Esildrur Erevan Diraden



 

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Esildrur Erevan Diraden

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Messages : 9
Age : 23
Métier : Maître Forgeron
Humeur : Voyageuse
Points Histoire : 0
Lun 18 Mar - 22:53







Nom : Diraden

Prénom(s) : Esildrur Erevan

Âge : Vingt-trois ans en février 762

Genre : Homme

Nature : Humain

Affinité : Son attachement pour son pays d'adoption et l'éducation altruiste et respectueuse de la nature prodiguée par sa mère lui désignent par défaut une affinité à la Terre, bien qu'il n'en ait aucune conscience.

Pays : Né à Ignis, il a cependant grandit à Terra.

Métier : Maître forgeron itinérant avec une formation de soldat

Langues : Ayant eu une éducation poussée, il parle parfaitement la Langue Courante et maîtrise également l'alphabet runique, bien que cela ne lui serve à rien.

Titre :
Code:
[i][b][color=saddlebrown]Young Master Blacksmith[/color][/b][/i]

* Thème :
Axe or Sword ? by Howard Shore

Sans être de nature envahissante, Esildrur a toujours surprit les gens par sa bonne humeur et sa joie de vivre. S'il s'est assagit avec le temps, il garde encore cette étincelle de bonne humeur qui semble déteindre sur ceux qui l'entourent. Ses amis savent qu'il est fiable et fidèle, et pour rien au monde il ne chercherait à leur nuire – sans raison valable, du moins ; ayant fait l'école militaire, il connaît la valeur de la « légitime défense ».
Il reste très sociable et souriant avec tous, qu'ils soient des connaissances ou de parfaits inconnus. Ses parents ayant toujours hébergé les voyageurs et commerçants passant dans leur village, il a rapidement été habitué à voir de nouvelles têtes. Sa soif de connaissance du monde se traduisait par d'innombrables questions sur les origines des invités, leurs activités, leur famille …
Les années passant, cette curiosité l'a quittée, ses interrogations s'étant enfin taries grâce à des réponses plus ou moins complètes.

Parmi ses innombrables questions, un sujet reste cependant d'actualité : la nature. Il ressent envers elle un respect immense ; la faculté de créer et de reprendre la vie aisément, de créer des étendues magnifiques de fleurs et d'herbe verte ou au contraire de les détruire par le feu … Cette puissance de création l'a toujours fait se sentir infiniment humble.
Avec le temps, il a apprit à appliquer ce même respect à tous les êtres vivants.

Sa passion pour le travail du fer découle tant de son avidité de savoir que de son humilité face à la nature : la possibilité de concevoir des objets introuvables en milieu sauvage l'impressionne. Il peut ainsi passer des heures voire des journées entières au dessus des fours, sans manger, à simplement frapper et tordre le fer, à allier différents métaux, à tailler des lames jusqu'à obtenir la courbe et le fil le plus parfait possible.
Bien que les armes soient ses créations les plus prisées et celles qui lui permettent de gagner sa vie, ce qu'il préfère pourtant forger, ce sont les objets de décoration. Des figurines, des broches, des bijoux … Il garde ses plus belles créations chez lui, à l'abri sous le regard de sa sœur, et les considère un peu comme ses enfants.

Les croyances de sa mère ont énormément influencé son enfance et sa vision du monde. Bien qu'il reste sceptique sur l'existence des Dieux et du Monde d'Au Delà dont elle ne cessait de lui faire part, les valeurs que ces croyances véhiculaient restent ancrées en lui avec force.
Celles sont regroupées sous l'icône d'Yggdrasill, l'Arbre-Monde, qui supporte Neuf Mondes au total. Ceux-ci disposés selon un équilibre permettant de ramener à zéro l'équation de l' « Univers », comme suit :
 
Disposition d'Yggdrasill :
Ásgard est le Royaume des Dieux Aesir, situé tout en haut de l'Arbre-Monde.Son opposé est le Royaume des morts de Helheim, tout en bas des Racines d'Yggdrasill.
Le second Royaume des Dieux Vanir est Vanaheim, légèrement en dessous d'Ásgard dans les branches d'Yggdrasill. Il est associé à la fécondité, à la sagesse et à la précondition, soit à la Création.Le Royaume de Jötunheim lui est opposé, domaine des géants des Glaces et associé à la Destruction. Il se situe au niveau du tronc d'Yggdrasill.
Álfheim est le Royaume des Alfes clairs, situé sur les branches les plus basses de l'Arbre-Monde.Son opposé est le royaume de Svartalfheim, où vivent les Alfes sombres, et qui est situé au niveau du tronc de l'Arbre-Cosmique.
Le Royaume de Niflheim est dominé par les glaces et le froid, situé sur les racines d'Yggdrasill.À son opposé, le Royaume de Muspellheim représente le feu et la chaleur. Il se trouve en face de Niflheim, sur les racines de l'Arbre-Monde.
Enfin, le Royaume de Midgard est situé au centre du tronc d'Yggdrasill. En plus d'être le monde des Hommes, il est aussi le neuvième royaume, l'équilibre des forces.
Le Culte d'Yggdrasill s'est développé sur Albion selon les croyances suivante : l'équilibre sensé être entretenu sur Midgard a été troublé par la cupidité de certains Hommes durant l'Âge Sombre. Depuis, le royaume est comme en chute libre, en équilibre précoce au dessus du vide. Ceux en étant conscient doivent tenter de rétablir l'ordre en se concentrant à faire le bien, à agir dans la simplicité et les valeurs de fidélité, de reconnaissance, de respect de la vie et de la situation de chacun, ce afin de compenser l'avidité, la cupidité et l'arrogance des autres.

C'est ainsi qu'Esildrur entend mener sa vie. L'enseignement qu'il a reçu à l'école publique l'a également ouvert au culte d'Ehos et de Watos, cependant il se considère lui-même comme athée, rejetant le fanatisme et l'obstruction au monde extérieur que la religion peut créer et ne se concentrant que sur les valeurs qu'il pense être justes et dignes de défendre.

À la mort de sa mère, Esildrur a voulu remplir son rêve d'enfant et de partir sur les routes afin de découvrir le royaume de Terra par lui-même. Après s'être renfermé sur lui-même par tristesse et désespoir durant quelques jours, il a décidé que la meilleure façon d'honorer la mémoire de sa défunte mère était d'oublier le chagrin et de ne retenir que les bons moments, ceux qui lui ont apporté de la joie et ont contribué à faire de lui ce qu'il est à vingt-trois ans.
L'injustice et la violence sont deux notions qui l'insupportent, car elles représentent le côté « négatif » des Hommes qui aurait déséquilibré le monde. Proposant son aide et vendant ses créations au gré de ses passages dans les villages de Terra, il entend ainsi faire partie des actions « positives » qui rendraient sa place au monde.
À vingt-trois ans, Esildrur est un jeune homme à la stature douce mais imposante. Du haut de son mètre soixante-quinze, il dépasse de peu les plus grands membres de son village.
Les années passées à gambader au dehors ont peu à peu bronzé sa peau déjà mate d'origine. Le travaille à la forge y a également contribué, d'autant plus qu'il a façonne et créée généralement torse-nu du fait de la chaleur ambiante. Les coups de marteau et la torsion du fer a développé ses muscles supérieurs au cours des années de besogne, allongeant son corps et lui allouant une silhouette élancée.
Ses bras forts se terminent par des mains calleuses dû au maniement des armes et du marteau, mais qui sont pourtant d'une extrême douceur quand la situation le demande.

Sa chevelure est l'une des premières chose que l'on remarque de lui ; une des premières choses qui surprennent aussi. Selon la luminosité ambiante, la couleur de ses mèches peut varier d'orangé à doré, bien que dans les villages élevés des montagnes, elles paraissent d'un roux éblouissant.

Ses yeux brun clair paraissent souvent se fondre dans cette masse aux reflets dorés, lui donnant un regard perçant et parfois troublant. Mais le secret de ses yeux résident surtout dans le fait qu'ils sont un véritable miroir de ses émotions. Ils peuvent tantôt briller ou se ternir, semblant changer de couleur selon son humeur, alors que cela n'est en réalité qu'une question de luminosité … Cependant, Esildrur a généralement le regard fixe et confiant, à la fois en lui-même et aux autres, au reste du monde, comme s'il n'y voyait que la bonté. Ses traits fins, son nez droit, ses pommettes adoucies et ses lèvres pleines où se dessine le plus souvent un léger sourire viennent compléter le tableau, mettant les gens qui croisent sa route en confiance, et surtout d'humeur joyeuse.


Avant son entrée à l'école militaire de Castelbelval, lors de la célébration de ses quatorze ans, il a fait graver à l'encre noire le symbole de l'Arbre-Monde Yggdrasill sur son omoplate gauche. C'est sa mère qui s'est chargée de tatouer l'emblème rappelant l'équilibre entre les mondes, entre la force et la sagesse, entre l'autorité et la douceur.
Esildrur possède également un second tatouage sur toute la partie droite de son corps, de l'épaule au pectoral, bien plus étendu et récent : le dragon Nìdhögg, symbole de la vie et bourreaux des âmes cruelles. À la mort de sa mère, il a demandé à son oncle de le réaliser. Ce dernier étant apothicaire, il disposait d'un meilleur matériel que pour le précédant. Aussi le dessin est-il plus coloré et soigné.

La dernière modification qu'il ait fait de son corps sont trois trous sur le lobe et le cartilage de ses deux oreilles, où il porte des boucles forgées par lui-même qu'il inter-change de côté selon ses humeurs.

D'ordinaire, il porte des vêtements simples : pantalon, serré d'une ceinture et de sangles de cuir tanné, et chemise de lin dont il retrousse les manches sur ses avant-bras. Il varie parfois avec une veste de cuir sans manche qui lui permet tous les gestes que lui imposent la forge sans jamais l'entraver. Sa tenue favorite est un ensemble en chanvre, plus doux et résistant, obtenu d'un marchand itinérant en échange d'un repas et d'un abris pour la nuit. Il porte des bottes de cuir renforcé, avec semelles en bois fin et clouées pour la marche en montagne, fourrées de peau de lapin pour le confort.
Presqu'associée à son artisanat, il ne quitte que rarement la paire de mitaines-gantelets qui protège ses mains tant du froid en hiver que de la rudesse du marteau ou des éclats de métal en fusion pouvant malencontreusement s'échapper des fours.
Lorsque la température baisse, il se protège du froid avec sa cape de voyage ou bien, lorsque les neiges tombent, avec une cape fourrée de peau de lapin.
Il n'a jamais porté de broderies ou de raffineries vestimentaires ; de par son métier, il ne cesse d'abimer ses friches tant par l'effort que par la chaleur, aussi n'a-t-il jamais compris ses camarades de Castelbelval qui ne cessaient de le taquiner sur la sobriété de son accoutrement.
Dès son plus jeune âge, il a été sollicité dans des conversations au langage élaboré et varié. Par la suite, l'enseignement reçu à l'école publique jusqu'à ses douze ans, puis à l'école militaire jusqu'à ses dix-neuf ans lui ont permis de garder un niveau de langue courante très correcte.
Par ailleurs, il a toujours été fasciné par le culte de sa mère, la croyance en l'Arbre-Monde Yggdrasill ; aussi a-t-il apprit consciencieusement les runes anciennes, malgré leur inutilité. Si leur prononciation lui est connue, leur signification propre a été perdue depuis bien longtemps. Il lui arrive parfois de les graver sur ses œuvres comme décoration.

Bien qu'il soit d'une nature très pragmatique, Esildrur ne cesse jamais de s'interroger sur la nature des choses. Voulant suivre un idéal d'équilibre, si un problème se pose à lui, il y pensera, le déchiffrera et le retournera dans tous les sens jusqu'à y trouver la solution la plus équilibrée et simple possible, que ce soit au niveau de la force, de la sagesse ou de l'énergie déployée pour appliquer cette solution.

Du fait de son enfance dans les montagnes et à force d'accompagner son père sur les routes en tant que forgeron itinérant, il a développé un sens de l'orientation parfait, ainsi que l'habilité à se repérer dans des milieux naturels tels que les forêts ou la montagne. Il est capable d'y trouver de quoi se nourrir sans peine, ou encore de dénicher l'endroit parfait pour monter un camps.

À vingt-trois ans, Esildrur a atteint le niveau de Maître Forgeron. Depuis qu'il est capable de comprendre le monde qui l'entoure, il n'a eu de cesse d'apprendre aux côtés de son père les subtilités et alliages des métaux en fusion jusqu'à ses quatorze ans. Même après être parti à Castelbelval, il continuait de pratiquer avec son père dès qu'il avait l'occasion de rentrer dans son village. Enfin, après avoir quitté l'école, il a encore étudié durant quatre ans afin de parfaire son métier.

Entre la forge et l'école militaire, Esildrur a apprit à manier nombre d'armes. Il maîtrise aisément la serpe et les kamas, souvent utilisés dans les champs près de son village, mais aussi la hache d'arme, les épées en tous genres ainsi que l'arc. Il a quelques difficultés avec les lances, pics, faux ou encore hallebarde qui ont une allonge de frappe trop longue et gène, selon lui, le maniement.
Il n'a cependant jamais réussit à maîtriser les masses, fléaux d'arme ou haches de guerre, celles-ci étant soit trop lourdes, soit trop peu soigneuses de leurs victimes.
À l'entraînement, ses préférées sont les épées bâtardes, épées courtes, claymores et cimeterres. Lorsqu'il chasse, il est cependant bien meilleur au maniement des projectiles légers comme des dagues de jet ou des shurikens simples, ou encore à l'arc court.

En sa qualité de forgeron, le jeune homme n'a pas énormément de possessions. Il revend en général toutes ses créations, sauf quelques pièces maîtresses qu'il garde entreposées chez lui, pour le grand plaisir de sa jeune sœur.
Il ne garde sur lui qu'une petite bourse de cuir tanné avec quelques pièces d'or et d'argent, à la fois pour ses propres achats et pour avoir un minimum de monnaie nécessaire lors de ses voyages.
Le seul objet qu'il considère comme un bien inestimable est une perle en terre cuite. Fabriquée par sa mère lors des derniers mois de sa vie, elle porte les motifs des Sorcières Norns du destin.

Outre celles qu'il entend vendre, Esildrur garde toujours quelques armes à sa ceinture, généralement celles auxquelles il excelle. La dague orientale forgée par son père repose dans un étui à sa ceinture, tandis que de l'autre côté, il porte une épée bâtarde simple qu'il a forgée lui-même.
Lorsqu'il sait qu'il part pour un voyage de plus d'une semaine, il emporte également un art court et un carquois de vingt-cinq flèches taillées par ses soins afin de chasser. Enfin, il a toujours une fronde en cuir dans une de ses sacoches, ce qui lui permet de récolter ses projectiles le long du chemin sans trop s'encombrer.
Il a également gardé une chemise de maille de l'école militaire. Bien qu'il ne la revête jamais, on lui a apprit la vigilance ; aussi la garde-t-il toujours dans ses affaires, « au cas-où ».

Ses compagnons de route animaux sont un cheval nommé Sleipnir et un jeune loup domestiqué nommé Fenrir, tous deux baptisés ainsi en l'honneur d'animaux légendaire des royaumes d'Yggdrasill.

Fenrir est en réalité à moitié sauvage ; sa meute a été chassée de son territoire par un ours alors qu'il n'était qu'un louveteau, et son manque de vigueur alors lui a coûté d'être abandonné par les siens. Esildrur, en rentrant de Hustar, l'a trouvé près de sa tanière, affamé et seul. Il l'a nourri du produit de sa chasse et, voyant qu'il ne pourrait se débrouiller seul dans la nature, l'a adopté. Cela fait presque un an qu'ils voyagent ensemble, Fenrir vivant dans la forêt environnant Belbourg et rendant parfois visite à son « ami » humain. Celui-ci se refuse pourtant à se considérer comme le maître du loup.
Sleipnir quant à lui, est une monture fiable à la robe brune qu'il a acheté pour le voyage. En sa qualité de destrier léger, il peut tirer une petite charrette en bois. Esildrur a lui-même renforcé les rails des roues avec des tiges de métal afin d'éviter d'abimer le bois dans les chemins tortueux de la montagne. Sa monture est équipée d'une bride simple et d'une selle d'équitation spéciale : des poches en cuir de chaque côté des étriers lui permettent de ranger son matériel et quelques marchandises ne pouvant être transportées dans la charrette.

Il lui arrive également de faire le chemin jusqu'à Hustar ou Mervaux à pied, auquel cas il emporte un grand sac à dos chanvre renforcé en cuir tanné, ainsi que deux sacoches de cuir accrochées à sa ceinture pour les outils de forge les plus légers.
Généralement, son sac contient du matériel de voyage de base : une gourde, une trousse de premiers secours, un set de parchemins avec une fiole d'encre et une plume d'écriture, une lampe accompagnée d'une flasque d'huile de rechange, une petite torche, une tente légère ainsi qu'une couverture, et bien sûr un silex et amorce pour le feu.
Il garde également une carte de Terra, où il note d'un trait fin des chemins cachés dans les montagnes ou la position de lieux spéciaux qu'il a découverts au cours de ses voyages à travers le pays.
Il garde toujours avec lui ses outils de maître artisan : un marteau, un pic et une trousse de gravure et de taillerie, ainsi qu'une pierre à aiguiser.

Bien que les Diraden soient originaires d'Ignis, il semblerait qu'Esildrur soit le dernier de sa lignée ; ses grands-parents paternels n'avaient que deux enfants : Dong, l'ainé, et Arisu, sa cadette de quelques années. Cette dernière s'est mariée à Tomasu Kureos avant même qu'Esildrur ne soit né. Lorsque Dong a quitté Ignis, Arisu attendait un fils : Kenji. Après leur installation à Belbourg, Dong a plusieurs fois tenté de recontacter sa sœur ; sans succès. À ce jour, il ignore même s'ils sont encore en vie.

Ainsi, la famille directe d'Esildrur se compose de son père, Dong Diraden qui, malgré son origine d'Ignis, est vite devenu un forgeron réputé à Belbourg. Malgré ses quarante-quatre ans, et bien que son fils ait enfin obtenu le niveau d'un maître forgeron, il garde la forge familiale et s'en occupe avec bonheur lorsqu'Esildrur part sur les routes afin de vendre leur production dans les villages voisins.

Sa mère, Melysse Thoban Diraden, est une Terrane de naissance. Dynamique et digne représentante de la liberté féminine de Terra, elle était appréciée par ses voisins et bien connue dans les écoles publiques des villages de la région. De plus, elle était aussi l'une des dernières chef de file du culte d'Yggdrasill. En effet, le réseau s'amoindrit à chaque génération, et Esildrur en est même venu à penser que la famille de sa mère était la dernière à croire en l'Arbre-Monde sur tout le continent d'Albion. Cependant, si le hasard et la chance lui font croiser le chemin des semblables de sa mère, sa connaissance de ce culte ne pourra que lui être bénéfique.


Sa jeune sœur, Carillisse Diraden, est réputée dans le village pour sa beauté, bien qu'elle soit d'une timidité excessive pour ses dix-sept ans. Certains compagnons de route d'Esildrur l'ont d'ailleurs approché uniquement afin d'en connaître plus sur la belle demoiselle si secrète. Cela a toujours beaucoup amusé le jeune homme, qui garde pourtant un œil protecteur sur sa cadette.

Enfin, son oncle maternel Hemus Thoban est particulièrement proche de lui depuis le décès de sa mère, il est la dernière famille qu'il lui reste – outre sa propre femme et ses enfants. En effet, les grands parents d'Esildrur, Cornelius Thoban et Mireila Agnis Thoban, sont décédés alors qu'il n'avait que huit ans. Âgé de cinquante-deux ans, Hemus est apothicaire. Comme toute sa famille, il partage les croyances de sa défunte sœur, et soutient Esildrur du mieux qu'il peut dans sa vie de jeune adulte.

