aliments, nourrissants mais assez légers et frais pour le jeune patient à l’étage, sur un plateau en mâchant son dernier client. Puis, une idée lui vint à l’esprit... C’était vrai que le viande humaine lui donnait toujours une certaine énergie. Elle était en très bonne santé pour une jeune femme qui avait été morte de faim pendant plusieurs mois dans sa jeunesse. N’importe quelle autre fille n’aurait jamais pu atteindre sa taille, sa force, sa vitalité après une telle épreuve. La chaire humaine avait de très bonnes vertus médicales et il semblait que son nouveau protégé aurait bien besoin d’un peu d’énergie...

Elle eut un petit sourire, disposant quelques morceaux de viande entre le pain et le fromage. Puis, elle s’arrêta net. Oui, mais quel prix à payer pour une telle vitalité ! Elle était sans cesse obligée de tuer pour manger, comme un prédateur, comme une bête féroce. Quand elle avait faim, la seule personnage capable de la contrôler était Kolgun. Kolgun était le seul homme capable de la comprendre et de l’aimer malgré son régime alimentaire. Pouvait-elle infliger un tel sort au jeune homme qui n’avait strictement rien demandé et qui dormait à l’étage ?

En même temps... Elle se sentait seule. Chasser en solitaire était une activité délicieuse, mais lassante à la longue. Elle rêvait de pouvoir emmener Kolgun, de le nourrir, de lui faire comprendre ce qu’elle vivait, la faim qui la consumait. Elle fixa l’assiette intensément comme si celle-ci pouvait lui répondre. Elle commençait à vraiment devenir folle, à devenir comme Jaken. Bientôt, elle se ferait guide et piègerait ses voyageurs dans une cave au beau milieu de l’hiver pour les manger et les pousser à se manger entre eux pour voir lequel serait le plus digne d’être son compagnon. Elle tendit la main pour repousser la viande de l’assiette quand la petite voix de son instinct le plus sombre et le plus sauvage (qui avait très étrangement la voix de Jaken) lui fit : «Mais ce ne sont que quelques morceaux. Tu as du vivre de la chair humaine pendant plusieurs mois. Lui, n’en mangera que quelques morceaux avant de revenir à un régime normal. Rien de bien grave.»

Alors, elle remonta avec l’assiette complète. Que Watos lui pardonne.

Quand elle se retrouva à nouveau dans la chambre, son patient commençait déjà à se réveiller. Elle avait du passer plus de temps que prévu dans la cuisine, aux prises avec son débat intérieur. Elle le regarda avec une tendresse qui la surprit elle-même et posa l’assiette sur la table de chevet à côté du patient avant de lui tendre un verre de lait. Pas de café ni de médicament cette fois-ci :

- Tenez : buvez, mangez. Vous avez prit beaucoup de médicaments ces dernières heures et vous avez besoin de quelque chose d’autre dans l’estomac, fit-elle de sa voix la plus douce.

Elle doutait qu’il puisse avoir peur d’elle dans sa robe modeste avec son sourire, mais après tout, elle ne pouvait pas se permettre qu’il devienne méfiant maintenant. Il devait manger la viande. Hierophant devait savoir comment il réagirait, ce qu’il dirait, en mangeant un de ses compatriotes sans même le savoir.

Elle tira une chaise près du lit et s’assit, le regardant attentivement pendant qu’il sortait de son sommeil, la lumière blanche du matin qui perçait sous les rideaux les plongeant dans une semi-obscurité, délimitant uniquement leurs contours, comme s’ils étaient enfermés dans un autre temps dans un autre lieu.

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Mer 24 Avr - 18:02
La matinée avait un peu progressé pendant que le jeune technomage dormait, et atteignait maintenant son apogée. Le soleil dardait des rayons doux à travers le vitrage de la chambre faisant sur le sol de bois comme des tâches plus clairs. Sur le chemin translucide de la lumière volaient des milliers de petits points blancs, comme une neige fine qui lévitait paisiblement au milieu de la pièce et le jeune homme resta un long moment à fixer la danse léthargique de la poussière soulevé par l’air. Par moment de longs frissons parcouraient son corps mais il se sentait quand même un peu apaisé. Le lit et l’oreiller étaient moelleux et le jeune homme avait l’impression que le sommeil l’aspirait par intermittence ; il laissait alors ses yeux se fermer à nouveau pour un songe rapide et ténébreux jusqu’à ce s’apercevoir qu’il est en train de fixer à nouveau en train de fixer les rayons du soleil sur le sol de la pièce.

Dans sa tête les évènements se bousculaient sans qu’il puisse vraiment distinguer le songe de la réalité. Il revoyait une jeune femme aux traits doux, très belle, dont le visage était tout proche. Puis ce visage s’éloignait avant de revenir, dans une incessante régularité, comme le fait le balancier d’une pendule, encore et toujours. Une sensation froide avait couru sur son front et il avait trouvé cela agréable. Etait-il possible qu’une maladie provoque quelque chose d’agréable ? Toujours est-il que soudainement, les lattes de bois s’écroulèrent en-dessous de lui et il tomba dans les ténèbres les plus profondes avant d’atterrir sur ce lit confortable mais surtout bien positionné.

Il ne se sentait pas bien. Le somme l’avait un peu calmé et si ses gestes étaient à nouveaux sous contrôle, de longs frissons convulsaient par moment tout son corps, le laissant nerveux et hagard sur le lit. Une pression profonde et grave montait du fond de ses tripes et lui imposait une sensation de gêne et de malaise. Des douleurs, comme des courbatures, avaient posés leurs rouilles sur le moindre de ses mouvements et le forçait à réduire ses gestes aux maximums. La douleur lui rappelait une autre réalité, plus cruelle et ennuyante que les courbatures dues à la fièvre. Son poigné semblait fêlé ou pire et aux signaux qu’émettaient certains de ses muscles, de longs hématomes devaient recouvrir une bonne partie de son corps. Ses capacités motrices, bien qu’entravaient par la douleur, étaient revenues à la normale, c’est-à-dire qu’il pouvait se déplacer sans craindre qu’une de ses jambes ne fasse un croche patte à l’autre dans un déchainement sporadique de nervosité. Ce genre de régulation était rassurant pour un patient qui réalisait sa convalescence et le garçon ne se sentait qu’encouragé par ses progrès physiques, qui restaient il faut bien le dire, triviaux, puisqu’ils concernaient le corps, mais c’était quand même restaient positif.

Il voulut donc mettre à l’épreuve ses capacités cognitives afin de voir s’il avait vraiment recouvré l’essence même de son être c’est-à-dire ses capacités purement intellectuelle. Bien sûr qu’André Caéli délaissait son corps pour sa force mentale et cela était pour lui bien plus important. Il voulut compter les grains de poussières mais il faut bien l’admettre, cela est impossible, même pour quelqu’un dont les capacités d’observations et la mémoire dépasse l’entendement humain ; devant ses yeux, les fins petits points mordorés se mélangèrent dans leurs danses transcendées. Une espèce de lourdeur et de chaleur opprimait le jeune homme et le fatiguait. Il avait l’impression que tout, à l’intérieur de son esprit, fonctionnait parfaitement ; les analyses étaient rapides, la mémoire avait retrouvé son rôle de graveur et malgré le flou qui subsistait sur les évènements du petit matin, il concevait à nouveau de manière cohérente l’enchainement des évènements. Pourtant rien n’y faisait, chaque pensée, chaque efforts mentaux lui étaient un peu plus couteux, un peu plus épuisant et demandait donc un effort bien plus violent que d’habitude ; et cela à cause de la chape de fer qui recouvrait sa tête.

Dans la pièce d’à côté, il pouvait entendre des sons oraux féminins, pas véritablement des paroles, mais entre le soupir, l’exaltation de joie et l’expression par onomatopée de la pensée humaine, comme un grand « huuuuummm ». Le visage de celle qui l’avait secourue lui revint à l’esprit. Il devait surement se trouver chez elle. Ce lit était le sien, ou du moins devait lui appartenir, ainsi que cette pièce. Etonnement l’image ne portait que très peu de signe distinctif. Pas assez pour qu’on puisse la rattacher à la personne qui y vivait, pourtant elle semblait aménagée pour y vivre. C’était assez bien rangé, mais surtout ordonnée avec pragmatisme. Une odeur de fumée traversait la cloison et il lui semblait que sa bienfaitrice cuisinait de la viande, ce qui le mit en appétit. Quoique la nourriture soit une chose du corps et donc appartenant à la trivialité du monde, il ne fallait pas la sous-estimée. Un esprit affamé n’était pas efficace, comme un corps sain était une tranquillité qui aidait à réfléchir. Cette soumission insidieuse de l’esprit au corps exaspérait le jeune homme mais l’avait toujours convaincu de garder sa condition physique à un niveau respectable, afin que les efforts de son intellect soient prodigués vers la pensée et la recherche plutôt que sur la maitrise de cette chose encombrante que nous sommes, par essences, quand nous parlons de nous en tant qu’être physique. Un non-sens de l’esprit qu’il fallait suivre et respecter. D’autant que le corps, la faim, était source de plaisir et de désir, et donc d’une recherche qui est propre à l’Homme en tant qu’il est. Pourquoi lutter contre sa nature triviale alors que l’on peut la satisfaire pour s’élever ensuite par l’esprit vers de plus nobles cimes ?

La jeune femme fit entendre ses pas le long du couloir puis pénétra dans la chambre. Elle était aussi belle que le visage dont il se souvenait, mais ses traits semblaient plus durs. Malgré la fièvre qui courait encore à travers lui, elle ne bénéficiait plus de la vision pseudo-onirique qu’il avait atteinte plus tôt dans la matinée et elle apparaissait, simple et réelle, avec des expressions qui figeaient par instant ses traits dans une position moins tendre, moins douce, que ceux qu’avaient imprimés sa mémoire. C’était normal, la réalité est une chose cruelle à l’Homme. Elle portait un plateau d’où s’élevait un plat de légumes et de viandes d’où l’élevaient un fumée tout à fait exquis quoiqu’il ne reconnaissait ni l’assaisonnement ni la viande. En tout cas le steack avait l’air cuit bien saignant, comme il les aimait, et il était apporté par une jolie femme qui arborait un grand sourire. Sa démarche était féline et la présence du plateau et d’un récipient aqueux dessus ne semblait pas du tout l’entraver. Elle respirait l’équilibre et la dextérité, ce qui était quand même assez étrange, à moins qu’elle n’est était serveuse avant de devenir pharmacienne.

Sous le sourire radieux qu’elle arborait on pouvait lire un « ah vous êtes réveillés, j’espère que vous vous sentez bien ». C’était à la fois accueillant et gentil de sa part et dans la lueur de ses yeux on voyait une sincère préoccupation de l’état de santé du jeune homme. Il s’en sentit conforté quoiqu’un peu honteux d’être aussi faible et surtout pouponnée par une inconnue comme un bébé dans son landau. Il la regarda avec l’air d’un enfant pas sage qui vient de se faire gronder, avec un mélange à la fois de gratitude et de gêne envers la personne qui l’aide. Elle posa le plateau et s’assis à ses cotés sur le lit. Il s’était redressé et une grimace douloureuse avait déformé quelques secondes ses traits pendant ce geste trop violent pour son état. Quand il avait voulu prendre appuis sur son poigné droit, une douleur vive et intense l’avait envahi et il dut se redresser en se lovant, comme un serpent mais sur le dos, luttant les dents serrées contre les courbatures et les hématomes.

« Tenez : buvez, mangez. Vous avez prit beaucoup de médicaments ces dernières heures et vous avez besoin de quelque chose d’autre dans l’estomac »

Il voulut bien sûr prendre le plateau mais ne put soulever tenir la fourchette. Ou plutôt il pouvait la saisir mais était incapable de l’utiliser. Son poignée lui faisait très mal ; or le processus pour prendre à l’aide d’une fourchette un morceau de nourriture passe par un geste rotatif de ladite articulation, geste qu’il ne pouvait pas répéter sans éveiller une atroce douleur dans tout son avant-bras. Et c’est sans parler du grand mouvement de poignée nécessaire pour planter la fourchette dans la viande afin de la découper. Après trois bouchées arrachées à grand peine, il voulut temporiser.

« Je vous remercie pour votre aide et pour le repas mademoiselle. En plus c’est délicieux, vous êtes un véritable cordon bleu » Il sourit. « Je m’appelle André ».

Et ne pouvant temporiser plus, il reprit une bouchée qui lui fut fatal. La douleur fut trop vive dans son poignée et par réflexe il lâcha la fourchette avec un petit glapissement ridicule afin d’exprimer sa douleur. La fourchette retomba sur ses vêtements et libéra les quelques aliments qui se répandirent pitoyablement sur le lit. Le susdit couvert vint finir sa chute sur le parquet dans un bruit métallique qui raisonna longtemps dans le silence de la chambre.



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Ven 26 Avr - 14:19
Hierophant croisa les jambes sur sa chaise, son dos rencontrant le dossier. Elle devait apparaitre calme et sereine, comme la gentille apothicaire qu’elle était. C’était comme un jeu, un rôle qu’elle enfilait et qui modifiait la position de tous ses muscles, c’était comme une pose qu’elle devait maintenir pour observer sa proie. Hierophant n’était rien si ce n’était un prédateur. Tout son corps et son instincts n’étaient dirigés que vers un seul but : se nourrir pour survivre. Mais ce n’était pas le pire : les hommes apprenaient à vivre avec les animaux même les plus sauvages, ils avaient domestiqué des espèces bien pire qu’elle. Le problème des sociétés humaines avec les personnes comme Hierophant, ce que ces cannibales s’étaient domestiqués eux-mêmes : les loups avaient revêtu un costume d’agneau pour s’introduire dans la bergerie.

