Les clapotis des mots



 

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Les clapotis des mots

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Jeu 14 Mar - 23:50


Maguelonne - 9 Janvier 762
Niché dans les criques qui bordent la mer d'Azul se trouve le petit village balnéaire de Maguelonne. Cette paisible bourgade, située à seulement une journée de route d'Omna, accueille touts les mois de Janvier un festival annuel du livre réputé parmi la classe moyenne et la petite bourgeoisie ventusienne. Cela permet aux habitants de compenser le vide du à la saison creuse avant de voir arriver, comme autant de baleines blanches échoués ces mêmes gens pour la saison chaude.

Si la clientèle est la même, l'ambiance est très différente selon les saisons. L'été, la gaieté se respire dans l'air autant que la chaude promiscuité et les cris d'enfants. Certains rotissent au soleil, les gamins font des batailles d'eaux, les grands parents profitent d'un peu de chaleur pour réchauffer leurs vieux os. Les adolescents, eux, découvrent le culte de leurs propres corps et l'attraction du corps d'un partenaire éventuel, jouant fébrilement à d'impossibles aventures dans des criques sauvages où ils versent autant de larmes que les clapotements des vagues sur les rochers. Les plus âgés et les conquérant se chassent eux autour des mobilones. Et si l'air est chargé d'iode, les corps suintent de sueur, d'hormones, de peurs et de désirs non assouvis ainsi que d'opalin chatoiement.

L'hiver laisse ces fulgurances prohibées à d'autres cieux plus brillants pour transformer ces mêmes classes sociales en un troupeau d'intellectuels précaires qui s'amassent pour admirer les fauves qui se battent dans l'arène littéraire. Cela sent bon papiers jaunis et papi-mamie, la ménagère de plus de 50 ans et quelques couples de courageux trentenaires se jettent sur les conférences et les dédicaces qui s'enchainent. Seul les adolescents, qui sont à l'Homme ce qu'est le printemps à l'année, évoquent encore un peu d'intérêt au chroniqueur. Ceux-ci viennent le plus souvent de la moyenne-bourgeoisie, sont mihailoviens ou dans les lycées d'élite et viennent admirer leurs idoles. Enfin, au début car très vite leurs espoirs se muent vers des éthers plus noble et basse à la fois et alors que leurs alterégo estivale découvre l'amour dans les innombrables baies qui bordent Maguelonne, eux découvrent un désir plus fin et discret, fait d'une belle phrase et d'un regard, d'un message d'amour discret et de rendez-vous au clair de lune alors que le village dort du sommeil de l'imbécile.

Comme les organisateurs du village était de bons commerciaux, c'est à dire qu'ils croulaient sous l'avarice et l'ambition putride, ils faisaient bien les choses et si le thème principal du festival était la littérature, enfin la littérature et les écrits de pissotières, ceux-ci c'était arrangés pour que quelques douceurs viennent distraire le bourgeois encrassé dans sa médiocrité culturelle. Et c'est ainsi que pour flatter son égo, la vache à lait pouvait à son gréé découvrir des spécialités culinaires de Ventus et Terra, écouter de la musique classique et admirer quelques prototypes absurdes des nouvelles modes de l'art plastique.

Tout cela emmerdait carrément André.

Enfin pas tout, les cuisines du monde n'étaient pas un sujet d'étude qu'il trouvait si intéressant par contre cela lui convenaientt très bien de pouvoir découvrir toutes les cuisines afin de satisfaire sa curiosité. Et tout cela à l'oeil en tant que guest star du festival, même si il avait tout à fait honte de profiter de cet avantage. D'autant que pour le reste, ce séjour balnéaire n'avait rien de palpitant. Lui aurait voulu marcher le long des côtes écharpées, chevaucher de son pieds fermes les cols des calanques et découvrir au creux d'une falaise une petite plage inconnue où il pourrait s'étendre sur le sable doux et profiter en toute tranquillité du bruit de l'eau. Mais c'était bien loin de sa réalité actuelle.

Sa réalité actuelle, c'était des scéances de dédicace, des conférences inintéressantes, des signatures de livres d'or et les avances toujours gênantes de sapin de noël ménôposé ou de jeunes auteurs (enfin jeune, plus âgé que lui souvent) ne manquant ni de talent, ni de curiosité, mais présumant de sa douce féminité une inclinaison qui n'était pas la sienne.

*****

"Pourquoi n'avez vous pas tuez votre héros dans votre premier roman ?"

Et comme il ne rajoutait rien, conscient que la femme qui lui parlait crevait surement d'envie d'exposer sa culture, il la laissa continuer sans répondre tout de suite à la question. Ce développement ne changerait bien sur rien à la réponse.

"Cela est à l'encontre d'un des thèmes fort qui guident votre oeuvre, qui est celui de l'eros et du thanatos..."

Oui ca guide mon oeuvre d'une certaine manière, mais pourquoi parler de concept ? Il voulut par la même occasion lui faire remarquer qu'elle ne s'était pas présentée ni ne l'avait saluée, ce qui est un comble d'impolitesse lors d'une conférence. Mais il n'en fit rien. Cette femme était à des milliers d'années de ces pensées et il était mentalement déjà en train de projeter un voyage à Aquaria.