Étant l'aîné de la famille, les tâches les plus importantes de la maison incombent à Esildrur, et il a longtemps prit ce rôle très au sérieux ; aussi était-il souvent sur la place centrale du village lorsqu'il était enfant, à porter de l'eau ou acheter des planches pour réparer des défauts de leur demeure. De fait, il a toujours été très apprécié des villageois. En grandissant, cette affection s'est étendue aux villages environnants à mesure qu'il accompagnait son père pour l'aider à vendre leurs marchandises.
À présent qu'il a reprit le flambeau de son père, il est toujours très bien accueilli dans tous ses voyages. De même, il a noué quelques liens avec des commerçants d'Hystia.

Il a également de nombreux amis à Hustar, que ce soient des commerçant ou des camarades de Castelbelval habitant la ville.
Concernant l'école militaire, sa personnalité ouverte et humble lui a valu de se faire beaucoup d'amis, certains plus proches que d'autres, tant parmi les étudiant que parmi les professeurs.
Notamment, il garde encore aujourd'hui de forts liens avec ses compagnons de chambrée qu'il a côtoyé durant presque six ans : Kenan Mersen, orphelin au regard sombre et pragmatique, et Jarvis Kosilstravis, un jeune fils d'agriculteur toujours prêt à divertir et à soutenir ses amis.
Ses professeurs ont tous un bon souvenir de lui, mais l'homme pour lequel il a le plus de respect est Zed Rogamus, maître d'armes à Castelbelval. Durant sa première année, il a même noué des liens avec le général Kerrys Perili, en faisant une bonne connaissance.

  • Comment avez-vous connu le forum ?

  • Par Reno \o/ !

  • Des choses à améliorer ?

  • Le design est absolument magnifique (je dois avouer que c'est ce qui m'a avant tout attiré ici), donc tout d'abord un grand bravo et merci au designer ^_- !
    Le contexte est aussi très intéressant, tant sur le fond que sur la forme (une belle présentation qui donne envie de lire les quelques pages). La seule chose qui manquerait éventuellement, ça serait une description plus étendue des différents États d'Albion, non pas dans la culture ou le fonctionnement institutionnel, mais sur le plan géographique.
    On en pense pas systématiquement à aller voir les descriptions de lieux dans la partie RP pour savoir à quoi ressemblent les différentes parties des Royaumes, et je pense que quelques lignes de description de chaque lieux dans le Contexte en plus de la carte pourraient aider les nouveaux membres à mieux s'imprégner du pays qu'ils choisissent.

  • Crédits :


  • Original Character by Heise Jinyao - Image principale : « Man 2 » - Esildrur Erevan Diraden
    Bleach Artwork by Tofu Pimp - « Young Ichigo » modifiée

    Original Character by Auteur inconnu - Fenrir
    Original Character by Blackseagull - « Cardavian » - Sleipnir

    Original Character by Capprotti - « Forging the Chain » - Dong Diraden
    One Piece Artwork by Antares69 & by Accuracy0 - « Nami Swan » & « Nami 2 » - Melysse Thoban Diraden
    Original Character by Heise Jinyao - Image retirée du site officiel - Carillisse Diraden
    Original Character by Mckadesinsanity - « Commission: Yersel » - Hemus Thoban


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Mar 2 Avr - 17:59


Ignis, Chaîne de Yaegahara – Village de Yamamura
Chemins escarpés de la chaîne
Année 737, Novembre, début d'hiver

L'homme releva la tête, humant l'air, regardant au loin vers l'horizon obstrué par les hautes montagnes de la Chaîne de Yaegahara. Le soleil ne tarderait pas à disparaître derrière les hauts pics de roche …
Il hasarda un regard derrière lui, soupirant en voyant sa femme et son fils aîné trimer à tirer le lourd chariot de marchandises derrière eux, tandis que sa fille luttait contre les multiples bourrasques de vent glacé qui tentaient de subtiliser quelques marchandises. À cette allure-ci, ils n'atteindraient jamais le prochain village avant la nuit.

Faisant demi-tour, il rejoignit son épouse, lui faisant comprendre d'un geste qu'il prenait sa place, l'assurant d'un sourire qu'elle pouvait aller se reposer dans la charrette. La jeune femme lui sourit en retour, soulagée, avant de s'exécuter.

« T'es prêt, Hemus ? 'Va falloir forcer un peu l'allure. »

« Oui, papa » répondit le garçon en essuyant la sueur qui gouttait à son front.

Le chemin se faisait plus tortueux à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les montagnes, la ville de Himeji dans leur dos. Ils avaient écoulé une grande partie de leurs marchandises à Lex, la capitale, lors de la célèbre et animée Fête des Moissons, mais s'étaient mis d'accord pour se rendre ensuite à la ville de l'Est. Non seulement y avaient-ils de fidèles clients, mais leur fille, Melysse, avait également exprimé le désir de voir la magnifique architecture orientale qui faisait la réputation de Himeji.

// Mais avec l'automne arrivant, les journées se sont écourtées … // pensa l'homme avec un soupir en tirant la charrette. // Si nous attendons davantage, nous risquons de ne pouvoir rejoindre Terra avant les premières neiges. //

Assises dans la charrette en bois, Mireila Thoban et sa fille Melysse recouvraient les vivres d'une bâche en toile, veillant à ce que le vent ne puisse les emporter. Passer la nuit dans les montagnes serait déjà bien difficile, mais le faire sans provisions était carrément du suicide.
Mireila soupira. Elle ne comprenait pas la hâte de son mari de rentrer chez eux. Certes les lois de ce pays étaient d'une dureté affolante ; elle ne comptait plus le nombre de guets qu'ils avaient dû traverser, ni le nombre de fois où ils avaient dû justifier leur présence … Elle coula un regard en coin vers sa fille. Elle qui avait été instruite, elle qui avait développé son sens critique et son intelligence comme tous les terrans ne pouvait qu'être révoltée face à la restriction imposée aux femmes d'Ignis.

// Disons que les voyages forment la jeunesse // pensa tristement la mère de famille. // Voir de telles choses ne pourra que lui faire prendre conscience de la chance qu'elle a d'être née terrane … Malgré l'alliance que nous avons avec Ignis. //




Après plusieurs heures de route, la noirceur de la nuit s'installa peu à peu, rendant plus difficile encore la progression du convoi marchand.

« Melysse ! Allume des torches ! » lança Cornelius à l'avant.

« J'arrive papa. »

S'exécutant, la jeune fille de dix-huit ans sortit un silex et des allume-feu du petit sac en cuir qui trainait à ses pieds, farfouilla dans un tonneau et aligna deux torches devant elle. Sa mère les redressa, l'aidant à les allumer, puis la plus jeune descendit du support de bois. Rattrapant son père et son frère aîné au pas de course, elle attacha les deux torches de chaque côté de chacun d'eux, sur les supports réservés à cet effet.
Ils n'étaient qu'une modeste famille de marchands, et aucun d'eux ne connaissait d'autre moyen de produire de la lumière – ni d'allumer un feu plus rapidement.

Alors que les roches montagneuses les entouraient et que la route ne se limitait plus qu'à un maigre chemin de terre coincé entre de grandes falaises et des pics interminables, le vent sembla se lever. Soufflant dans les crevasses et les vallées, il sembla à Melysse que la montagne chantait.

Sa mère frissonna, et Melysse lui tendit sa cape de voyage.

C'était un chant triste, un chant de désespoir … Un chant inquiétant qui, associé à la noirceur des lieux et à la température qui ne cessait de diminuer, ne faisait qu'accentuer le sentiment d'insécurité qui la gagnait. Ignis était bien connu pour ses troubles, après tout. Si jusque là, ils n'avaient eu aucun problème sur la route, mais rien ne garantissait que leur voyage allait se finir de la même façon.

Et comme pour lui donner raison, trois silhouettes apparurent soudain devant la charrette, à la lueur des torches. Cornelius et Hemus s'arrêtèrent brusquement, aussi surpris que méfiants.

« Mais c'est une belle compagnie, tout ça ! » s'exclama la silhouette du milieu d'une voix grave en s'avançant. « Tout plein de marchandises ! Et ils reviennent de Himeji ? Eh bah ils doivent avoir les poches bien pleines ! »

La plus jeune frissonna. Un bruit de métal se fit entendre. L'inconnu dégainait une arme, et ses deux acolytes l'imitèrent. Le premier s'avança vers Cornélius qui ne pouvait que le fixer, figé de peur.

// Des brigands ! 'Manquait plus que ça ! //

S'accroupissant, tentant de se dissimuler, Melysse vit les deux autres silhouettes s'avancer à leur tour, les entourant, si bien que l'une d'elles se trouvait désormais derrière eux … ou plutôt, face à Melysse et sa mère.

« Alors écoute-moi bien, papi. Tu vas me filer tout ce que t'as, compris ? Et je laisserais peut-être ta petite famille tranquile … »

L'homme face à Melysse la repéra soudain, montant d'un geste dans la charrette, les faisant tous sursauter. Sa mère poussa un léger cris de frayeur alors que l'homme empoignait Melysse par les cheveux.

« Eh, Kerrun ! Regarde un peu c'que j'ai trouvé ! On peut la garder ? »

Trois rires gras et dégoutants semblèrent résonner de la crevasse longeant le chemin. Melysse tenta de forcer la main à la lâcher, et Mireila voulu elle aussi s'interposer.

« Bouge pas ! »

Le cri retentit, cruel et sanguinaire.
Il la repoussa d'un coup de pied dans le ventre, et elle retomba brutalement, son dos percutant un tonneau.

« Maman ! … Lâche-moi, sale troufion dégénéré !! » renchérit la plus jeune en balançant des coups de pieds dans le vide alors qu'il la soulevait par les cheveux, une lame dans l'autre main.

« Hep hep hep ! Où crois-tu aller, toi ?! » s'exclama le dernier homme alors que Hemus avait voulu se précipiter pour les aider.

« Lâchez ma fille !! » s'interposa Cornelius.

L'homme devant lui rit doucement, avant de poser doucement la pointe de son épée sur sa joue.

« Toi, papi, tu bouges pas et tu me files la clé du coffre que t'as sûrement dans ta charrette. »

Lâchant la charrette, le père de famille s'élança sur son agresseur, espérant donner le temps à son fils de maîtriser le second. Mais ce dernier semblait avoir prévu son coup.
Son épée se trouva instantanément sous la gorge de Hemus, son regard noir le menaçant.

C'est alors que des bruits de sabots retentirent derrière eux. Arrivant à leur hauteur, la petite charrette tintant de fer s'arrêta, et son conducteur resta stupéfié une demi-seconde, avant de comprendre la situation.
Sautant de son véhicule, il attrapa quelque chose dans sa charrette, puis s'avança vers les deux brigands lui faisant face, une épée courte dans une main.

Melysse, toujours tenue par les cheveux par son agresseur, croisa son regard, à la fois paniquée et furieuse. C'était un jeune homme à la tignasse et à la barde courte, de ce qu'elle pouvait voir à la faible lueur des torches.
Celui-ci sauta agilement sur la charrette des Thoban, attrapa l'agresseur de la jeune fille par la nuque et le balança à terre, lui faisant lâcher prise. Pris de cours, il ne sembla pas réaliser ce qu'il lui arrivait.
Melysse retomba durement sur le bois, et sa mère se précipita vers elle, s'assurant qu'elle allait bien, alors que le nouveau-venu assommait le brigand d'un coup de crosse sur la nuque

Devant la charrette, Cornelius se relevait, mais son opposant fut plus rapide. Un coup d'épée l'atteint à la jambe, transperçant la chaire, lui arrachant un cri, avant qu'il ne retombe au sol.
L'autre se dirigeant avec fureur vers le nouveau venu, déjà aux prises avec le second bandit.

Hemus en profita pour se défaire de l'emprise de leur attaquant, joignant ses forces au jeune-homme pour leur faire face. Alors qu'un coup d'épée lui tombait dessus, le jeune homme le para de son arme, et repoussa son assaillant d'un coup de pied dans le sternum. Celui-ci, déséquilibré, tomba dans le ravin avec le cri déchirant de celui qui réalise que sa fin est proche.
Le dernier brigand, dépassé par le nombre, cracha de colère et s'enfuit en courant.
Lorsqu'Hemus voulu le poursuivre, le nouveau-venu l'en empêcha.

« Vous avez un blessé ! » dit-il d'un voix grave et légèrement rocailleuse.

Tournant la tête vers son père, Hemus se précipita vers lui alors qu'à l'arrière de la charrette, Melysse et Mireila descendaient, venant voir les dégâts.
Le jeune homme rejoignit Hemus alors que celui-ci s'agenouillait près de son père.

« Ça va, mon grand, ça va … » grogna le vieil homme en se tenant la cuisse.

« Faite-moi voir ça … » murmura le nouveau-venu.

Il grimaça légèrement à la vue de la plaie. Ouvrant une sacoche à sa ceinture, il sortit un long morceau de tissu qu'il enroula autour de la blessure, serrant avec force.

« Si vous bougez trop, ça va saigner encore plus. Je sais pas où vous alliez, mais vous pourrez pas continuer la route dans cet état. Mon village est à quelques kilomètres, vous pourrez vous reposer là-bas. »

Cornelius lui adressa un sourire douloureux.

« Merci beaucoup, jeune homme. »

« J'm'appelle Dong. » lui sourit-il. « Dong Diraden. »

« Cornelius Thoban. Mon fils, Hemus ; ma femme, Mireila. Et ma fille, Melysse. »

« Vous nous avez sauvé la vie, Dong » reprit Mireila en serrant sa fille contre elle.

Celle-ci, rencontrant de nouveau le regard de leur sauveur, lui sourit doucement. Il lui répondit, plus timidement, puis se tourna de nouveau vers le père de famille/

« En attendant, 'vaut mieux que vous marchiez pas trop. Venez. »

Il aida Cornelius à se relever et le conduisit jusqu'à sa propre charrette, longeant le ravin où avait disparu le second bandit. Il l'aida à s'installer sur son cheval, puis rejoignit Hemus à l'avant de la première charrette.

« Montez, » dit-il aux deux femmes. « 'Faut pas trainer dans le coin. S'ils ont leur campement pas loin, il va revenir avec du renfort. »

Le convoi se remit alors en marche, Dong et Hemus tirant la première charrette, Melysse et Mireila assise à l'arrière de celle-ci ; Cornelius conduisant la monture du jeune homme et suivant derrière eux.

« C'est vraiment une bénédiction que vous soyez passé par là, Dong, » sourit Hemus alors que l'effort lui coupait presque le souffle. « Nous avons quitté Himeji au levé du jour, mais nous ne pensions pas avoir à traverser les montagnes de nuit … »

« J'suis forgeron itinérant. J'reviens aussi de la grande ville. Mon village est un peu perdu dans les montagnes, donc on est pas trop embêtés par les autorités pour les contrôles … Mais du coup, les brigands se rassemblent et attaquent les passants. 'Faut toujours être armé dans le coin … Vous êtes pas du coin, pas vrai ? »

« Nous venons de Terra. Nous sommes des marchands itinérants » répondit Mireila.

« Eh bah. C'pas tous les jours qu'on rencontre des terrans au milieu de la Chaîne. Essayez d'être discrets au village. 'Pas sûr que les autres aiment beaucoup les étrangers. »




Les Thoban s'étaient installés dans la petite maison de Dong. Celui-ci vivait là seul depuis le décès de ses parents, sa sœur cadette ayant, avait-il dit, déménagé quelques mois plus tôt pour vivre avec son mari. Mireila était assise dans la chambre, surveillant d'un œil inquiet le soigneur du village qui désinfectait et recousait d'une main experte la blessure de son mari, allongé sur le lit. De l'autre côté de la porte, Dong faisait réchauffer une marmite de ragoût en équilibre dans l'antre de la cheminée, touillant et s'assurant que le contenu ne se répande pas sur le sol du fait des balancements.
Melysse et Hemus, assis à la table de la pièce principale, l'observaient faire, exténués par leur journée de voyage.
Après avoir conduit Cornelius à la chambre de ses parents et appelé le guérisseur du village, le forgeron avait déchargé sa charrette, dé-sellé sa monture, affûté les armes et rangé les objets décoratifs non-vendus, puis les avait invité à souper.

Si Hemus se retenait avec difficulté de s'endormir sur la table, Melysse ne lâchait pas des yeux leur sauveur.
Bien qu'il soit seul, la demeure modeste semblait fort bien entretenue, et le souper mijotant sur le feu embaumait la pièce d'un fumer alléchant. Dong n'avait pas dit un mot depuis plusieurs dizaines de minutes, semblant se complaire dans le silence environnant, troublé uniquement par le crépitement du feu et le couinement de la marmite se balançant au dessus.

« Peut-être avez-vous besoin d'aide ? » se risqua la jeune fille.

L'autre lui offrit un léger sourire timide, avant de secouer la tête.

« Reposez-vous. C'est presque prêt. »

Un sentiment de sécurité l'envahissait, et elle sourit à son tour, croisant les bras sur la table et laissant sa tête y reposer. Cet homme-là était un bien curieux personnage.
Il les traitait avec respect, bien qu'ils soient des étrangers. Bien qu'elle soit une femme – et la pensée qu'il en fût autrement dans le reste du pays la révolta l'espace d'un instant. Peu bavard, il avait pourtant le cœur pur et l'âme courageuse. Il semblait être de ceux qui pouvaient faire pencher la balance, redresser le monde …

Après tout, pourquoi pas ? Cela lui était agréable de s'en remettre aux autres. Surtout dans un pays comme Ignis qui dénigrait les femmes.




Lorsque Cornelius avait été en état de reprendre la route, les neiges avaient entouré le village, bloqué les cols … Même en partant dans la journée, ils n'auraient, de toutes façons, jamais pu atteindre la frontière plus haut, au Nord Est d'Ignis … Et surtout, ils n'auraient jamais pu traverser les montagnes les séparant de leur village, à Terra.

Il ne s'était pas écoulé une semaine avant qu'ils ne tombent l'un dans les bras de l'autre. L'attraction avait été trop forte. Dong avait été trop gentil, trop respectueux … Trop adorable. Melysse n'avait pas été assez méfiante, assez secrète. Assez réservée.

Hemus avait simplement sourit. L'amour, c'était de l'âge de sa sœur. Si elle ne le rencontrait pas à dix-huit ans, alors quand ? Dong était un homme bien. Probablement un très mauvais citoyen d'Ignis, respectueux comme il l'était, mais un mari parfait pour sa sœur.
Mireila avait tenté de la raisonner. Elle était jeune. Si elle l'épousait, elle devrait abandonner son pays. Et au vue de la protection rapprochée des frontières entre Terra et Ignis, il se pouvait même qu'elle ne puisse jamais plus remettre les pieds chez elle …
Cornelius avait soupiré. Il aimait sa fille. Il aimait sa femme. Il comprenait ce besoin qu'elle avait de rester auprès de Dong. Le jeune homme les avait sauvés, après tout. Malgré sa peine, malgré son chagrin … Il avait accepté. Il leur avait donné sa bénédiction.

Et dès le retour des beaux jours, ils s'étaient mariés. Melysse Thoban était devenue Melysse Thoban Diraden.

Ils avaient fait leurs adieux à ses parents, qui repartaient pour Terra.

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous serez toujours les bienvenus à Terra » avait promit Cornelius à Dong en lui serrant la main.

Celui-ci avait sourit chaleureusement, puis avait serré sa jeune épouse contre lui. Sa femme. Son ange aux cheveux de feu. Quels avaient été les mots, déjà ?

« Ensembles jusqu'à ce que la mort nous sépare … » Il comptait bien la repousser le plus longtemps possible, celle-là !




Mais malgré le rêve, l'idéal, la bulle de bonheur s'était vite fissurée.
De nombreux villageois lui avaient bien vite fait comprendre qu'elle était une étrangère. Qu'elle était différente.