Quelles étaient les chances pour qu’un passant, la croisant, se doute que la jeune et jolie aide de Kolgun soit un monstre déchirant des cadavres avec les dents la nuit ? Quelles étaient les chances pour ce que jeune homme devant elle se doute que la jeune femme qui venait de l’aider si gentiment lui présente un morceau de la cuisse d’un homme à qui elle avait tranché la gorge dans sa propre boucherie, avant de l'accrocher par les pieds à un de ses propres croc à viande pour le saigner dans un des seaux en cuivre qu’il utilisait pour récolter le sang de ses propres bêtes pour en faire du boudin ?

Le lendemain, l’apprenti du boucher ne trouverait pas le corps du boucher, juste une carcasse à moitié dévorée entre les carcasses de vaches et un seau prêt pour préparer un boudin avec amour pour les clients. D’ailleurs, si la jeune femme voulait goûter de ce fameux boudin, elle ferait mieux d’y retourner rapidement avant que tout soit vendu. Le sang humain est riche et a un goût délicieux, lourd sur la langue, comme une sauce idéale pour les pommes de terres. Les clients se précipiteraient pour goûter ce nouveau boudin. L’apprenti se ferait une fortune et en viendrait à la conclusion que l’argent qui manquait dans leur coffre avait été prit par le patron qui s’était enfui. Après tout, tout le monde savait qu’il avait des problèmes avec certains seigneurs des ruelles qu’il valait mieux éviter en temps normal.

Hierophant s’inquiétait tout de même de son envie toujours grandissante de faire partager ses goûts particuliers avec d’autres êtres humains. Bientôt, elle servirait sa viande à Kolgun sans le faire exprès. Elle ne savait pas s’il pourrait le lui pardonner.

Mais maintenant la viande était là, répandant son délicieux fumet dans toute la pièce. Qui pourrait y résister ?

Le jeune homme n’essaya même pas : il était malade et affaibli, il avait besoin de se nourrir. Il utilisa le bras qu’il s’était violemment cogné juste auparavant. Elle espérait qu’il ne travaillait pas avec ce bras-là, sinon il devrait se reposer pour la journée, au moins. Le choc et le fait qu’elle l’avait attaché comme une dinde pour l’empêcher de gigoter avaient probablement abîmé son poignet. Hierophant ne l’avait pas cassé, elle le savait : elle connaissait par coeur le bruit des os se brisant, mais il était possible qu’il y ait une entorse, une foulure ou quelque chose du même genre. Il avait besoin de cette viande : elle le remettrait sur pied en moins de deux. Une bonne alimentation faisait des miracles : le bleu sur la mâchoire, près de l’oreille que lui avait donné le boucher en question en gesticulant pour essayer de ne pas perdre son sang avait quasiment disparu et était caché avec soin sous la poudre blanche que la jeune femme utilisait tous les matins.

Tout allait bien se passer, pensait Hierophant, faisant de son mieux pour garder son rôle de jeune femme nonchalante, tranquillement installée dans une chaise au lieu d’un prédateur dont les yeux perçants étaient fixés sur sa proie et uniquement sur sa proie.

Le jeune homme installé dans les draps se leva un peu et le jeune femme vint tout de suite à son chevet pour ré-arranger les oreillers dans son dos pour qu’il puisse tenir en position assise sans trop tirer sur ses muscles. Se faisant, elle s’était approchée de lui et pouvait l’observer tout à loisir. La moindre lueur de doute qui passerait dans ses yeux ne pourrait pas lui échapper. Il ne pouvait plus lui échapper. Mais la jeune femme se força à ne pas le regarder dans les yeux trop longtemps : si elle pouvait sonder son âme, il pouvait sonder la sienne. Il avait l’air un peu renfermé et réfléchi. Peut-être que la fièvre un peu passée, il pourrait se remettre à réfléchir et à se rendre compte que Hierophant n’était pas exactement la jeune femme douce et tendre qu’elle prétendait être. De plus, son regard intense pouvait très bien être prit pour autre chose et elle n’avait pas exactement envie de gérer un Kolgun jaloux s’il décidait d’aller à sa poursuite depuis l’arrière boutique.

Il commença à piquer dans le plat, lentement, terriblement lentement et la cannibale devait faire tous les efforts possibles pour ne pas regarder avec l’attention d’un prédateur qui surveille sa proie, le chemin de la fourchette entre l’assiette et la bouche du jeune patient. Elle se força déjà à garder la tête immobile, ne bougeant que les yeux. Il savait apprécier sa cuisine : peut-être ne remarquerait-il pas les yeux graves de la cuisinière ? Elle se sentait devenir nerveuse à son chevet. Elle était désormais assise très près de lui, quasiment sur le lit : il était à portée de main et elle n’aurait qu’à faire un geste pour le plaquer sur le lit et l’étouffer avec un oreiller. En elle, l’apothicaire qui venait de sauver une vie et la cannibale se battaient en un féroce duel. Elle sentait ses paumes devenir moites et elle se tordait les mains sans s’en rendre compte.

Accroche-toi, Hiero, se fit-elle intérieurement, il est en train de manger et il a l’air d’apprécier ta cuisine. Accroche-toi, tu y es presque.

Elle se demanda alors sérieusement ce qu’il se passerait si elle créait un autre cannibale. Jaken ne l’avait pas vraiment guidée sur le processus et elle avait toujours eu à se débrouiller seule. Est-ce que le jeune homme se débrouillerait seul ? Comment ferait-il face à ces nouvelles pulsions ? Les accepterait-il ? Se laisserait-il mourir de faim ? Au bout de combien de temps reviendrait-il ici ? L’accuserait-il ? La supplierait-il de l’aider ? Il semblait avoir à peu près le même âge qu’elle, mais elle se sentait incroyablement maternelle envers lui. Peut-être pourrait-elle former une famille de cannibales ! Elle n’arrivait pas à avoir d’enfants avec Kolgun, alors peut-être devait-elle s’en faire elle-même. Une armée de jeunes cannibales vivant heureux sous un même toit. Bien sûr, il faudrait faire agrandir la maison, mais elle travaillerait un peu plus.

Ce fut la voix du jeune homme en question qui la fit sortir de sa rêverie remplie d’une armée de petits cannibales dévorant un homme encore vivant sous les yeux attendris de Hierophant et de Kolgun. Elle ne put s’empêcher de sursauter et ses muscles se tendirent à nouveau, comme si elle était prête à attaquer une proie qui s’échappait. Nerveuse, elle était trop nerveuse. il fallait absolument qu’elle se calme. Vite, elle mit son sourire tendre et flatté. D’ailleurs, elle se sentait véritablement flattée : elle ne cuisinait pas souvent pour d’autres personnes que pour son amant et elle et elle ne recevait donc pas d’avis extérieur.

Oui, décida-t-elle, il me faut ce jeune homme comme compagnon cannibale. Son sourire ne quitta jamais son visage.

De plus, maintenant, elle avait un nom. Juste un nom : André, mais c’était le début. Avec ses relations et les faveurs qu’on lui devait par-ci, par-là dans les rues d‘Omnia, elle pourrait toujours le retrouver, même si, comme elle le soupçonnait, il faisait partie de l’élite, des hautes sphères de la société ventusienne.

Elle posa une main sur l’avant-bras douloureux d’André, aussi délicatement qu’elle put pour ne pas raviver la douleur :

- Vous êtes trop gentil : c’est mon métier et ma passion après tout. Je suis Hierophant.

Bon, la conversation était lancée. Tout devait désormais bien se passer. Elle devait se relaxer, respirer un grand coup et continuer la conversation, comme si de rien n’était. Elle était en bon droit de lui poser quelques questions après tout : il était dans son lit.

- Est-ce que ces accès de fièvre et de délire vous arrivent souvent ? Je pense que...

Mais elle fut interrompue dans la tirade qu’elle allait lui donner sur l’importance de la bonne santé de corps pour le bon fonctionnement de l’esprit (même si elle était la preuve vivante qu’un bon corps pouvait tout aussi bien héberger un esprit dérangé) quand la fourchette se renversa. Elle n’aurait pas du poser sa main sur son avant-bras : la pression, aussi légère soit-elle, avait du l’affaiblir.

Et elle ne pouvait pas se permettre qu’il ne termine pas son repas. Ce n’était qu’un steak après tout : elle ne savait pas si ce serait suffisant pour le plonger dans son addiction, alors il devait au moins le terminer. Hierophant avait du vivre sur cette nourriture pendant plusieurs mois au moins pour ne plus pouvoir s’en passer. D’un autre côté, c’était aussi l’ouverture idéale pour la jeune femme pour le remettre au lit et oublier cette affaire. montrer un peu de compassion humaine. Devenir cannibale n’est pas la chose la plus agréable au monde, même si la viande est délicieuse. Il faut tuer pour manger. Vivre dans l’illégalité pour survivre. Être condamné à être toujours le loup dans la bergerie, l’intrus. Il était encore temps...

Elle se pencha pour récupérer la fourchette et la reposa sur le plateau après l’avoir essuyée sur son mouchoir qu’elle n’avait pas encore eu le temps d’utiliser pour essuyer les fioles qui l’attendaient en bas qui ne tarda pas à être rejeté, comme inutile, sur la table de chevet. Hierophant devait garder son calme et arrêter de sursauter sans arrêt ou il finirait par se douter de quelque chose. Malgré tout, la jeune femme n’avait pas vraiment envie de le tuer dans son lit : le sang était une des pires choses qui puisse arriver à des draps. Puis, une fois sa voix assurée, elle reprit :

- Vous vous êtes épuisé. Reposez-vous un peu : il faut que je voie ce poignet. Il est peut-être foulé. Puis-je ?

Elle s’autorisa enfin à le regarder dans les yeux, ses iris plongeant dans ses yeux hésitant entre le gris et le vert. Elle ne put s’empêcher d’essayer de fixer une couleur sur ces yeux, pour les voir devenir plus de l’autre couleur. Après quelques secondes, elle décida qu’ils étaient simplement bleu-vert. Mais ses propres yeux en profitèrent pour poser une question : tendrait-il la main vers elle ? D’un côté, elle l’avait déjà aidé une fois, de l’autre côté, elle savait très bien ce à quoi elle ressemblait, surtout quand l’odeur de la viande humaine emplissait la pièce. C’était d’abord une question à son instinct. Beaucoup de personnes ne font plus confiance à leur instinct : ils considéraient l’instinct comme une chose animale qu’il faut réprimer au profit de la politesse et des codes sociaux. Il faut accepter l’invitation d’une jeune femme belle et délicate, même si la ruelle est sombre et mal fréquentée, de peur d’avoir l’air impoli. Il faut monter prendre ce dernier verre de la soirée, même si la belle a un poignard attaché à sa cuisse...

André ferait-il confiance à son instinct ? Et qu’est-ce que son instinct lui dirait ? De rétracter sa main ? De la lui accorder pour ne pas provoquer la colère d’un prédateur probablement plus fort que lui ? De la lui accorder pour ne pas offenser la jeune femme ?

Hierophant eut un léger sourire curieux et presque impatient.

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Sam 27 Avr - 18:21
Hiérophant. Un nom bien étrange pour une jeune fille étrange elle aussi, pensa le jeune technomage. Une lueur malsaine émanée d’elle malgré son sourire, un petit je-ne-sais-quoi de coincé, de tendu, que sa douceur ne parvenait pas à atténuer. Quand il fit tomber sa fourchette, de dépits presque autant que de douleurs, elle sursauté presque ; c’était comme si elle avait été pris d’un spasme. Pourtant quand elle se baissa pour ramasser la fourchette, c’était avec grâce, le geste assurée. Comme si les raisons de son angoisse c’étaient dissipés, que son entendement avait fait un choix ; quel choix ?

« Pardonnez-moi… j’ai trop mal au poignée pour brandir une fourchette. Non ces accès de fièvre m’arrivent rarement, je suis en bonne santé… »


Elle le regarda droit dans les yeux. Les siens étaient tout à fait charmants et pourtant ils brillaient d’une lueur de folie. Elle semblait le regarder comme on regarde une proie, ce qui mis le technomage particulièrement mal-à-l’aise. Sa voix était douce comme celle d’un chat qui ronronne en tournant lentement autour de sa victime. Une satisfaction assouvie qui contrastait avec la lueur chancelante et inquiète qui faisait vibrer ses prunelles avant que la fourchette ne tombe. Elle faisait presque peur à André. Elle dégageait une force instinctive, prédatrice qui donnait envie de fuir irrésistiblement. Pourtant il n’en fit rien. Il ne pouvait pas s’enfuir, il ne pouvait pas s’échapper ; c’était physiquement impossible vu son état. Et puis André était un homme de science et de raisons. Cette femme pouvait dégager autant de prédation qu’elle voulait, paraître effrayante ou douce, ce n’était pas une raison pour valider l’hypothèse comme quoi elle était dangereuse ; pour commettre l’impolitesse qui serait de s’enfuir en courant san demander son reste.