"... c'est à dire l'exaltation du sentiment amoureux lié aux sentiments d'amours. Alors que dans La Romance de l'aube, au contraire, après que survint la mort, les sentiments diminuent. Ou alors est ce la survie du héros qui est la cause de cette chute des sentiments ? Alors que la mort, ratée, en arrive à son paroxysme ?"

Bon au moins elle a eu le livre. Et elle ne l'a pas mal analysée aussi en fait. C'est vrai que l'accident arrive au pique émotionnel du héros; par contre je suis pas sur qu'elle est vraiment comprise le principe

"Mais dans c'est cas là, pourquoi ne pas avoir basculé complètement, tué le héros et exalter le sentiments de malheur de la jeune fille ?"

Mais pourquoi tu veux faire mourir mon héros ? Non sérieux il n'a pas mérité ça le pauvre... Cette pensée le faisait rire. Mais sinon elle n'avait pas vraiment compris le rythme qui menait la danse entre amour et mort dans son oeuvre. C'est dommage pour elle;

"Vous savez je ne sais pas si on peut parler de concept en soit d'eros et thanatos. On peut surtout parler d'un concept d'eros, de désir amoureux, et d'un de thanatos, qui est la mort de l'humanité et de la vie. Et d'une relation nécessaire entre elle car elle nous touche tout en tant que nous sommes humains. Et chaque auteurs, en fonction de sa sensibilité, fait danser ses deux concepts dans un slow différent; c'est personnel"


Il s'arrêta pour voir si la gargouille avait compris. C'était le cas, alors il enchaîna.

"Dans mon oeuvre, ils 'agit d'une danse un peu particulière. Comme vous dite, normalement la mort exalte le désir, et souvent elle vient punir le désir accomplit, ce qui est le cas de la tragédie; dans mon oeuvre j'ai appliqué une logique un peu différente. Le héros ne meurt que si il n'a pas céder à son amour. C'est ce qui arrive au professeur par exemple. Je suis parti du principe, et pas que dans ce livre, que nos passions, même quand elles ne sont pas avouables, doivent être admises au moins par l'individu et vécu si cela est possible. Un personnage comme le héros de la romance de l'aube survit à l'accident car il a aimé pleinement. Après, la fin de l'histoire je pense que vous vous trompez. L'émotion est différente, moins vive mais tout aussi forte. Ca reste l'histoire d'un amour adolescent; comme mon sujet d'étude est le rapport de l'homme avec des désirs prohibés, je ne me suis pas intéressé à l'amour adolescent; c'est pour ça que je ne prolonge pas cet amour et que je le fais se terminer normalement."

***********

La conférence l'avait épuisé. La suite de la soirée aussi. Sans avoir une seconde, il avait était trainée dans un restaurant à la mode où l'on mangeait sur des galettes de blé ou de froment. Quand ils s'en allèrent, le maitre d'hôtel les regarda avec un sourire à la fois radieux et suppliant. André signa le livre d'or d'un air nonchalant alors que l'organisateur en chef, un certains Franz, l'entrainait de plus bel dans les ruelles de la ville. C'était la nuit depuis longtemps déjà sur la station balnéaire et il faisait froid dehors.

"Vous allez voir, c'est un concert tout à fait délicieux"

Et en effet ce le fut. La salle de spectacle était tout à fait correcte pour un village, voir même carrément démesuré par rapport à la population du village. Hors saison, on pouvait y mettre tout le monde sans forcer pensa le jeune technomage.

Les violonniste étaient bon. Enfin, André Caéli n'y connaissait rien en musique et n'avait pas l'oreille musicale mais il pu apprécier le concert comme un simple amateur.

"Et maintenant une jeune violoniste qui nous vient de Terra"

Il s'agissait d'une petite brunette tout à fait charmante; elle était gracieuse et avait un air fragile. Ses yeux vairons imprimés sur ceux qu'elle regardait un sentiment profond d'attendrissement, un peu comme la longue mélancolie qui venait de son premier morceau. L'archet venait entre ses mains comme la brise balayant les longues lianes d'un saule. Et l'on aurait dit le chant de la nature tout entier attaché à cet instrument en bois que cette ange venue de Terra faisait habilement ployer sous son talent.

La petite phrase s'acheva comme s'évanouit la musique de la forêt quand l'hiver vint poser sur les instruments son long manteau de velours blancs, aussi doux au contacte qu'imperméable au son.

Et un autre violoniste qui ne put paraître que gourd vint la remplacer sur scène. Et par quelques éclairs de génies de certains autres musiciens, la soirée put passer tranquillement sans que cela ne soit pour le jeune auteur la plus désagréable de ce festival. Quand tout fut finit, alors qu'il 'était finalement tôt, quelque chose comme 23 heure pensa le mihailovien, Franz lui glissa avec un air malicieux.

"Un verre avec les artistes nous attends maintenant. Il s'agit du bâtiment la bas, vous le voyez ?"