Et différente, elle l'était. Elle était une terrane. Une fille de marchands, certes, mais une terrane avant tout. Elle avait été instruite, éduquée. De tous temps on lui avait apprit qu'elle était l'égale d'un homme, qu'elle pesait le même poids sur la balance de la vie, sur la balance du Monde.
Et sa confiance en elle-même, son manque de soumission avait effrayé nombre des habitants du village de Yamamura.

Dong ne lui avait jamais rien reproché. C'était cela qui lui avait plu. Cette étincelle de liberté dans ses yeux, celle lueur sauvage. Là où le regard des filles d'Ignis était terne et craintif.

Alors peu lui importait qu'elle soit différente. Qu'elle ne respecte pas les règles. Il l'aimait. Elle l'aimait. À vingt ans, c'est tout ce qui importe.





Ignis, Chaîne de Yaegahara – Village de Yamamura
Demeure des Diraden
Année 739, Février, fin d'hiver

Vêtu en tout et pour tout d'un pantalon de toile et d'une veste sans manche en cuir de dain, le jeune homme tournait en rond sur le pas de sa porte depuis plusieurs dizaines de minutes quand une jeune femme traversa la place centrale d'un pas pressé, tête baissée.
Arrivant à sa hauteur, elle posa avec hésitation une main sur son bras dévêtu ; il était glacé.

« Alors ? » chuchota-t-elle.

« Rien. Ça fait presque une heure » répondit la voix grave et anxieuse de l'homme.

Ils pouvaient vaguement entendre des cris à l'intérieur de la demeure, étouffés par la porte en bois.

« Elle refuse que j'reste auprès d'elle » grommela-t-il. « Comme si la voir souffrir était pire que de l'entendre et ne rien pouvoir faire. »

La jeune femme soupira, frictionnant les bras gelés de son frère aîné dont elle s'était énormément rapproché ces deux dernières années. Comme il avait changé depuis qu'il avait épousé cette terrane ! Lui qui était si renfermé, si solitaire … Elle avait découvert en son frère un être de chaire, un être sensible pouvant rire et pleurer, pouvant angoisser, s'inquiéter …
Elle fronça les sourcils en repensant à ce qu'il venait de lui dire. Cette terrane n'en faisait vraiment qu'à sa tête. Comment osait-elle s'opposer ainsi à la volonté de son mari ? Ne voyait-elle pas qu'il souffrait, lui aussi ?

« Arisu ! Ça s'est arrêté ! » s'exclama soudain Dong, le regard fixé sur la porte close.

Plus aucun cri ne leur parvenait. De plus en plus inquiet, Dong frappa à la porte. N'obtenant aucune réponse, il s'apprêtait à la défoncer lorsque le loquet se souleva.
Tous deux retinrent leur souffle.

La tête du soigneur du village apparu dans l'entre-bâillement, et il sourit au jeune homme.

« Ils vous attendent. »

// ''Ils'' ?! Mais alors … //

Acquiesçant en remerciement, il entra d'un pas hésitant dans sa demeure, laissant Arisu aller prévenir son mari et toutes les femmes du village.
Le soigneur rangeait ses ustensiles déposés sur la grande table de la pièce principale, en nettoyant certains. Dong pouvait encore voir quelques traces rouges sur les lambeaux de tissus utilisés …

La porte de la chambre était entrouverte. Toujours aussi hésitant et craintif, il s'avança, poussant la porte doucement, et fut saisit par la vue qui s'offrit à lui.

Sa femme, sa merveilleuse Melysse était allongée sur leur lit, recouverte des draps fourrés de plumes sortis pour l'hiver. Son visage était légèrement rouge, dégoulinant de sueur, et des mèches orangées collaient à son front épuisé.
Dans ses bras, un petit bout d'homme, entièrement chauve, à la peau rosée, plongeait ses yeux dans ceux de sa mère, qui ne le quittait pas du regard, lui parlant doucement, le rassurant …
La gorge nouée, Dong s'approcha du lit.
Melysse releva les yeux, berçant l'enfant.

« Regarde, mon trésor. Voilà ton père » sourit-elle, un bonheur infini se lisant dans ses yeux bleutés.

Tremblotant, Dong s'assit à ses côtés, prenant garde à ne pas lui faire de mal. Il caressa d'une main douce sa joue éprouvée, s'assurant d'un regard interrogatif qu'elle allait bien. Elle lui offrit un magnifique sourire.
Lorsqu'elle lui tendit l'enfant, il le prit avec hésitation dans ses bras, avant de plonger à son tour son regard dans celui de son fils.

« Mon fils … » murmura-t-il, ému.

Le bambin ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois, les yeux grands ouverts sur le monde extérieur. Ses petites mains bougèrent légèrement, amusant son père qui lâcha un rire de gorge.

« Comme on a dit ? » lui parvint la voix fatiguée de sa femme.

Il acquiesça sans quitter le petit être des yeux.

« Comme on a dit. »

Puis, se penchant vers l'enfant, il déposa un baiser sur son tout petit front. L'enfant chouina, et Melysse rit doucement.

« C'est ta barbe qui le pique. »

Heureux, il lui tendit de nouveau le garçon, soutenant bien sa tête. Le petit bâilla, puis ferma les yeux. La grosse main de Dong lui offrit une dernière caresse attendrie.

« Bienvenue au monde, Esildrur Erevan Diraden … »




Melysse attrapa au vol le bambin qui gambadait déjà partout dans la maison, s'assurant qu'il n'avait pas avalé ce qu'il venait de trouver sur le sol de leur demeure.

« Dong ! » cria-t-elle afin que son mari puisse l'entendre, dans la forge.

Voyant que c'était inutile, elle cala Esildrur dans le creux d'un de ses bras puis se dirigea vers la porte séparant l'établi du forgeron de la demeure familiale. L'ouvrant, elle trouva son mari penché sur sa dernière création, un gros marteau dans une main, un petit pic de taillerie dans l'autre.

« Dong, » reprit-elle. « Il va vraiment falloir que tu ranges les armes qui trainent dans la maison. Esil' commence à s'y intéresser de près. »

L'homme se redressa, posant ses armes sur un tonneau fermé, puis s'approcha en s'essuyant les mains sur son pantalon de lin.

« 'Faut bien qu'il commence quelque part ! » s'exclama-t-il avec un large sourire en titillant le visage joufflu de son fils. « Bientôt, il me remplacera à la forge ! » rit-il en déposant un baiser piquant sur la joue douce de la jeune femme.

Celle-ci fit la moue, peu encline à laisser son fils de six mois s'approcher du four.

« Le repas est prêt en tous cas. Ta sœur déjeune avec nous. »

Elle fit demi-tour, laissant Dong ranger son matériel. Celui-ci fronça les sourcils. Il était bien rare que sa jeune sœur décide d'elle-même de leur rendre visite … Arisu, à l'image de beaucoup de personnes à Yamamura, n'appréciait pas beaucoup Melysse.
Sa femme était trop libre, trop indépendante, trop sûre d'elle pour s'accorder avec les habitants d'Ignis, habitués à être réprimés et asservis depuis des générations. Lui-même s'était étonné de cette autonomie que Melysse pouvait parfois avoir, mais il s'y était habitué … Et il devait l'avouer, c'était avant tout ce qu'il aimait chez elle.
Il savait qu'elle le soutenait de son mieux, non pas parce qu'elle y était forcée ou parce que là était son rôle de femme, mais bien parce qu'elle le voulait, parce qu'elle croyait en lui … Parce qu'elle l'aimait.
Il eut un tendre sourire.

// Je suis le plus heureux des hommes … // pensa-t-il.




Esildrur grandissait à vue d'œil. Enfant rieur et dynamique, il n'avait de cesse d'explorer la maison de son pas légèrement déséquilibré. Depuis qu'il avait apprit à marcher, Melysse avait un mal fou à le faire tenir en place.
Elle pouvait l'entendre galoper dans toute la maison, trainant même parfois dans la forge avec son mère, balbutiant quelques syllabes en espérant être compris.

Ses premiers mots avaient ému ses parents aux larmes.

Bien des villageois s'étaient étonnés de voir la famille si soudée, si unie et surtout si aimante. Après tout, les mariages d'amour n'étaient pas les plus courants dans la région.

Entre les chuchotements et les conversations avec les quelques habitants avec lesquels elle s'était liée d'amitié, Melysse prenait de plus en plus conscience des lois oppressant le pays. Jusque là, jamais elle ne l'avait ressenti, bien qu'elle en ait été au courant.
Et lorsque l'angoisse devenait trop forte, elle serrait son fils dans ses bras, se calait dans le giron de son mari. Et cela suffisait à la rassurer.

Quelque part, elle avait amené ici, au cœur d'Ignis, un morceau de sa Terra : sa famille.





Ignis, Chaîne de Yaegahara – Village de Yamamura
Demeure des Diraden
Année 741, Août, plein été

La foule se pressait sur la place publique.
Un observateur extérieur n'aurait su dire si les villageois tentaient de se rapprocher ou au contraire de fuir. Sans doute était-ce un peu des deux …

Au centre, une dizaine de cavaliers armés aboyaient sur les passants, en bousculant plusieurs. Une patrouille.

Du pas de sa porte, son fils dans ses bras, Melysse soupira avec dédain.

« Tu parles … Dès qu'il s'agit de venir récolter les taxes, ils sont là par dizaines. Mais dès qu'il faut nous protéger de brigands, curieusement, il n'y a plus personne ! »

« Melysse, chut … » fit son mari en sortant à son tour de la maison.

La jeune femme secoua la tête.

« Tu sais pourtant bien que j'ai raison » continua-t-elle sans hausser la voix. « Tout ce qu'ils veulent, c'est notre argent. Comme si on avait déjà pas assez de difficultés à nourrir la famille … Ils viennent en été, pour être certains de n'avoir aucun soucis sur la route et d'être bien rentrés chez eux avant la levée des vents du Nord … »

« Maman … 'Font quoi les gens ? » retentit alors une voix claire et enfantine.

« Shh, mon p'tit loup. Ils récoltent l'argent des villageois » explique-t-elle d'une voix douce. Puis elle reprend, grommelant : « Par les Norns, ce sont les individus comme eux qui vont basculer notre monde … »

« Melysse, tais-toi, s'il te plait. S'ils t'entendent, on aura doublement des problèmes ! » murmure Dong à mesure que les cavaliers avancent dans l'allée.

«  Tss … Après notre esprit et notre foi, voilà qu'ils vont contrôler nos paroles aussi … »

Sur ces mots, elle fit demi-tour et passa la porte de leur maison, laissant Dong dehors. Le visage de celui-ci se ferma, comme celui de tous les villageois présents au dehors. Un cavalier s'immobilisa devant lui.

« Nom ? » fit le cavalier d'une voix agressive.

« Diraden ; nous sommes trois. »

L'homme fronça la sourcil, descendit de son cheval et passa à côté de Dong sans un regard. Avant que celui-ci n'ait pu réagir, le cavalier entrait en trombes dans la maison, et Melysse, attablée avec Esildrur sur les genoux, sursauta en un geste défensif.
La seule autre pièce de la maisonnée étant ouverte, l'intrus en fit le tour du regard, avant de sortir sans un mot, laissant la jeune femme choquée.

Dehors, Dong l'observa ressortir avec anxiété. Mais le cavalier ne fit que remonter sur sa monture et tendre la main d'un geste dédaigneux.
Dong lui tendit une bourse de pièces d'or ; les impôts de l'année passée. Le cavalier grogna, pesa le sac, l'ouvrit, compta les pièces, puis acquiesça à son voisin.

« Ils sont bien trois. Au suivant. »

Les villageois savaient tous pourquoi les collecteurs se présentaient par paires. L'un d'eux relevait l'argent, validait les noms. L'autre se chargeait des récalcitrants …

Rentrant à son tour dans la maison, Dong referma la porte derrière lui, avant de se diriger vers sa femme.

« Ça va ? »

« Il a juste regardé la maison. Comme si on avait de quoi cacher quelqu'un ici … » Puis, adoucissant sa voix, elle sourit à son fils. « Tout va bien, Esil', il est parti. »

« J'ai faim maman … »

La jeune femme soupira. Il devait bien leur rester quelques fruits dans un tonneau …

« Kelar a dit qu'il a vu un convoi de marchands se faire dévaliser dans les montagnes, » reprit Dong.

« Encore des bandits ? »

« Non. C'était une patrouille. »

« Nìdhögg ait leurs âmes ! » jura-t-elle en frappant son poing sur la table, surprenant son fils. « Comment les gens peuvent-ils accepter une chose pareille ? C'est tout simplement révoltant … »

« On fait avec, Melysse. On a toujours fait avec. »

La jeune femme posa Esildrur par terre, et le garçon s'empressa de rejoindre le tonneau de provisions.

« Tu sais bien que cette excuse ne marche pas avec moi. Le simple fait qu'on « ait toujours fait ainsi » ne signifie pas que cela soit juste ! On devrait nous aussi avoir nos propres libertés ! »

« Le simple fait de prononcer ces mots peuvent t'envoyer en prison, tu sais. On est pas à Terra, Melysse … »

Les paroles de son mari semblèrent calmer la jeune femme, qui soupira.

« Je sais … »

// Si seulement … //




Le mois de juin entamait sa course, le début de l'été emplissait les cœur de joie. Les arbres en fleur laissaient place à de magnifiques fruits, bien qu'aller les cueillir dans les recoins des montagnes restât une dangereuse épopée.
Pourtant, le petit Esildrur de trois ans ne s'en lassait pas. Sa mère et lui allaient ainsi faire la cueillette chaque matin.

Dong rentra de son voyage épuisé, ce soir-là. Esildrur et Melysse était déjà à table lorsqu'il poussa la porte, son énorme sac de voyage sur le dos.
Souriant, Melysse s'empressa de se lever pour lui porter main forte, le débarrassant du lourd sac et lui permettant de souffler un peu.

Remarquant sa mine sombre, elle fronça les sourcils.

« Ça ne va pas ? »

L'homme soupira.

« Plus tard … »

Elle acquiesça, puis l'aida à ranger les marchandises non-vendues et la charrette en bois.
Ils se mirent en suite à table, Esildrur vantant à son père ses exploits de la journée.

« C'est bien mon grand. Allez, il est temps d'aller au lit. »

Lorsque le petit fut couché, Melysse referma la porte de la chambre, puis se tourna vers Dong avec un regard inquiet.

« Il s'est passé quelque chose, à la ville ? »

« Les Hashiba ont été arrêtés. »

« Qui ? »

« Une famille de marchands, » reprit-il avec un geste de la main, comme si les détails étaient peu importants. « Ils vénéraient Ehol. Les autorités ont considéré leur foi comme une trahison au roi. Ils les ont fait jeter en prison. »

La jeune femme s'assit face à son mari, plaçant une chandelle entre eux pour garer une luminosité correcte.

« Ça peut pas continuer comme ça, Dong. Je refuse qu'Esil' grandisse dans un pays aussi liberticide ! »

Dong soupira.

« Que veux-tu y faire ? Ces gens-là ont tous les pouvoirs. »

« Il faut partir. »

« Quoi ?! »

« On est à quelques kilomètres de la frontière de Terra. »

« Melysse, » soupira Dong, « On ne peut pas tout abandonner comme ça. Et puis pense à Esildrur ; comment veux-tu qu'il traverse la Chaîne à son âge ? Et les autorités qui gardent la frontière, tu y a pensé ? »

Melysse se leva, se dirigeant vers une étagère, puis plongea sa main dans une petite potiche. Elle en retira le fond, puis y replongea sa main, avant d'en sortir deux morceaux de parchemin.

« J'avais gardé ça, » dit-elle en revenant vers Dong. « Ce sont mes laissez-passer pour Terra d'il y a cinq ans. Je sais écrire, ça ne sera pas bien difficile de les falsifier et d'en faire pour Esildrur et toi. Personne à Ignis ne se doutera qu'un pauvre forgeron et sa femme soient assez lettrés pour faire une telle chose. En outre, je suis née à Terra, et Esildrur est mon fils. C'est donc notre droit d'y retourner. Tu es mon mari ; les codes régissant la famille à Terra sont sacrés. Ils ne pourront jamais nous interdire de passer. Et ça, » ajouta-t-elle en montrant le second parchemin, « c'est une carte de la région. »

L'homme leva un regard désabusé vers elle, avant de soupirer, amusé.

« Alors tu y avais vraiment pensé. »

Elle acquiesça simplement, avant de poursuivre :

« Seulement, on ne pourra pas traverses Ignis. Il faut passer la frontière au plus vite, quitte à faire de la route en plus une fois à Terra. Les gens nous accueilleront là-bas. C'est pour ça qu'il faut s'avancer vers la ligne entre Yaegahara et les Elénides. »

« Quoi ?! Mais et Esildrur ? »

« On ne va pas traverser la Chaîne. Regarde. » Elle sortit un bâton de charbon et traça deux croix sur le second parchemin. « Là, c'est Yamamura. Là, c'est Belbourg, le village de mes parents, dans les montagnes au nord d'Hystia. Une fois de l'autre côté de la ligne, on peut très bien longer la frontière vers le nord, à flan de montagne, là où ça sera moins dangereux. Si on n'est pas rattrapé par la neige, on peut y être en quelques semaines de marche. »

Le silence s'installa quelques minutes dans la pièce. Au dehors, une chouette hulula, un chien aboya, puis le silence revint.

« C'est un long voyage. Sûrement un voyage sans retour … » murmura Dong.

« Réfléchis, Dong, » souffla Melysse en contournant la table pour s'asseoir à côté de lui, lui prenant la main. « Est-ce que tu veux vraiment une telle vie pour ton fils ? À Terra, il pourra aller à l'école. Il sera libre de ses croyances. »

« Comme toi ? » risqua l'homme.

Elle se renfrogna.

« Je pensais que tu ne voulais rien savoir de ça. »

Dong se frotta la nuque, gêné.

« Ce n'est pas … que je ne veux rien savoir. C'est juste que ça me fait un peu peur … » avoua-t-il à demi-mot.

Melysse caressa sa main, souriant légèrement.

« Ça n'a rien d'effrayant. C'est juste que … Nous ne sommes plus très nombreux à considérer l'univers de cette façon. Je ne crois pas qu'il y ait une Divinité Unique, un Messie ou des Émissaires … Bien que je ne remets pas en question leur existence, je ne vois pas l'intérêt de les honorer. Il y a simplement une multitude de mondes qui s'équilibrent. Et notre monde à nous est de plus en plus déséquilibré … »

Elle laissa échapper un gloussement et se colla à lui.

« Bien que, pour toi, ces simples mots doivent paraître bien vide, non ? … Je trouve ça assez étrange que les cultes fleurissent partout sur Albion, mais soient interdis à Ignis … » ajouta-t-elle, pensive.

Déposant un baiser sur sa joue barbue, elle lui sourit et se leva, s'étirant.

« Réfléchis-y bien, Dong. Je ne veux pas faire ce voyage sans toi. On devrait avoir jusqu'à la fin de l'été. Après, ça sera trop périlleux. »

Il acquiesça, répondant à son baiser.

« Bonne nuit, » souffla-t-il, « j'arrive dans quelques minutes. »

Lorsque la porte de la chambre se referma, Dong laissa échapper un soupire.
Elle n'avait pas tord. Lui n'avait jamais été habitué à critiquer son pays, mais ce vent de réflexion et d'intelligence qu'elle apportait était terriblement rafraichissant.
Elle apportait des solutions, des idées …

Alors oui, il y pensait. Partir. Avec elle. Loin.
Loin de cette région aux lois si dures et à la liberté si mince.
Et pourtant, à quelques kilomètres à peine, les enfants pouvaient s'instruire, jouer en toute liberté, voyager, manger à leur faim …
Il baissa les yeux sur la carte que Melysse avait déposé sur la table. C'était la première fois qu'il en voyait une. Jamais encore il n'avait cherché à savoir où était son village par rapport au reste du pays.
Et en effet, la frontière était à quelques pas, si proche et si lointaine à la fois.