La douleur ne s’était pas calmée dans son poignet et il ne se sentait pas non plus en état de reprendre son repas. A la vérité, une nausée lourde ainsi qu’une migraine était en train de s’emparer de lui. La viande qui avait semblait appétissante il y a quelques minutes de cela s’était métamorphosé en une substance sombre, caoutchouteuse et repoussante. Le fumet délicat qui envahissait la pièce l’écœurait de plus en plus. A l’évidence, la fièvre était en train de réapparaitre au plus mauvais moment, désireuse de ne lui laisser aucun répit où il aurait pu reprendre des forces. Ses longues tentacules sombres avaient transformés les douces intentions de la jeune femme en un cauchemar sensorielle. Peut-être la force angoissante qui émanait de Hiérophant venait elle de sa propre imagination, qui à cause de la fièvre, avait suivi le même processus que ne l’avait fait ses sens et déformait la réalité en quelque chose de beaucoup moins supportable. De lourdes goutes de sueurs commençaient à perler sur son front, conséquence corporelle de la fièvre qui se conjuguait aux effets sensorielles et subjectifs qu’ils ressentaient déjà. Un long frisson du au froid le traversa ainsi qu’un spasme léger mais suffisant pour amplifier la douleur dans son poignet. Il grimaça.

« Vous vous êtes épuisé. Reposez-vous un peu : il faut que je voie ce poignet. Il est peut-être foulé. Puis-je ? »


Cette phrase plongea André quelque part à la frontière de la paranoïa et du raisonnable. Une entrave de fer tomba sur son poignet alors que la douleur repartait encore plus vive. Pourtant il ne bougea pas son poignet et soutint comme il put le regard de la jeune femme. Il avait compris ce qu’elle avait dit, avait procédé mentalement à l’analyse évidente et aurait dû soulever son poignet pour qu’elle puisse l’examiner. Mais une force primitive, animal l’en empêché. Cette même force qui quelques secondes plus tôt lui avait dit de fuir. Il sentit une crampe prête à se déclencher dans son mollet droit et retint sa respiration. Puis il fit appelle à son bon sens, cette force de la logique qui se veut supérieur à l’instinct ; son poignet était en mauvaise état, cette femme était pharmacienne et gentille, pourquoi ne lui montrerait il pas son poignet. Il finit par tendre le bras après quelques secondes d’un long silence gênant entre Hiérophant et lui, secondes pendant lesquelles ils avaient l’un et l’autre soutenu leurs regards. Il régnait dans les yeux de la jeune femme une violence animale. Comme si son poignet n’était pas un membre blessé qu’elle se proposait de soigner mais un bout de viande qu’elle avait demandé qu’on lui tende. C’était quelque chose de proches entre l’exaltation et le désir, et c’est ce qui avait tout de suite figé le jeune homme.

Elle prit son poignet délicatement comme l’on prend un fruit tendre et délicieux, mais fragile. Une image de framboise s’imposa à lui ; la moindre pression la broie mais il s’agit là du plus succulent des fruits. Des milliers de framboises envahirent alors la pièce et sur le visage doux de la jeune fille poussèrent de long crocs semblables à ceux dont on affabule les vampires dans les contes et légendes. Et les framboises venaient s’empaler sur eux comme de la viande de porc sur un pic à brochette avant de rôtir dans les yeux enflammés de la jeune femme. Car en effet, sa prunelle était maintenant une flamme dansante où on ne lisait plus rien d’autres qu’une danse tribale. De longues flammèches violacées sortaient par intermittence de la tête de Hiérophant. André cligna des yeux et le visage délicat de la pharmacienne réapparut devant ses yeux mais le sien était surement déconfit et apeuré.

« Je… heuh… »


Il tenta de bafouiller mais une longue remonté gastrique ne lui en laissa pas l’occasion. Il ferma la bouche alors qu’une sensation de froid intense l’envahissait. Ses mains tremblaient en tenant le plateau et la vaisselle qu’il contenait se mit à émettre plusieurs petits bruits sous l’effet des vibrations. Comme une demi-douzaine de petits tintinnabulations métallique. Hiérophant ne l’avait pas lâché du regard et il se demanda si elle n’avait pas était choqué de la tête qu’il avait dus faire. Peut-être devrait il s’excuser, lui expliquer qu’il avait eu une hallucination. Mais son regard était toujours aussi prédateur, le mettait toujours autant mal-à-l’aise et il ne savait plus si c’était la réalité ou la fièvre.

Puis la pression se fit trop forte et s’abaissant soudainement sous le coté, il rendit. Le plateau dégringola sur le sol et l’assiette se brisa en morceau dans un bruit de porcelaine. Le steak alla finir sa course quelques centimètres plus loin sur le sol en un rebondissement caoutchouteux. Les poids roulèrent, les légumes s’écrasèrent et André se mis à vomir à quelques centimètres, se soutenant de sa main gauche. Il était pris de long spasmes alors qu’une liqueur visqueuse se répandait sur le sol. Sa main droite chercha elle aussi un appuis et se referma sur la tenue de Hiéro en un violent mouvement de poignet, avant de relâcher sa prise sur la douleur.

Il releva la tête avec un air honteux, mais il se sentait trop mal pour faire des excuses véridiques et la honte qu’il ressentait se mêlait sur son visage à un regard de combat exalté contre la maladie. Il se fendit d’un sourire poli.

« Excusez-moi, votre jardinière était délicieuse mais je crois que je ne suis pas en état d’avaler quoique ce soit. Je suis confus… je… je »


Je quoi ? Il n’était clairement pas en état de se lever et de nettoyer les dégâts qu’il venait de causer.

« Je vous rembourserai pour l’assiette et les médicaments. »




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Ven 10 Mai - 10:45
Il lui tendit son poignet.

La partie humaine de Hierophant n’aurait pas du remonter à la surface ainsi. Elle aurait juste du apprécier la chair et imaginer le dîner qui lui conviendrait. Elle aurait du commencer à le manger il y a quelques minutes déjà, dans son sommeil, pour qu’il ne souffre pas trop. Mais elle avait trop souvent tendance à oublier qu’elle avait encore une partie humaine en elle, même si c’était la seule chose qui l’empêchait de sauter sur un passant en pleine rue en plein jour pur le dévorer devant les yeux ahuris de ses confrères.

Ses confrères.

Le problème devenait gênant. Elle avait de plus en plus faim, de plus en plus souvent et elle ne pouvait pas manger toutes ses commandes : le poison, la manière dont on devait retrouver le corps, la distance... Et sa partie humaine qui refusait de céder quand bien même elle avait un morceau de viande dans ses mains. Le combat contre elle-même était perdu d’avance, elle savait qu’une seule personne était plus têtue qu’elle-même et c’était elle-même.

Se surprenant, elle examina véritablement le poignet offert. Ses doigts glissèrent sur la peau comme elle l’avait fait des centaines de fois, pressant légèrement à quelques endroits, le front penché, les sourcils légèrement froncés par la concentration, à l’écoute du moindre signe de douleur que le jeune homme pourrait montrer. Quelques minutes de silence profond après, elle rendit son verdict :

- C’est bon, il n’y a rien de cassé, même de foulé, mais vous vous êtes frappé le bras plutôt et j’ai du vous attacher les mains, avec, peut-être, un peu trop de force. Le sang recommence à circuler donc vous allez avoir mal pendant un petit moment... Il vous suffira juste de...

Mais il ne la laissa pas aller plus loin.

Elle était pourtant persuadée d’être une bonne cuisinière... Peut-être l’avait-il dit uniquement pour lui faire plaisir. C’était triste. Tant pis, elle essayerait la même recette sur Kolgun. Sans la chair. Quoique... C’était sûrement une réaction intéressante. Est-ce que les autres personnes peuvent tenir la chair humaine ? Au moment où elle avait commencé, elle n’avait pas d’autres choix, son corps n’avait pas d’autres choix que d’accepter la viande pour ne pas mourir. Même si André apparaissait comme frêle et mince, il avait probablement prit un repas dans les trois derniers jours. Son corps n’avait pas besoin de manière vitale de la viande humaine. Elle devrait faire l’expérience sur quelqu’un d’autre.

Non. Non. Ne pas finir comme Jaken. Ne pas finir comme Jaken.

Au final, sa seule erreur avait été de vouloir agrandir sa meute. S’il l’avait traînée dans un coin de la grotte et l’avait tuée, il n’aurait jamais eu à fuir. Elle ne connaissait pas ce qu’elle était devenue, mais elle savait que cette espèce chassait en solitaire. Elle avait juste voulu, pendant un moment...

C’était ridicule. A supposer qu’André devienne un cannibale, comment attendre une autre réaction que celle qu’elle avait eu envers Jaken : dégoût, terreur, un peu de haine. Supporterait-elle d’être repoussée par la personne qu’elle venait de faire «renaître» ? Comment Jaken avait-il fait ? (Où avait-il fui ? Cette question revenait et revenait sans cesse dans sa tête, même quand elle tombait de sommeil dans les bras de son amant, même quand elle laçait ses chaussures, même quand elle préparait les médicaments et quand elle marchait dans la rue, elle se surprenait à le chercher dans la foule. Non, il devait être mort, depuis tout ce temps...)

Elle avait été une sorte d’héroïne : repousser le monstre, sauver son père. Mais elle avait vécu trop longtemps et elle était devenue le monstre de l’histoire. Quelle héroïne serait sa défaite à elle ?

La situation était trop pour le pauvre André. Une fois que son esprit analytique d’apothicaire lui revint, elle put se remettre à fonctionner normalement. Elle se leva, alla chercher le seau dans la pièce d’à côté, celui qui servait à cette exacte fonction (oui, ils avaient même un seau personnel, uniquement pour les saignés) et le glissa sur le sol en face de lui. Elle devrait tout de même laver entièrement sa chambre d’ici la fin de la journée le plus discrètement possible si elle ne voulait pas rester fâchée contre Kolgun... Mais ce n’était pas le plus important pour le moment. Elle s’assit à côté de son patient et le soutint pour qu’il ne tombe pas entièrement du lit, repoussant ses cheveux de son visage d’un geste tendre et quasi maternel.

Elle devrait arrêter de le couver : elle avait échoué à le faire devenir comme elle. Il avait choisi inconsciemment de rester comme il était et elle avait choisit consciemment de le laisser comme tel. Elle s’amollissait. La compagnie d’un être humain dans son lit, elle imaginait. Elle voyait déjà le regard plein de reproches de Jaken sur elle tandis qu’elle prenait les épaules du jeune homme pour qu’il ne tombe pas, pour le soutenir, sa main repoussant ses cheveux dans un geste réconfortant et machinal.

Elle resta un moment dans cette position, à moitié perdue dans des pensées, des souvenirs qui ressemblaient à des rêves et des rêves qui ressemblaient à des souvenirs. Puis, elle sentit la poigne du jeune homme sur elle tandis qu’il essayait de se relever. Elle l’aida, encore une fois surprise par son apparente fragilité. Elle devait avoir mal dosé la dose qu’elle lui avait donné. Elle savait que le mélange des médicaments qu’elle lui avait donné n’était pas dangereux, mais elle lui avait probablement donné plus que ce que son corps pouvait absorber sans être bouleversé.

Elle ne put s’empêcher de rire un peu et de secouer la tête. Quand il la regarda, toute lueur de la cannibale s’était éteint dans son regard et il ne restait plus que l’apothicaire. Pour le moment. Elle l’aida à se réinstaller contre les oreillers, le gardant en position assise. Être allongé ne ferait pas du bien à son estomac et à sa respiration en ce moment.

- C’est normal : vous avez absorbé beaucoup de médicaments, sans doute plus que ce que vous êtes habitués à prendre. Votre corps réagit et c’est normal : il essaye de vous protéger contre ce qui pourrait être du poison.

Elle ne lui avait pas administré du poison par hasard ? Elle avait été seule, prise dans la panique... Elle réfléchit : non, c’était bien de l’aspirine, non, c’était bien un calmant, non, elle n’avait pas empoisonné ce qu’elle lui avait donné à manger... Normalement, s’il avait été empoisonné, ce n’était pas par elle.

Elle se leva et alla lui chercher un verre d’eau. Ce n’était pas le moment qu’il ingère du lait ou quoique ce soit de consistant. Pour ne pas lui donner l’impression d’être un assisté, elle posa le verre bien en évidence sur la table de chevet, espérant qu’il ne rejoigne pas les débris au sol.

- Ce qui m’amène à vous poser une autre question importante. Je... Je comprend que vous soyez fatigué, mais je pense que vous avez plutôt envie de répondre à cette question, au cas où vous ayez ingéré un poison dont l’effet pourrait bien vous avoir retourné l’estomac et finira par vous faire vomir votre propre sang...

Elle allait se lancer dans l’explication de ce poison que Kolgun avait essayé sur un chien errant qui avait fini par vomir ses tripes... littéralement. Hierophant en avait eu pour des journées de nettoyage dans l’arrière boutique et Kolgun avait du se passer des plaisirs qu’elle pouvait lui apporter à l’étage pendant une bonne semaine. Un record pour les deux. D’un autre côté, le poison s’était vendu comme des petits pains. Puis, elle se rendit compte que ce n’était pas vraiment la chose la plus réconfortante et agréable à raconter à un jeune homme qui avait la nausée.

Elle essaya un petit sourire désolé mais ne fit qu’empirer les choses parce qu’elle n’était pas vraiment désolée et que, malgré toutes les remontrances qu’elle avait faîtes à l’apothicaire, elle avait trouvé cet effet hilarant. Elle avait vraiment monstrueuse.