L'homme désignait une grande maison en bois qui ne manqua pas d'étonner le mage.

"Mais ce sont les bains du village..."


"Tout à fait. Le buffet est tenu dans le hall mais l'on pourra se baigner après si vous le désirez. La source d'eau chaude est une attraction importante en hivers et nos bains sont tout neufs. Et le comité d'organisation a réservé tout le bâtiment pour les artistes, c'est à dire les écrivains, les chefs, les musiciens, les sculpteurs et surement cette petite violoniste qui..."

"-Quelle petite violoniste ?"

"Oh ca va, vous êtes peut être un génie quand il s'agit d'écrire mais j'ai vu comment vous l'a dévoriez du regard... J'ai certaines choses à vous apprendre moi-même sur l'amour"


Et sans plus se soucier des explications confuses du jeune homme, qui voulait pourtant lui dire qu'il faisait erreur et que même si cette jeune fille était d'une grande beauté, ce n'était là simplement qu'un... enfin... que voila quoi, que on pouvait admirer une jolie femme sans pour autant avoir derrière des sentiments déplacés



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Ven 15 Mar - 5:26
Lorsqu'elle reçu la missive, Angélie ne s'attendait guère à ce qu'il s'agisse d'une invitation, surtout à Ventus. Elle avait été écrite par l'organisateur d'un festival du livre, et avant d'avoir entièrement lu la lettre, elle avait eu du mal à comprendre pourquoi on l'y invitait...Il était vrai qu'elle écrivait, mais elle n'avait jamais écrit un livre entier. C'est en lisant la suite qu'elle comprit..."...et on vous a vivement recommandée pour ce qui est de vos talents en musique et en danse..." Ah, voilà...

Elle avait longuement hésité, puisqu'elle avait d'importants devoirs à accomplir au château, ainsi que plusieurs demandes faites par la Reine, sa meilleure amie. Après avoir longuement discuté avec elle des pours et des contres, elle finit par lui donner son accord et demanda à ce qu'elle soit amenée jusqu'à Ventus en carrosse, puisque la température était trop froide pour permettre à quiconque de dormir confortablement à l'extérieur. Le voyage fut assez rapide, et heureusement, elle avait eu de la compagnie. En effet, en plus du cocher, un garde royal l'avait accompagnée, les carrosses royaux ayant souvent tendance à attirer l'attention des pilleurs.

Le petit spectacle de violonistes aurait lieu le 9 Janvier au soir. Ensuite, un banquet serait offert dans un bâtiment voisin, ou tous et chacun auraient la chance de discuter et d'apprendre à se connaître. Il y aurait supposément même des bains chauds, fraîchement construits, pour tout le monde. L'idée était plaisante, un bain chaud lors d'une journée aussi froide serait certainement fort appréciable, mais le fait de devoir être en présence de beaucoup d'artistes et écrivains était des plus gênant pour la Violoniste. Aussi décida-t-elle qu'elle n'irait pas dans les bassins, se contentant du banquet. Le cocher pourrait rester à l'Auberge de Maguelonne durant toute la durée du séjour à Ventus, tandis que le garde accompagnerait Angie, c'était l'accord conclu avec Ellana.

Durant la journée, outre le fait qu'elle devrait se préparer avant de monter sur scène, elle décida d'aller faire un tour au Festival. Il y avait des tonnes d'artistes et d'écrivains, tous plus ou moins connus. La plupart des visiteurs étaient de la haute bourgeoisie, hautains et snobs, surtout. Il y avait du monde, beaucoup trop de monde...Trop pour Angie, qui détestait les foules. Il était terriblement gênant pour elle qu'on lui adresse la parole et qu'elle ne puisse répondre. Elle avait eu beau amener des feuilles de papyrus avec elle, dans son sac en cuir, écrire pour répondre à chaque personne aurait été beaucoup trop long et les chances qu'elle fasse tomber de l'encre sur quelqu'un étaient trop élevées, vu la masse de gens qui passaient en se bousculant. Déjà, seule, elle était assez maladroite pour arriver à faire un tel gâchis, il était donc plus raisonnable d'éviter de tenter le diable...Mais entendre le garde dire à répétition "Elle est muette" commençait profondément à l'énerver. Elle avait envie d'un minimum de liberté...Être suivie par un tel colosse ne faisait qu'attirer l'attention de tout le monde. C'était lassant. À bout de nerfs, elle fini par décider de rentrer, ne manquant pas de passer devant une file d'admirateurs impressionnante. Qui était connu au point de créer une telle file d'attente? Suivie par son garde, il fut aisé pour elle de passer devant tout le monde, afin d'assouvir sa curiosité sans limites. Arrivée non loin de la table ou se trouvait l'écrivain, elle resta derrière un petit groupe d'admirateurs, afin de ne pas être remarquée. Il avait pourtant l'air très jeune...Bien qu'assez attirant, à son avis. Ses cheveux noirs de jais mettaient en valeur ses jeunes traits. Le pauvre avait l'air submergé...Elle sourit en coin en se disant qu'il serait bon pour elle d'en apprendre plus sur lui, plus tard, puis continua son chemin jusqu'à l'auberge.


