Tempore Retrorso: Finis aestatis classis somnium [Eloan, Caéli]



 

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Tempore Retrorso: Finis aestatis classis somnium [Eloan, Caéli]

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Lun 25 Fév - 14:25


4 Septembre 758


Le jour de la rentrée avait sonné sur l'académie de Mihailov comme retentit une sonnerie de lycée. Les élèves étaient arrivés depuis quelques jours sur le campus et avec eux une une douce effervescence. Chacun reprenait ses habitudes; les élèves se retrouvaient après des vacances bien mérités et les amis d'avant l'été pactisaient à nouveau autour d'une bonne bière alors que les amants d'une autre saison se retrouvaient sous les sakuras en fleurs. La semaine précédent la rentrée sur le campus de la prestigieuse académie offrait toujours le tableau d'un bonheur simple et raffinée où, l'espace de quelques jours, tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. La splendeur et la gloire de Ventus se trouvaient là.

Les dortoirs se remplissaient donc tranquillement et André Caéli retrouva avec plaisir sa petite chambre. Un lit confortable, un bureau remplit de livres poussiéreux, un globe, et le portrait de ses deux soeurs. "Tout son génie et tout son coeur." Ces petits moments d'effervescences donnaient à l'adolescent le sentiment d'une calme excitation. Tout, autour de lui, semblait rire et sourire. Et rien ne lui donnait plus de baume au coeur que de croiser des premières années timides qui prenaient lentement leurs repères. Enfin, ça c'était pour le tableau car dans une réalité moins idéale, les débutants à Mihailov étaient Ventusien jusqu'au bout des ongles et leurs génies étaient précédés en tout lieux d'un égo démesuré.

Après une première soirée passée à lire un traité obscure sur la place du vocatif dans la phrase, le jeune adolescent alla doucement humer l'air de la nuit. Contrairement à beaucoup d'autres universités, la moyenne d'age à l'entrée de Mihailov devait être entre 16 et 18 ans et cette humeur adolescente débordait d'hormones qui s'agitent de partout. A 16 ans, le magicien n'échappait donc pas à la règle et c'est avec une politesse toute gênée qu'il voulut refuser l'invitation que lui avait faite une jeune fille inconnue de venir dans sa chambre. Celle ci cherchait la réponse à des questions qu'elle se posait sur le devoir de littérature de la rentrée et savait André Caéli comme le meilleur de la section. A la vérité, elle ne lui était pas si inconnue, mais il la considérait comme tel car il ne lui avait jamais adressé la parole. Mais il la connaissait. Elle se nommait Minami Ikoma est appartenait aux sections musiques et littératures. Elle était aussi dans l'équipe de natation. Quand elle lui fit la proposition, il se remémora visuellement touts les bureaux où elle s'était assise durant le cours de littérature l'an dernier. Ses remarques et ses questions, brefs, ses actes, lui furent rappelés par sa mémoire et il se rendit compte qu'elle disposait d'une naïveté touchante ainsi que d'une certaine finesse. Et d'une beauté qui ne lui était pas insensible ce qui ne fit qu'augmenter son trouble.

Spoiler:
 

Malgré ces points plutôt positif, elle s'était approché à un demi mètre de lui dans le couloir exigu du campus et sa zone de confort s'en trouvait violé. Il se sentait terriblement intimidé.

"- Ca va ?"

Il était resté silencieux pendant quelques secondes, et elle était légitimement en droit de se demander si ce jeune adolescent de 16 ans, qui était devenu rouge comme une pivoine en sa présence et qui baissait les yeux, n'étaient pas en train de se sentir mal.

"Pardon, excusez moi." Mais pourquoi s'excusait il déjà ? "Je, merci, je me sens bien. Je non, je... votre invitation est très aimable... mais je... je... je..."

Une main forte et autoritaire le poussa alors fortement sur la jeune fille et les deux se retrouvèrent dans la chambre. Dans son élan, il se retrouva plaqué à la jeune fille qu'il pris par réflexe dans ses bras et pu éviter une chute collective. Il était maintenant dans sa chambre, et sa main était posé sur les hanches de la demoiselle alors que celle de la jeune fille était sur sa poitrine. Sans se rendre compte de cette situation, il regarda l'homme qui l'avait poussé.

C'était un très belle homme, un peu plus âgée que lui. Il était accompagnait d'une fille blonde fort belle elle aussi. Il arborait un sourire complice et regarda André Caéli droit dans les yeux. Le garçon, d'une tête plus petit, lui rendit son regard sans sourciller mais avec un visage plus dur.

Vous formez un beau couple. Profitez de cette soirée.