- Désolée, je ne devrais pas vous parler de ça maintenant... Bref, la question est : savez-vous d’où votre maladie vient ? Est-elle fréquente ?

Encore une fois, Hierophant se demanda si on avait essayé d’empoisonner le jeune homme. Pourquoi ? Qui était-il ? Il apparaissait frêle et presque fragile, mais c’était parce qu’il était à moitié abattu par la maladie. Comment aurait-il été si elle l’avait croisé dans la rue, dans une réception ? Etait-il quelqu’un de très puissant qui essayait de se cacher, de trouver un remède à l’autre bout de la ville parce qu’un de ses collègues essayait mandaté un de ses collègues à elle pour essayer de l’éliminer ? Etait-ce juste un jeune homme malade qui venait prendre refuge ici ? Elle n’en avait pas la moindre idée. D’habitude, elle était plutôt un bon juge de caractères, quand elle daignait penser à quiconque d’autre qu’elle-même ou Kolgun, mais le jeune homme reposait entre deux extrêmes : l’évidence même ou le mystère total...

Elle choisit le mystère total, quitte à être déçue plus tard. Après tout, on ne trouvait pas la boutique comme ça et des personnes qui passaient devant tous les jours ne la voyaient probablement pas vraiment. Il n’y a pas de meilleure cachette que l’habitude.

Elle regarda le jeune homme et ne put s’empêcher de se sentir soudain inquiète, sentant son instinct et sa paranoïa reprendre le dessus : était-il une diversion ? un piège ? Lui avait-on livré un jeune homme, apparemment sans défense, pour essayer de la prendre la main dans le sac ? (ou plutôt, la main et probablement le visage entier vu l’état de ses cheveux quand elle avait fini de manger, dans ses entrailles) Elle s’était toujours placée en position de prédateur, c’était là son état naturel, mais venait-elle de trouver dans ce jeun homme, la gamine qu’elle était, faible et affamée, et qui pourtant s’était avéré le plus dangereux des prédateurs ? Elle sentit ses sourcils se froncer légèrement dans le doute et la fascination : ce jeune homme serait-il celui qui allait la mener à sa fin ?

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Ven 10 Mai - 12:38
La maladie. Qu’est-ce cette chose étrange qui vous frappe, vous maltraite, vous torture puis vous tue ? Peut-être devrait-il avoir une conversation avec les équipes de doctorants médecines de Mihailov. Ou les biologistes ? Le problème de ses pseudos-génies scientifiques était leurs pédanteries spécialisées dans le champ confondues de disciplines dépendantes, liées. La médecine n’était qu’une ingénierie du corps humain que rendent possible biologie et mécanique. Mais la biologie était elle-même un combiné de chimie et de mécanique, les deux trouvant leurs règles dans ce que l’on appelle la physique. L’étude des corps et des énergies. Alors qui allait voir pour faire progresser sa conscience épistémologique ?

La jeune femme se rapprocha de lui pour lui permettre de tenir sur son lit… elle était maintenant proche et l’effet que produisait Hiéro sur son corps contrastait avec ses facultés intellectuels retrouvés. Il ressentait un mélange de honte, de malaise mais aussi de douceur et d’exaltation qui leurs étaient rattachés. Au plaisir se mêlait le reproche, à moins que ce ne soit l’inverse, la sensualité amenait son lot de pudeur qui lui donnait envie de s’enfuir alors que son corps admettait ouvertement l’agréable effet de la jeune femme.

Il éluda rapidement la question sur le poison. Celle-ci lui semblait absurde, personne ne l’avait jamais empoisonné. Il avait été chez ses parents depuis trois jours, et ceux-ci ne pouvaient pas vouloir attenter à sa vie ? En fait qui pourrait vouloir lui faire du mal à lui ? La seule possibilité était un jeune scientifique ambitieux et non-défini, venant de bonnes familles et à qui son génie bloquait ouvertement la route. En y réfléchissant, ça laissait une bonne vingtaine de profile, de personnes à qui sa mort profiterait, de gens qui pourraient le souhaiter disparu. Mais qui d’entre eux étaient assez fort pour souhaiter la disparition d’un rival de cette manière, assez cruel pour mettre un plan en œuvre, assez courageux pour aller jusqu’au bout ? Aucun. Les scientifiques étaient des gens sans pitié pour leurs paires, mais ce n’étaient pas des assassins. La science même impliquait une découverte de la vérité, un refus de la violence et d’une certaine manière, l’assassiner lui, André, ça aurait été sacrifié l’espoir d’un monde meilleure grâce à la science pour son ambition personnel. Aucun scientifique de Mihailov ne s’y abaisserait. Un très mauvais calcul qu’aucun de ses collègues parfois détestés ne feraient d’ailleurs. D’autant qu’André pouvait à tout moment découvrir une formule dont les applications donneraient beaucoup de recherche, et donc bien des moyens de se mettre en évidence pour ses travaux. Notre race se bat en faisait des découvertes ou des applications plus intéressantes que celles des autres, quitte à utiliser leurs propres théories ; le meurtre est une chose du corps, nous nous recherchons l’écrasement mental de nos rivaux. Une dernière pensée lui vint…

« Non Madame, je ne crois pas que ce puisse être du poison. Juste une très forte fièvre » et pourtant…

Et pourtant cette maladie était la première fois depuis bien des années que ses capacités intellectuelles se retrouvaient atteintes. Il avait déjà ressenti des petits coups de mou, un peu de fièvres ou des chats dans la gorge, même à répétition, mais son corps n’avait plus eu de victoires sur son esprit depuis son entrée à Mihailov. Ai-je trop négligé ma condition physique pour l’instant ? Je me ferai des séances intensives d’escrimes en rentrant chez moi pour compenser ça. Le corps était au scientifique un poids dont il fallait se préoccuper, une extrémité vulnérable de sa propre personne que l’on entretient afin qu’elle ne nous gêne pas. Il faut entretenir avec celui-la un rapport castrateur, faire en sorte qu’il soit sain car un corps en mauvaise forme induit votre esprit en erreur ; il ne faut pas le forger ni le sculpter pour ne pas tomber dans une sorte de culte du corps qui ne prends aucun sens. Ce combat de l’être physique était celui de la limite entre obscurantisme (ou pour André plus simplement la foi) et bestialité, c’est-à-dire l’absence de toute morale humaine qui vous fait ressembler à une bête ; c’était le combat de l’adolescent entre les désirs violents qui se succèdent en de puissantes vagues sur son corps et l’abandon au sexe sans amour dans une frénésie de satisfactions ratées qui ne considèrent l’homme comme une bête sauvage. Mais qui était-il lui André pour penser à l’amour physique ? Qui était-il pour considérer l’amour spirituel qu’il avait cette fois connu mais qui est tellement plus complexe et insaisissable que ce combat de corps. Ne pas céder donc, garder son état physique à une modération castratrice où l’esprit peut déployer l’ensemble de sa puissance sans être limiter par la faiblesse du corps ou bien anéanti par la puissance de la chair.

« Je ne sais pas d’où ma maladie vient mademoiselle. Pour vous dire la vérité, je n’avais plus été malade depuis bien des années. Depuis mon entrée à l’université ».

En parlant d’université quel heure était-il ? Il avait une conférence à faire à l’université d’Omnia, et au vu des rayons du soleil, il faudrait qu’il se dépêche pour y aller. Bien sûr il était nauséeux, bien sur son corps semblait un peu limité dans sa mobilité pour l’instant. Mais la trivialité du monde réel ne peut retenir l’avancée de la science. Et si l’université d’Omnia, aussi prisée soit elle, n’était qu’une échappatoire pour cancre amihalovien, le génie de la grande université se devait d’être répandu dans l’ensemble des écoles du pays. Pour l’honneur mais pas seulement ; l’intelligence et le génie sont des choses étranges qui peuvent éclore n’importe quand et n’importe où. Et ce sera peut-être d’un enfant perdu que viendra à un scientifique la révélation qui révolutionnera notre monde pêcheur. Une pomme qui tombe sur la tête d’un feignant, ou d’un génie. Où la pomme décide de tomber, nous autre humain ne pouvons le savoir et devons-nous soumettre au grand hasard de l’Histoire. Non pas pour la reconquête d’un paradis perdu mais pour dépasser dieux lui-même, s’il existe. L’athéisme d’André, son anticléricalisme, était plus un refus de dieux qu’un vrai déni philosophique et métaphysique de celui-ci. L’existence de cet entité supérieur n’importait pas, car sil de fait elle était, elle n’avait aucun droit de gouverner l’homme qui est libre par essence et dont la raison, grâce à la science, l’élèvera au-dessus des dieux.

Avec douceur il se leva. Ses gestes étaient lents et peu précis, l’univers tournait autour de lui, le monde entier n’était plus qu’une toupie qui tourbillonnait sans cesse autour du soleil ; d’ailleurs c’est ce qu’il était. Pas étonnant que ça tourne. Et pourtant il tourne.

« Mademoiselle, la maladie est n’importe quelle situation où votre corps empêche votre esprit de fonctionner. Je ne suis donc plus malade ». Il fit un pas difficile mais retrouva son équilibre. « J’ai une conférence sur la technomagie à donner à l’université d’Omnia et je compte bien m’y rendre maintenant. Rien ne doit retarder la lumière de la science ». Il fit un second pas qu’il voulut plus assuré mais le monde chavira à nouveau et l’instant d’un battement d’aile il perdit l’équilibre. Il s’écrasa lamentablement sur le parquet de la pièce sous le regard incompréhensif de la pharmacienne.

« Rien sauf peut-être ça. Comme vous avez eu la bonté de le remarquer, je subis en ce moment un léger problème de réduction de mes capacités motrices ». Il se releva tant bien que mal. « Mais ça ne m’empêchera pas de donner cette conférence. Auriez-vous l’obligeance de me conduire à l’université d’Omnia ? Je suis écrivain et je vous jure que j’ai de quoi vous payez grassement ». Il attendit quelques secondes avant d’ajouter afin de sceller son serment « que je sois dévoré si je ne tiens pas mon engagement, que ce soit de donner cette conférence ou de vous rétribuer pour vos services si généreux ».



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Sam 11 Mai - 12:42
André nia l’hypothèse du poison. Hierophant fronca légèrement les sourcils à son assurance mais ne pressa pas le problème plus loin. Tout le monde ne réglait pas ses problèmes en ayant recours à des gens comme elle.

Cependant, la fièvre était spectaculaire. Normalement, les gens qui étaient alités avec une fièvre étaient comateux, immobiles et suants et finissaient par se relever après quelques jours au lit, des médicaments et trois repas par jour. Pourquoi cet état d’agitation ? se demanda alors la jeune femme. Ce devait être une fièvre spéciale dont elle n’avait jamais entendu parler malgré ses années d’expérience.

Oh... Un détail intéressant. Un intellectuel. Décidément, comment avait-il fait, par Watos, pour se retrouver dans ce quartier ? La fièvre, la maladie, probablement. Il avait eu une sacré chance pour ne pas se retrouver dans un autre quartier encore moins bien fréquenté. Enfin, elle n’irait pas jusqu’à dire qu’elle était une bonne fréquentation. Au contraire.

- Vous êtes allé dans les extrêmes alors, fit-elle en riant un peu, son regard toujours sérieux et inquiet. Je n’ai jamais vu une fièvre aussi intense. Mais les personnes qui ne tombent jamais malades sont souvent les personnes qui ont le plus de mal à supporter les maladies quand elles arrivent...

Et là... Il essaya de se lever. Très vite, sans avoir l’air de le plaquer contre le lit, Hierophant posa ses deux mains sur ses deux épaules pour essayer de le tenir tranquille. Que faisait-il ? Il n’était pas capable de manger ou de se servir de façon cohérente de sa main et il voulait donner une conférence ! Il était fou ! Dans son état, il allait s’évanouir dès qu’il allait monter les marches de l’estrade ! Non, elle ne pouvait pas autoriser ça !

Hierophant avait apprit à lire à dix-sept ans et si elle n’avait pas rencontré Kolgun, elle serait restée servante dans une auberge mal fréquentée. Elle était l’inverse, le contraire total d’un professeur d’université. Elle devait cependant avouer qu’elle était assez impressionnée : quel âge avait ce jeune homme ? Il semblait avoir à peu près son âge, voire moins et là où elle créait des poisons et tuait des gens, il s’occupait de les éduquer, de leur apporter le savoir sur un plateau d’argent.

Et visiblement, c’était une activité passionnante pour déployer toute sa rhétorique à une pharmacienne pour pouvoir aller donner une conférence dans son état. Hierophant dut avouer qu’elle hésita et que ses mains glissèrent de ses épaules, son regard perdu et incertain : il avait certes l’air déterminé, mais...

Il en profita pour lui échapper. Franchement, Hiero, se dit-elle, c’était la règle numéro un de la chasse : ne jamais lâcher la prise. Jamais. Elle s’amollissait. Heureusement, il n’eut pas le temps d’aller très loin : il fit à peine un pas hors du lit que déjà, il s’effondrait au sol juste devant elle. Hierophant hésitait entre rire et être inquiète. Elle décida de garder une attitude la plus professionnelle possible et se leva immédiatement pour le relever. Il semblait si frêle malgré la présence de quelques muscles sous ses vêtements. On dirait bien qu’il avait passé sa vie à la lueur des «lumières de la science» comme il dirait.