Repliant les parchemins, il alla les cacher de nouveau dans le fond de la potiche sur l'étagère. Puis, prenant la chandelle, il la leva à sa hauteur.
Ils partiraient. Mais avant cela, il lui faudrait convaincre quelqu'un d'autre.

Il lui faudrait parler à sa sœur.

Soufflant sur la flamme, il laissa les ténèbres prendre possession des lieux, et rejoignit la chambre où l'attendait sa compagne.






« Vous comptez traverser les Élénides avec un enfant en bas-âge ?! Mais avez-vous perdu l'esprit ?! » s'exclama la jeune femme.

C'était bien la première fois qu'elle osait hausser le ton en présence d'un homme … Mais la proposition qu'il lui faisait était tellement folle !

« On peut y arriver. Melysse a de la famille de l'autre côté de la frontière, » renchérit Dong.

« Ta terrane t'est vraiment montée à la tête, Dong ! Vous allez vous faire tuer ! »

L'homme roula des yeux et laissa échapper un soupire agacé. Sa sœur mettait toujours son antipathie envers sa femme avant tout …
Fronçant les sourcils, il attaqua de nouveau :

« Tu es enceinte, Arisu ! Comptes-tu vraiment élever ton fils ici ?! On a à peine assez d'argent pour nourrir toute la famille et on nous surcharge d'impôts, on nous malmène, on est considérés comme des esclaves ou presque ! »

« Chut ! Baisse la voix, on va nous entendre ! »

Il se souvint avoir un jour fait la même remarque à Melysse, et le sentiment de révolte qui l'envahit alors ne le convainquit que plus encore qu'il leur fallait partir.

« Tu vois ?! C'est exactement de ça que je parle. Je refuse de vivre dans la peur, dans l'attente d'être arrêté ou tué pour avoir cru en quelque chose. »

« Les Hashiba ne cachaient pas leur foi en Ehol. C'est leur faute s'ils ont été arrêtés … Et puis nous ne sommes même pas croyants, enfin ! On n'a rien à craindre ! »

« Je crois en la liberté. Et ici, c'est bien assez pour être emprisonné. »

La jeune femme se mordit la lèvre inférieure, détournant le regard de son frère. L'hésitation se lisait aisément sur ses traits tirés d'angoisse.

« Vient avec nous, Arisu. Je sais que tu veux le meilleur pour Kenji … Nous t'aiderons à passer la frontière … »

La plus jeune tourna le dos à Dong, les épaules tremblotantes, avant de ramener ses mains sur son ventre légèrement rebondit.

« Il faut que j'en parle à Tomasu », dit-elle simplement.

Dong hocha la tête, bien qu'elle ne pu le voir.

« Réfléchissez bien. Nous partirons à l'aube, dans quelques dizaines de jours, quand le temps sera plus frais. Les patrouilles sont moins nombreuses en cette saison. »

Il avait aussi peur qu'elle. Mais il leur fallait partir. Avant que cela n'empire.





Ignis, Chaîne de Yaegahara – Frontière du Sud-Est
Chemins escarpés de la Chaîne
Année 742, Septembre, début d'automne

Ils avaient attendu le moment propice. Les maigres affaires qu'ils possédaient avaient été rangées, emballées afin de prendre un minimum de place lors du voyage. Dong avait cessé de forger, voulant écouler le stock déjà impressionnant d'armes qu'il possédait. Il était même allé jusqu'à en donner quelques unes à ses amis les plus proches, au village.
Si quelque chose tournait mal, il voulait qu'ils aient de quoi se protéger.

Melysse avait passé l'été à recopier les laissez-passer vers Terra, soignant à chaque fois davantage le sceau de cire marron, tentant de reproduire à la perfection la courbe des mots, s'appliquant à utiliser la même écriture sur chacun des deux parchemins qui étaient leur clé vers la liberté.

Le matin du jour fatidique, ils avaient chargé leurs affaires sur la charrette de Dong, avaient enveloppé le tout d'une bâche en toile.
Le soleil n'avait pas encore pointé le bout de ses rayons par dessus les hauts pics de la montagne, à l'Est, lorsque Melysse alla réveiller leur enfant. Le petit de trois ans bâilla, s'étira, grogna un peu d'être réveillé si tôt.
Mais lorsque sa mère le prit contre elle, l'enroulant dans un tissu de lin afin de l'accrocher à son dos, le garçon retomba dans le sommeil, ses petits bras passant autour du cou de Melysse, son petit cœur battant contre son large dos.

Dong avait frappé à la porte de son beau-frère. Tomasu Kureos avait ouvert, habillé d'un simple pantalon, grognant un peu. En voyant Dong paré pour un long voyage, son visage s'était refermé.
Arisu s'était faufilée près de lui, la mine coupable.

« J'avais dis non, » murmura simplement l'homme avant de rentrer.

Arisu avait plongé son regard dans celui de son frère. Son visage s'était tordu. Et elle avait fondu en larmes.

« Pardon … »

Dong avait secoué la tête tendrement, avant de la serrer dans ses bras.

« Tu vas me manquer, petite sœur. Pardon pour tous les problèmes qu'on t'a apporté. »

« Je suis désolée … »

« Prend soin de toi. Prend soin de Kenji. La maison est à toi, ainsi que tout ce qui pourra t'être utile. »

La gorge nouée de sanglots, elle avait acquiescé. Et Dong avait tourné les talons.




Le vent d'automne avait commencé à souffler dès que le soleil avait dépassé les hautes montagnes. La nuit approchait à grands pas, et ils n'étaient plus très loin de la frontière.
Ils marchaient depuis l'aube, tentant de faire le moins de bruit possible.

Dong marchait à côté de son cheval, le regard sombre, scrutant les alentours. Melysse suivait derrière la charrette, dans laquelle Esildrur était assit.
On lui avait dit : « ne fais pas de bruit ». On lui avait dit : « garde le silence ». Et il avait écouté. Inquiet, angoissé, il n'avait pas ouvert la bouche depuis le départ du village.

La roue avant tomba soudain dans une ornière, se bloquant, s'immobilisant, faisant raisonner le bruit d'entrechoc des quelques armes qu'ils avaient amené dans le ravin tout près d'eux.
Aucun d'entre eux ne bougea, scrutant les alentours. Les avait-on repéré ?
Mais rien ne bougea, à leur grand soulagement.

Quittant l'arrière du convoi, Melysse s'approcha de la roue coincée. D'un regard entendu, les deux parents se placèrent de chaque côté de la roue.

// Un, deux, trois. //

Ils soulevèrent d'un même geste le chariot coincé, débloquant la roue. Le cheval à l'avant émit un hennissement léger. Assez pour exprimer son mécontentement d'être ainsi ballotté, mais pas assez pour que le cri s'entende clairement.

C'était la deuxième fois déjà.

Ils s'en sortaient assez bien.
Le chemin se profilait en une large courbe, et lorsqu'ils arrivèrent au bout de celle-ci, ils purent l'apercevoir. La frontière.

En s'approchant, ils remarquèrent qu'elle n'était gardée que par deux soldats. En cette saison, il rentraient tous sur les plaines ; dans quelques semaines, les cols seraient bloqués par la neige, et aucun fugitif n'oserait tenter de les traverser.

« Halte-là, » cria l'un d'eux.

Dong, Melysse et la lourde charrette s'arrêtèrent à leur hauteur, et Melysse sortit les parchemins falsifiés d'une de ses manches.
Invoquant silencieusement la clémence des Norns, elle tendit les laissez-passers au soldat qui leur lança un regard suspect.

// Épargnez le fil de notre Destin. Guidez-le vers la liberté. //

L'homme haussa un sourcil à la lecture des parchemins.

« Du commerce en cette saison ? »

« Son père est malade, » cru bon de rajouter Dong.

Melysse ne devait pas prononcer un mot. C'était là la place d'une femme, après tout.
Le soldat fronça de nouveau les sourcils.

« Et le troisième ? »

Melysse fit le tour de la charrette, prit Esildrur dans ses bras et revint vers le soldat. L'enfant se boudina dans le giron de sa mère, inquiet, mais ne prononça pas un mot.

Elle était une terrane. Esildrur, en tant que son fils, était lui aussi un terran. Officiellement. Légalement.
Le soldat n'avait aucun droit de leur refuser l'accès à l'État, qui plus est allié d'Ignis.
Melysse savait cela.

L'homme acquiesça après un soupire, puis fit signe à son collègue, derrière lui. L'homme ouvrit les portes de bois. Derrière, la route continuait.
On leur tendit les laissez-passers, « pour le retour ».

// Compte là-dessus … // pensa ironiquement Melysse.

Reposant l'enfant dans le charrette, elle reprit sa place à l'arrière, Dong à côté du cheval, le guidant par les rênes. Ils passèrent sans un mot devant les deux soldats.
Après quelques mètres sur le sol de Terra, la large porte de bois se referma derrière eux dans un bruit assourdissant.

Dong et Melysse se regardèrent. Puis se jetèrent l'un dans les bras de l'autre.

« On l'a fait ! » murmura la jeune femme. « On est chez nous ! »

Dong sourit doucement.

« Pas encore. Mais bientôt. »

// Bientôt. //

Le mot résonna dans l'esprit de la jeune femme.

Ils se remirent en route, s'éloignant les terres d'Ignis. La lumière du jour tarissait ; il leur faudrait monter le camps dans peu de temps.
Mais pas avant d'avoir pleinement savouré leur victoire.
Ici, ils étaient hors de portée des autorités d'Ignis. Ici, ils étaient libres. Ici, Melysse était l'égale de Dong.

// Par les Norns, qu'est-ce que ça fait du bien ! //




Traverser directement les Élénides jusqu'à Hystia était une bien mauvaise idée. Si Dong aurait pu le faire seul, habitué des montagnes qu'il était, jamais Melysse et Esildrur n'aurait pu le suivre. Pas avec une monture. Pas avec une charrette.

Ils avaient alors longé la frontière. Fort heureusement, il existait un chemin allant vers le nord – bien qu'il ne fut pas particulièrement en bon état, c'était bien mieux que d'avoir à escalader les monts.
La frontière se dessinait tantôt de manière naturelle – de magnifiques montagnes empêchant quiconque de les traverser – tantôt avec l'aide des Hommes – des murs de pierre ou de bois, ouverts uniquement par des portes immenses.

Malgré la fatigue et la difficulté du chemin, Melysse semblait plus heureuse et joyeuse chaque jour. À mesure qu'ils avançaient, à mesure que leur cheval se fatiguait, qu'Esildrur se plaignait de la faim, du froid, ils se rapprochaient de son village, de ses parents, de son frère … Ils se rapprochaient de l'endroit qu'elle n'aurait jamais dû quitter.

Et Dong ne pouvait que s'émerveiller du changement que cette idée provoquait en sa femme. Elle redevenait la jeune fille pleine de vie et de bonne humeur qu'elle était lorsqu'il l'avait rencontrée, cette jeune fille que les années à Ignis avaient peu à peu recouverte de dédain, de dénigrement envers sa condition de femme, envers sa condition d'être humain …
Cette femme-là renaissait.
Et cela, Dong ne l'aurait échangé pour rien au monde.

Ils s'arrêtaient parfois au bord du chemin, parfois en plein milieu lorsque le relief ne leur permettait pas d'autre choix. La nuit, ils allumaient un feu de camps, faisaient cuir les quelques provisions qu'ils avaient amené.
Lorsque celles-ci se firent rares, ils allouèrent quelques heures de leur temps à la chasse – pour Dong – et à la cueillette – pour Melysse et Esildrur. L'automne entrait dans sa troisième semaine, et les fruits séchés faisaient leur apparition. Noix, noisettes, figues, châtaignes et marrons …

Lorsque le cheval commença à montrer des signes de fatigue évidents, ils firent descendre Esildrur de la charrette, et se résignèrent à porter une partie de l'équipement.
Lorsque Melysse ne put plus porter Esildrur sur son dos, l'enfant marcha.

Le voyage dura plusieurs semaines. Plus d'un mois de route, au bout duquel tous en avaient assez. Esildrur et Melysse avaient chacun de nombreuses écorchures aux pieds, aux jambes. La marche était pénible, « mais nécessaire », comme ne cessait de le répéter Melysse à son fils.

Et enfin, ils arrivèrent à quelques kilomètres du village de Melysse. Il ne leur restait plus qu'à traverser le col, et ils y seraient. Il leur faudrait sans doute plusieurs jours encore, mais ils s'en approchaient sûrement.

« Ne t'inquiète pas, mon p'tit loup. Dans quelques jours on sera à la maison. »

À mesure qu'ils avançaient, Melysse fixait un point droit devant eux, sur la route. En s'approchant, ils l'identifièrent : un villageois, semblait-il.

« Holà, voyageurs ! » s'exclama-t-il avec un fort accent.

Melysse sourit. Ils n'étaient pas loin d'un village jumeau. Saluant l'homme, elle s'en approcha et lui serra la main, sous l'œil étonné de son mari.

« Nous nous rendons à Belbourg, » dit-elle avec un sourire fatigué.

« 'Vec tout' c'te clique ?! Z'allez pas y arriver ce soir, j'vous l'dis ! V'nez donc vous r'poser chez nous. Vous r'partirez demain ! »

Le remerciant chaleureusement, elle se retourna vers Dong et lui offrit un large sourire. Déposant un baiser sur sa joue fatiguée, elle se penchant ensuite pour prendre Esildrur dans ses bras.

« On y est presque, mon grand. »




Le passage du col avait été périlleux. Ils avaient perdu une partie des créations de Dong dans un accident qui aurait pu se révéler mortel ; la charrette avait basculé dans le vide. Sans les efforts communs de Dong, Melysse et du cheval, ils auraient tout perdu.
Fort heureusement, Esildrur avait insisté pour marcher aux côtés de sa mère lorsque l'incident s'était produit.

Et là, ils l'avaient vu. En contre-bas du col, dans une minuscule vallée, le village de Belbourg. Le chemin s'élargissait, la terre semblait plus tassée sous leurs pieds. Sur les flans à l'est et à l'ouest du village, des champs encore verts s'étendaient.
Malgré la pauvreté du sol, le climat plus clément permettait aux villageois sinon d'en faire commerce, au moins de vivre de leurs récoltes.

Arrivant sur la route principale, ils furent immédiatement remarqués par les villageois encore au dehors.
Le soleil amorçait sa descente ; ils marchaient depuis l'aube.

De nombreux villageois les abordèrent, les saluèrent, et quelques uns reconnurent même Melysse.

« Va ! Va vite prévenir Mireila ! » dit une femme à son enfant.

Le petit détalla vers le village.

Melysse prit dans ses bras quelques uns de ses amis d'enfance, leur présentant son mari, son fils … On leur demandait : « comment êtes-vous venus ?! ». On leur demandait : « par où êtes-vous passés ?! ». On les félicitait : « quel beau garçon ! », « comme tu as grandit, Melysse ! ».
Et avant même qu'ils n'atteignent le village, la rumeur de leur arrivée s'était déjà répandue jusqu'au fond de la vallée.
À l'entrée du bourg, quatre silhouettes attendaient, les larmes aux yeux.

Cornelius Thoban soutenait sa femme, Mireila, qui peinait à rester debout sous l'émotion. À leurs côtés, Hemus Thoban souriait largement, un bras passé autour de la taille d'une jeune femme.

Melysse leur sauta dans les bras. Ils lui avaient tant manqué ! Cinq ans, cinq longues années sans ses parents, sans une partie de sa famille …
Alors qu'ils serraient Dong dans leurs bras, heureux de le revoir, heureux de voir le soin qu'il avait prit de leur seule fille, Melysse allant prendre son fils dans ses bras, avant de leur ramener.

« Je vous présente Esildrur Erevan Diraden. Votre petit-fils. »

Mireila sentit les larmes lui monter. Elle caressa d'un doigt la joue douce du garçon, qui plongea ses yeux dorés dans les siens.

« Dis bonjour à ta grand-mère, Esil' » sourit Dong.

« Bonjour grand-mère … » fit la voix claire et hésitante du garçon.

Mireila rit tendrement, avant de serrer l'enfant contre elle.

Un oiseau chanta au loin. Un loup hurla. Le soleil disparut à l'horizon.

Ils étaient chez eux.


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Mar 2 Avr - 18:01

Terra, Les Élénides, extrême Nord – Village de Belbourg
Demeure des Diraden
Année 742, Octobre, plein automne

Hemus Thoban avait trente-deux ans lorsqu'il revit sa sœur et rencontra son neveux. Marié à une des plus belles jeunes femmes du village, il avait quitté la demeure familiale une année plus tôt, et le nouveau foyer attendait un enfant.
Il avait toujours été très apprécié dans tout le village, tant pour sa nature farceuse que pour son physique avantageux.
Mais avant tout, il était connu car il était le seul apothicaire. Le village avait longtemps manqué d'un médecin, le précédent étant décédé une décennie plus tôt. Personne ne s'était dévoué à prendre sa place, obligeant les malades à se rendre à plusieurs kilomètres de là, au prochain village sur la route de Hustar. Mais depuis qu'il avait ouvert son échoppe, il avait augmenté la durée de vie des villageois d'au moins plusieurs années.

Alors lorsqu'il demanda à son ami Erkin de lui construire une petite maison sur deux étages et une grange assez large pour y installer une forge, ce dernier ne chipota pas trop sur les prix. Il trouva le terrain idéal : non loin de l'école de Belbourg, à quelques centaines de mètres de l'entrée du village seulement. Le premier étage de la maison fut construit en pierre – là où le reste des habitations du village, en dehors des bâtiments institutionnels principaux, était uniquement construit en bois. Une belle cheminée fut même installée dans la pièce principale.
La forge disposa même d'un établi pouvant fermer à clé, afin de ranger les outils et les lames forgées.
Tous savaient pour qui était la maison, tous avaient hâte de les voir s'y installer.

Melysse et Dong Diraden, récemment rentrés d'Ignis, n'en avait pas entendu parler avant que la construction soit bien entamée. Logeant chez les parents de Melysse, il leur avait fallu du temps pour faire reconnaître Esildrur, pour célébrer de nouveau leur mariage, pour que Dong obtienne la citoyenneté terrane.
Et lorsqu'enfin ils avaient été installés en toute légalité, Hemus était venu les voir.

« J'ai une surprise pour vous » avait-il simplement dit. « Elle sera prête dans quelques mois. »

Il les y avait amené, et avait sourit en voyant leurs yeux s'écarquiller. Sa sœur lui avait sauté au cou, son beau-frère avait serré son épaule en guise de remerciement.

« Vous l'aurez pour la nouvelle année. »

Et en effet, lorsque le premier mois de l'an 743 commença, la maison fut inaugurée sous la neige. La cheminée fut allumée, et la petite famille pu s'y installer.

Dong reprit ses activités de forgeron, et bientôt ses créations eurent du succès dans tout le village. Il ne leur fallu pas longtemps avant qu'ils ne doivent mettre en place des roulements entre les différents villages de la région. Tous les trois mois, Dong prenait la route avec ses créations, faisait le tour les villages environnants jusqu'à Hustar, puis rentrait, la charrette souvent totalement vide.
La première année, il lui arriva même de se rendre à Hystia pour la fête nationale. Devant le profit qu'il y fit, Melysse et lui se mirent d'accord pour maintenir ce voyage chaque année.

L'année d'après, la jeune femme eut l'agréable surprise de voir son ventre s'arrondir de nouveau. Une magnifique petite fille vit le jour à la fin de l'année 744, sous l'identité de Carillisse Diraden.
Esildrur l'accueilli comme une princesse, jubilant d'avoir une petite sœur à lui tout seul.