L'adolescent réalisa la position dans laquelle il était et voulut s'en détâcher promptement. Il fit un pas sur le coté et trébucha sur le canapé de la jeune fille. La porte se ferma alors que le blondinet ajouta à l'intention d'Arya

Il y a des gens timides vraiment

André Caéli resta sans voix quelques secondes. Ils savaient qui étaient ces deux la. Arya était une élève de langue ancienne un peu plus agée que lui, et Eloan avait fini premier de la promotion de langue ancienne l'an dernier. C'était un jeune homme très beau, très réputé pour ses romances au sein de l'école aussi. Il était précédé en tout lieux d'un certains charisme et l'adolescent n'avait jamais osé allé le voir. L'idée de lui répondre en langue ancienne lui vint à l'esprit mais il n'en fit rien. Il n'aimait pas attirer l'attention.

"Tu as passé de bonnes vacances, Caéli-sempai ?"

Sempai ? Il était donc si considérait que ça par cette jeune fille ? Elle était une des rares deuxièmes années plus jeune que lui et avait été reçu à la limite de ce qu'on accepte à Mihailov. Elle restait cependant brillante en littérature. Sa famille appartenait à la vague azarienne qui avait réussi à immigré à Ventus via Terra après qu'Iskandar eut écrasé la révolte d'Atrée.

La suite de la soirée se passa dans une ambiance très douce, parlant de littérature et de choses diverses sans qu'aucun évènements notables se passent. Vraiment AUCUN évènements notables; ce qui attrista le jeune garçon à qui la jeune Minami avait su plaire de plus en plus au fil des minutes, par sa conversation charmante et sa pale beauté innocente. Au moment de lui dire au revoir et de retourner dans sa chambre, tard dans la nuit, il sentit le sol pivoter autour de lui. Une boule s'ouvrir dans son estomac; il savait que l'instant de l'embrasser était surement venu, parfaite conclusion d'une soirée assez parfaite, mais il n'y arrivait pas. Par réflexe il tendit une main en avant et lu la déception dans les yeux de l'adolescente. Put-elle lire celle qu'il avait dans ses yeux ? Il l'ignorait. Il rentra se coucher et se mit à écrire, et pas que:

"C'est là que solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler,
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;
J'employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
Mes yeux sans se fermer, ont attendu le jour."


*****

Le lendemain matin, Caéli se leva à l'heure où il avait prévu de se lever. Il avait passé une nuit blanche et sentait peser sur lui l'étau de la fatigue qui n'embrumait pourtant pas son intellect.

Il se leva et dans une tasse de taille normal, je prépara un chocolat chaud. Il déjeuna rapidement, comme à son habitude, s'empara d'un livre de cours et se dirigea rapidement vers sa salle de classe. C'était le premier jour de classe de l'année et Minami l'attendait. Il la salua poliment.

"Je peux m'assoir à coté de toi ?"


Il se rendit compte qu'il venait de rougir s'empourprait. La situation c'était bizarrement inversé en une soirée. Hier à la même heure, il ne lui avait jamais parlé et elle était venu le chercher, et aujourd'hui c'est lui qui demandait comme une faveur une place à ses cotés. Faibles coeurs des hommes.

Oui bien sur

Il s'assit donc au coté de la jeune fille de 15 ans qui se mit à rougir elle aussi. Et le prof entra dans la salle. C'était le même que l'an dernier, et pour tout dire, Caéli ne l'aimait pas. Ce type était bien trop concentré sur le style, pas assez sur l'émotion que dégageait un texte et ne savait pas apprécier une lecture pour ce que celle ci déclenchait en vous. Il était pourtant un écrivain génial et le jeune homme avait dévoré tout ses livres, qui étaient souvent des romances écrites d'une plume fine et douce, distillant les mots d'amours dans la plus pure poésie. C'était un étrange paradoxe.

Aujourd'hui comme hier, il ne se mit pas en valeur pendant le cours. Il resta discret au possible; contrairement à sa première année, il n'écrivit pas pendant le cours, ce qui l'avait donc l'habitude de faire. La présence de Minami lui pesait au sens propre. Tout ses gestes lui semblaient patauds et lourds, toutes ses actions interprétables et il se concentrait pour ne pas faire un acte de travers. Il essayait donc de montrer de l'attention au prof, ce qui ne lui arrivait que rarement. Il n'avait généralement pas besoin d'écouter pour entendre et avait donc pris l'habitude de faire autres choses en cours.

Quelques conversations charmantes avec sa jeune voisine plus part, et une dissertation sur la néo-philosophie ventusienne, le cours pris fin et les deux jeunes gens se séparèrent gênés pour se rendre chacun dans leurs classes respectives.

André Caéli arriva en avance dans son cours de langue ancienne. Il pris sa place au fond de la classe, prêt de la fenêtre, comme à son habitude, et commença à écrire, en langue ancienne, un poème.