"Vous devriez rester à l'intérieur jusqu'à ce soir, Angie. Il y a trop de monde dehors, c'est dangereux...Il y a probablement des bandits parmi eux."


La jeune femme soupira longuement, exaspérée. Elle savait que la Reine avait demandé à l'homme de veiller sur elle, mais il dépassait les bornes...Elle était capable de se défendre seule après tout, elle n'était plus une enfant.

"Je vais aller demander qu'on vous apporte votre repas."

"Bon débarras" se dit-elle. Mais il n'était pas très sympathique de sa part de penser ainsi, après tout, il ne faisait que ce qu'on lui avait demandé. Qu'elle le veuille ou non, il la suivrait toute la soirée et n'avait pas son mot à dire. Lorsqu'il sortit de la grande chambre, elle souffla enfin, s'affalant sur le matelas moelleux en fermant les yeux. Elle ferait peut-être mieux de se pratiquer un peu, avant le spectacle...Oui, c'était une bonne idée. Elle sortit donc son violon et s'assied sur le lit, jouant calmement. Ce soir, elle jouerait sans danser, car cette partie de la soirée serait réservée aux violonistes uniquement. Elle pu s'exercer pendant une trentaine de minute avant que l'on ne lui apporte son repas. Apparemment, son protecteur était resté là-bas, probablement en train de discuter à la taverne.

Le reste de la journée se déroula tranquillement. L'heure de partir était venue, et elle s'était préparée spécialement pour la soirée. Pour l'occasion, elle portait une petite robe dont la jupe était composée de plusieurs morceaux de tissu colorés. Le haut n'avait pas de manches, bien qu'elle portait des gants montant jusqu'aux coudes, laissant ses doigts libres. Ceux-ci était de la même couleur que le haut de la robe, c'est-à-dire d'un violet très léger. En partant, elle fut bien heureuse de constater que le garde était dans un état second, complètement saoul, lui permettant de partir seule à la soirée. Peut-être que ça serait amusant, après tout!


Sur scène, tout se déroula très bien. Tout le monde avait eu l'air d'apprécier son morceau, même si elle n'avait pas dansé pour celui-ci, et elle en était bien heureuse. Elle assista aux autres spectacles en s'installant au fond de la salle, ne voulant pas attirer l'attention, puis, une fois toutes les interprétations terminées, elle prit son grand sac en cuir et se dirigea vers le bâtiment voisin. Il y avait beaucoup de monde, discutant tous entre eux. Plusieurs vinrent la féliciter et montrer leur appréciation pour sa prestation, mais la plupart ne restaient pas bien longtemps en voyant qu'elle écrivait pour leur répondre, se lassant rapidement. Elle était bien mal à l'aise, mais que pouvait-elle y faire? Elle balaya son regard sur la salle avant de remarquer le groupe de violonistes, puis s'y dirigea promptement. Néanmoins, sa maladresse habituelle fit surface et elle bouscula violemment un jeune homme, passant à deux doigts de tomber au sol. Heureusement, son adresse l'aida à se rattraper, puis elle tourna la tête vers lui, un peu perdue. Il s'agissait du jeune écrivain aux cheveux noirs qu'elle avait aperçu plus tôt dans la journée. Immédiatement, ses joues virèrent au cramoisie et elle gesticula en posant une main sur son épaule, tentant de s'excuser.

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Ven 15 Mar - 22:56
La soirée mondaine se déroulait comme toute ses soeurs: dans l'excellente médiocrité de la suffisance bouffie des parties prenantes. La douce odeur qui humectait l'air de sa manne nauséeuse était un savant mélange d'orgueil, de fierté, d'avarice et prétention, qualité très utile qui colle souvent à la peau des artistes, des haut-bourgeois ventusiens et des organisateurs de festival. Les conversations volaient bas sous les voutes de la grand salle:

" Avez vous vu ma modeste sculpture ? Le livre vous a t'il plu ? Oh vous savez, madame la marquise, ce n'est qu'une humble nouvelle pour me distraire. Comment trouvez vous ce festival ? Oui, oui, je suis à l'origine de l'organisation. Oui, je suis vraiment très fier de la façon dont tout cela se déroule...Cette soirée est une réussite..."

Partout on voyait ce ballet caractéristique des réceptions ennuyeuses où les danseurs valsaient à leurs rythmes. Le foi gras, sur de sa riche supériorité et malgré son léger embompoint adolescent, envahissait la piste de danse le premier à la recherche de femelles à saillir. Il puait l'homme trop fier qui se croit invincible et la séductrice sure de sa beauté qui sait qu'aucun homme ne lui résistera. Les blinis se faisaient des laiderons plus discrets qui osent moins s'aventurer sur le parquet de bois qui craque sous leurs pas. Le jambon-prunno fourré était un beau ténébreux qui regardait les autres danser avec un sourire désintéressé, comme si cette activité triviale, ce méli-mélo de chasses et de désirs, n'était qu'un jeu depuis bien longtemps maitrisé et qui ne présentait plus pour lui aucun intérêt; il se complaisait ainsi dans son énigme mystérieuse... Les flutes étaient adolescentes, ressentant les émotions avec l'intensité des bulles qui s'échappent rieuses du vin blanc; elles étaient timides et téméraires, fragiles et souples, maudissaient d'un coeur sincère et pur l'âme qui les chassent mais cédaient du même coup à ce délicieux plaisir du piège que l'on sent se refermer sur soi; ne plus avoir le choix, trouver une âme assoiffé qui veuille de nous pour étancher son désir; laisser le liquide projeté ses reflets dorées et ses bulles qui pétaradent s'écouler en l'autre comme deux êtres qui se confondent. Le champagne est une ivresse d'amour; c'est la passion de l'éphèbe qui découvre lui-même à travers l'autre.