Et sans surprise, la petite famille s'intégra au village, à la région, au pays. Ils avaient trouvé leur place, ils mangeaient à leur faim, ils se sentaient libres …





Terra, Les Élénides, extrême Nord – Village de Belbourg
Demeure des Diraden
Année 745, Mars, début de printemps

Elle pouvait le voir de loin, courant avec d'autres enfants d'à peu près son âge. Devant le bâtiment de pierre, un professeur les observait d'un œil sévère, surveillant le moindre de leurs gestes – allaient-ils se blesser ? Allaient-ils faire une bêtise ?
Ils étaient là pour apprendre.

Melysse sourit tendrement en repensant à l'époque où elle se trouvait là, à la place de son fils, s'amusant avec ses amis en attendant que ses parents viennent la chercher. Esildrur aurait très bien pu rentrer à pied. Après tout, ils habitaient à quelques centaines de mètres de l'école seulement.
Mais il y avait dans la présence de sa mère à la fin des cours une sorte d'atmosphère de bien-être, comme si sa seule vue signifiait : « La journée est finie, p'tit loup. Tu peux rentrer chez toi. »

Lorsque ses yeux dorés croisèrent son regard bleuté, l'enfant eut un large sourire, ses yeux pétillants de joie. Il fit un geste de la main à ses amis, ramassa son petit sac de cuir, le balança sur son épaule puis couru dans la direction de sa mère.
Celle-ci l'intercepta d'un bras, le serrant contre elle – de l'autre bras, elle tenait son dernier enfant, la petite Carillisse qui gazouilla au contact des mèches orangées de son grand frère.

« Bonjour mon p'tit loup. Tu as passé une bonne journée ? »

L'enfant acquiesça, déposa un bisou mouillé sur la joue douce de sa mère, puis fit de même avec le front de sa sœur.

« On a apprit la formation d'Albion ! » s'exclama l'enfant avant de partir sur un monologue racontant dans le moindre détail ce qu'il avait fait durant la journée.

Il était loin le temps où Esildrur était à la place de la petite dernière, encore trop petit pour s'exprimer …

Esildrur avait intégré l'école de Belbourg le mois précédent. À cinq ans, il était parmi les plus jeunes élèves, mais sa soif de connaissance et sa curiosité intarissable en faisaient un apprenti parfait.

Les mois passant, il avait intégré le savoir de chaque leçon avec brio, et plus l'année avançait plus ses questions se faisaient nombreuses.

Un jour que Carillisse somnolait dans le grand lit de ses parents, Melysse et Esildrur s'occupaient dans la pièce principale.
La première, armée d'aiguilles à tricoter et de fil, confectionnait avec amour des vêtements chauds en laine que Dong avait échangé contre quelques armes à un marchand ambulant. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'ils pouvaient avoir la chance d'en profitait, aussi s'attelait-elle à en faire des habits durables et solides.
Esildrur, ayant apprit à écrire, s'entrainait à tracer des arabesques liées, utilisant les lettres de l'alphabet du mieux qu'il pouvait, tentant de les tracer avec perfection.

Mais à mesure que le parchemin se remplissait d'encre noire, le regard du garçon se posa sur l'épaule de sa mère.
L'hiver avait été dur, cette année-là, aussi lorsque le printemps avait montré le bout de ses rayons, tous s'étaient empressés de se découvrir. La tunique sans manque de Melysse laissait paraître un magnifique motif aux lignes compliquées, agrémenté de signes étranges qu'Esildrur n'avait jamais vu.

« Ça veut dire quoi, maman ? »

L'enfant toucha du bout du doigt le tatouage. Un peu hésitante, la jeune femme sourit. Peut-être était-il temps de lui parler d'Yggdrasill et de ses croyances, de sa vision du monde.

« Ça représente le dragon Nìdhögg, mon grand. Il ronge les racines d'Yggdrasill, l'Arbre-Monde, et dévore les cadavres des parjures, des meurtriers et des adultères qui peuplent une partie de Helheim, le royaume des morts. »

« C'est quoi ? »

« Ce sont les âmes des personnes cruelles et méchantes. Regarde. »

Posant ses aiguilles sur un coin de la table, elle prit un parchemin, s'empara d'une seconde plume et la plongea dans le pot d'encre noir, avant de tracer plusieurs courbes.

« Ça, c'est l'Arbre-Monde, Yggdrasill. Il soutient les Neuf Royaumes qui forment notre Monde … Tout en haut, dans les branches, il y a Àsgard, le royaume des Dieux Aesir, un peuple de Grands Guerriers. »

Elle inscrivit le nom du royaume sur le parchemin, avant de continuer.
Avec patience, elle lui parla des Neuf Royaumes, de leurs particularités, de leurs ressemblances. Elle lui inculqua les notions d'équité, l'importance de l'équilibre entre les Huit Mondes principaux, et le rôle important du monde des Hommes, Midgard, dans ce maintient de l'équilibre.
Elle lui parla du basculement des astres, de la perte de cette équilibre qui avait, à un certain moment de l'Histoire des Neuf Mondes, durant l'Âge Sombre d'Albion, provoqué la fissure entre Midgard et les autres Mondes d'Yggdrasill.

Puis, voyant que les histoires de destin du monde et de rétablissement de l'équilibre semblaient trop compliquées pour un enfant de son âge, elle lui parla des symboles de l'Arbre-Monde.
Avec un large sourire, elle lui reparla du Grand Dragon Nìdhögg. Elle lui parla des Trois Sorcières Norns, vivant quelque par sur Yggdrasill, en dehors des Neuf Mondes, contrôlant les fils du destin, guidant ceux-ci dans la Grande Tapisserie de l'Histoire.

Enfin, elle lui parla des animaux sacrés. Celui qui retint particulièrement l'attention de l'enfant fut Ratatosk, l'écureuil messager parcourant les Branches d'Yggdrasill pour apporter des mots dans les différents royaumes.

« Et le serpent dans les racines, il est tout seul ? »

Melysse acquiesça doucement.

« Il voit personne à part les gens méchants qui sont morts ? »

« De temps en temps, il rencontre Ratatosk, l'écureuil messager. Il parcours les branches et les racines d'Yggdrasill pour apporter les messages de haine de Nìdhögg à l'aigle perché sur la cime de l'arbre-monde. »

« Il s'appelle comment, l'aigle ? »

« Il n'a pas de nom. J'imagine qu'il doit avoir voyagé si longtemps pour arriver sur Yggdrasill que tous ont oublié son nom. »

« Mais il est tout en haut ? Et le serpent il est tout en bas ? »

« Oui. »

Esildrur sembla réfléchir un moment, puis baissa les yeux.

«  Il doit être jaloux, » décida-t-il avec aplomb. « Il doit être jaloux et triste d'être sous terre tout seul alors que l'aigle il est au soleil tout en haut … »

« Sans doute mon petit loup, » sourit sa mère avec amusement.

Mais l'enfant ne s'arrêta pas là.

« Et les signes bizarres sur ton bras, c'est quoi ? »

« Ça, mon loup, ce sont des runes. Un alphabet très ancien qui n'est plus utilisé par personne aujourd'hui. »

« Pourquoi ? »

« Parce que tout le monde parle la langue commune. Tout le monde se comprend, donc un alphabet connu d'une minorité de gens est inutile. »

« Mais toi, tu sais le lire ? »

« Je ne le comprends pas, puisqu'il y a bien longtemps que tous ont oublié sa signification, mais je peux le lire, oui. Tu veux que je te le montre ? »

L'enfant acquiesça, enthousiaste.
Prenant un autre parchemin, Melysse reprit l'écriture. Traçant un total de vingt-quatre runes sur le parchemin jaunit, elle inscrit à leur côté leur prononciation d'origine.

« Celle-ci, mon loup, se prononce ''Fehru''. C'est l'équivalent d'un ''f ''. »

« Qui t'a raconté ? »

« Ma mère. »

« Et qui a raconté à grand-mère ? »

« Sa propre mère. Et la mère de celle-ci lui a transmit son savoir, et ainsi de suite jusqu'aux temps où de nombreuses familles croyaient encore en Yggdrasill. Mais Ehol est arrivé, et pour unifier le continent et amener la paix, il a conduit une croyance commune et unique. »

Se souvenant des leçons qu'on lui avait enseignées à l'école, l'enfant demanda :

« Pourquoi il a donné son nom à la croyance ? »

La jeune femme rit doucement.

« Ce n'est pas lui qui a donné ce nom, ce sont d'autres personnes, bien après sa mort. Ils l'ont considéré comme un Messie, une divinité. C'est comme ça que le culte d'Ehol est né. »

Semblant satisfait des réponses apportées, l'enfant se tourna de nouveau vers son parchemin noircit d'encre, puis le retourna, et s'employa à recopier les runes écrites par sa mère, sous le regard bienveillant de celle-ci.

Melysse reprit ses aiguilles et son fil, avant de reprendre son travail.






Été 747, le fil du destin de Cornelius Thoban fut coupé. L'homme s'endormit un soir, un sourire aux lèvre. Et ne s'éveilla plus.

La perte de son père fut une épreuve terrible pour Melysse. Durant plusieurs jours, elle sombra dans une déprime interminable, ne s'occupant presque plus de ses enfants, délaissant son mari, son frère, ses proches …
L'homme avait soixante-douze ans lorsqu'il rendit son souffle, et la jeune femme semblait voir cet âge-là venir avec crainte.

Cornelius avait été énormément apprécié dans le village. Tous vinrent frapper à la porte de Mireila, lui présentant leurs condoléances, la soutenant moralement, lui apportant de la chaleur.
Mais Mireila refusait de se laisser aller. Elle souriait à quiconque venait la voir, leur offrant des pâtisseries qu'elle avait passé la journée à préparer. Elle distribuait les restes à l'école, afin de ne pas en gaspiller, afin d'être « utile ».

Un matin, elle sortit de chez elle, traversa la rue principale, contourna quelques blocs d'habitations et vint frapper chez les Diraden.
Personne ne répondit.

La forgé étant déjà en activité, Mireila alla saluer Dong. Le trouvant prostré devant le four, elle s'enquit de sa santé. Mais les seuls mots que l'homme prononça concernèrent sa femme.

« Elle ne dort ni ne mange plus. Elle reste simplement là, assise à la table, à attendre … Elle a oublié Esildrur à l'école, hier. Ce matin, Carillisse pleurait depuis presque une heure quand le p'tit est venu me chercher. Elle était à côté. Mais elle ne réagissait pas. »

La vieille dame soupira de dépit. Mais qu'était-il donc arrivé à sa fille ?

« Tu penses qu'elle va s'en sortir ? »

« Je l'ai toujours cru si forte … » murmura l'homme, des larmes pleins les yeux.

« Oui. Peut-être pas assez forte. »

Et sur ces mots, Mireila fit demi-tour, se dirigeant vers la maison, puis ouvrit la porte d'entrée de force.
Si sa fille n'était pas assez solide pour encaisser le décès de son père, alors peut-être était-il temps pour elle de lui rappeler qui elle était.

« Grand-mère … » lui parvint une voix.

Baissant les yeux, elle sourit à son petit-fils, à cette merveille du monde né en terres Ignis mais pourtant si gentil et si ouvert.

« Bonjour mon grand, » dit-elle en l'embrassant. « Amène ta sœur dans votre chambre, tu veux ? Il faut que je parle à votre mère. »

Et Esildrur obéit. Par delà la porte de bois, il entendit des éclats de voix, des cris, des appels aux Dieux Guerriers et des menaces de malédiction.
L'enfant comprit alors que celle foi qui habitait sa mère était une croyance familiale. Un héritage transmit de mères en filles. Un poids qu'il fallait honorer, une attitude pleine de dignité à sauvegarder.
Et en agissant ainsi, sa mère mettait tout cela en péril.

Lorsque la porte s'ouvrit au bout d'une petite heure, ce fut le visage larmoyant de sa mère qui l'accueilli.

« Pardon, mes trésors, » souffla-t-elle avant de les prendre dans ses bras.

Et à ce moment-là, Esildrur comprit.
Il comprit que les adultes n'étaient pas tout-puissants. Il comprit que les adultes, malgré leur expérience et leur sagesse, pouvaient aussi avoir des faiblesses, des moments de solitude, de doute et de peur. Il comprit qu'un jour, ce serait à son tour de protéger sa mère, de protéger son père … et de protéger sa sœur.

Il comprit que tous les humains étaient égaux, sinon dans leur apparence, du moins dans leurs sentiments. Chacun pouvait craindre, chacun pouvait fuir.
La véritable forcé était d'en avoir conscience, de vivre avec. Et de le surmonter.

Une année totale après la disparition de Cornelius, Mireila Thoban s'en alla à son tour, sans un mot ni un bruit.
Elle parti de la même façon tranquille, en s'endormant un soir. Et en ne se réveillant plus jamais.

Esildrur était aux côtés de sa mère lorsque cela arriva. Âgé de neuf ans, il se sentait plus à même de la soutenir.
Mais elle ne fléchit pas.

Son regard s'assombrit, les larmes vinrent le remplir. Mais elle garda un léger sourire sur les lèvres.

Et Esildrur se dit qu'avec le temps, on apprenait de nos erreurs. Il se dit que les douleurs du passé permettaient de surmonter celles du présent, et qu'elles ne devaient en aucun cas être minimisées.

Serrant la main de sa mère dans la sienne, il se dit qu'il avait encore le temps d'apprendre.





Terra, Les Élénides, extrême Nord – Village de Belbourg
Forge des Diraden
Année 751, Novembre, hiver

De l'extérieur, on pouvait entendre le bruit du marteau frappant l'enclume qui résonnait sur le chemin menant à la Forge des Diraden. De loin, on voyait sans peine la fumée s'échappant de la grande cheminée de la grange, produite principalement par le grand four à métaux dans lequel Dong plongeait ses lames du matin au soir.

Ce matin-là, un visiteur s'approchant aurait pu entendre successivement des éclats de rire, des questions en tous genre, des exclamations de surprise s'échapper de la forge.
Pourtant, à l'intérieur, une voix grave et imposante dominait la seconde, plus douce et claire.

« Comment ça « pourquoi » ?! Comment veux-tu être un bon forgeron si tu n'es pas capable de juger la qualité de tes propres créations ?! Écoute -moi bien, Esil' : plus tu sauras manier d'armes différentes, plus tu connaîtras leur âme, et mieux tu les fabriqueras. »

« Leurs âmes ? »

« Oui, p'tit loup. Tous les objets ont une âme, un fil conducteur qui font d'eux ce qu'ils sont, qui déterminent s'ils sont des objets de qualité ou non. Tiens, par exemple, cette épée, » dit-il en empoignant la garde de la lame qu'il venait de tremper dans le bassin d'eau. « Cette épée est une bonne épée, parce que son fil est droit, » continua-t-il en la tendant devant lui, évaluant son tranchant, « parce sa lame est solide mais reste souple. Cette épée a une âme. »

« Mais elle n'est même pas habillée ! » s'étonna le garçon.

L'homme laissa échapper un rire gras, avant d'ébouriffer la tête de son fils.

« Justement, mon p'tit loup ! C'est ce que je veux que tu comprennes : ce n'est pas l'apparence de ton arme qui fera sa qualité. Une vieille épée à l'allure peu soignée peut être bien meilleure qu'une épée neuve parée de joyeux si son âme a été mieux travaillée. »

Semblant comprendre la leçon, le garçon acquiesça d'un air concentré, faisant rire de nouveau son père.

« Bien, » reprit celui-ci. « Maintenant aide-moi à transporter celles-ci dans la remise. Et attention aux tranchants. »

L'enfant – ou plutôt, l'adolescent – avait terminé son cursus scolaire le mois passé. La famille s'était concertée, le garçon avait évalué les choix qui s'offraient à lui une fois que l'école publique lui eut apprit tout ce qu'elle pouvait, et il avait décidé de tenter l'école militaire.
Âgé de douze ans, il attendait avec impatience ses quatorze ans, âge auquel il pourrait présenter les épreuves d'entrée de l'école militaire la plus proche du village : Castelbelval, à quelques kilomètres au nord de la ville de Hustar.

En attendant, il aidait son père à la forge. Celui-ci, ravi d'avoir quelque chose à apprendre à son fils, l'avait également instruit au maniement des armes en tous genre – et principalement, à celles que l'enfant serait en mesure de forger.
Chaque jour, le père formait le fils ; chaque jour, le fils apprenait de nouvelles choses.

Melysse s'assura que son fils ne perdait aucune de ses connaissances scolaires. Elle-même très impliquée à l'école du village, elle n'avait de cesse de lui faire répéter des leçons déjà apprises, réactivant sa mémoire, parfois même poussant plus loin son apprentissage.
Esildrur ne perdit pas son intérêt pour le culte de sa mère en grandissant. Plus le monde s'ouvrait à lui, plus il avait envie de le voir sous des angles différents : de celui de sa mère, adepte d'Yggdrasill ; de celui de son père, athée et pragmatique ; de celui de ses anciens professeurs, vouant un culte à Ehol.
Et plus il apprenait, plus il voulait apprendre davantage.

// Bientôt, // ne cessait-il de se répéter. // Bientôt, je serais à Castelbelval. Bientôt, j'apprendrais plus de choses. //

La même année, la jeune Carillisse entra à l'école.

Sur le pas de la porte, regardant leur aîné accompagner leur cadette à l'école pour la première fois, Dong et Melysse se sourirent. Leurs enfants grandissaient.
Et leur vision du monde avec.





Terra, Les Plaines – École militaire de Castelbelval
Entrée du Camps
753, Mars, printemps

Debout dans l'enceinte du camps, Esildrur gardait le silence. Les bras tendus le long du corps, le dos droit, la tête haute, il était au garde-à-vous, comme près de cinquante de ses futurs camarades.
Devant eux, trois adultes les dévisageaient chacun leur tour, semblant jauger les nouvelles recrues.
Car c'était ce qu'ils étaient : des nouvelles recrues, des jeunes gens ayant réussis les tests d'entrée à l'école militaire de Castelbelval.

À cet instant, la seule pensée d'Esildrur était :

// Enfin, j'y suis. //

Contrairement à ce à quoi il s'était attendu, les examens n'avaient pas été particulièrement difficiles. Il avait une santé correcte, une forme physique avancée du fait de ses entraînements quotidiens avec son père … Il avait suivit les cours de l'école publique jusqu'à ses douze ans, et avait continué à étudier avec sa mère afin de ne pas perdre ses connaissances.
En somme, il gardait une intelligence et une logique normales, et cela avait suffit pour qu'il soit admit au complexe militaire.
Élève de première année, il allait enfin en apprendre davantage sur Terra, sur le monde.

Un des hommes face à eux s'avança, prenant la parole. Sa voix était grave et gutturale, mais il dégageait une aura de puissance, comme si sa simple vue poussait à se soumettre et à obéir à ses ordres. « Un leader né », comme l'aurait appelé sa mère.
Il se présenta sous le nom de Zed.

Son discours s'adressait à des futurs soldats, et non pas à des adolescents. Il clama l'importance de la discipline, de l'assiduité, de la ponctualité aux différents cours.

« Ici, vous êtes au plus bas de l'échelle, » dit-il. « Notre travail est de vous amener à la moitié de cette échelle. Votre travail est de parvenir au sommet. »

La hiérarchie. Il insista longtemps sur la notion, s'assurant que chacun la comprenne bien. Ici, continuait-il, les premières années devaient respecter les deuxièmes années et les suivantes, car c'était ce qui pourrait les mener au plus haut : la discipline et le respect de leurs aînés.

Son intégration ne prit pas longtemps. On le plaça dans une chambre à trois couches, et il fit la connaissance de ses compagnons de chambrée.

« Ils seront vos camarades jusqu'à votre départ de l'école, ou jusqu'à ce que vous soyez assez gradés pour pouvoir obtenir une chambre individuelle, » leur dit-on.