"Vritur infelix Dido, totaque uagatur
urbe furens, qualis coniecta cerua sagitta,
quam procul incautam nemora inter Cresia fixit
pastor agens telis, liquitque uolatile ferrum
nescius ; illa fuga siluas saltusque peragrat
Dictaeos ; haeret lateri letalis arundo"

Le professeur avait changé; celui de l'an dernier était parti à la retraite et il était dit que le nouveau serait un jeune homme, ancien étudiant. Cela désintéressait assez fortement l'adolescent qui n'avait pas vraiment besoin d'un professeur de langue ancienne. Son niveau était supérieur à celui de son professeur de l'an dernier et le jeune adolescent ne comptait que sur lui même pour continuer de progresser. Il avait d'ailleurs apporté un livre en langue ancienne pour continuer son apprentissage autodidacte pendant le cours.

André Caéli se rendit compte cependant, au fur et à mesure que la journée avait avancé, qu'il était fatigué et en se début d'après midi, entre le ventre lourd et la nuit blanche. Il somnolait donc un peu en attendant le début du cours dans l'ignorance la plus totale de ses camarades de classes. Plus que le poème, l'image de Minami venait à son esprit de plus en plus et il s'affala sur la table en regardant par la fenêtre. Ni son livre, ni son poème ne le motivait et seul une sieste ou "elle" lui semblait une destinée enviable.

Il entendit devant lui la porte s'ouvrir et il ne se donna même pas la peine de tourner la tête pour regarder le professeur entrer. Il était absorbé par le parc qu'il observait depuis la fenêtre. Et très fatigué. Et très distrait par son amour. Bref, une situation parfaite pour ne pas apprendre la langue ancienne. Le cours pouvait donc commencer.


//

Crédit:
Minami Ikoma: The world only god know
Bannière: chateau de Chambord.
Poème d'André Caéli: Racine, Britannicus, acte 2, scène 2
Poème en latin: Virgile, l'Enéide; La mort de Didon.



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Sam 20 Avr - 0:24
Le temps était venu, les vacances avaient balayé les grèves amères de l’année de leur incessant ressac ; à présent leurs derniers jours n’avaient laissé qu’une dentelle écumeuse qui s’effaçait mais qui conservait son aura nimbé de joies et de félicités. Mais ce temps était révolu, la pleine mer s’était retirée et avait laissé place à une plage sèche de l’emploi du temps et des examens.

Une étrange impression était née dans la poitrine d’Eloan ; celle de revenir en ces lieux avec une nouvelle fonction : d’étudiant il était passé de l’autre côté de l’estrade ; du dessous de l’estrade, il était passé au-dessus, surplombant les élèves de son poste récemment obtenu ; passant du travail acharné à la correction de devoirs ; passer d’heures gaspillées à des horaires rémunérés. C’était un changement de cap qu’il n’avait pas encore tout à fait intégré et compris bien qu’il ait passé ses « vacances » à préparer des cours, des leçons, des discours structurés et audibles par tous. Et à rédiger tout cela, il se rendait bien compte que c’était tout autre chose ! Être et devenir enseignant n’avait pas été son objectif premier, son grand intérêt résidait sans la recherche intellectuelle, la réflexion personnelle, les livres, la pensée délivrée et libre de création aussi bien scientifique que poétique, et surtout poétique, car toute création est en essence poétique !

Quoiqu’il en soit, Eloan revenait sur le campus avec une certaine nostalgie, il marchait dans les allées entre les vastes bâtiments, accompagné de sa tendre amie Aria Pheles qui tenait gracieusement son bras. Elle portait une jupe longue et rouge, saillante, fendue qui soulignait sa vertu, ses cheveux longs et blonds dansaient sur son cou et ses épaules, jouant inexorablement avec la douceur de son grain de peau que laissait apercevoir son décolleté dentelé. Pour ne pas prendre fois, un châle caressait ses épaules d’une sensualité rare. Eloan, pour sa part, portait un veston brun, surmontant une chemise blanche. A son côté, à son pas marchait une canne au pommeau finement ciselé dont les traits dessinaient un aigle majestueux et dominateur, reflet faussé de l’ego d’Eloan ; cet aigle avait juste du style et de la prestance, c’est ce qui comptait. Pour eux deux, c’était une grande nouveauté, tous deux nouveaux enseignants, avec de nouveaux droits, de nouvelles perspectives de vie…