Pourtant, il semblait que son esprit était en train de l’abandonner. Hierophant ne se moqua pas : son instrument à elle avait toujours été son corps. Quand elle jouait la comédie avec ses parents, quand elle s’était échappée, quand elle servait à l’auberge, quand elle tuait. Elle avait toujours écouté son côté animal, profondément lié à son corps et à ses sensations et elle avait aussi souvent vu son corps lui céder. La faim, la faim profonde, incroyable par son intensité, ses membres fatigués, les étoiles devant les yeux quand elle bougeait trop vite. Cette sensation d’être désemparé... Non, elle ne se moquerait jamais du jeune homme si son corps ne suivait pas ses ambitions. Après tout, si elle réfléchissait plus de deux jours à ce qu’elle faisait dans sa vie et qu’elle écoutait ses pensées, elle serait horrifiée.

En le relevant, la jeune femme se demanda cependant si c’était une très bonne idée de le laisser aller à cette conférence dans son état. Il n’avait rien mangé et sortait à peine d’un sommeil fiévreux. Comment tiendrait-il debout ? Si on donnait des conférences debout... D’après les descriptions de Kolgun, c’était comme ça que les choses se passaient, mais son travail ne l’avait jamais emmenée à entrer dans une salle de conférence. Elle espérait seulement qu’André n’allait pas lui demander de rester pour lui tenir la main tout au long d’une conférence dont elle ne comprendrait probablement rien. Quoique, sa propre faim commençait à se faire sentir et si quelqu’un discutait au fond, elle pourrait toujours faire de sa langue bavarde un goûter bien mérité.

Elle doutait qu’André apprécie, cependant. Ça ferait un vacarme épouvantable.

- Sans vouloir vous juger ou quoique ce soit, fit la jeune femme en aidant le jeune homme à tenir sur ses pieds, un bras autour de son torse, l’autre dans son dos, je pense que vous n’êtes pas du tout en état de donner la moindre conférence et que ce genre de fièvre...

Elle s’arrêta un moment et regarda le jeune homme pour appuyer son verdict, mais elle ne trouva pas ce qu’elle cherchait sur son visage. Il était certes d’un teint pâle, quasiment cireux et la sueur perlait sur son front, mais il n’y avait aucune trace de faiblesse dans ses yeux. Il était déterminé et son esprit porterait son corps du mieux qu’il pouvait. Pour le reste, il comptait visiblement sur elle.

Hierophant était troublée. Elle plongea encore ses yeux dans les siens, cherchant la moindre trace de doute, d’hésitation, n’importe quoi qui puisse la convaincre de ne pas le laisser partir. Elle ne trouva rien. Il était sûr. Elle soupira.

- Mais de toutes façons, ce n’est pas comme si vous, les écrivains, vous écoutiez les avis des médecins. Si c’était le cas, on aurait peut-être pu lire la fin des Bardes d’Ocyan, finit par dire la jeune femme d’un ton faussement exaspéré. Allons-y dans ce cas-là.

Laissant en arrière les draps défaits et le désordre de la chambre, elle commença à marcher doucement vers la porte. Il voulait aller donner sa conférence ? Très bien, elle irait aussi loin qu’il pourrait aller. Il risquait de passer la pire journée de sa vie, pensa-t-elle en le regardant avec attention, pour guetter les moindres signes de faiblesse, mais il l’avait demandé. Hierophant ne savait pas si elle était admirative ou exaspérée.

Elle décida de mener une petite conversation légère pour l’empêcher de penser à sa douleur parce que la descente des escaliers promettait d’être longue et douloureuse. Heureusement, en bas, elle prévoyait de lui donner un petit remontant pour l’aider à donner cette conférence. Elle ne connaissait pas grand chose de la technomagie, mais elle était assurée que ce n’était pas vraiment un sujet dont on peut parler comme de la météo. Quoique, le jeune homme semblait assez érudit pour en parler comme elle pouvait parler de l’effet de l’hygiène des personnes sur le goût que leur viande peut avoir. Mais ce n’était pas vraiment une conversation légère.

- Il ne me semble pas que vous ayez eu la grâce de me donner votre nom complet, ou au moins votre nom de plume. Qui sait ? Je n’ai pas une bibliothèque digne de celle d’un professeur mais j’ai quelques livres. Je vous ai peut-être lu sans le savoir...

Elle ouvrit la porte et aida le jeune homme à se tenir droit, passant son bras autour de ses épaules, faisant très attention à son poignet douloureux. Ils avaient à peu près la même taille, ce qui faciliterait énormément la descente. Et puis, ce n’était pas comme si elle avait été serveuse dans une auberge où elle devait «aider» les derniers clients à sortir de la taverne et, s’ils n’habitaient pas trop loin, à les remettre dans les bras de leurs femmes épuisées et excédées. Elle était assez forte pour soutenir le jeune homme qu’elle avait porté quelques moments auparavant.

- Attention à la marche, fit-elle en raffermissant sa prise sur le torse du jeune homme pour l’aider à descendre la première marche. Ce n’est absolument pas une histoire d’argent, vous savez, je suis médecin (ce n’était pas tout à fait vrai, elle n’avait aucun diplôme ou qualification reconnue, mais Watos savait qu’elle travaillait sans doute deux fois plus que beaucoup de médecins reconnus) et je m’inquiète pour votre santé, ce qui est tout à fait normal pour un médecin. La deuxième marche est un peu plus basse que la première, faîtes attention.

Et la troisième grinçait quand elle marchait dessus à trois heures du matin après un bon repas lorsqu’elle essayait de rejoindre discrètement le lit où Kolgun dormait déjà. Mais c’était un détail et, au mieux, le grincement ferait revenir Kolgun qui l’aiderait peut-être un peu aujourd’hui.

- Vous décidez, cependant, de ce que vous voulez faire. Tout ce que je peux faire, c’est vous conseiller quelques jours de repos après un tel effort, des repas complets et équilibrés avec de la viande, ça vous aidera à vous fortifier et donc à vous remettre et du sommeil. Si vous vous reposez complètement, vous aurez plus de chances d’être remis complètement beaucoup plus vite.

Après la troisième marche, Kolgun fit à nouveau son apparition et Hierophant ne put s’empêcher de lui sourire, même si elle savait qu’elle devait lui en vouloir à cause de leur précédente dispute. En vérité, elle savait très bon qu’elle ne pouvait pas rester fâchée plus de deux heures avec lui. Moins s’il lui faisait les yeux doux (même s’il refusait d’avouer qu’il lui faisait «les yeux doux») Elle en profita alors pour faire ce qu’elle faisait le mieux : le commander :

- Kolgun par Watos, j’aurais bien besoin d’un peu d’aide. Appelle-moi une calèche, veux-tu ? J’ai besoin d’aller à l’université d’Omnia.

Kolgun fronça les sourcils :

- Que veux-tu faire à l’université d’Omnia ? Trouver des professeurs plus beaux que moi ?
- Kolgun, s’il te plait, fit la jeune femme, excédée, levant les yeux au ciel.

Elle devait être excédée parce qu’elle ne disait pas «s’il te plait» souvent. Le médecin finit par hocher la tête et sortir dans la rue pour héler une calèche. Pendant ce temps; la jeune femme avait réussit à descendre les escaliers avec son patient et l’aida à s’asseoir dans une petite chaise très inconfortable qu’elle utilisait principalement pour accéder aux étagères les plus hautes (celles qui exposaient les poisons)

Puis, elle commença sa danse experte parmi les étagères, pêcha une autre fiole qu’elle ouvrit, brisant à nouveau la cire protectrice et la tendit au jeune homme :

- Dans votre état, je ne devrais sûrement pas vous donner autre chose, mais je doute que vous puissiez aller très loin sans un remontant et j’imagine que l’alcool n’est pas la meilleure idée avant une conférence. Buvez, ça devrait vous aider à tenir quelques temps.

Kolgun ne tarda pas à rentrer dans la boutique et s’approcha d’elle avec un regard interrogateur. La situation avait en effet de quoi être déboussolante. Il prétexta le fait de chuchoter pour s’approcher encore plus d’elle, ses mains se posant sur sa taille, comme par réflexe. La jeune femme se libéra de son étreinte : si sa relation avec cet homme de plus de vingt ans son aîné n’était un secret pour personne, s’exposer était une chose tout à fait différente. Mais elle savait que Kolgun était jaloux dès qu’il la voyait avec un autre homme plus jeune que lui (ce qui arrivait plutôt fréquemment) :

- Je dois aller à l’université, expliqua-t-elle, gardant une de ses mains dans la sienne pour qu’elle n’ait pas à hausser la voix, il doit aller donner une conférence. J’ai essayé de l’en empêcher, mais il y tient. Je le dépose dans sa salle et je reviens, c’est promis. En attendant, s’il te plait, ne va pas dans la chambre, je nettoierai tout dès que je serais de retour. Si les... autres clients arrivent pendant que je ne suis pas là...

Hierophant hésita : elle pourrait très bien envoyer Kolgun avec son patient à l’université et rester ici pour recevoir son paiement, mais elle savait que son amant n’était pas des plus aimables et risquait de laisser André sur le parvis de l’université et elle ne voulait pas vraiment que ça lui arrive. Il méritait mieux que le médecin dans ses mauvais jours.

Elle retira alors un de ses bracelets en or et le tendit au médecin :

- Donne-leur ce bracelet, c’est la garantie du paiement. Ils t’ont vu la première fois et ils savent que je travaille ici : ils te donneront ce qu’il faut. Tu peux en prendre une partie pour t’acheter ce que tu veux, mais garde m’en un peu parce que j’ai terriblement envie de cette nouvelle robe rouge que j’aie vu la dernière fois...

Soudain, l’appel d’un conducteur de calèche impatient les empêcha de se rapprocher encore plus. Hierophant donna un petit sourire désolé à son amant et déposa un rapide baiser sur son front et fit un signe au cocher pour lui indiquer qu’elle arrivait.

- Je suis bien ? demanda-t-elle rapidement à Kolgun en remettant quelques mèches de cheveux dans sa coiffure.
- Parfaite, comme toujours, lui répondit-il.

Elle sourit et se tourna vers son patient délaissé un instant :

- - Très bien, si vous êtes prêt, allons-y.

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Mar 28 Mai - 13:13
Les roues de la diligeance rebondissaient sans fin sur le pavé ; on aurait pu croire au jeu d’un sadique tapant des bars de fers pour empêcher quelqu’un de s’endormir. Mais ça n’empêchait pas le jeune technomage d’être à la limite de l’inconscience. Les mouvements amples de ce carosse de fortune l’oppressaient et une nausée insupportable s’était emparé de lui. Utilisant toute la force de son esprit pour contrôler son corps, il tentait vainement de survivre à cet folie. En face de lui la jeune femme le regardait avec un air mi-impressionné mi-gêné qu’il aurait surement eu lui-même à sa place.

« Je m’appelle André Caéli. C’est aussi mon nom d’auteur… Peut être que vous avez lu ou vu une représenation au théâtre du Conte des Cimes Enneigés. ».

Comme elle n’avait pas eu l’air de réagir, et qu’il n’avait pas le temps de discuter une heure sur ses œuvres, il avait accepté la potion qu’elle lui tendait et ils s’en furent par le carosse. Il rajouta d’un ton un peu détâché vers la sortie La potion qu’elle lui avait fait boire avait un léger gout salée assez surprenant pour un médicament. Les effets ne lui étaient pas encore sensibles mais il était encore en état de penser et peut être devait il lui en être reconnaissant.

« Imaginé une chaine de montagne reculait où les neiges recouvrent d’un doux duvet blanc les pentes et les somets. La sur un python rocheur terrible se dresse un château perdu où habitent un Roi esseulé. Il pense que le monde n’est qu’un ensemble de légendes et son esprit a depuis longtemsp dépassé le stade de la folie. Un jour une jeune paysanne s’aventure dans son château et il en tombe éperdument amoureux. Je ne vous dirai pas la suite car après tout il faut lire le livre ».

Il finit cette superbe tirade en dégoupissant ses instestincs sur le sol pavé de la rue. A moins que ce ne fut dans le véhicule. Il aurait été incapable de dire tant le monde était devenu une suite flou et changeante de paysages à travers lesquels il avait l’impression de planner.

Son esprit s’éveillait et se fermait en sorte d’éclair lumineux qui remontait à la surface et rendait sa conversation complètement incohérente et décousue. « Les Bardes d’Ocyan… une très belle œuvre, quoiqu’inachevée. Saviez vous qu’Ocyan avait écrite le premier chant non pas pour Marie d’Antenor mais pour Hélène Matignac ? Un détail souvent oublié mais qui a son importance quand on considère que c’est le chant d’ouverture. Une sorte d’hommage posthhume à son ancienne maitresse qui lui avait apris tant de chose. Finalement c’est grâce à ça qu’il a pu ensuite dédier une œuvre entière à Hélène »

Il prit une petite pose. Il avait envie de chanter. Oui il avait envie de chanter. Rien ne l’en empêcherait. Une chanson extraite des Bardes lui vint tout de suite. Sa voix était rendu rauque par la maladie et manquait d’assurance.