Et les trois garçons s'entendirent rapidement bien. Jarvis, le plus âgé d'entre eux, était un fils d'agriculteur, plus grand que les deux autres, le regard clair, la peau mâte et les mèches trop blondes du temps passé au soleil. Il y avait dans ses yeux une lueur taquine et amusée, de celles qui vous dit que quoi qu'il advienne, il serait toujours là pour vous faire rire, pour vous divertir et vous remonter le moral.
Kenan était plus sombre. Du même âge qu'Esildrur, il était pourtant plus petit. Les cheveux et les yeux noirs, il venait du Nord, disait-il. Il avait atterrit à Castelbelval plus par dépit que par réel intérêt, n'ayant plus personne pour prendre soin de lui et ayant dépassé l'âge pour intégrer un orphelinat. Son regard débordait de tristesse et de frustration contenue, comme s'il se demandait à chaque instant quelle injustice avait bien pu le conduire ici.

Et malgré leurs différences, ils devinrent rapidement très proches.

Les cours s'ouvrirent à eux dès le lendemain, et Esildrur en resta émerveillé. Si la plupart des cours théoriques étaient une prolongation de ce qu'il avait apprit à l'école publique, il découvrit de nouvelles matières comme la géopolitique et la stratégie – bien que d'après les quelques élèves d'années supérieures avec lesquels il avait pu discuter, les cours de première année n'étaient que des Introductions à ces matières. L'une d'entre elles le marqua tout particulièrement.
Alors que tous prenaient place dans la salle de cours, un homme apparu comme par magie derrière le bureau faisant face aux élèves, en faisant sursauter plus d'un.

Et précisément, c'était de la magie.

On leur apprit son histoire, sa composition, son maniement – et ce, sans aucune pratique.
Plus encore, les cours de maniement des armes et l'entraînement intensif quotidien paru à Esildrur comme un moyen libérateur. Après ces séances, il se sentait certes épuisé, mais surtout libéré de toute énergie négative, de toute mauvaise pensée.

// Le renforcement du corps aide au renforcement de l'esprit, // se souvint-il.

Lui qui savait déjà manier bon nombre d'armes grâce à la formation de son père en apprit davantage, et perfectionna sa maîtrise de l'épée et de l'arc.

Les mois passants, le manque causé par la distance le séparant de sa famille se remplit peu à peu, lui permettant d'apprécier pleinement le camps et ses habitants, de nouer des liens forts avec ses camarades de chambrée, d'apprendre à connaître les élèves d'années supérieures …

Les cours de stratégie l'intriguaient plus particulièrement. Malgré les temps de paix, on leur apprenait l'art de la guerre avec une attention toute singulière. Lorsqu'il en fit part au chef instructeur, celui-ci soupira en secouant la tête.

Kerrys Perili était un homme effrayant pour les nouvelles recrues : la cicatrice le défigurant pouvait le faire passer pour un vétéran de guerre, alors qu'il n'était pas si vieux.

« Tu es formé pour être soldat, » lui dit-il. « C'est en te préparant à toute éventualité que tu en deviendras un. Notre rôle est de défendre la nation. Laisse donc les négociations et le maintien de la paix aux politiciens ; eux-seuls en ont le pouvoir. »

Esildrur acquiesça, l'air grave, avant de demander de nouveau :

« Pourquoi seraient-ils les seuls à en avoir le pouvoir ? Nous sommes ceux qui combattons, nous sommes ceux qui pourraient dire : « stop ». Pourquoi nous est-il impossible de le faire ? »

L'homme fronça de nouveau les sourcils, comme si le garçon l'impressionnait et l'importunait à la fois avec ses questions.
Esildrur cru un instant qu'il était allé trop loin et s'apprêtait à se retirer, lorsque la réponse vint :

« C'est parce que nous n'avons pas encore eu ni d'occasion ni de raison de le faire. »

Et sur ces mots, il le congédia d'un geste de la main. Esildrur s'inclina, le salua et quitta la salle de cours, rejoignant ses camarades.
Inconsciemment, les paroles de Kerrys Perili s'imprégnèrent en lui.

Parfois, on leur accordait une journée de repos, et tous partaient alors explorer les villages environnants. Les premières années pouvaient se rendre au village de Mervaux, un peu au Nord de l'école, et les années supérieures pouvaient se rendre à la ville de Hustar, au Sud.

Jarvis le prit par l'épaule, l'entrainant dans une course en riant aux éclats, alors qu'Esildrur se retournait pour voir Kenan les poursuivre, un vieux livre déchiré à la main.
Décidément, plus l'été avançait et plus Esildrur se sentait bien en ce lieux.




Le congé de cette année-là marqua son passage en troisième année. Les officiers supérieurs avaient, comme chaque année, accordé quelques trois semaines à tous les élèves afin de leur permettre de passer les fêtes de fin d'année en famille.
La neige tombait déjà lorsqu'Esildrur prit la route pour Belbourg.

Il lui fallu près de trois jours pour rejoindre son village à pied, mais lorsqu'il frappa à la porte de la demeure des Diraden, ce fut une tornade rousse qui s'élança à son cou, le serrant fort contre elle.
Riant doucement, Esildrur rendit son étreinte à sa mère, lui offrant un magnifique sourire et un baiser sur la joue.
Dong, qui travaillait à la forge, arriva derrière lui en entendant les exclamations de Melysse, et lui posa une main tendre sur l'épaule. Comme il leur avait manqué …

Puis se fut au tour de sa petite sœur de se jeter sur lui. Et comme il avait grandit, et comme il était fort …
Carillisse avait presque six ans de moins que lui ; elle avait fini l'école le mois précédent, et il lui faudrait trouver sa voie à présent.

« Mon fils, mon Esildrur … Presque dix-sept ans, déjà ! »

« Pas encore maman, dans deux mois. »

« Tu ne seras plus là dans deux mois, alors laisse-moi en profiter ! »

Il aida sa mère à préparer la maison pour les fêtes. Il aida son père à la forge, heureux de constater que malgré les mois loin du four et de l'enclume, il n'avait rien perdu de ce talent.

Il discuta longuement avec sa sœur, au coin du feu, de tout ce qu'il avait apprit à l'école militaire. La jeune fille devait décider de son avenir, à présent, et il lui fallait penser à toutes les possibilités.

Pour son plus grand plaisir, il pu gambader de nouveau dans la forêt environnant le village sans passer pour un enfant immature. Un matin, son oncle Hemus vint frapper à leur porte.
Après une série d'embrassades, il l'invita à l'aider à aller cueillir des herbes pour ses remèdes ; les meilleures plantes médicinales poussaient en hiver, et les trouver sous la neige devenait un jeu difficile pour l'homme vieillissant.

Comme cela lui avait manqué !
Parcourir la forêt, se repérer à l'odeur des pins, au chant des oiseaux … Rire avec son oncle, chahuter comme un enfant …
Se plaçant eu centre d'une petite clairière enneigée, il inspira l'air glacial de l'hiver et se gorgea des bruits de la nature. Comme il aimait ces lieux paisibles, si vierges de toute tracer des Hommes …
Lorsqu'il observait la vie sauvage s'éveiller et se mettre à danser comme un ballet millénaire, il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était ainsi que l'on trouvait l'équilibre. Union Européenne les Hommes, dans leur cupidité et leur jalousie naturelle, ne pouvaient comprendre cette tranquillité et cet équilibre entre les proies et les prédateurs de la vie sauvage.

Hemus apparu derrière lui, gardant le silence. Lui aussi avait cette impression et il ne pouvait qu'être fier de voir qu'elle déteignait sut son neveux. À l'ouest, un bruit leur fit tourner les yeux. Sur le tronc d'un arbre gigantesque, un petit écureuil grignotait une noisette sortie d'un trou.

« Ratatosk est de sortie, apparemment, » lâcha Esildrur avec un sourire.

Les contes de sa mère ne le quittaient jamais.




Les années filaient et il ne semblait pas les voir. Le temps l'avait fait grandir de plus d'une tête ; il l'avait renforcé, tant physiquement que mentalement.
Peu à peu, il en était venu à un état de plénitude constante. De fait, les bons moments passés à Belbourg l'accompagnaient sans cesse, le laissa de bonne humeur et accentuant sa détermination, mais sans jamais l'accabler de manque ou de nostalgie.

Son don pour le maniement des lames fut rapidement remarqué par ses professeurs, et l'homme qu'il n'avait plus fait que croiser depuis le premier jour où il avait mit les pieds à Castelbelval le fit bientôt demander.
Après l'entraînement quotidien, Zed le retint alors que ses camarades s'en allaient se laver et manger – enfin.

Et après une série d'interrogations sur l'origine de ses capacités, il le prit sous son aile. Comme il l'avait fait pour un certain nombre de bons éléments, il le forma lui-même, lui donnant des cours supplémentaires. Lorsque ses camarades se reposaient dans leur chambre, Esildrur travaillait ses passes, apprenait à transformer les séries de coups qu'on lui enseignait en véritable combat, se concentrait afin d'anticiper …
Et malgré la difficulté, malgré le fait qu'il ne fut pas – et de loin ! – le meilleur élève de celui qu'il nommait désormais Maître Zed, il prit grand plaisir à ces cours particuliers. Le développement de chaque geste, son analyse et sa reproduction comblaient tant sa soif de savoir que ses interrogations plus ou moins philosophiques.
Tel geste permettait à la fois de se défendre tout en montrant que l'on était pas hostile ; telle pose permettait d'être préparé à la moindre attaque, sans pour autant offenser ou provoquer son adversaire …
Mais plus que le combat, Maître Zed lui apporta un réconfort moral. Esildrur se sentait libre se parler, de pose des questions sur le fonctionnement et les traditions de l'école, sur les institutions, sur l'ordre des choses. Loin de le châtier pour un quelconque manque de fidélité envers la Couronne, – ce qui n'était absolument pas l'intention d'Esildrur – l'homme répondait avec patience, et parfois même lui expliquait-il qu'il existait des faiblesses dans institutions.

« Pourtant, » disait-il, « on ne peut rien y faire. C'est ainsi et certaines personnes font en sorte que cela ne change pas. »

Ses liens avec les autres élèves de l'école s'étaient renforcés avec le temps. Sa nature sociable et ouverte faisait de lui un camarade agréable et amusant, si bien qu'il ne manqua pas de sympathiser avec nombre d'élèves, qu'ils soient de sa promotion ou non.
Pourtant, ses plus proches amis furent bien Kenan et Jarvis, avec qui, trois ans plus tard, il continuait de partager la même chambre.

Le temps passait et il ne le voyait pas, transporté par les innombrables informations que son esprit engloutissait chaque jours, par les sensations apaisantes d'un éclat de rire et d'un sourire avec ses amis …
Et pourtant, il filait à une vitesse certaine.





Terra, Les Plaines – École militaire de Castelbelval
Quartiers généraux des Officiers
759, Juin, début d'été

La faible distance entre Castelbelval et Belbourg avait permis au message de parvenir à Esildrur en trois jours.
Allongé sur sa paillasse, il avait relevé la tête à l'appel de son nom. Les deux garçons partageant sa chambre lui avaient lancé un sourire taquin, laissant entendre qu'une jolie jeune femme lui envoyait des mots doux.
Pourtant, le porteur avait un air grave.
Il se leva, prit la missive en remerciant l'homme qui tourna les talons. Il se rassit sur son lit, ouvrant le parchemin. Et blêmit.



Le quatrième jour, le jeune homme de vingt ans était déjà devant son supérieur, tête inclinée, sa demande formulée à l'écrit et posée sur son bureau.

«  Te rends-tu compte de ce que tu me demandes ? » lança l'officier.

« Oui monsieur. J'ai conscience de la gravité de ma décision, mais il ne peut en être autrement. »

L'homme soupira, embêté.

« Tu es un bon élément, Esildrur. Abandonner ne pourra que te faire du tord. Est-ce vraiment si important ? »

Esildrur baissa les yeux un instant, avant de les fixer de nouveau dans ceux de son supérieur.

« Quel homme serais-je si j'en viens à préférer ma carrière à la santé de ma famille ? »

L'officier fronça les sourcils, ennuyé d'un tel argument. Certes il comprenait, mais quitter ainsi l'école pouvait être considéré comme un affront envers toute l'institution, envers le Royaume … Comme s'il y avait également pensé, Esildrur ajouta :

« En ce moment, ils ont plus besoin de moi que le Royaume. L'école compte de nombreuses fines lames et des stratèges bien plus doués que je ne le suis. Si je continue, peut-être gravirais-je les échelons, peut-être même aurais-je la chance de rejoindre l'école d'Albio. Mais pourrais-je me considérer comme digne serviteur de la couronne, comme soldat fidèle en enfreignant un des plus grands principes pour lesquels nous nous battons : notre famille ? Mon honneur en plus de ma valeur en tant qu'homme n'en seraient que négligés. »

L'homme face à lui soupira, puis acquiesça, avant de prendre un parchemin de son bureau.

« Je te conseille tout de même de ne pas abandonner tes études. Tu es avec nous depuis presque six ans, et tes progrès ont été assez significatifs pour que tu sois remarqué par tes enseignants. »

Il tamponna le parchemin, y écrivit quelques lignes puis signa. Le bruit de la plume frottant contre le papier eut quelque chose de définitif, comme un air de clôture.

« Tu es suspendu pour le moment. Cependant, lorsque ta famille n'aura plus besoin de toi, tu pourras reprendre tes études là où tu t'arrêtes. Pense-y, ne laisse pas tomber cette opportunité. »

Le jeune homme acquiesça, remercia l'officier et tourna les talons après un salut.

Le soir-même, il faisait ses bagages.
Ses compagnons de chambrée lui avaient lancé des regards inquiets. Plus par considération pour l'amitié qui les liait que par réel intérêt, il leur avait expliqué la situation. Sa mère était malade, il était probable qu'elle ne s'en remette jamais. Il lui fallait être à ses côtés.
Kenan avait acquiescé avec gravité et avait posé sa main sur l'épaule d'Esildrur, compréhensif. Lui aussi avait perdu de la famille. Il ne souhaitait cela à personne.

Le lendemain matin, Esildrur parcourait les salles de classe, présentant ses adieux à ses professeurs. Certains tentèrent de le retenir, d'autres lui présentèrent simplement leurs meilleurs vœux.
Il avait fait son trou dans cette école, il avait fini par la considérer comme son « chez-lui », un lieux où il se sentait à l'aise, où il pouvait se balader sans aucune crainte, avec la confiance de tous.

Et il lui fallait partir.

Traversant la cour principale, il s'arrêta près du groupe de premières années s'entrainant au bâton. Le professeur leur criait quelques instructions de temps à autre, corrigeant l'un ou l'autre, leur rappelant telle ou telle règle essentielle au Code du soldat.
Esildrur posa sa main sur l'épaule de l'homme, qui se retourna.

« Au revoir, maître Zed » dit-il avec un sourire triste.

« Comment ça ? Tu nous quittes ? »

« Oui. Je tenais à vous faire mes adieux personnellement. Ç'a été un honneur pour moi d'être votre élève. J'espère que nos chemins se croiseront de nouveau un jour. »

« Ne vas-tu pas me donner d'explications ? » demanda alors l'homme en fronçant les sourcils.

« Je crois que c'est mieux ainsi. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, Zed. »

L'homme acquiesça, soupira, puis posa à son tour sa main sur l'épaule du jeune homme, avant de la serrer en un geste de soutien.

« Quand tu voudras revenir, tu me trouveras sans doute ici. Ou à Albio. »

Esildrur s'inclina, le salua, puis fit demi-tour. Sa monture était dans un des boxes de l'écurie, et l'attendait.
L'animal hennit à sa vue, et Esildrur le chargea avant de le détacher et de le mener jusqu'à l'entrée des barricades de l'école.

Après un dernier regard derrière lui, il enfourcha le cheval et partit au galop.
Le plus vite il serait auprès de sa mère, le plus vite il pourrait lui être utile …




Son père le serre fortement contre lui. Depuis le temps, il le dépasse de presqu'une tête. À ses côtés, sa petite sœur fait de même ; elle aussi a grandit. À quatorze ans, elle est plus belle encore que sa mère ne l'a été dans sa jeunesse.
À cet instant, le fait de voir les effets du temps sur son père et sa sœur porte un terrible coup à Esildrur. Et il sait pourquoi il est revenu.

Il est revenu voir sa mère mourir.

Retenant ses larmes, il s'arme du courage et de la force que l'école lui a enseignés, et entre dans la chambre de ses parents.
Sa mère repose sur le lit conjugale, si belle à ses yeux malgré la maladie. Il s'assoit avec précaution au bord du lit, et prend sa main avec tendresse.
Melysse ouvre les yeux, et un large sourire s'étend sur ses lèvres fatiguées lorsque son regard bleu croise celui de son fils.

« Esildrur » murmure-t-elle simplement.

Le garçon embrasse la paume de sa main et lui sourit à son tour.

« Bonsoir maman, » souffle-t-il.

La vieille femme rit doucement, le bonheur éclairant son visage.

« Comme tu as grandi. Comme tu es beau … »

C'est au tour d'Esildrur de rire, la tendresse débordant de ses yeux. Le lien qu'il entretien avec sa mère a toujours été spécial, comme si tout ce qu'elle lui a transmit avait noué leur ligne de vie à jamais.
Il sait que pour certains, cette relation est étrange. Mais elle ne l'est ni pour lui, ni pour sa mère, ni pour son père ou sa sœur. Eux comprennent.

« Toutes les mères trouvent leur fils beau, maman. »

Melysse a alors un air coupable, et se redresse doucement sur les oreillers.

« Comment t'es-tu libéré ? Quand repars-tu ? »

Esildrur baisse alors les yeux pour la première fois depuis son entrée dans la chambre. Il hésite un instant, puis se souvient qu'il ne peut rien cacher à sa mère.

« Je ne repartirais pas. J'ai quitté l'école. »

« Quoi ?! »

La voix semble faire écho, et Esildrur se retourne pour trouver son père et sa sœur sur le pas de la porte.

Alors il leur raconte. Comment il a paniqué. Comment il a réfléchit durant une nuit entière. Comment il a prit sa décision. Comment il a demandé à quitter l'école. Et comment on l'y a autorisé.

Les protestations fusent, on le dénonce, on le traite d'inconscient. On lui dit qu'il ne savait pas ce qu'il faisait, qu'il a gâché une chance merveilleuse d'entrer dans l'armée nationale. On lui dit qu'il devrait repartir sur le champs, qu'il devrait demander à réintégrer l'école.
Mais il ne répond pas. Les critiques ne l'atteignent même pas. Il sait pourquoi il a fait ça.
Il sait qu'il ne reviendra pas sur son choix.

Les jours suivants, il porte main forte à son père à la forge, l'aidant pour ses commandes, pour ses livraisons dans le village. Il reprend contacte avec ses amis d'enfance, plaisante avec certains, pleure avec d'autres.
On le félicite, on lui présente des excuses, on le soutient, on l'admire.

Mais il ne veut pas de tout cela.

Lorsque les commandes sont remplies, lorsque la forge repose, il vient en aide à sa sœur et à son oncle. La petite boutique d'apothicaire est très appréciée des habitants.
En le voyant entrer, Hemus lui offre un large sourire.

Ils se sont toujours très bien entendus, son oncle et lui. Et en l'aidant à trier les herbes médicinales, Esildrur est heureux de constater que cela n'a pas changé malgré les années.

« Alors tu as arrêté ? » demande son oncle.

« Oui. J'ai avancé les arguments qu'ils voulaient ; ils m'ont laissé partir. »

« Je suppose que les arguments dont tu leur as fait part ne sont pas tes véritables motivations, n'est-ce pas ? »

Le jeune homme secoue la tête. Son oncle a toujours été un homme perspicace. S'assurant que sa jeune sœur ne soit pas dans la boutique, il lève les yeux des étagères de plantes, se redresse et plonge son regard dans celui de Hemus.