Par un désir nostalgique, ils revisitaient tous les endroits qu’ils avaient tous deux côtoyés quand ils étaient de l’autre côté de la cloison, du côté étudiant. Et ce n’est pas sans une certaine incompréhension qu’Eloan réalisait que le temps était passé à une vitesse affolante. Tempore fugit. Mais le temps irrémédiable était lointain de la conception éloanienne du temps ; il était davantage dans l’esprit de cueillir chaque rayon du fruit solaire ses tendres et ardentes passions… Dans leur promenade vespérale, le couple vénitien était arrivé aux dortoirs, dans de longs couloirs animés et bruyants qui crépitaient des joies encore avivées de dernière journée de vacances. Etrangement, les deux amants passaient inaperçus, leurs âges étaient ceux d’étudiants ; et il y a quelques mois, ils l’étaient encore. Même s’ils n’étaient pas sujets aux regards persécuteurs, leur grâce et leur prestance, aussi bien dans leurs habits que dans leurs gestes, étaient remarquées remarquables. Sans vraiment se soucier de ce qui se déroulait autour d’eux, Aria et Eloan discutait aimablement. A un moment, ce dernier passa près de la porte d’une chambre, elle était ouverte et un jeune homme lambinait devant sans vraiment entrer à l’intérieur. En s’approchant encore, Eloan y remarqua une adolescente. Le garçon avait l’air indécis, voir gêné, embarrassé… Il n’y avait aucune raison à cela pour Eloan, et c’est ainsi qu’il se dit qu’il devait lui donner une raison valable d’être gêné, par compassion humaniste, cela va sans dire. Avec adresse et furtivité, il s’avança jusqu’au jeune homme et le poussa d’une main assurée mais non violente, le portant vers son alter ego. Ceux-ci entrèrent tous deux dans la chambre, l’un contre l’autre.

Le nouveau professeur fit vite et conclut leur situation d’un air charmant et prophétique :

    « Vous formez un beau couple. Profitez de cette soirée. Il eut un sourire malicieux et caressant avant de refermer la porte et de se retourner vers Aria pour se plaindre au sujet de la timidité de certains étudiants : Il y a des gens timides, vraiment ; on appelle cela l’âge de l’insouciance mais ils ne profitent pas de grand-chose ! Eloan reprit alors galamment le bras de sa compagne avant de lui glisser à l’oreille Allons donc profiter nous aussi ! » .


Tous deux sortir du campus universitaire et se dirigèrent vers les logements privés des professeurs ; par un jeu de circonstances fort hasardeux, arbitraire et dont Eloan n’était aucunement la cause (allez savoir) : le logement d’Aria se trouva adjacent à celui d’Eloan.

Le jeune homme sortit ses clefs de sa poche et ouvrit la porte. Une fois entré dans l’habitation, Eloan alluma embrasa grâce à une allumette la cordelette d’une lampe à pétrole et tourna l’engrenage au minimum, de façon à ce que la flamme soit infime ; pourtant elle irradiait la pièce d’une lueur fébrile et vacillante. Aria n’avait pas perdu de temps, elle était partie s’installer sur le canapé du salon, ayant abandonné son charmant châle sur le rebord du son dossier. Son conjoint s’était dirigé vers la table basse en face ; et par un curieux mécanisme, une petite porte connexe s’était ouverte, rendant visible un coffre : Eloan se saisit alors de ce qu’il protégeait : deux verres, et une bouteille, parmi bien d’autres. Avec adresse, deux verres dans une seule main, il déversa le liquide alcoolisé dans les deux verres, et en proposa un à son amante dont un seul sourire lui fit comprendre qu’elle y désirait un glaçon. C’est après avoir psalmodié quelques mots qu’Eloan tendit de nouveau le verre, à présent refroidi et couronné d’une corolle de glaçons dont émanaient d’innombrables parfums lourds et sucrés. Il s’assit ensuite près d’Aria, et ils discutèrent ainsi un bon moment, de nombreuses de choses, de bien des choses à vrai dire, mais surtout d’idées et d’autres. Un temps après, l’un se pencha sur l’autre, aucun n’aurait su dire lequel. Et la flamme de la lampe à pétrole s’aviva et vibra, dansant avec les contours du verre qui l’emprisonnait délicatement. Ses ombres et ocelles valsaient contre les murs et les sols de la pièce, virevoltait contre ses coins, contre ses vitres lumineuses, elle batifolait du canapé charnel, du châle caressant et suave, jusqu’aux fauteuils cotonneux et accueillants. Elle s’élançait, vivante et insatiable, tremblotait par moment, accompagnant la cajolerie d’un courant d’air, d’un souffle, qui expirait dans un soupire inspiré. Son éclat, à l’instar une flamme tutélaire, réchaufferait les membres endoloris mais pourtant infatigables des corps. Par à-coups, elle rejaillissait parfois, par le soubresaut ultime d’une flamme qui embrase le dernier met qu’il lui reste, sa dernière subsistance. En revanche, même éteinte par le temps et étouffée par la nuit profonde, la conviction naissait et subsistait de voir sourdre l’aurore d’une passion ardente, l’aube d’une ferveur idolâtre, ou un nouveau zénith, encore une fois, sous la voûte constellée.