« Sur le tronc d’un vieux saule près de la rivière
J’ai gravé mon aimé dans le cœur d’un bois vert
Elle était douce et belle, et l’onde la berce
Des chansons d’amour que mon cœur transperce

Et le vent souffle sans fin
Le long de la rivière
Mais mon souffle s’éteint
Dans mon lit de pierre

Dans les sinus d’une vieille roche près de la rivière
J’ai gravé mes regrets entre les ramaux de lières
Pour que le vent emporte leurs effluves noircis
Pour ne jamais oublier le désespoir dont je me nourris

Et le vent souffle sans fin
Le long de la rivière
Mais mon souffle s’éteint
Dans mon lit de pierre

Dans l’eau qui coule sur le lit de la rivière
J’ai dessiné ma jeunesse, honnête et fière
Mais le flot a coulé, et mon baton détrempé
N’a jamais su figé l’image perdu de mon apogée

Et le vent souffle sans fin
Le long de la rivière
Mais mon souffle s’éteint
Dans mon lit de pierre


Dans le vent qui souffle au-dessus de la rivière
J’ai gravé ma liberté pour qu’elle échappe à la bière
Je l’ai rendu au vent car elle lui appartient
Et j’avance maintenant pour rencontrer ma fin
Je l’ai rendu au vent car elle lui appartient
Et j’avance maintenant pour rencontrer ma fin. »


Le véhicule s’arrêta et le jeune technomage enjamba brusquement la jeune fille pour vomir sur le sol de la rue, avec certitude cette fois. Un homme le reconnut à l’entrée et accourut vers lui. Il regarda son accompagnatrice qui descendait et s’approchait de lui. Elle lui tendit une nouvelle razade du médicament salé et le soutint alors qu’il tombait. Il la remercia. Le boutonneux s’approchait, il était un peu plus agé que lui mais le traita avec une défférence des plus remarquables, qui après tout siait à son Altesse André Caéli, génie proclamé et auto-proclamé. Bien sur que je suis le thesard le plus connu du pays mais m***** à la fin je suis plus jeune que moi, traite moi normalement. On va me parler toute ma vie comme si j’étais un papi ?

« Veuillez amener mon ami à la place numéros 92c » C’était la place d’Hannah mais celle-ci était absente. Il se tourna donc vers la pharmacienne. « Vous trouverez une jeune fille d’une quinzaine d’année à coté de vous. Blonde. Qui me ressemble, enfin je suppose c’est ma sœur. Elle s’appelle Elisa. Dites-lui que vous m’avez soignée et que je vous ai dit de vous assoir à cette place… » il eut un petit sourire malicieux qui remonta du fond de son agonie « hésitez pas à être un peu ferme, elle peut se montrer parfois… hum… piquante. Mais vous devriez bien vous entendre »

Il quitta la jeune fille avec des remerciements et s’en alla en coulisse pour à la fois vomir et se préparer à sa conférence.

**
La jeune fille de 14 ans attendait sur un banc. Encore une fois sa sœur n’avait pas fait l’effort de se déplacait mais cela la laissait assez indifférente. Hannah était une jeune fille douce et une sœur aimante mais écouter une conférence de technomagie avec elle était une plaie. Rien ne lui était accessible. Pourquoi ne pouvait’elle pas être comme André, c’est-à-dire capable de comprendre un brin de science ? Elle, après tout, était une scientifique pure jus et les recherches de son frère étaient des plus intéressantes. Elle espérait juste qu’elle pourrait assez vite mettre à contribution ses talents de physiciennes et de mathématicienne afin de former un tandem technomagie intéressante. Elle le pressait aussi de faire un pouvoir de pacte, mais pour l’instant le jeune homme avait toujours refusé.

Ce jour la donc elle avait assisté à la conférence après avoir ingurgité une longue razade d’une boisson quelque peu psychotrope mais purement indolore qu’elle avait conçue elle-même suivant de vieilles recettes d’anciens de Mihailov. Elle se sentait au plus high de sa forme bien qu’une part de son esprit soit encore assez actif pour suivre la conférence. Jusque la c’était inintéressant au possible et l’éléphant rose qui dansait au plafond semblait s’ennuyait tout aussi profondément. Sinon pourquoi n’arrêtait il pas de danser la macarena au-dessus de la foule ?

**
Désolé ce fut pas mon poste le plus inspiré. C'est un peu court...
Voila, du coup tu vas rencontrer ma petite sœur (la seule que j’ai refaite dans mes chroniques). Le lien est ici :
http://diesirae.leforumgratuit.com/t225-eloge-de-la-folie-andre-caeli



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Sam 29 Juin - 0:08
Hierophant s’était rarement sentie aussi nerveuse et mal à l’aise. Elle visitait rarement ces parties de la ville et quand elle le faisait, elle était chargée d’une mission bien particulière. Elle préférait traverser ces rues de nuit, avec des vêtements bien choisis pour l’occasion, des vêtements qui la feraient ressembler à n’importe quelle grande dame des environs.

Mais ce n’était pas le cas et Hierophant décida tout de même de retomber sur ses pattes. Elle devait faire de son mieux pour que le jeune homme arrive au bout de sa conférence en un seul morceau. Elle essaya d’arrêter de jeter des regards nerveux autour d’elle pour se concentrer sur André Caéli.

Caéli. Le nom lui disait quelque chose. Mais il n’appelait pas à son réseau de noms, de références, de connaissances utiles. Il lui disait quelque chose de plus éloigné, quelque chose auquel elle n’avait jamais encore touché. Elle avait probablement fait semblant de le connaitre devant une cible pour qu’elle puisse continuer à parler et à parler tandis qu’elle estimait quel dosage de somnifère verser dans son verre. Elle eut une légère moue et sourit un peu :

- Vous me prenez au dépourvu, je ne vous ai jamais lu. Vous ne vous adressez pas vraiment à un puits de science. Sinon, j’imagine que je ne serais pas dans une petite boutique à l’heure qu’il est, mais plutôt dans une des nombreuses académies d’Omnia.

Gracieusement, il commença à lui révéler l’intrigue. Il y avait une pointe de passion dans sa voix, quelque chose qu’elle ne lui avait pas encore entendu, même quand il lui assurait avec fermeté qu’il n’était plus malade. Il y avait quelque chose d’exalté, de presque rêveur dans sa voix. On aurait dit qu’il se rappelait un voyage fait il y a des centaines d’années dans un lieu inaccessible. Hierophant eut du mal à ne pas se laisser emporter dans le souvenir de ce voyage. Elle se sentait déjà se pencher légèrement vers lui pour absorber ses mots quand...

Elle se sentit si frustrée qu’elle ne put s’empêcher de rire un peu. Elle était toujours la petite fille qui écoutait son père raconter des histoires merveilleuses au coin du feu et qui rêvait d’en raconter elle-même un jour. Heureusement pour elle, André n’eut pas le temps de voir son air de gamine déçue car sa maladie reprit le dessus. Hierophant était tout de même très impressionnée par le contrôle qu’il avait sur lui-même : après des années de patients recrachant leurs tripes sur ses robes et ses tabliers, elle avait apprit à quel point contrôler sa maladie était une chose difficile.

- J’irai voir votre Conte des Cimes Enneigées, fit-elle, presque dans un murmure en l’aidant à se relever et tirant d’une de ses multiples poches un petit mouchoir en coton, simple et humble mais propre pour qu’il s’essuie la bouche.

Mais malgré tout, il n’arrêta pas son cours. Il rebondissait sur ce qu’elle disait et savait tout de suite retrouver ce qu’elle ignorait pour lui dévoiler les mystères du coeur des poètes. Il devait être un très bon professeur, ne put-elle s’empêcher de penser. Pas un professeur comme Kolgun : pratique, qui privilégiait la mémoire visuelle, l’exercice et l’expérience, mais ce genre de professeur qui vous apprend à rêver.

Par Watos, se reprit soudainement Hierophant, reprend-toi, ma pauvre fille. Qui es-tu ? Une riche élève qui a put se permettre d’avoir une vie tranquille et rangée afin d’exceller dans toutes ces matières ou la pauvre fille d’un acteur de grand chemin qui est un loup dans la bergerie où qu’elle aille ?

Elle ne devait pas s’embarquer dans la rêverie, dans cette douce sensation d’un ailleurs inatteignable pour la plupart des hommes et que les poètes, ambassadeurs de ces mondes de lumière, nous rapportent comme ils peuvent avec des mots trop vulgaires qui servent à compter les marchandises aussi bien qu’à décrire les élans du coeur.

La jeune femme se sentit lentement se déconnecter avec un monde trop trivial pour son coeur d’actrice et s’embarquer avec passion (mais quand n’agissait-elle pas inconsidérément, avec passion ?) sur les flots de la voix mal assurée mais cadencée du jeune écrivain. Elle se demandait s’il y avait un lien entre tous les écrivains qui faisait qu’intuitivement, ils savaient de quoi les autres voulaient parler. André lui, semblait connaître ce chant comme une amante.

Le choc fut d’autant plus brutal quand le roulis des pavés sous les roues s’arrêta brusquement. Hierophant dut se tenir à son siège pour ne pas tomber en avant sur le jeune homme. Il semblait un peu plus éveillé et revigoré mais la jeune femme n’était tout de même pas très rassurée quant à son état physique. Elle se dépêcha donc de sortir de la calèche, de saluer le conducteur déjà payé par Kolgun avec un regard noir et de prêter à nouveau son bras au jeune homme avant de le forcer à boire encore un peu de médicament, pour la route. Il n’y avait aucun doute que le poète allait souffrir le martyr pour finir sa conférence mais au moins, il tenait debout et il pouvait parler.

A peine furent-ils descendit qu’un autre homme vint les accueillir à petits pas empressés. Sans un regard pour elle, heureusement, il accourut aux côtés d’André comme un prêtre assistant au dernier souffle du messie. Hierophant eut du mal à ne pas lever les yeux au ciel. Elle ne devait pas être impolie, pas maintenant. L’homme en question prétendait même entraîner André loin d’elle ! La jeune femme eut une petite moue vindicative et planta ses yeux perçants dans ceux de l’homme. Il était à peine plus âgé qu’elle mais la cannibale n’était pas connue pour se démonter devant les autres : elle avait tenu tête à lus que ça et son dîner serait un spécimen bien plus costaud que lui.

Bon, d’accord, elle était peut-être un peu trop protectrice avec ses patients... Surtout ceux qui savaient chanter et qui avaient goûté un morceau de sa viande spéciale.

Seule la voix d’André la coupa dans son duel de regards (et c’était dommage puisqu’elle était en train de gagner) Il lui donna des instructions très claires avant de s’en aller avec monsieur-j’aurais-pu-te-battre-au-duel-de-regards. La jeune femme soupira en les regardant lui tourner le dos :

- Je suis sûre que vous ferrez très bien malgré tout, fit-elle en souriant pour le rassurer.

Elle ne savait pas qu’elle avait une telle gentillesse en elle, pensa-t-elle quand elle leur tourna le dos à son tour pour entrer dans la pièce principale.

Hierophant ne savait rien des cursus universitaires classiques. Kolgun les avait toujours évités comme la peste (non, en fait, il allait souvent voir les malades de la peste) et ce n’était pas son père qui savait à peine lire qui aurait pu lui dire à quoi ressemble une université. La jeune femme eut alors à suivre un groupe de jeunes étudiants pour entrer dans l’auditoire.

Pour le moment, la pièce était encore plongée dans un brouhaha de murmures qui donnait la désagréable impression d’être dans une ruche géante. Tentant de faire son mieux pour rester le plus discrète possible, comme à chaque fois qu’elle découvrait un nouvel endroit, un nouveau milieu, Hierophant ne tarda pas à lire les numéros et les lettres sur les sièges et peu après, elle retrouva la place qu’André lui avait indiquée.

La superbe jeune fille qui serait sa voisine était donc la soeur du jeune homme. Les parents devaient être fier de leurs enfants. Elle se surprit à passer une main nerveuse dans ses cheveux pour s’assurer que sa tresse soit toujours aussi bien en place. Elle l’était. Hierophant jeta un coup d’oeil à la foule : elle pouvait essayer de s’y intégrer. Elle aurait certes l’air d’une étudiante un peu plus pauvre que les autres, mais elle savait qu’elle ne manquait pas de goût et que sa tenue ne le démentait pas. Elle aurait juste beaucoup de mal à faire comme si elle comprenait quelque chose à... à quoi d’ailleurs ?

Au pire, pensa-t-elle, je ne suis pas actrice pour rien.

Elle décida donc de prendre son courage à deux mains et de s’avancer vers la place qu’André lui avait attribuée, ignorant les murmures de l’élite de Ventus sur son passage. Oui, elle était un visage inconnu dans ce genre de conférence où les génies devaient avoir pour habitude de se retrouver, mais la cannibale décida d’enfiler le costume de jeune femme mystérieuse. Peut-être pourrait-elle prétendre venir d’un autre royaume si on venait lui demander des comptes...

Mais pour l’instant, elle devait régler le problème de sa place. Visiblement, elle n’était pas attendue et elle devait préparer une entrée avec élégance, classe et...

Trébucher et se rattraper de justesse à son siège, faisant sursauter la jeune fille qui allait être sa voisine de conférence était probablement exactement ce qu’il aurait fallu ne pas faire. Hierophant jura contre elle-même. Trébucher et manquer de classe ! C’était le comble pour un assassin ! Elle se promit de s’entraîner encore cette nuit. C’était une erreur inacceptable, même si elle devait avouer qu’elle était très tendue et qu’elle n’avait pas été préparée à ce nouvel environnement.

Le regard noir que la magnifique jeune fille lui adressait n’allait pas l’aider à se fondre dans le décor, mais elle décida de se glisser dans son nouveau rôle et de continuer la pièce :

- Bonjour, fit-elle avec un grand sourire, je suis votre voisine on dirait... Oh, euhm... Vous attendiez probablement quelqu’un d’autre. Votre frère, André Caéli, m’a demandé de m’asseoir à cette place exacte pour la conférence... J’espère que ça ne vous dérange pas trop ?