« Grand-mère Mireila t'a-t-elle transmit l'Histoire et les valeurs d'Yggdrasill ? » demande-t-il avec hésitation.

L'homme est surprit, mais acquiesce.

« Je ne pensais pas que tu t'y accrocherais, » dit-il. « Ton père a toujours été non-croyant, après tout, et les hommes sont peu enclin à y croire … Il semblerait que toi et moi fûmes des exceptions. »

Esildrur baisse les yeux.

« L'école est un lieu fabuleux. J'y ai trouvé ma place, j'y ai des amis, des professeurs avec de grands talents que je respecte énormément. C'est une institution aux règles droites et qui y reste fidèle quoi qu'il advienne. »

« Mais ? »

« Mais leur vision du monde ne va pas dans le sens de l'équilibre. Malgré les cours de magie, malgré tout ce qui nous est répété sur l'entente entre les peuples, on nous apprend avant tout à nous battre. Je refuse de passer ma vie à me préparer pour un combat potentiel, je refuse de m'entraîner chaque jour en me disant : « demain, la guerre peut éclater ». »

Son oncle acquiesce pensivement, semblant comprendre.

« Si ton choix a été mené à la fois par ton cœur et ton esprit, alors quoi qu'on puisse te dire, tu as fais le bon choix. »

Le jeune homme sourit. Son oncle a toujours su trouver les mots qu'il fallait pour le rassurer.

Les mois passent et l'état de Melysse ne s'arrange pas. Esildrur est constamment à son chevet, la rassurant, la divertissant – elle apprécie particulièrement les histoires qu'il lui raconte sur l'école de Castelbelval.
Hemus ne sait pas quel mal la ronge. Ils ont fait venir des spécialistes de la capitale, des gens que Dong et Esildrur avaient rencontré lors de leurs voyages à Hystia. Mais personne ne sait.
Et ils n'ont pas les moyens de payer les services d'un magicien.

D'ailleurs, lorsqu'on le lui propose, Melysse refuse catégoriquement.

« Si les Norns ont laissé la maladie me ronger, alors elles seules peuvent m'en guérir. Si les moyens à notre portée n'y font rien, alors le destin est ainsi fait. »

Un soir, alors que les neiges envahissent les rues, alors que Dong et Carillisse se rendent chez Hemus afin de souhaiter la bonne année, Esildrur se faufile dans la chambre de sa mère.
Ensembles, ils se rappellent l'enfance du jeune homme. Ils se rappellent les moments heureux, les quelques moments tristes.
Esildrur lui annonce alors ses véritables raisons.

« J'ai quitté l'école car cela me semblait juste, » lui-dit-il, « car cela me semblait le meilleur moyen de préserver l'équilibre. »

Et Melysse lui offre un sourire attendrit.
Elle savait. Elle sait toujours.




Lorsque l'année 760 s'éveille au village de Belbourg, certains habitants dorment encore des festivités de la veille. Les commerçants ouvrent avec difficulté leurs échoppes, les relents d'alcool de miel et de pomme leur donnant une mine peu réveillée. L'école, au grand bonheur des enfants endormis, est fermée en ce jour.
Mais dans le village, il est un foyer qui ne festoie pas.
Au matin de la première journée de 760, Melysse Thoban Diraden s'est éteinte dans son lit, un doux sourire sur les lèvres.

Lorsque Hemus vient frapper à la porte de leur demeure, Dong ne bouge même pas. Prostré au chevet de sa femme, il n'a pas bougé depuis des heures, les épaules secouées par des sanglots silencieux.
Carillisse ne veut voir personne. La porte de sa chambre reste désespérément fermée.

Esildrur se lève et ouvre la porte, faisant face à son oncle. Les sillons de larmes sur ses joues sont encore visibles lorsqu'il croise son regard.
Et Hemus comprend. Refermant la porte derrière lui, il prend son neveux dans ses bras et le serre avec vigueur. Il ne faut pas plus de quelques secondes pour que les deux hommes pleurent de nouveau, le chagrin les submergeant.
Ils connaissent tous deux l'importance de Melysse dans la vie de l'autre, et le simple fait de savoir qu'ils ne sont pas seuls à ressentir cette peine est un soulagement pour chacun. Leur étreinte dit : « J'ai si mal. » et « Je comprends. » en même temps.

Ils s'épaulent tous les deux, et Esildrur guide son oncle dans la chambre. Le corps froid de sa mère y est encore allongé, ses cheveux orangés aux mèches blanchies par l'âge éparpillés sur l'oreillé autour d'elle.
Hemus pose la main sur l'épaule de Dong, qui sursaute. Pour la première fois depuis qu'ils l'ont vue ce matin-là, l'homme redresse la tête. Son visage est dévasté. Il se relève et enlace Hemus avec toute la force dont il est capable. Esildrur se joint à l'étreinte.
Ils ont tous besoin de soutient, sinon ils vont craquer.

Lorsque le lendemain, le corps de sa mère part en fumée sur la place centrale du village, sous les yeux larmoyants de tous les villageois, Esildrur sait qu'il doit tenir bon.
Les souvenirs de leur temps ensembles remontent à sa mémoire, et il y a un moment qui le frappe plus que les autres : la mort de son grand-père.

Il se souvient du chagrin de Melysse. Il se souvient qu'elle a baissé les bras, l'espace de quelques jours, quelques semaines. Il se souvient qu'elle a eut besoin de quelqu'un, à ce moment-là.
Et étrangement, c'est la personne qui aurait le plus eut le droit de pleurer qui l'a soutenue, qui l'a remise dans le droit chemin.

Alors Esildrur relève la tête. Il ne croyait pas qu'il y ait un Arbre géant qui soutienne leur monde. Il ne croyait pas qu'il existe huit autres mondes abritant des espèces humanoïdes différentes des Hommes.
Cependant, il croyait aux valeurs d'équité, de sagesse, d'équilibre que soutenait sa mère. Il croyait en ce monde déséquilibré, entre les riches et les pauvres, les faibles et les puissants, les brutes et les savants.
Alors il tiendrait le coup. Il serait assez fort, malgré sa peine, pour soutenir sa famille, ses amis, son village à surmonter cette perte. Il jouerait le rôle de Mireila Agnis Thoban, jusqu'au moment où ses proches n'auront plus besoin de lui.

Et lorsque le temps sera venu, il ferait ce qui est bon pour lui : il partirait accomplir ses rêves.




Il n'avait pas fallu longtemps pour que Dong se remette au travail. Esildrur le soutint du mieux qu'il pu, reprenant sa place à ses côtés.
Carillisse se remit mal de la mort de sa mère, mais la vie continuait, et elle ne pu que s'en rendre compte.

Esildrur travailla dur pour satisfaire la fierté de son père, fabriquant des lames à l'âme parfaite, à l'allure de plus en plus belle, de plus en plus soignée.
Les objets forgés par le jeune homme eurent vite fait de faire le tour du village, puis de celui d'à côté. Il ne se contentait plus des armes, mais se lançait dans la création d'objets décoratifs, de mobilier – ses chaises en fer forgé semblaient être des œuvres d'art dans les petites maisons en bois et en chaume de Belbourg.

Et le jour vint où Dong n'eut plus rien à lui enseigner. Le jeune homme avait gagné le titre de Maître Forgeron. Il pouvait créer à son nom, vendre à son nom, se faire une réputation dans tout le pays s'il lui en plaisait.

« Tu es un Maître, à présent, Esildrur. Tu pourrais ouvrir ta propre forge. »

Le jeune homme sourit.

« Merci, papa. Mais je pense que cette forge restera l'atelier des Diraden durant de longues années à venir. »

« Es-tu en train de me dire que tu ne veux pas y travailler ? »

« Au contraire. Cependant, maman m'a mille fois raconté les histoires de l'Arbre-Monde, des Neuf Royaumes ; après presque onze ans d'étude, je n'en connais pourtant pas autant sur les terres qui m'ont vues naître. »

Avec un sourire, il porta son regard au loin dans la vallée.

« Je veux voyager. Je veux découvrir Terra, la sentir vivre, la voir s'animer par mes propres yeux, et non plus à travers des livres ou de simples cartes. »

Plongeant la lame qu'il tenait encore à la main dans un bac d'eau, il attendit que le bruit strident de la vapeur se ternisse avant de poursuivre.

« Je vendrais les armes et les objets que j'aurais forgé, comme tu le faisais en allant à Hustar ou à Mervaux. Seulement, je ne m'arrêterais pas là ; je veux voir les frontières libres de Ventus, je veux voir Aquaria et ses monuments … »

Dong resta septique un moment, avant de sourire.

« Tu es le digne fils de ta mère, j'espère que tu en es conscient. »

Esildrur s'inclina légèrement, montrant combien ce compliment le remplissait de fierté.

« Très bien. Fais-le moi simplement savoir lorsque tu voudras partir. J'ai plusieurs choses qui pourraient te servir. »


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Ven 5 Avr - 17:44

Terra, Les Plaines, Centre – Ville fortifiée de Hustar
Quartier Commerçant
760, Juin, début d'été

La rue était animée. La fête de l'été battait son plein, et les trois rues principales du Quartier commerçant de Hustar avaient été transformées en rues piétonnes pour l'occasion, bannissant la circulation des charrettes et des montures dans la journée.
Installé là depuis l'aube, Esildrur surveillait d'un œil ses créations étalées sur la table de bois, bavardant avec d'autres commerçants et guettant d'éventuelles bonnes affaires de l'autre.

Son étalage comptait quelques unes de ses meilleures épées, quelques dagues ainsi que ses dernières créations en matière d'objets décoratifs.
Depuis qu'il s'était installé là, il avait écoulé près d'un tiers de son stock, alors que le festival était sensé durer encore trois jours. On lui avait passé des commandes, on l'avait recommandé à de nombreuses personnes ; certains étaient même venu plusieurs fois.

Un de ses voisins d'étalage lança une plaisanterie sur une duchesse célèbre pour ses divers conquêtes, et la partie de la rue l'ayant entendu éclata d'un rire joyeux.
Comme il était bon de se sentir libre !

Mais alors qu'il se replongeait dans sa conversation avec le commerçant d'à côté, il remarqua du coin de l'œil deux hommes de forte carrure s'arrêter devant son établi.

« Esildrur ? » entendit-il.

Se tournant vers eux, il écarquilla les yeux.
Devant lui, Kenan et Jarvis se tenaient l'un à côté de l'autre, semblant aussi surprit que lui de le revoir.

« Qu'est-ce que vous fichez là ?! » s'étonna-t-il en contournant la table de bois pour aller les serrer dans ses bras.

Cela faisait un an qu'il avait quitté Castelbelval, et il n'avait reçu ni donné aucune nouvelle depuis.

« Jarvis a été promu sergent-chef ! En tant que Septièmes-années, on a droit à des congés spéciaux maintenant ! » s'exclama Kenan en lui retournant l'étreinte. « Bon sang, tu m'as tellement manqué ! On a plus entendu parler de toi depuis ton départ ! »

« Désolé de vous avoir inquiété … Félicitations, Jarvis. »

« Merci mon vieux. Qu'est-ce que tu deviens ? »

« Ça s'est arrangé ? » demanda soudain Kenan sans le lâcher.

Le regard d'Esildrur s'obscurcit, et le jeune homme n'eut pas besoin de réponse. Sans un mot, il le serra de nouveau contre lui, sa côte de maille émettant un léger tintement en entrant en contacte avec la ceinture du forgeron.
Lui qui avait perdu sa famille entière comprenait la peine qu'il avait dû traverser …

Lui offrant un sourire rassurant, Esildrur se détacha de son ami, faisant face aux deux jeunes hommes.

« Je suis forgeron, j'ai repris l'affaire de mon père. Ils ont eu quelques difficultés à s'en remettre, mais tout va bien maintenant. »

« Tu comptes revenir ? »

La question sembla vibrer un instant dans l'air, mais Esildrur secoua la tête.

« Non. Je n'ai plus ma place à Castelbelval. »

« Eh, vous comptez pas l'tenir éloigné d'sa forge, j'espère ? » lança le vieux marchand à droite de l'étalage d'Esildrur. « Z'allez faire des mécontents, sinon ! C'gamin fait les meilleures lames des Plaines, j'vous l'dis ! »

Kenan haussa un sourcil, lançant un regard intrigué à son ami.

« Vraiment ? »

« Je crois qu'il exagère un peu ! » rit Esildrur en tapotant l'épaule du vieil homme. « Mais j'ai laissé l'école derrière moi pour une bonne raison. Y revenir serait comme reconnaître que cela n'en a pas valu le coût … En tous cas, je suis vraiment heureux de vous revoir. »

Ils échangèrent encore quelques mots, Esildrur s'enquérant des évolutions de ses amis, puis Kenan se pencha sur les lames étalées devant lui.
Il les étudia un instant, en retournant une ou deux, puis en prit une en main, effectuant quelques passes avec en prenant garde à ne blesser personne.

« Tu les as forgées toi-même ? » demanda-t-il, incrédule.

Esildrur acquiesça.

« J'ai ma propre estampille, maintenant. »

« Tu es un Maître ?! » s'exclama Jarvis en prenant en main la garde d'une épée courte.

« Tu le mérites » murmura Kenan en admirant le fil de la lame. « Elle est magnifique. »

Le jeune homme eut un sourire.

Leur conversation dévia rapidement sur les différentes armes qu'ils se devaient de porter en permanence, puis sur le cours du prix des métaux.
Au bout de presque une heure, les deux militaires quittèrent leur ami, une nouvelle épée à la taille chacun.

Esildrur les regarda s'éloigner avec un signe de la main, l'air pensif, et son voisin lui glissa alors :

« Ces jeunes-là, ils se battrons avec tes armes. Ils les briseront là où tu leur a donné vie. Ta valeur leur est bien supérieure. »

Le jeune homme lui accorda un sourire amusé, puis retourna au tri de ses marchandises. Cependant, les paroles du vieil homme continuèrent de tourner dans sa tête.

// Peut-être ai-je bien fait d''abandonner … // pensa-t-il au bout d'un moment.




« Tu es sûr de ton choix ? »

« Aussi sûr que lorsqu'elle l'a fait. »

« C'est bien plus étendu, Esil'. Ça sera plus douloureux. Et plus difficile à dissimuler. »

« Peu importe. Elle était persuadée qu'il veillait sur les âmes justes en les empêchant de tomber dans le néant. Je veux me souvenir de ces paroles. »

Il y eut un silence, puis la seconde voix reprit :

« Très bien. Allonge-toi, ça risque de prendre plusieurs heures. »

Le jeune homme s'allongea sur le dos, bien conscient que la première partie serait la plus douloureuse.

Rêveusement, il passa sa main sur son épaule, traçant la cicatrice à l'encre noire gravée à jamais dans sa chaire : l'Arbre-Monde Yggdrasill. Il se souvenait encore de sa joie, de son appréhension lorsque Melysse lui avait dit : « Tu as l'âge pour en avoir un, désormais. ».
À l'époque, il était réellement persuadé qu'il lui était interdit d'avoir une telle marque avant ses quatorze ans, mais ce qu'avait dit sa mère avait un sens bien plus philosophique. Sa réussite aux examens de Castelbelval avait marqué un tournant dans sa vie et lui avait ouvert de nouvelles portes. Mais plus important : il en avait été conscient. Il avait atteint la maturité nécessaire pour comprendre l'importance de cette évolution, de cette indépendance nouvelle.
Et Melysse l'avait célébré par un magnifique tatouage.
Il se souvenait avoir gémit lorsque la plume aiguisée avait pénétré sa peau, avoir versé quelques larmes lorsque l'encre noire était venue brûler sa plaie … La création toute entière avait été douloureuse, éprouvante, difficile.
Mais comme il avait été fier, par la suite ! Comme il s'était senti meilleur homme – ou jeune homme, à l'époque – en camouflant la marque des croyances de sa mère sous ses vêtements ! Car si le symbole était puissant, il restait inconnu de la majorité des habitants d'Albion – et cela, s'était-il rendu compte plus tard, était à la fois un avantage et un inconvénient.
Comment l'expliquer, lorsqu'on le questionnait ? Comment parler de l'Arbre des Neuf Mondes sans rien révéler du culte associé ?
Plus d'une fois, cela lui avait posé problème.

Et pourtant il était là, allongé sur la couche de son oncle, attendant de nouvelles scarifications, de nouvelles marques qui seraient à jamais gravées dans sa chaire.
Pis encore, ce nouveau tatouage serait plus vaste, plus étendu, plus coloré que le premier ; un tatouage d'homme en deuil, un tatouage de survivant.

Il vit du coin de l'œil Hemus s'approcher vers lui, un plateau de bois supportant l'ensemble des instruments nécessaires à la création de l'œuvre dans ses mains. Il acquiesça avec aplomb au regard incertain qu'il lui lança, puis ferma les yeux.

Et le lourd travail de l'apothicaire commença.

La gravure dura douze heures. Hemus dû tracer les contours du dessin en deux fois, effectuant une pose afin de permettre à sa main – pour qu'elle ne tremble pas de fatigue – et au système nerveux d'Esildrur – afin qu'il cesse un instant de serrer les dents à s'en faire saigner les gencives – de se reposer.
Puis vint la pose de la couleur. Le mélange de roches et de plantes associé à la connaissance de l'apothicaire avait permis à celui-ci de créer et de rassembler plusieurs encres différentes, allouant par là-même son neveux d'en profiter.

Lorsqu'enfin le jeune homme pu se relaxer, il eut l'impression que son corps entier était sanguinolent. Hemus avait enroulé toute la partie droite de son corps dans un linge blanc qui semblait se tâcher de légères touches de sang çà et là à mesure qu'Esildrur se redressait.

«  Ne regarde pas immédiatement, » lui conseilla son oncle. «  Attend quelques jours avant de les retirer. Il faut que tu cicatrises. »

Alors que les feuilles commençaient à se détacher des arbres et à fuir dans les courants d'air, la première chose qu'Esidrur se résigna à faire fut de récupérer une surface réfléchissante.
Les miroirs étaient certes répandus mais étaient surtout particulièrement onéreux pour les humbles commerçants qu'ils étaient, aussi n'avaient-ils que de petits miroirs couvrant le visage.
Mais ce dont il avait besoin était d'une surface bien plus grande, assez pour qu'il puisse admirer la nouvelle forme de sa peau, s'imprégner des lignes adroites et des courbes colorées afin de l'accepter, de se rendre pleinement compte de sa présence, et surtout de se remplir de sa signification.

Il parvint à se dégoter un morceau de métal presqu'aussi grand que lui, et s'appliqua à le polir. Et la semaine suivante, alors qu'il pouvait – selon les conseils de Hemus – retirer le linge devenu grisâtre de ses plaies, il posa le miroir improvisé devant lui et se tint droit, avant de s'appliquer à dévoiler son tatouage.

Il en eut le souffle coupé. Hemus avait fait un travail d'artiste, et il pensa avec un sourire que ces heures de souffrance n'avaient pas été vaines.
Un immense dragon s'enroulait autour de son épaule, une partie de son corps reposant sur son omoplate et la seconde sur son pectoral. Ses écailles se dégradaient d'un jaune clair au marron de la boue, s'accordant à sa beau naturellement bronzée.
Ému, il traça du doigt les quelques lignes qu'il pouvait atteindre.

Le grand dragon se nommait Nìdhögg et demeurait, selon les croyances, autour des racines d'Yggdrasill, se nourrissant des cadavres des âmes mauvaises et empêchant par sa taille les âmes justes de sombrer dans le néant en traversant le Royaume de Helheim, les Enfers.
Avec lui, il faisait une croix sur son passé.
Avec lui, il abandonnait sa peine et s'engageait à faire de son mieux pour rendre le monde meilleur – à son échelle, selon son pouvoir.