Au réveil, le lendemain matin, les deux amants s’étaient levés rapidement, tous deux avaient des cours à donner, et pour une rentrée, il valait mieux être à l’heure. Mais malheureusement, la matinée ne fut pas extraordinaire pour Eloan ; inconsciemment, il l’avait imaginé bonne la veille, peut-être était-ce dû à la délicieuse nuit qu’il avait passée. Par malheur, tout bonheur ne pouvait pas durer éternellement. Ainsi, Eloan arriva à la pause de midi, il était rentré dans ses appartements pour manger, et, chose étonnante, le zénith avait bel et bien jaillit de nouveau…

C’est alors de bonne humeur que le nouvel enseignant débarqua dans sa salle de cours en deuxième année, en avance. Il y avait déjà sans doute la majorité des élèves, pourtant aucun n’avait l’air de prêter attention à lui : Eloan se permit donc de passer dans les rangs, regardant les têtes des uns et des autres, jugeant sans sourciller ses élèves à la tête du client, se disant « ah, celui-ci, on ne va sans doute rien en tirer ; je me demande ce qu’il fait en deuxième année… ». Soudain il s’arrêta auprès d’un élève qui avait l’air de profondément rêvasser, ah, tiens, c’était le gamin de la veille qu’Eloan avait, par dieu, sauvé du ridicule dans toute sa clémence et sa bienveillance ! Celui-ci cachait sous sa manche un texte qui semblait être rédigé en langue ancienne. Sans se soucier du doux rêveur, et surtout intrigué, l’enseignant se saisit vivement d’un pan de la feuille, et tira vers lui. Il s’assit sur le bord de la table : il la posa devant ses yeux, yeux alors arrondis par la curiosité, tel un ours alléché devant son miel. Au fil de la lecture, le visage d’Eloan découvrit plusieurs émotions : déconfit, étriqué, et finalement blasé. C’est en soupirant qu’il s’écria à l’école en question :

    « - C’est bien joli et mignon à souhait tout cela, mais ce n’est pas comme cela que je vous avais invité à finir votre soirée. puis il reprit plus fort, à l’intention de toute la classe : je vous prierai de faire silence et de vous installer s’il vous plaît, le cours va commencer ! »


Eloan se leva alors du bureau sur lequel il s’était assis et revint au sien devant l’imposant tableau noir. Il y déposa sa sacoche qui contenait ses cours. Bon, il en avait marre de suivre un protocole stricte, depuis ce matin, il s’ennuyait à mourir, il était temps de réveiller les morts ! Il s’assit à tailleur sur son bureau et admira les visages abasourdis de ses élèves avec une malice certaine et assumée :

    « - Bien, je me présente ; je suis Eloan Galaad, enseignant en langue ancienne, et fais partie du comité de recherches en magie runique, en linguistique, et d’autres domaines qui ne doivent guère vous intéresser plus que cela, passons donc. Pour nous passer de la routine habituelle des rentrées, je vais commencer par jauger vos capacités en langue ancienne et voir si mon collègue de l’an passé fut compétent. Vous allez tous sortir un brouillon et rédiger un paragraphe, plus ou moins long, sur événements rêvés que vous auriez voulu voir se réaliser… Hier soir. »




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Jeu 25 Avr - 15:59
Les gestes de l’escrimeur sont vifs et précis. Pour atteindre sa cible, il faut savoir se détendre avec fierté, bomber le torse avec l’hélium de son orgueil et toucher. Il ne faut pas douter, se demander si l’action est réalisable étant le plus sûre moyen de la rater. Il faut agir et voir après. Et toujours avec fierté. Car en escrime comme dans tous les autres sports de duels, c’est de l’orgueil que vient la force.

C’est pourquoi quand Eloan s’empara d’une main furtive et assurée de sa feuille, le jeune homme n’eut pas de réactions. Son esprit louvoyait comme un éther parmi les hautes herbes du parc et l’action du néo-professeur l’arracha de son errance avec violence. Ce fut un retour sur terre brutal et l’espace d’un instant, André resta transi et hagard alors que le décor de la salle de classe se remettait en place devant lui. Pour peu il se serait cru au théâtre… il finit par sortir de son hébètement pour lever la tête vers l’auteur de la fourberie qu’il put reconnaitre comme étant Eloan Galaad. Celui-ci lisait le papier qu’il venait d’écrire ce qui fit rougir un peu l’élève. Il faut dire qu’à cette époque, le blond auteur était déjà précédé de sa réputation naissante d’écrivain et de poète alors que les livres d’André n’étaient que des rêves fantasmés et de l’encre séchée maladroitement sur des parchemins jaunis. Pour autant une piqure d’orgueil vint darder l’adolescent qui déjà ne voulait accepter personne comme supérieur ou maitre. Après tout, l’écriture n’est-elle pas un combat dans laquelle on défend son style et ses idées ? Il faut pour cela reconnaître le talent des autres, savoir s’en inspirer même, et cela sans jamais compromettre par sa pensée la confiance en sa plume ; sinon le style s’effrite et l’écriture se déchire. C’est une question d’orgueil et c’est en pair qu’il faut se positionner, non pas en rival.