Elle attendit quelques secondes pour donner à la jeune fille l’illusion d’un choix avant de se glisser sur sa chaise pour éviter de se faire remarquer encore plus. Un coup d’oeil aux alentours et elle put en effet constater qu’elles étaient placées dans les meilleures places de la salle.

Hierophant ne savait pas vraiment à quoi s’attendre dans cette aventure, mais elle était sûre que cette plongée dans le monde de l’élite allait lui réserver quelques surprises.

[ HS : Désolée du retard et de la nullité du post ! =) ]

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Jeu 4 Juil - 14:25
L’amphithéatre Centrale de l’université d’Omnia était une pièce spacieuse et bien éclairée qui avait était conçue avec intelligence, réalisait dans une belle facture ; les sièges y offraient un confort un peu sommaire mais autrement, on n’avait pas vraiment à se plaindre. En cette journée, les fauteuils étaient pleins d’étudiants, mais aussi de magiciens et d’ingénieurs confirmés et il y regnait un climent intellectuel qui vous prenait à l’entrée comme une bouffée d’air trop chaud pour ne pas vous lâcher. Tout cela était serieux, concentré, et manquait horriblement de divertissement, jusqu’à la banderolle rouge sous l’estrade où était écrite en lettres noires Runes et technomagies, une conférence d’André Caéli, étudiant-chercheur à Mihailov.

Pourtant la jeune fille qui occupait la place 47-B semblait s’ennuyait horriblement. Ce décor universitaire plein d’hormones débridées où l’illusion du génie couvrait la médiocrité intellectuelle l’agaçait au plus haut point. Les couloirs lui semblaient trop étroits, la pièce mal éclairée, la raisonnance désagréable aux oreilles et pire que tout, l’homme debout sur l’estrade qui attendait nerveusement que le publique remplisse la salle  avait tendance à toussoter indiscrètement. De nombreux regards surprit s’arrêtèrent sur cette jeune fille de 16 ans dont la tenue aguicheuse et l’air complètement irrespectueux contrastait avec la tension intelectuelle de la salle. Elisa laissa passer sur elle ses regards parfois lubriques, le plus souvent surpris. Certains la reconnaissaient, mais peu, elle ne trainait quand même pas avec n’importe quel pignouf d’une université de seconde zone comme celle d’Omnia. Si ces gens avaient valu le coup de converser avec eux sur un sujet intellectuel, ils seraient rentrés à Mihailov, pas ici. D’ailleurs elle ne comprennait toujours pas pourquoi André perdait son temps à parler à ces espèces de primitifs de la réflexion qui se targuaient d’être des intellectuels alors qu’ils ne sont qu’une cohorte de pensées médiocres et de raisonnements inachevées.

Un jeune homme de Mihailov qui l’avait reconnu et qui perdait lui aussi son temps l’avait abordé. Il était d’une famille peu respectable qui avait fait fortune dans le commerce et la vente de bien. Certains disaient que ses bâteaux faisaient du commerce d’esclave, d’autres qu’il s’agissait d’une famille de corsaire. C’était en tout cas un jeune homme très riche mais dont l’héritage intellectuel ainsi que le pédigré universitaire, bien qu’il soit à Mihailov, n’était pas à sa hauteur, celle de la maison Caéli. Elle conversa un peu avec lui d’un sujet très mathématique, passant sur sa nullité comme l’on passe sur une diagonalisation de matrice, avant de lui démontrer son égarement et lui prier d’un ton sec de ne plus lui adresser la parole si c’était pour lui faire perdre son temps « avec des inépties mathématiques que même un collégien d’Ignis n’aurait pas faite ».

Elle soupirait donc sur la nullité intellectuel de son temps quand une jeune fille féline trébucha à coté d’elle et la fit sursauter. Ses réflexes étaient un peu anéanti par certaines substances plus ou moins psychotropes qu’elle avait réussi à composer en secret dans un laboratoire de Mihailov. Le monde lui apparaissait distinctement mais avec une intensité qu’elle appréciait d’autant plus que ses capacités de raisonnements n’était pas affectées par les effets de la drogue. Par moment des éléphants roses semblaient danser sur une chanson folk au plafond, mais ces bizarreries une fois écartées par le reigne absolu de la raison, rien d’inquiétant ne se produisait et elle pouvait profiter des effets de son invention.
L’intruse était une très belle jeune femme qui paraissait pourtant mal à l’aise. Sur ses traits tendus on pouvait lire une certaine appréhension que confirmait l’air aggard qui dansait au fond de ses prunelles. Un certain désir s’éveilla dans l’adolescente qui se fit la réflexion quand au possible effet aphrodisiaque de la substance. Normalement il n’y avait aucune trace visible de son état second, et elle ne comptait laissait rien transparaitre. Un rhinocéros vint danser avec l’éléphant rose au plafond. La jeune fille s’excusa.

« Bonjour je suis votre voisine on dirait... Oh, euhm... Vous attendiez probablement quelqu’un d’autre. Votre frère, André Caéli, m’a demandé de m’asseoir à cette place exacte pour la conférence... J’espère que ça ne vous dérange pas trop ? »

Elisa leva les yeux au plafond pour voir si l’éléphant dansait encore la javanaise en faisant un gros fuck à toutes les lois de l’apesanteur. Le rhinocéros était bien la lui aussi, habillé d’un tutu vert et tenant entre ses cornes devenus élastiques une trompette dorée. Tout va bien, la drogue faisait encore effet et elle avait surement mal entendu. Mais plus les secondes défilaient, à un rythme assez proche de l’éternité d’ailleurs, plus elle comprennait qu’elle avait bien entendu. Une tempête se déclencha sous son crâne, comme une sorte de tourbillon réveillant des pensées et des sentiments enfouis. André avait approché une fille, ça elle en était à peu près sur bien que son frère est toujours été très discret de ce côté la. Mais qu’il lui envoie une fille, qu’il fasse apparaître un lien avec elle en publique…

« Pardon pendant un moment j’ai cru que vous me disiez que c’était mon frère qui vous a envoyé ici ».

Un malaise de plus en plus profond l’envahissait. La salle d’un coup semblait trop bruyante, trop petite, trop étouffé. Déjà qu’elle avait été médiocre. La conférence ennuyeuse qui se préparait était oubliée. Elle hésita puis se lanca.

« Vous plaisantez… vous êtes… vous êtes LA COPINE A ANDRE »

Plusieurs personnes se retournèrent dans la salle sans comprendre et la jeune fille se rendit compte qu’elle avait crié. Dans sa tête ca lui semblait impossible, son frère, si timide, qui amène une fille à une conférence. Elle la regarda plus en détail, la dévisageant comme si elle n’avait pas attirée sur elles l’attention de la moitié de la salle.

Elle était habillé pauvrement mais correctement, était très belle et avait un je ne sais quoi de carnassier qui vous mettait mal-à-l’aise. Elle n’avait pas l’air d’une mangeuse d’homme et son frère ne serait pas tombé amoureuse d’une femme aussi agée. C’est-à-dire de son age. Depuis qu’elle le connaissait, il avait toujours recherché la compagnie, va-t-on dire, de jeunes filles plus jeunes que lui. Puis celle-ci semblait assouvie, come une louve qui venait de manger.

Psychologiquement, ca ne correspondait pas. Une envie de hurler de se taire au pauvre maitre de conférence qui la pertubait dans sa réflexion lui vint, mais elle sut se retenir. La drogue donnait quand même tendance à agir trop vite, elle avait du même trop de feuilles de cocas dans la préparation. Elle corrigerait ça à son retour à Mihailov.

Un bruit se fit entendre sur l’estrade et André entra en scène en titubant. Il faillit renverser la table mais parvint à s’assoir difficilement. Sur son front perlaient de grosses gouttes de sueurs. Elle sentit une haine sourde l’envahir alors qu’elle regardait tour à tour l’inconnu et son frère. Elle se demandait si la jeune fille était responsable de l’état de son frère, qui elle était et ce qu’elle faisait la, si elle était dangereuse.

« Comme vous le voyez je ne suis pas au mieux de ma force. Je ferai cependant de mon mieux. Si tout le monde peut bien faire SILENCE dans la salle, je vais commencer ».

Un frisson parcourut l’échine de l’adolescente qui était très clairement visé. Son frère n’adoptait que rarement un ton aussi froid, mais voir le doux agneau qu’était André imposer le silence a une salle était toujours quelque chose d’impressionant. Elle se tut alors qu’il commençait à parler.  Sa voix était enroué et une fois ou deux il éternua douloureusement mais globalement tout le monde semblait attentif. Son frère n’était pas toujours très causant mais c’était un orateur doué, et il maitrisait toujours ses sujets sur le bout des doigts. Puis il y avait quelque chose de perçant dans son regard, qui vous faisait sentir qu’il ne vous oublierait pas, et ce sentiment étrange vous faisez vous taire. Bien sur qu’il ne t’oublie pas, il a une mémoire eidétique idiote. Elle aussi. Mais il fallait encore percer le mystère de l’étrangère.



HRP
Comment vous venez de vous faire afficcchhheeerrr Very Happy



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Jeu 18 Juil - 13:41
La jeune femme en face d’elle avait l’air... spéciale. Belle, on ne pouvait pas en douter, mais spéciale. Elle avait les yeux dans le vide avec le regard de ces gens qui sont sûrs de voir ce qu’ils imaginaient. A un moment, Hierophant se demanda si la demoiselle n’avait pas prit un remontant avant la conférence. Probablement pas, se dit la jeune apothicaire malgré ses méfiances. C’est la conférence de son frère après tout.

Mais la jeune femme en question avait le talent de n’avoir l’air d’appartenir à aucun groupe... Elle contrastait agréablement avec tous les étudiants venus écouter la conférence mais elle y semblait elle-même très à l’aise, voire supérieure. Sa beauté insolente était comme une insulte, une gifle aux airs hautains et austères des autres étudiants. Hierophant appréciait déjà la soeur d’André.

Cependant, elle avait de plus en plus de mal à ne pas en venir à la conclusion logique et évidente que la jeune femme n’était pas sous l’effet d’une quelconque substance hallucinatoire. La cannibale n’était certes pas une intellectuelle mais elle savait reconnaitre l’effet des potions qu’elle vendait. Quoique le changement était trop subtil, juste des réactions apparemment plus lentes comme si une sorte de distraction se trouvait au plafond, la jeune apothicaire vit clairement que la jeune fille était dans une sorte d’état secondaire. Le terme était peut-être un peu fort puisqu’en même temps, elle semblait parfaitement à l’aise dans cet environnement. En réalité, Hierophant eut l’impression que la jeune fille blonde aurait pu être présentée au directeur de l’université et le prendre de haut également. Ce n’était pas forcément quelque chose de négatif.

Ce qui était plus négatif était son manque de discrétion. La dernière chose que Hierophant avait envie de faire, c’est d’être remarquée et, désormais, elle se demandait même si une seule personne dans la salle ignorait sa présence. Elle sentait littéralement tous les regards se tourner vers elle. Les personnes aux alentours arrêtèrent de discuter un instant pour se retourner vers elle. Evidemment, il ne pouvait y avoir vingt mille André, non, tout le monde devait obligatoirement comprendre qu’il s’agissait du «André» comme dans «André Caéli» qui allait donner une conférence dans quelques minutes.

Vu son apparence et celle d’André, elle se demandait même comment on pouvait imaginer une seconde qu’ils puissent être ensemble. Inconsciemment, Hierophant eut une légère moue. Pas que son patient la répugnait, mais elle ne l’avait tout simplement pas regardé comme tel. Tout humain était d’abord un plat. Rares étaient ceux qui s’élevaient de ce statut.

L’assassin s’assit le plus naturellement possible sur la chaise à côté de la jeune fille. Elle se demanda quel goût aurait sa chair pendant un instant et préféra plutôt prendre les choses en main. Elle ne risquait pas de se faire plus discrète si elle se penchait pour sentir l’odeur de la peau de sa nouvelle voisine de conférence. Elle se glissa donc dans sa chaise inconfortable sans regarder autour d’elle et fit un petit sourire pour essayer de rester dans ses bonnes grâces malgré tout.

Une fois que les quelques curieux s’étaient retournés, revenant à leurs conversations, Hierophant décida de tuer la rumeur tout de suite : elle n’avait pas spécialement envie de crier à la foule que non, elle n’était pas la compagne d’André Caéli, ça ne ferait qu’aggraver les choses, mais elle pouvait anéantir la rumeur à sa source :

- Vous aviez bien entendu la première fois, la rassura la jeune femme avec un grand sourire. Votre frère André m’a demandé de m’asseoir ici. Et non, je ne suis pas sa... sa compagne. Je suis... son... médecin...

Bien sûr, il fallait en plus qu’elle hésite sur le terme à employer pour définir sa relation avec le jeune homme. Elle n’avait probablement plus aucune crédibilité. Pour une fois qu’elle essayait d’être honnête avec quelqu’un, la voici enroulée dans un rôle qu’elle n’avait pas choisi comme une momie dans ses bandelettes. Hierophant essaya un autre sourire, plus ferme, plus assuré cette fois-ci, pour assurer son interlocutrice de la vérité de sa situation.