Il sourit fièrement à son reflet, puis enfila sa veste sans manches. Il était temps de retourner aux fours !




Le printemps s'installait avec calme cette année-là, et Esildrur revenait du village de Mervaux où il était allé livrer une commande – et en profiter pour apporter quelques marchandises en plus.
Depuis cette promesse qu'il s'était faite, il passait de moins en moins de temps à Belbourg, au grand malheur de sa jeune sœur mais à la grande fierté de son père qui, plus que quiconque, avait pleine confiance en lui.

Lorsqu'il avait commencé son voyage, il lui avait offert une monture. L'animal était fort et jeune, maniable et avisé, et semblait pouvoir parcourir de longues distances sans trop se fatiguer. Esildrur l'avait nommé Sleipnir en l'honneur d'un cheval octopode légendaire d'Yddrasill.

Le jeune homme encouragea sa monture qui tirait un lourd chariot alors que la pente se faisait de plus en plus raide. Le soleil se perdait derrière les hautes collines, annonçant la tombée du jour imminente.
Il lui faudrait monter le camps avant que la noirceur de la nuit ne l'englobe …

Sortant de la route principale, il s'attela à chercher le terrain idéal. Les longues années de chasse en forêt avec son père l'avaient assez formé pour qu'il n'ait aucune difficulté à en repérer un rapidement, et il y conduisit sa monture.
Il le déchargea du chariot, appuyant ce dernier contre un arbre afin qu'il ne se renverse pas et s'assurant que la bâche recouvrant ses possessions était bien attachée, puis le dé-sella et retira son mord, l'attachant par la bride à un autre arbre afin qu'il ne s'échappe pas.
Sleipnir était encore jeune et probablement pas assez dressé pour être laissé libre de tous ses mouvements.

Levant les yeux vers le ciel, il fronça les sourcils. Le soleil serait couché dans moins d'une heure, il lui fallait se dépêcher.
Avec adresse, il retira sa tente du chariot et la monta en quelques minutes. Puis il se mit en quête de grosses pierres qu'il trouva sans difficultés autour de l'aire sur laquelle il s'était installé, avant de les disposer en cercle devant la tente, préparant un foyer et évitant par là-même que les futurs braises ne s'étendent à immoler la forêt entière.
Les minutes suivantes furent occupées à trouver du bois, et par la saison, il ne fut pas difficile de s'acquitter de la tâche en peu de temps.
Les éléments essentiels rassemblés, Esildrur fouilla dans son sac à dos et en sortit un silex et une amorce. Il alluma le feu, avant de se redresser avec un sourire satisfait.

// Bien. Maintenant, le repas. //

Il déposa quelques rouleaux de foin achetés au dernier village devant Sleipnir, puis se débarrassa des objets les plus encombrants qu'il portait, avant de s'armer de son arc, d'un kit de piège ordinaire et de balancer son carquois sur son épaule.

S'éloignant du camps, il s'assura de se placer face au vent, évitant par là-même à ses potentielles proies de le sentir approcher.
Tapis dans l'ombre du crépuscule, il ne lui fallu pas longtemps avant d'attraper deux lapins venus se perdre dans ses pièges. Cette fois-ci, il n'avait même pas eu besoin d'utiliser son arc.

// Deux lapins, ça sera même sûrement trop pour moi seul … //

Il désamorça son piège, rangea l'équipement prévu dans une sacoche à sa ceinture puis s'apprêta à faire demi-tour.

Mais un couinement le retint.

Il s'immobilisa, attendant que le bruit se répète, et cela ne manqua pas ; lorsqu'il l'entendit de nouveau, il se dirigea lentement et silencieusement vers sa provenance. Un peu plus haut au Nord, un énorme rocher semblait sortir de la forêt, écartant les arbres, laissant les rayons du soleil couchant frapper en plein dessus.
Et le bruit semblait venir de là.

Avec prudence, Esildrur s'approcha, escaladant le rocher, avant de se figer à la vue s'offrant à lui.
Sur l'énorme rocher, un louveteau se tenait sur ses pattes tremblotantes, seul.
Le jeune homme fronça les sourcils. Jamais une louve ne laisserait sa progéniture seule à la tombée de la nuit. Les mères chassaient généralement en plein jour, laissant leur portée durant quelques heures, mais jamais encore il n'avait vu de louveteau seul, sans fratrie.

Derrière l'animal, Esildrur cru distinguer l'entrée d'une tanière qui semblait abandonnée – du moins, c'est ce qu'il reconnu aux branches cassées et aux feuilles en désordre qui trônaient là.
Le petit être avait-il été abandonné, lui aussi ?

Le forgeron se dévoila doucement, prenant garde à ne pas l'effrayer. L'animal couina en le repérant, cherchant à se recroqueviller contre la paroi de terre de sa tanière négligée.
Il était si mince qu'Esildrur pouvait voir ses côtes sous sa maigre fourrure, alors que les petits de cet âge-là – quel âge pouvait-il avoir, d'ailleurs ? Quelles mois, à peine ? – étaient généralement bien nourris.

Avec hésitation, le jeune homme détacha un des lapins de sa ceinture, puis s'adressa à l'animal d'une voix douce, le rassurant.

Il jeta le lapin à une distance à peu près égale entre lui et le louveteau, puis continua de le parler, de lui souffler que tout irait bien, qu'il ne lui voulait aucun mal.

Le louveteau hésita à son tour, mais la faim le poussant en avant, il finit par se jeter sur le léporidé mort. Il eut d'abord de la peine à déchirer sa fourrure avec ses jeunes crocs fragiles, mais Esildrur le vit s'acharner et, la faim surpassant tout, la peau céda et le carnivore s'attaqua à la chaire.

Le forgeron l'observa jusqu'à ce qu'il ne reste que les os de la proie. Il savait combien il pouvait être dangereux de donner des os de lapins à un canidé ; ceux-ci se scindaient dans la longueur sous les coups de crocs, se transformant en petites épines assassines qui perçaient l'estomac des carnivores. Cependant, le louveteau était bien trop petit pour réussir à avaler un os …

Ce dernier secoua la tête une fois son repas fini, puis leva les yeux vers Esildrur, qui sourit doucement avant de faire demi-tour. Il ne pouvait rien faire de plus pour lui. S'il s'était trompé et que sa mère revenait, le jeune homme ne voulait pas être dans les parages trop longtemps.

Se laissant guider par la fumée de son feu de camps, il se fraya un chemin vers son camps malgré la noirceur l'enveloppant. Mais à mi-chemin, marchant sur une brindille, il se sentit soudain suivit. Se retournant prestement, il failli tomber à la renverse en voyant le louveteau vaciller sur ses petites pattes, enjambant des branches et des racines afin de le rejoindre.

// Je suppose qu'il n'a en effet plus de famille … //

Esildrur se demanda un instant ce qui avait bien pu arriver à sa mère. Imaginant le pire, il se pencha à la hauteur du petit être qui couina et fit quelques pas en arrière.
Esildrur tendit une main amicale vers lui, paume ouverte vers le ciel.

« Viens là, je ne te ferais rien. »

Il le vit vaciller et hésiter de nouveau, puis s'approcher avant de sentir la paume de sa main. Sans doute sentait-il encore le lapin …
Lorsqu'il parvint à son campement, Sleipnir leva un regard étonné vers lui.

Assit sur une grosse pierre devant le feu, un plaid sur ses épaules pour se protéger du froid de la nuit, Esildrur finissait de dépiauter le lapin qu'il avait fait rôtir.
À quelques pas de sa tente, le louveteau dormait, enroulé sur lui-même.

Il n'avait pas eu particulièrement peur du feu en le voyant. Il n'avait pas craint Sleipnir, pourtant bien plus grand que lui, lorsque l'animal avait hennit avant de se coucher sur ses quatre pattes.
Il n'avait pas eu particulièrement peur d'Esildrur non plus.

Peut-être pourrait-il l'adopter, pensa la jeune-homme ne contemplant les reflets bruns de la fourrure du petit être. Il lui apprendrait à chasser, à se débrouiller seul. Il le laisserait vivre dans les bois près du village et viendrait le voir chaque jour …

// Après tout, pourquoi pas ? //

Il savait que s'il ne le prenait pas avec lui, l'animal mourrait dans peu de temps. Il était encore trop jeune pour se nourrir seul, et trop petit pour survivre face aux ours ou à d'autres meutes.

Levant les yeux au ciel, il sourit doucement. Il lui faudrait lui trouver un nom …

Se remémorant les légendes racontées par sa mère, son sourire s'agrandit.

Lorsque son regard mordoré se posa de nouveau sur le louveteau, il laissa échapper le nom du Loup légendaire d'Yggdrasill :

« Fenrir. »




Terra, Les Élénides, Sud – Capitale, centre de Hystia
Quartier Commerçant
762, Février, fin d'hiver

Le chariot était chargé largement. La bâche de tissu doublé protégeant le chargement des éventuelles averses était repliée de moité, laissant la moitié du contenant ouvert et permettant au propriétaire de continuer son empilement.

« T'as tout ce qu'il te faut ?  » fit une vois non loin du jeune homme.

Esildrur se retourna, souriant à son père.

« Oui. Sleipnir sera sans doute trop chargé, j'en prendrais quelques unes sur moi, répondit le jeune homme en tapotant sa ceinture.

Le vieil homme acquiesça gravement.

« N'oublie pas : envoie un messager si tu as besoin de quoi que ce soit. »

Il l'enlaça durement, fronçant les sourcils pour retenir ses larmes.

« Papa, je ne vais pas disparaître, tu sais. Je vais juste à Hystia … »

« Je sais » fit la voix grave d'un ton sec.

« Ça ne diffèrera pas de mes autres voyages, je serais juste un peu plus long … »

« Je sais ! »

Un léger silence les entoura, troublé par un hennissement de Sleipnir.

« Je sais, » reprit l'homme d'un ton plus calme, « mais c'est la première fois que j'ai l'impression que je ne te reverrais pas avant bien longtemps … »

Esildrur eut un sourire tendre.

« Allons, ne t'en fais pas pour ça. Tu sais bien que quoi qu'il advienne, j'irais bien. »

Dong acquiesça, pressant la nuque musclée de son fils une dernière fois en signe de soutient, puis lui tourna le dos et rentra dans la forge.
Le jeune homme haussa les sourcils, étonné de sa réaction.

« Je ne te dirais pas au revoir ! » fit alors la voix grave, étouffée par la porte de bois.

Et cette fois-ci, Esildrur ne pu s'empêcher de laisser échapper un rire. Comme ce vieux bougon allait lui manquer !

Fixant la bâche aux attelles sur les côtés du chariot, il ajusta son sac à dos, prit l'épée courte et la dague qu'il avait laissé posés à part avant de les glisser dans sa ceinture, puis prit Sleipnir par la bride et le mena sur la route principale qui traversait le village.
En passant de quartiers en quartiers, il saluait les villageois d'un geste de la main, échangeant des vœux de bonne santé et de bon voyage avec certains, acceptant des provisions supplémentaires d'autres.

Il passa devant la boutique d'apothicaire de son oncle et eut la bonne surprise de le voir debout, adossé à la porte, lui adressant un signe de la main. Arrêtant sa progression, Esildrur détourna sa monture de sa trajectoire initiale et se dirigea vers Hemus.
Ils échangèrent une longue embrassade, avant de se séparer. Hemus ébouriffa la tignasse orangée de son neveu, fit le tour de son chargement, examina sa monture, puis le prit par les épaules.

« Prend soin de toi, Esil'. Qu'importe ce que tous pourront te dire ; suis ton propre chemin. Suis ta propre voie. Et reviens-nous grandit. »

« Je ne pense plus grandir beaucoup, à présent ! » s'exclama le jeune homme en riant.

Hemus le serra une dernière fois contre lui, puis lui adressa un sourire chaleureux.

« Va, maintenant. Je ne te regarderais pas partir ; il paraîtrait que cela porte malheur ! »

Esildrur lui fit un signe de la main puis tourna les talons alors que Hemus rentrait dans sa boutique. Il alloua une caresse sur les naseaux de sa monture, l'encourageant, puis reprit la route après un soupire décidé.
Alors qu'il empruntait la grand-route descendant vers les plaines, il entendit les résonances d'un pas de course et une voix claire appeler son nom. Il se retourna juste à temps pour attraper un corps fin et doux lancé comme un boulet de canon.

« Cari' ! » s'exclama-t-il en se retenant à Sleipnir afin de ne pas tomber à la renverse.

La petite enfant timide s'était transformée en belle jeune fille aux cheveux d'un blond pur et au regard aussi clair qu'un jour d'été. À dix-sept ans, sa jeune sœur était une jeune femme épanouie et magnifique, un véritable rayon de soleil dans ce village perdu dans les montagnes.
Esildrur savoura un instant son contact, bien heureux de pouvoir la serrer une dernière fois dans ses bras. Lorsqu'il reviendrait, peut-être serait-elle fiancée, voire mariée, et il connaissait assez les potentiels prétendants pour savoir qu'ils n'accepteraient pas d'elle une telle proximité avec son frère.

« Tu vas me manquer, Esil', » fit la doux douce lorsqu'elle se détacha de lui.

« Je ferais de mon mieux pour envoyer des messages. Tu pourras les lire à papa, comme ça. »

Le vieil homme avait eu beaucoup de mal à apprendre à lire et à écrire, une fois à Terra. Il arrivait certes à tracer les lettres, mais ses analyses et lectures étaient toujours saccadées et approximatives, aussi demandait-il la plupart du temps à ses proches – principalement Esildrur et Carillisse – d'écrire ou de lire pour lui.
Lorsqu'Esildrur ne serait plus là, la tâche incomberait à la jeune fille.

Il embrasa sa sœur sur la joue, ébouriffant sa tignasse blonde comme lorsqu'ils étaient enfants, puis lui sourit.

« Prend soin de toi. »

Elle lui fit un signe de la main avant de s'en retourner. Elle non plus ne voulait pas regarder son départ.




Il avançait depuis quelques dizaines de minutes déjà, marchant aux côtés de sa monture afin de ne pas la fatiguer dès le début du voyage, le village encore proche s'éloignant à mesure que ses pieds le portaient vers la vallée, lorsqu'un grognement agacé se fit entendre.
S'immobilisant, il se retourna, avant de sourire franchement.

Un grand loup à la robe brune était assit à quelques mètres de là, l'observant, la tête penchée sur le côté.

// Tu comptais vraiment partir comme ça ? // semblait-il lui dire.

« Oh, Fenrir … »

À l'entente de son nom, l'animal s'approcha d'Esildrur qui tendit la main vers sa tête. Le loup se laissa caresser, laissant même échapper un grognement appréciateur.

Le petit louveteau avait tellement grandit en un an ! Esildrur n'avait pas pu le ramener directement chez lui, aussi l'animal avait-il grandit dans la forêt en bordure du village ; jamais le village ni son père n'auraient accepté un loup comme animal de compagnie … D'autant plus qu'il se refusait à considérer Fenrir de cette façon.
Pour lui, le loup était un ami, un animal libre qu'il avait réussit à connaître, à apprivoiser. Il avait chassé pour lui, chaque jour, s'assurant qu'il ait de la viande fraiche à chaque repas. Puis quand il avait tenu sur ses pattes, il l'avait amené avec lui à la chasse. Et bientôt, l'animal avait été en mesure de se débrouiller seul. Pourtant, ils étaient restés liés.
Fenrir gambadait sur son territoire, en jeune loup solitaire, et rejoignait Esildrur lorsqu'il captait son odeur, lorsqu'il en éprouvait l'envie.

Et c'était précisément le cas.
Mais Esildrur ne pouvait rien pour lui, en cet instant.

« Je suis désolé, mon beau. Je ne peux pas t'amener avec moi. Les villes sont des endroits dangereux pour les loups. Tu finirais à la fourrière ou écorché vif pour voir ta peau servir de tapis avant même que je ne me rende compte de ta disparition … »

Le regard de l'animal se noircit alors qu'Esildrur s'accroupissait à sa hauteur, le câlinant.

// Tu me prends pour un débutant ?! // semblait-il dire.

Le jeune homme rit doucement.

« Tu vas me manquer terriblement … Veille bien sur ma famille, mon tout beau. »

Il passa ses mains dans la fourrure épaisse d'hiver du loup, puis se releva et lui tourna le dos, reprenant la bride de Sleipnir qui avait fini par s'habituer à la présence du carnivore.

Se forçant à ne pas regarder en arrière, il continua son chemin sur la grand-route, le nez tourné vers le ciel, admirant le magnifique bleu annonciateur du printemps que leur offrait la nature cette année-là. Les neiges étaient déjà fondues sur les flans de montagne, les ruisseaux et les lacs étaient pleins à raz-bord et les forêts comme les plaines étaient verdoyantes.
Il restait encore çà et là des petits tas de neige, la température ne montant pas assez pour que tout fonde et que les fleurs ressurgissent, mais le temps était assez doux pour voyager.
Il quitta le flan de la montagne, son pied se posant sur la plaine pour la première fois cette année-là.

Il avait souvent voyagé, mais cette fois-ci, il entendait aller bien plus loin que le village d'à côté. Il avait un jour dit à son père qu'il voulait voir le monde, découvrir Terra de ses propres yeux, voir Aquaria et Ventus autrement qu'au travers de livres poussiéreux.

Au bout de plusieurs heures, alors que le soleil était à ta verticale, le jeune homme conduisit sa monture sur le bas-côté de la route et le libéra de sa charge, le laissant trottiner un peu dans les alentours. Lui-même s'assit à-même l'herbe fraiche et légèrement humide, sortant un morceau de pain et de fromage de sa sacoche.

Alors que son regard se tournait vers la haute montagne derrière lui, il sursauta en voyant un point sombre trottiner sur la route en terre battue.
Il reconnu sans peine l'animal, et ce dernier vint directement vers lui en le voyant.

« Fenrir … »

C'était bien la première fois que le loup le suivait lors d'un de ses voyages. Peut-être avait-il comprit que celui-ci serait différent …
Résigné, le jeune homme caressa la tête de l'animal. Celui-ci s'allongea à ses côtés, posant sa grosse tête sur la cuise de son sauveur – de son ami.

// Il semblerait que je doive acheter un collier de cuir en passant à Hustar. Au moins, il ne sera pas attaqué à Hystia. //

Il aurait ainsi un second compagnon de voyage … Tout ce qu'il espérait, c'était qu'aucun problème ne survienne, une fois à la capitale !


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Jeu 18 Avr - 15:01
Et bien, Terra a du succès ces temps-ci!

Un grand bienvenue à notre nouveau forgeron, très belle présentation et très bonne histoire, j'ai beaucoup aimé, et ça nous change des personnages classiques suivant la voie armée de Terra ^^

Concernant tes rangs:

Puissance - Rang B:

Un rang de puissance plutôt impressionnant pour un humain, qui s'explique par le fait que de base, les soldats de Terra sont mieux entrainés et apte au combat "direct" qui est celui prit en compte dans la puissance, et que ton personnage, bien que n'ayant aucun grade dans l'armée, possède une connaissance et une capacité à manier les armes plutôt élever. Il reste encore un peu jeune pour viser les très hautes strates, toutefois.

Influence - Rang D:

Il existe beaucoup de forgerons à Terra, et tu manques encore un peu de métier pour te faire connaitre aux quatre coins du pays, ton influence dans la région des Elénides est toutefois plus grande. Tu as aussi quelques contacts dans l'armée, mais rien qui ne soit pour le moment suffisant à prétendre à une influence supérieure.

Je dois avouer que j'ai longtemps hésite entre une puissance de rang C+ et B, et la qualité de ta présentation m'a fait pencher vers le second, très beau travail ^^




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Jeu 18 Avr - 15:28
Hyaaa ! Merci beaucoup !

Je m'en vais me pencher sur mon récit, à présent x) !

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Esildrur Erevan Diraden
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