Un frisson d’hubris parcourut tout son corps. Il fut suivi d’un fort sentiment d’indignation quand le visage d’Eloan se déconfit, comme si le texte n’était pas à son gout. Il faut bien le comprendre ; qu’on puisse par une soudaine fourberie lui dérober un texte était une chose. Une chose agaçante, énervante, certes, mais ça tenait de l’évènement trivial pour lequel on ne peut montrer aucune véritable colère. La fierté de l’adolescent était intellectuelle et non physique et le vol d’une feuille était un acte dérisoire. L’ennui et une possible critique de son œuvre, par contre, était une fonde l’épée au poing pour toucher son orgueil. Et quand on est attaqué d’une telle façon, c’est le fleuret à la main qu’il faut se défendre, entre écrivain et pair, entre entités trop fières pour se soumettre et trop sensibles pour se mépriser. Ainsi quand Eloan assena - C’est bien joli et mignon à souhait tout cela, mais ce n’est pas comme cela que je vous avais invité à finir votre soirée – seul demeura le bien joli et mignon que la haine ressassa plusieurs fois. Joli et Mignon. Dans le genre commentaire, c’est pire qu’une critique négative. Eloan venait de rejeter avec la distinction hautaine qui le caractérisait l’essence même d’André en tant qu’écrivain. Il ne reconnaissait pas à ce texte le droit d’être un poème et l’avait classé parmi les choses triviales. De pair et de poète, André venait de passer à copiste et serviteur. C’était une chose qu’il ne pouvait admettre ; il s’apprêtait à se lever pour le lui dire, pour défier ce grand-seigneur méchant-homme du bas de sa fierté mais Eloan ne lui en laissa pas le temps. Il avait déjà enchainé.


-je vous prierai de faire silence et de vous installer s’il vous plaît, le cours va commencer !


L’ardeur de l’adolescent en fut douché. La surprise, cette chose prodigieuse qui accouple à la fois la violence à l’insidieux, vint le frapper de son estoc perfide. Il ne se leva donc pas. Sa colère pourtant demeurait car un orgueil blessé n’est pas quelque chose qui s’oublie facilement, bien qu’André soit prompt au pardon et ouvert à l’amitié. Eloan, par son effet d’annonce, s’était placé bien en évidence, un rang au-dessus de lui, et cela aux yeux de tous. Lutter pour se positionner comme son égal était une témérité d’hubris qui ne convenait pas à l’élève qu’était André. Tout aussi surprenant que cela soit, la présence d’Eloan venait de trouver un fondement logique, une raison incontestable et durable ; et si la colère courrait encore dans les veines de l’adolescent, la situation avait trop changé pour qu’il puisse réagir. Il ne put que le suivre avec un regard incompréhensif alors que ce dernier regagnait son bureau pour s’assoir en tailleur.

La classe s’était tu instamment quand il avait parlé et la plupart des élèves le regardaient curieux. Il faut dire qu’à Mihailov, être professeur était un métier demandant une maitrise très élevé de son sujet et beaucoup d’étudiants s’amusent à pousser leurs professeurs jusqu’à ce qu’il, ou qu’eux-même, atteignent la limite de leurs connaissances. Un professeur jeune, qui venait de finir sa thèse était donc une chose peu banale et cela témoignait de la grande confiance en soi de ce jeune homme hautain, mais aussi de la confiance inestimable que devait lui témoigner la direction de l’académie. Eloan Galaad, chercheur en langue ancienne, magicien, fils d’un haut-juge et tombeur de Mihailov. Un CV chargé pour un personnage sulfureux et ambigu, André le savait. Un homme qui n’a pas usurpé sa place, il aurait été bête de le penser. Si l’adolescent avait toujours était dans le désintéressement complet par rapport à ce cours, il n’avait jamais été dans la provocation envers ses professeurs ; il n’allait pas commencer par Eloan.

- Bien, je me présente ; je suis Eloan Galaad, enseignant en langue ancienne, et fais partie du comité de recherches en magie runique, en linguistique, et d’autres domaines qui ne doivent guère vous intéresser plus que cela, passons donc. Pour nous passer de la routine habituelle des rentrées, je vais commencer par jauger vos capacités en langue ancienne et voir si mon collègue de l’an passé fut compétent. Vous allez tous sortir un brouillon et rédiger un paragraphe, plus ou moins long, sur événements rêvés que vous auriez voulu voir se réaliser… Hier soir.


Trois répliques, quatre pavés, c’est ce qu’on appelle un début bien rempli. Une sorte de politesse était due désormais. Ce n’était pas par complaisance mais par intelligence relationnelle qu’on fait preuve de déférence envers un supérieur. Et le jeune professeur était aussi dans le département de recherche en magie runique, ce qu’André ignorait jusque-là. Pour lui Eloan n’était qu’un linguiste ; les runes, la possibilité de lancer des sorts à l’écrits, de les combiner, c’était son art à lui et si le blondin qui lui faisait face était un membre de ce département de recherche, et bien ma fois, une entente correcte était quelque chose de nécessaire. Entre futur collègue osa t’il penser.