Dans ce décor de vaudeville où les masques étaient de rigueur, le jeune technomage préférait se taire; les mondanités n'étaient pas son fort et si il savait faire preuve de courtoisie et politesse quand cela était nécessaire, il n'avait pas envie de faire plus que le minimum possible en social ce soir. Pas que les gens ici lui déplaisaient fondamentalement mais plutôt que rien de ce qui aurait pu être dit ne l'intéressait vraiment. Les oeuvres des autres étaient comme un immense champ de bataille dans lequel il avait la prétention de survivre, pas celle de dominer. Les autres arts d'inconnus sujets, mais aucun artiste majeur n'ayant été convié et lui-même ayant accès à tout cela à Mihailov, il n'avait pas besoin d'en profiter pour faire des rencontres. Et il avait drôlement peur des conversations dans lesquels il aurait pu être entrainé.

D'autant que Franz, le Gentil Organisateur de ce festival, c'était mis en tête de faire l'éloge du technomage à toutes personnes à qui il le présentait. Que cette personne soit bourgeoise, artiste ou tueur en série. Ehol lui même ce serait présenté qu'il lui aurait vanté les mérites de son guest star et donc de son festival merveilleux avec une ferveur qui ferait passer pour un profane le plus croyant des aquariens.

"Mais je vous présente Monsieur Caéli... Oui, de la famille Caéli, comme le premier président du conseil. Oui voilà c'est ça. Famille déchue? non vous devez faire erreur, les Caéli ont toujours été une famille respectable, n'est ce pas André ? "

"..."

"Oui mais monsieur Caéli est un jeune auteur de talent. Oui, vous avez lu ses livres ? Vous voyez ? Et je vous assure que c'est une personne d'un adorable. Gentils, prévenant, tendre. Une si belle nature"

"..."

"Et en plus monsieur est doué d'un intellect impressionnant. Vous savez qu'il a majoré Mihailov ? Oui, en littérature et langue ancienne; Oui il est aussi magicien. Il est formidable n'est ce pas ? C'est une chance de l'avoir dans notre festival"

"..."

"Le jeune Galaad ? Oui, je regrette son absence ici. Si André le fréquente? Dis André, vous vous connaissez ? Ah c'est ton professeur de langue ancienne ? Ah formidable formidable. Tu sais pourquoi il n'est pas la ? Non ? Vraiment ? Oh vous savez c'est peut être pas plus mal, il a une réputation bien sulfureuse quand même pour un festival si paisible. Et nous avons un écrivain et magicien tout aussi doué. Oui, c'est exceptionnel. Dites André, la réputation de Monsieur Galaad est elle usurpée ?"

"..."

"Oui, nous avons la dernière oeuvre de monsieur Caéli; des éditions limitées et dédicacées. N'est ce pas extraordinaire ? On peut remercier André. Quel écrivain formidable..."

"..."

"Vous saviez que la Romance de l'Aube est une oeuvre adolescente. Oui, tu avais quel âge. 14 ans ? Vous voyez, quelle maturité à l'époque"

"..."

"Il s'agit d'un des maîtres de la romance que l'on a aujourd'hui avec nous à Maguelonne"

-"Dis Franz, tu n'étais pas sensé..."

"Oui le jeune Caéli fais une thèse. Sur quoi ? Ah les magies de pactes appliqués à la technomagie. Vous la publierez ? Bien sur. Vous allez voir je suis sur que cela va changer le monde. Tout ce qui sort de son esprit est si brillant"

"... me présenter la..."


"Et un jeune homme si tendre, si attentionnée avec la nature. Vous avez une petite amie aussi André ? Non ? Oh ? Peut être une heureuse élue dont vous ne voulez pas nous dévoiler le nom ? Ah mais il en devient tout bredouille. C'est bien normal à votre âge. Profitez vous êtes jeunes"

"... Violoniste".


Franz sembla sortir de cette quête de vantardise frénétique de son festival et afficha sur sa tête avare d'organisateur un sourire malicieux.

"La jeune fille aux yeux vairons ?"


C'est alors qu'une intervention divine, fruit d'une douce folie, frappa avec violence le magicien comme une fillette courant dans la cours de récréation et rentrant de plein fouet dans un élève de collège qui se trouvait bêtement là. Car de toute façon à cet âge, qu'on se trouve, qu'on s'y rende, qu'on y coure, qu'on en parte ou qu'on en revienne, on le fait bêtement avec des champis sur la figure et des hormones un peu plus bas.