La cannibale était jeune, mais elle n’avait jamais fréquenté de classes et elle ne savait pas du tout comment réagir devant les rumeurs de ces jeunes gens qui vivaient sans cesse ensemble et s’occupaient de la vie amoureuse des uns et des autres. Kolgun allait terriblement rire d’elle quand elle lui raconterait cette histoire ce soir.

Mais pour le moment, le plus important était de se faire le plus discrète possible. Elle était sûre que de nouvelles questions allaient naître : déjà, elle n’avait rien demandé à André quant à son médecin habituel, mais il venait d’une famille apparemment assez importante, ils devaient donc avoir un médecin de famille. Elle imaginait en tous cas, même si, dans ce cas, il était plutôt étrange qu’il ait déambulé dans les rues d’Omnia à la recherche de sa petite boutique.

Il fallait juste qu’elle oriente cette conversation vers une autre direction. Tout de suite. Quitte à ne pas être très subtile :

- Donc, vous êtes la soeur d’André. Je vois que vous encouragez ses recherches...

Elle allait probablement rajouter quelque chose sur le soutien dans la famille et son importance en faisant celle qui connaissait quelque chose aux liens qui unissaient une famille alors qu’elle en avait mangé deux et avait abandonné le dernier, quand elle vit André entrer dans la pièce.

Il semblait globalement mieux que lorsqu’il était entré dans sa boutique, mais tout le monde pouvait bien voir qu’il était encore malade. Quel genre de médecin laisse son patient dans un tel état ?

Mais, Hiero, se rappela-t-elle mentalement, tu n’es pas son médecin, tu n’es même pas vraiment médecin : tu te contentes d’administrer des remèdes de temps en temps, d’en fabriquer, de finir ta journée en fabriquant des poisons et en tuant des gens... Tu es bien loin d’être un médecin. Tu ne savais même pas lire il y a dix ans...

La transformation d’André sur l’estrade était impressionnante. La cannibale avait vu André en tant que jeune homme, en tant qu’écrivain, en tant qu’intellectuel timide... là, elle le voyait se débattre avec son malaise pour parler fort et distinctement. Quand il demanda le silence, la jeune femme avait eu l’envie irrépressible de faire encore plus de bruit. Son envie de désobéir n’était que sa réaction habituelle à l’autorité... Le jeune André Caéli avait donc quelque chose de plus. Il était bien plus fort qu’elle ne l’avait pensé au premier abord.

Elle avait terriblement terriblement envie de le goûter. Les personnes courageuses ont en général un bon coeur, une bonne viande qui laisse un bon goût, le goût de la vie, de la force sur votre langue pendant des jours. Inconsciemment, elle passa sa langue sur ses lèvres. Puis, réalisant ce qu’elle était en train de faire, elle jeta quelques regards à droite à gauche en espérant que personne ne soit en train de la regarder et que personne ne l’ai surprise. Juste parce qu’elle n’était pas en mission n’était pas une excuse pour se laisser aller. Elle devait juste se créer un nouveau masque dans l’urgence. Rien qu’elle n’ait déjà fait avant. Elle devait devenir le médecin, la jeune femme qui était là pour veiller sur son patient.

Elle devait juste laisser ses mains tranquilles sur la table et ignorer le regard insistant de la jeune fille aux longs cheveux blonds sur elle et prier pour qu’elle ne l’ait jamais rencontrée en fréquentant une des grandes familles de Ventus mais quelque chose lui disait qu’elle se serait souvenu d’elle si elles s’étaient déjà croisées...

[Désolée pour le retard et la nullité du post >.>]

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Sam 20 Juil - 2:11
« Avez-vous des questions ? »

Le jeune technomage avait fini de parler et la salle était tombée dans un profond silence. Les dernières minutes de la conférence avait été pour le moins complexes et personne n’était suffisement en confiance pour poser une question sans démontrer sans ignorance. Il en allait souvent ainsi dans ce genre de milieu où le passage obligé, quasi-rituel, des questions était devenu une crème à faire monter en neige pour son propre prestige, la petite cerise sur le gateau de l’égo de certains, la limite entre la science et l’orgueil.

Elisa s’ennuyait. Tout ces barons frileux ou ses étudiants nevrosés qui refusaient de faire entendre une voix souvent aussi douce qu’une odeur de poubelles de peur de se ridiculiser, cela lui levait le cœur d’une marrée nauséeuse. Elle reconnaissait bien la la malisse de son frère qui sous ses petits airs de garçon bien propre laissait rarement passer une occasion de créer ce genre de gêne. La société pensait qu’il ne le faisait pas exprès. Elisa pensait autrement, elle savait qu’il en était tout à fait conscient et qu’il devait éprouver un certain plaisir à cela. Pourtant sur son visage on ne pouvait lire que le serieux du savant. Il en était souvent ainsi avec les gens introvertis, dont le monde intérieur était bien plus riche que la société qui les entourait et où par conséquences ils se recroquevillaient. On ne devinait jamais leurs pensées, à moins qu’ils ne se lancent dans de très locaces et extraverties conversations reflets de leurs propres eux-même.Ces gens puants ne mérite même pas d’être ici. Leurs médiocrités rayonnent encore plus que les éléphants roses qui se balancent au-dessus de leurs têtes. Comment le sang des Caéli a-t-il pu s’abaisser à tomber dans cette fange commune ?

Un jeune étudiant timide prit la parole. Ses lunettes masquaient un visage assez fin avec des cheuveux blonds frisés qui tombaient comme une auréole. Son corps droit lui donnait un aspect à la fois timide et angélique que soutenait une voix douce et chantante. mignon celui-la. Et courageux.

« Excusez-moi, je relis mes notes depuis plusieurs minutes et je ne suis pas certains d’avoir tout compris. J’ai lu les runes que vous comptez mettre pour amplifiez la puissance d’un pacte comme source d’énergie pour un appareil technomagique, mais quand on en arrive à la résistance des corps, je commence à me perdre ».

Il fit une pause des plus aimables, loin des heuh…heuh et autres bruits disgracieux, universitaires et boutonneux que l’on fait dans ce genre de situation. Il fit une pause silencieuse dans son discours, une qualité rare en rhétorique par les temps qui courent.
« Si le corps n’est pas assez conducteur en magie, comment supportera t’il la magie qui se déverse à travers les runes et les sceaux ? Je comprends que vous voulez résoudre ce problème avec la création d’un alliage utilisant lui-même les runes, mais la formule pour le rendre conducteur, j’ai du mal à voir comment elle fonctionne ».

« Une question perti… »

« Une question inutile qui démontre ta propre bétise, Stann ». La voix de la jeune fille avait sonnait comme un fouet dans le silence, coupant André qui la fustigea tout de suite du regard. Elle s’en moquait. André était trop gentil. Il était capable de gêner les gens, le faisait surement sciemment mais jamais il n’humilierait un étudiant en publique. Elle, si.

Le jeune Stan en question se tourna vers elle en la regardant gêné. Sous son regard angélique elle pu lire un mélange de peur, de désir et de curiosité. Le garçon était un étudiant de langue ancienne de l’unviersité d’Omnia, qu’elle savait recalée de Mihailov. Elle avait entretenu pendant l’année du garçon dans la prestigieuse académie une relation plutôt sulfureuse. Le gout de ses lèvres me manque autant que ses remarques impertinentes ou sa petite tête innocente. Il était déjà courageux et imbécile il y a deux ans. Dommage que ça tombe sur lui.

« Les runes sont à l’intérieur du métal, gravées par le procédé de forgeage. Elles sont agencées de manière à ce que l’effet de leurs activations permettent de soutenir cette même activation. Et même plus. D’un point de vu physique, ca ne peut marcher que si l’on grave de manière très précise à des distances précises afin que l’effet soit uniforme. La matrice que tu vois écrites donne la clef pour placer les runes. J’admet que la diagonalisation est un peu sommaire, mais c’est plus une histoire de forme que de résultat. Oublies un peu la magie et regarde de manière spatiale, tu comprendras peut être ». C’est fou à quel point les magiciens, même brillant, on souvent un dégout absolu pour la physique et les maths, alors que ça leurs permettraient d’avoir une meilleur compréhension de la nature, et donc de leurs propres magies.

Le jeune homme regarda à nouveau la matrice sans rien laisser transparaitre du gêne bovin qui naissant surement dans sa tête. Il est fort. Le gout de ses lèvres me manquent toujourss . Son échec à Mihailov était plus du à une accumulation de conditions malheureuses dont elle faisait d’ailleurs partie qu’un vrai manque de compétences pour la prestigieuse académie. Il est surement de loin le meilleur élève ici, et brule de se mesurer à un Mihailovien.

« Les scientifiques pensent rationnaliser la magie alors que le principe même et de forcer vos lois naturels. Sauf votre respect, monsieur Caéli… » il se tourna à nouveau vers le technomage qui était silencieux sur l’estrade, luttant de manière évidente pour contenir son mal et sa rage. « … je pense qu’il est possible d’imbriquer les runes pour créer un seul symbol. Je travaille dessus depuis un moment et je sais que le résultat n’est pas encore concluant mais je sents que c’est réalisable ».

« C’est donc ça la grandeur des magiciens de l’université d’Omnia ? Une bande de gamins qui sentent que c’est possible sans pouvoir le démontrer en réussissant ? » lâcha t’elle avec dédain.

Le silence dans la salle se fit plus lourd, plus agressif et plus violent, partagé entre la non compréhension même de cette parole insultante et la colère naissante.

« Stannislas Elias de l’ancienne maison des Dorcans, c’est ça ? » André avait balayé les effets de la fièvre dans un effort de concentration. Son ton était posé et calme, comme lors de la conférence et la colère dans ses yeux avaient disparus. Il était devenu étrangement inexpressif et froid. Pourtant une certaine chaleur humaine perçait dans sa voix.

« Vous avez publié deux articles aux presses de l’Université d’Omnia que j’ai trouvé des plus intéressants. Il y a encore quelques maladresses, une ou deux erreurs de traductions mais pour quelqu’un qui n’a pas encore de licence, c’est très intéressant ». Il lui adressa un accessite du regard. « Continuez vos travaux, je les suis avec beaucoup d’intérêt. Pour l’instant je n’arrive pas moi-même à faire des runes capables d’avoir cette effet, alors j’utilise des subterfuges pour parvenir à mes fins, la science c’est aussi beaucoup d’imagination. Quoiqu’il en soit si vous y parvenez, venez me voir, c’est avec plaisir que je travaillerai avec vous. » Il se tourna vers sa sœur. Même sa voix se fit glacial.

« La conférence est terminée. Merci pour votre écoute. Si la personne aidante à qui je dois d’être ici pouvez avoir l’amabilité de me rejoindre en coulisse avant le cocktail, je lui en serai des plus reconnaissants. Merci ».

Il se leva et marcha avec ses dernières forces hors de vu des spectateurs. Dans sa tête retentissait les trompettes de la colère alors que son corps était à bout de force. Il se laissa tomber presque inconscient sur une chaise en tenant de repousser la nausée s’emparait de lui. Le visage de Hiéro à côté de celui de Elisa lui apparut et les deux se mélèrent en des traits flous et confondus. Elisa. Pourquoi tu es aussi provocante ? Tu tiens vraiment à ce que le monde entier nous haisse ? L’intelligence mêlé au comportement puérile de sa sœur le mettait mal à l’aise. Une colère sourde grondait en lui-même, mais au-moins avait il réussi à la faire taire. Ca faisait longtemps qu’elle ne s’était pas laissée clouer le bec, et l’occasion ne se représenterait surement pas pendant longtemps. Elle voulait juste l’humilier. L’humilier car il n’est pas un Caéli. L’humilier car il nous ressemble plus qu’elle ne veut l’admettre. L’humilier parce qu’elle aime aussi, peut être… je ne sais pas. Savoir n’était pas le problème avec Elisa. La où s’était délicat, c’était de la contrôler pour éviter ce genre de frasque, elle et son foutu comportement hautain, daidaigneux, froid et cruel. Elle n’avait pas tort, les travaux de Stann avait peu de chance d’aboutir, mais il avait le mérite d’essayer. Et cet échec était sans honte. Il se leva avec l’aide du doyen et arriva jusqu’à la petite pièce qu’on avait libéré pour le confort des intervenants. Un jeune étudiant se trouvait là.

« S’il vous plait, allez me chercher la jeune femme qui était assise à côté de ma sœur. Elle devrait chercher à venir d’elle-même, mais si vous pouviez avoir la gentillesse de la conduire à moi ».


L’idée était un peu folle, mais elle pouvait être tenter. Il n’était pas vraiment en état de l’appliquer la maintenant mais pouvait au moins l’expliquer. Rendre les objets plus résistants. Pourquoi pas elle ? Ca a bien marché avec moi, d’une certaine manière… Pourtant il se sentait épuisé. Des crampes étaient à la limite de se déclencher partout dans ses jambes, des douleurs le rongeaient de partout, une migraine atroce avait pris possession de lui ; la nausée ne le lâchait plus. Peut être que la jeune femme pourrait aussi l’aider avec ça, à nouveau. L’idée de se retrouver à-nouveau en sa présence ne lui était pas non plus désagréable. Il lui devait une récompense. Mettant la main à la poche, il tira suffisament de sa bourse pour payer dix fois les médicaments, le ménage, le fiacre. Mais il avait un cadeau d’un autre genre… peut être sera-t-elle d’accord.

Se laissant gésir sur une chaise, il ferma les yeux et s’endormit, l’image de Hiéro flottant au-dessus de sa tête.



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