Mais outre le rangement d’Eloan dans la case « futur collègue, développé relation amicale » de son entendement, c’est la suite qui attisa son intérêt et fit retomber sa colère. Ecrire un texte en langue ancienne était quelque chose d’assez affligeant dans la banalité. De l’écrire sur un sujet d’imagination, c’était bien plus exaltant. Un défi littéraire comme les aime naturellement un étudiant de littérature, une manière insidieuse de tester le niveau de sa classe en gagnant leur estime, une manière bien plus insidieuse surtout de répondre à la critique négative qu’Eloan venait de lui faire ; d’y répondre fleuret à la main, texte pour texte. Sans que l’adolescent lui-même ne s’en rende compte, le professeur avait surtout colmaté la blessure qu’il avait faite dans son égo en le plaçant au centre de cette exercice… c’est ce qu’on pourrait appeler le fait de Narcisse.

Le masque d’Eloan était surtout en train de se ciseler ; si vite, et pourtant déjà l’on pouvait percevoir le comportement joueur du professeur. Et si ce jeu prenait la forme d’exercice littéraire, il y avait un vrai adversaire en face. Un étudiant qui s’était senti profondément insulté par les commentaires du jeune Galaad. Un adolescent trop puéril pour ne pas relever le défi, un littéraire trop joueur pour ne pas écrire ce texte, un orgueil trop fort pour ne pas rentrer dans l’arène. Sans plus que rien n’existe autour de lui, il baissa les yeux et se recentra sur le texte qu’il devait écrire. Exalté par la plume qui courait sur le papier avec agilité, il commença son récit.

"Danaïde I

Une neige fine tombe sans fin sur le parterre de marbre où je me trouve ; pourtant je n’ai pas froid et mes vêtements ne sont pas détrempés. Ca fait comme une sorte de pétillement velouté sur ma peau, grâce à cette neige blanche, si blanche. Il n’y a personne autour de moi mais malgré tout j’entends des bruits. Alors je me tourne, et je me retourne, je cherche, j’appelle mais je suis tout seul. Je ne peux même pas dire de quelles directions vient la voix. Il n’y a rien ici à part moi et mon infinie solitude, et cette neige naphtaline qui tombe sans discontinuer sur le marbre rose. La voix que j’entends forme comme un appelle que recouvre le glapissement langoureux d’une femme. La voix aime, la voix cri, la voix ressent ; et pourtant il n’y a rien ici à part moi et mon infini solitude. Je laisse courir mes doigts sur les murs afin de trouver une fissure et d’approcher les gémissements qui s’amplifient. La pierre est douce sous ma peau, peut-être est-ce l’effet de la neige qui les recouvre. On dirait de l’ivoire, non, de la nacre. D’infinis petit grains blancs mordorés tapissent mon touché et les cimes de mes doigts ressemblent à des billes qui parcourent sans fin cette douce paroi dans le déchainement exaltée de ma recherche. Mais il n’y a rien ici, à part moi et mon infinie solitude. Peu à peu je m’abandonne et délaisse cette recherche inutile pour m’aliter sur le marbre rose. La neige me recouvre peu à peu et j’ai maintenant l’impression de me noyer. Un feu ardent me hante mais me protège du froid ; les flocons nacrés se transforment aux contactes de ma peau en de fines perles d’eau qui courent le long de mon dos comme une rosée de sueur. Je m’aperçois que je suis nu. Les appels et les gémissements s’intensifient et le feu ardent qui m’habite redouble de force – aucun son ne sort pourtant de ma bouche exaltée. Un irrésistible envie de bouger s’est emparé de moi mais je suis désormais cloué au sol. Je me débats afin de me relever mais mes efforts ne sont payés que par un balancement pitoyable et sporadique. Je me convulse au sol. Mes mains glissent sur le marbre, s’agite. Je me sens sans défense contre l’ennemie, mais il n’y a pas d’ennemie, juste moi et mon infinie solitude. Le feu est désormais un immense brasier qui me brûle presque de l’intérieur. Je ne sens plus la neige, et je bouge désormais avec violence, sans régularité, tentant sporadiquement de me libérer de la chape de glace qui me cloue au sol. Tremblements. Frissons. Puis tout retombe en poussière, le chant du feu se mêlant à la glace cesse. Je reste gisant sur le marbre rose, vaincue, hors d’haleine, seul au milieu d’une neige visqueuse. Les bruits sont retombés et je n’entends plus que le son de mon propre souffle. Car il n’y a rien ici à part moi et mon infinie solitude. J’ai l’impression de tomber sans fin comme la neige tout à l’heure. Vais-je m’écraser sur les dalles de pierres et mourir ? Je veux me réveiller mais je n’y parviens pas. Il n’est pas toujours possible de s’échapper ; et je sais qu’au bout de cette chute m’attends une créature hideuse dont la bouche entrouverte se délectera de moi. Elle m’a vu me débattre contre la neige qui me clouait au sol dans mon rêve. Elle y a pris un plaisir pervers ; peut-être était-ce elle qui faisait tomber la neige pour m’étouffer ? Ses grands yeux me regardent, je les vois braquer sur moi, toujours, même dans le noir, même dans ma chute, et je sais que mon corps se déplaçant en inertie dans le vide ne présente pour elle aucun d’intérêt. Seul le désespoir de celui qui se débat, la folie de celui qui s’abandonne et le contact froid de la neige imprévue l’intéressent. Le reste n’est rien. Et c’est pour ça qu’elle ne me dévorera pas tout de suite. Je suis son jouet et sa distraction, mais un jouet de valeurs comme une belle figurine de bois que l’on donne à un enfant. Celui-ci pressent son importance et joue selon les règles, ses règles, mais fais attention à ne pas l’abimer. Un autre tableau m’attend, je suis en route. Pourtant j’ai encore l’espoir de me réveiller. J’essaie, j’essaie très fort. J’ouvre les yeux. Et je suis à nouveau dans une grande salle où la neige tombe sans fin. Il me reste à espérer que cette fois-ci, ce n’est pas un rêve.
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Lun 19 Aoû - 10:11
Le travail, peine des hommes qui les incombent dès leur plus tendre enfance, mais quelle n’était pas la joie malicieuse qu’Eloan s’était octroyé en en donnant à ses élèves dès les premières minutes de cours de l’année. Il était assis sur son bureau, en tailleur, et scrutait les visages parfois livides, parfois décontenancés, parfois littéralement perdus. Mais dans cette foule d’yeux désarçonnés, une seule paire s’était perdue dans l’imagination d’un cerveau malade de poësis, ce n’était plus le cerveau qui dictait aux mains d’écrire, cela se voyait, c’était le cœur qui livrait ses épanchements sombres à la plume elle-même. Eloan se délectait du semblant de passion qu’il avait fait naître en ce jeune homme dont il avait déjà entendu parler ; et à dire vrai, c’était une perle qu’il mettait déjà à l’épreuve pour voir ce qu’il pourrait en tirer, ce qu’il pouvait en faire et quelle fleur pouvait éclore et s’épanouir de son imagination juvénile.