La jeune fille perdit quelques instants l'équilibre et se rattrapa avec un sens de l'in-extremis innatendue chez quelqu'un qui venait de lui endolorir brutalement une bonne partie du bras et de l'épaule. C'était la violoniste. Il aurait tout aussi pu penser "la fille aux yeux Vairons" ou juste elle mais l'image d'une violoniste avait quelque chose d'attrayant. Il y a dans cette vision classique d'où émane l'artistique bruit une vision pure et chaste de la femme que l'on trouve belle, ce qui permet d'exacerber encore plus ce désir que l'on ressent tout en augmentant drastiquement le timbre de cette voix déjà forte qui nous hurle que cette statue est inaccessible. Cette attirance répulsion cristallise l'image de la femme dans un cadre qui la rapproche de l'oeuvre d'art, sentiment étrange où du désir de posséder nait le plaisir de voir.

Et quand Angélie posa sa main délicate de violoniste sur son épaule en se mettant à gesticuler de manière particulièrement comique et incompréhensible, le jeune ventusien, à la différence de son chaperon-GO qui avait éclaté d'un rire franc, s'empourpra et tout gêné, bafouilla comme il put.

"Vous allez bien mademoiselle... ? Vous ne vous êtes pas fais mal au moins ?"





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Sam 16 Mar - 23:51
Si son épaule la faisait souffrir, elle n'en montrait pas le moindre signe. Angie était orgueilleuse et bien qu'elle était maladroite, elle détestait par dessus tout être vue dans une situation embarrassante, surtout si les témoins venaient faire l'éloge de son accident et de sa maladresse, qui étaient déjà des plus gênants. Aussi le rire de l'organisateur prit soin de l'agacer au plus haut point, lui faisant froncer les sourcils, mais la délicatesse des paroles du jeune homme au visage cramoisie vint immédiatement calmer sa rage intérieure, radoucissant ses traits au maximum de leur capacité. Ses joues d'abord roses devinrent rouge, ce qui s'agençait plutôt bien avec sa petite robe à la jupette aux multiples couleurs. Ajoutons qu'en plus, la gêne lui faisait légèrement plisser son petit nez, d'une façon tout à fait enfantine et innocente. La jeune femme était si concentrée sur le visage du jeune homme, fixant ses traits d'un regard illuminé et oubliant sa gêne quelques secondes, qu'elle ne fut pas tout de suite consciente qu'il lui avait adressé la parole. Plusieurs idées tourbillonnaient dans sa tête à cet instant...Devait-elle lui poser des questions, à savoir pour quelle raison il était aussi connu? Allait-il seulement avoir la patience de lire tout ce qu'elle avait à dire, sa nature curieuse adorant prendre le dessus sur le reste, ou devrait-elle aller s'asseoir dans un coin de la grande pièce et s'empiffrer d'amuse-gueules tous plus exquis les uns que les autres, ce qui, disons-le, n'était pas du tout son genre? Il était clair pour elle, depuis le début de la soirée, qu'elle rentrerait tôt. Personne ne trouvait une muette intéressante, car après tout, comprenons-les, comment était-ce possible de rendre une conversation enrichissante à l'écrit? Et si en plus, cette demoiselle était d'une timidité sans pareil, c'était d'autant plus compliqué d'être non pas écoutée, mais lue.

Elle secoua légèrement la tête, comme si elle revenait tout juste d'un rêve éveillé gobant totalement sa conscience, puis regarda sa main, toujours sur son épaule, avant de la retirer rapidement, ce qui semblait être un réflexe plus qu'un mouvement volontaire commandé par son cerveau à ses muscles peu développés. Pourquoi avait-elle réagit ainsi? Après tout, il n'avait probablement pas la peste...Mais peut-être sa gêne cachait-elle en fait un homme dangereux, ou simplement pervers. Un homme, tout simplement, suffisait bien à l'effrayer...Il n'avait clairement pas comprit qu'elle s'excusait, en plus. Elle eu un mouvement de recul, comme une hésitation à continuer de lui parler, la bouche entre-ouverte et le regard innocent. Il avait l'air de tout sauf d'un assassin ou d'un agresseur sexuel...Son corps lui dictait pourtant de partir, mais son cerveau, qu'elle avait tendance à ne pas écouter, lui criait de rester là, que ce garçon ne lui ferait aucun mal et qu'en plus, il allait probablement l'écouter, ou plutôt, la lire. Après tout, de ce qu'elle savait, il était auteur, écrivain, enfin quoi, les mots, il s'y connaissait et il les aimait, probablement même les préférait-il à l'écrit plutôt qu'au parlé.

Elle reprit une position plus sûre, légèrement, gardant toujours une certaine distance, puis hocha doucement la tête en réponse à sa question. Si elle allait bien? Bien-sûr, extérieurement, tous ses os étaient restés en place, ainsi que son coeur...Enfin, ça, elle n'en était pas certaine, puisqu'il battait si fort qu'il aurait aussi bien pu sortir de sa poitrine sans prévenir. La nervosité, peut-être, sa timidité, ou encore, ce visage d'ange...Plutôt, toutes ces causes réunies ensembles, c'était tout ça qui causait cette hyperactivité dans sa cage thoracique. Tremblante, elle se mordilla la lèvre, puis y porta ses doigts en le regardant, avant de secouer doucement la main dans un signe de négation, voulant lui faire comprendre qu'elle ne pouvait pas parler. Il aurait probablement été plus simple de lui écrire...Elle leva le doigt, signe qu'il devait attendre une seconde, puis ouvrit son sac en cuir brun afin d'y fouiller un peu, cherchant sous son violon une feuille de papyrus qui ne soit pas déchirée. Elle réussi à en trouver une, après avoir tâté le fond du sac quelques secondes, puis la sortit délicatement, avant d'y retourner, regardant en l'air en sortant le bout de la langue, concentrée à trouver une plume d'écriture, ce qu'elle trouva après quelques secondes supplémentaires. Elle referma son sac et lui lança un regard désolé, car en effet, elle se sentait mal à l'aise de le faire attendre ainsi. Elle sortit aussi un petit bracelet en cuir, auquel était attachée une fiole d'encre noire, puis retira le petit bouchon de liège, faisant attention de ne pas être bousculée et de tout renverser, plaçant la pointe de la plume dans le liquide. Elle referma aussitôt le contenant, voulant éviter que sa maladresse ne frappe à nouveau, puis écrit en relevant la cuisse, y posant la feuille pour avoir une surface stable. Dans cet environnement, malheureusement, elle n'avait pas de bureau ni de table à disposition, et ne pouvait tout de même pas s'en aller dans le fond de la pièce jusqu'à une surface plate pour écrire, avant de revenir...Ça aurait été ridicule, déjà qu'en ce moment, la situation était déjà des plus cocasses, ses joues toujours roses faisant bien part de son malaise face au moment. Son écriture, malgré le fait qu'elle écrivait en se servant de sa cuisse comme appui, était distinguée et propre, la plume dansant presque tandis qu'elle laissait les traces de son passage sur le papier. Après tout, puisqu'il avait s'agit de son seul mode de communication, excluant les signes qu'elle utilisait avec parcimonie, puisque généralement elle était ridiculisée par ceux-ci, il était normal qu'elle écrive avec une certaine adresse.

Elle lui tendit finalement le papyrus, affichant un sourire timide en le regardant dans les yeux, la plume reposant dans sa main libre. "Je suis désolée, j'espère de tout coeur ne pas vous avoir fait mal, c'était de ma faute, je ne regardais pas sur mon chemin". Sous la courte phrase, elle avait ajouté un petit dessin rapide, mais malgré tout exécuté avec talent, la représentant en train de lui tendre une rose. C'était un peu une façon supplémentaire d'être pardonnée, pour elle. Elle profita d'ailleurs du fait qu'il était en train de lire pour se recoiffer, car après cette violente collision, sa coiffure en avait prit un coup. Elle replaça toutes les mèches folles de rapides mouvements de doigts, puis se racla la gorge avant de pencher la tête sur le côté, faisant retomber ses cheveux sur son épaule. Elle le regardait d'un air curieux, scrutant sa réaction face à ses excuses et espérant de tout coeur qu'il la pardonnerait. Toutefois, elle ne manqua pas non plus de relever un regard plus dur vers Franz, lui indiquant que son fou rire contribuait à la rendre mal à l'aise. Pour une raison qu'elle ignorait, celui-ci affichait un regard légèrement malicieux et lui fit un clin d'oeil, la faisant rougir de plus belle et froncer les sourcils, plissant son petit nez de colère. Afin d'oublier ce sentiment, elle regarda à nouveau les traits d'André, lui souriant tout de suite, très doucement.

Qu'allait-il penser d'elle? Cette question l'effrayait, car déjà, il avait l'air aussi timide qu'elle, sinon encore plus. Angie avait cette incroyable manie de toujours penser à ce que les autres pourraient penser d'elle, ce qui était un vilain défaut. Néanmoins, elle aimait aussi analyser les autres, afin de se faire une petite idée de qui se trouvait devant elle. Ce comportement lui venait probablement de sa crainte des hommes en général, causée surtout par les rumeurs qu'elle avait entendue à propos des agissements des hommes envers les femmes. Après tout, le seul représentant de la gente masculine qu'elle avait réellement connu était son père, puisqu'elle était restée enfermée presque en tout temps dans le château de la Reine Ellana, la privant ainsi de la plupart des contacts normaux qu'elle aurait pu entretenir avec des garçons de son âge.

À ses yeux, André semblait doux et gentil, très timide et renfermé aussi, probablement. Physiquement...Cette pensée la fit rougir encore plus. Elle le trouvait mignon, séduisant même...Attirant. Il avait l'air intelligent et propre, distingué et maniéré, peut-être aussi...L'envie d'en apprendre plus sur lui se faisait très présente, mais généralement, les gens ne faisaient jamais long feu en discussion avec elle...Non, si elle se doutait bien d'une chose, c'était que comme tous les autres, il serait vite ennuyé par son mode de communication.

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Jeu 28 Mar - 21:49
La jeune femme qui venait de lui rentrer dedans le regardait d'un air affolait; quoique c'est ce qu'en avais conclus le technomage car tant d'émotion passait derrière ses pupilles vairons qu'il était difficile de s'arrêtait sur une d'elle. On put y lire consécutivement de la honte, de la peur, de la curiosité, de l'enthousiasme aussi, et cela sans qu'elle n'ai eu à dire un mot. Cette jeune fille était expressive...

Elle leva alors la jambe dans une position qui aurait pu paraitre comique, assez proche de celle d'un flamand rose quoique la violoniste ait plus de féminité et au moins tout autant de grâce que n'importe laquelle de ces créatures. Prenant appuis sur sa jambe, elle se mit à écrire sur le morceau de parchemin qu'elle venait de tirer de son sac et c'est avec stupéfaction que le jeune homme, qui regardait la scène à la fois intrigué et amusé, pu constater sa maitrise de la calligraphie. Il était rare de voir quelqu'un écrire avec autant de fluidité et de précision dans une position aussi inconfortable. Lui même était un piètre écrivain en ce qui concernait la propreté du trait et ses brouillons étaient souvent plus proches d'un champ de bataille recouvert par des ronces d'encres que d'un champ de hautes herbes parsemés par le vent. La comparaison pouvait bien sur laisser complexe mais il trouvait là une preuve que seul un esprit compliqué et éperdu, comme lui l'était trop souvent et comme certains l'étaient trop peu, ne pouvait laissé clore les fleurs de l'imagination

"Je suis désolée, j'espère de tout coeur ne pas vous avoir fait mal, c'était de ma faute, je ne regardais pas sur mon chemin".


La première pensée du technomage, en lisant cette phrase finement tracée, fut triviale. Bien sur son sens de l'observation aurait pu le mener vers une compréhension plus aigüe de ce qui se passait, lui murmurer tout bas que cette personne était muette mais cela ne lui fut révélé par son esprit d'humeur capricieuse que dans un second temps. Il aurait tout aussi pu ressentir un certain plaisir à ce qu'une jeune femme aussi douce s'enquiert de son état et passe sa propre situation après la sienne. Mais il n'en fit rien. Ce qu'il pensa fut plus simple: "elle n'a pas répondu à ma question". Il se tut.

Le bon sens aidant, il réalisa que la personne qui se tenait en face de lui était muette et cela pouvait expliquer bien des choses dans cette scène que le clichée portait à un niveau surréaliste. Cette agitation naturelle inscrite dans son regard pouvait venir de l'appréhension qu'une personne handicapée, car il s'agit bien là d'un handicape, pouvait avoir en rencontrait quelqu'un de normal. C'était à la fois compréhensif et inutile. André ne jugeait pas les gens sur leurs abilités physiques. Et ce fut un élan sincère de sympathie qui lui vint en se souvenant des gesticulations premières de la jeune fille, aussi douce et gracieuse qu'un tantinet grotesque et qui trouvait leurs explications de manières bien plus naturelle maintenant.

"Oui je vais bien, c'est gentil de vous inquiéter, mais vous ?"

Il regarda le système d'écriture de la jeune femme qu'il trouva à la fois pratique et pertinent. C'était là une manière de communiquer qui lui semblait innovante et sympathique; plus, il s'agissait presque d'un jeu d'écriture en guise de conversation. Théoriquement, en n'échangeant que par écrit, on présentait le sens avec un signifiant différent qu'à l'oral, bien que les deux types de signifiants soient incestueusement liées. Ce changement de signifiants permettaient plus de complexité ou du moins offrait un exercice différent dans l'expression des signifiés.

Cela prêtait d'ailleurs au jeu. Lui même étant écrivain, jouer tout en ayant une conversation lui semblait de plus intéressant. Cette idée germa dans sa tête pas par méchanceté mais par curiosité. Il n'avait lui même pas envie de se moquer d'Angélie encore moins de ne pas faire connaissance avec elle. Au contraire c'était une idée qui lui plaisait énormément; il se sentait attirer par une rencontre purement écrite, une connaissance de l'autre non pas par cette expression vive du son et de la voix mais une découverte écrit. Rencontrer une personne comme on rencontre un livre. Oui, tout le charme de la jeune fille se tenait dans cette dimension romanesque qu'elle venait d'acquérir. Mais lui même aurait à écrire et le jeune technomage, du haut e ses 20 ans, en connaissait assez sur son écriture pour la savoir intenable.

Ecrire, c'était jouer. Il fallait à un moment que l'écriture devienne provocante, que la situation bascule et rebondisse comme une pluie drue sur le parvis de la bibliothèque d'Aquaria. Ecrire, c'était créer le futur avec de l'encre comme les dieux avaient créé le monde en utilisant la langue première. Tout n'était qu'écrit et écrire pour découvrir une personne était une façon étrange mais excitante de découvrir quelqu'un.

Vous connaissez le jeu du cadavre exquis mademoiselle ?



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Les clapotis des mots
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