Cela avait un côté assez malsain, il fallait l’avouer, prendre un jouet et s’en amuser n’aurait guère était différent ; néanmoins l’intérêt que porter le professeur Galaad pour la création liée de l’art et de la langue n’avait aucune limite. Tout était sujet à l’art, la vie avant tout ; chacun avait à puiser à la source qui épanchait son imagination : là, Eloan mettait à l’épreuve la passion d’André Caéli. Du moins sur ce qu’il pensait être sa passion ; en un coup d’œil d’une seule seconde, il n’avait pas été compliqué pour Eloan de comprendre qu’il en pinçait pour sa collègue ; à moins qu’il ne se trompa la veille, mais il n’en douta guère.

En alliant cette passion encore timide et l’affront intellectuel qu’il venait de faire à André, Eloan espérait attiser la flamme nourricière de ce torrent imaginatif. Il scrutait sa « création » de son bureau, bouillonnant d’impatience. Il resta un moment sans broncher, essayant de se contenir : cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas eu un élève si intéressant et prometteur ! Ses doigts en convulsaient de frémissements sourds… jusqu’à ce qu’il ne put se retenir : il se leva et commença à faire quelques pas devant son bureau avant de pénétrer dans les rangs en feignant de lire à la volée quelques copies par-dessus les épaules de quelques élèves, élèves qui blêmissaient d’autant plus à chaque pas clinquant des chaussures d’Eloan. On pouvait entendre parmi les rangs des soupirs désespérés, des crispations écœurées, des sanglots accablés, des démonstrations manifestes d’échecs devant l’épreuve, comme pour faire comprendre au professeur que le premier exercice de l’année était ardu et qu’il pouvait encore revenir sur sa décision et initier un cours des plus ordinaires mais ce dernier s’en désintéressait indubitablement de façon notable.

Pour faire un minimum son travail, Eloan posa ses mains sur les bords d’une table d’un garçon et regarda la copie un instant, au bout de quelques mots il fit une moue déconfite devant l’horreur qu’il venait de voir. L’élève en question ouvrit grand les yeux d’étonnement avant laisser sa tête tomber devant lui, comme si l’échec du monde avait été inscrit sur sa copie. S’il avait eu une pelle pour s’enterrer de honte sous sa chaise, il l’aurait utilisée. Il se releva, regarda de loin son apprenti avec des yeux de rapaces et s’abaissa de nouveau sur une copie comme un tigre qui s’installe dans un fourré pour observer sa proie. Coup de chance, il était tombé devant une jeune étudiante intimidée par son arrivée féline ; subséquemment et sans réfléchir, presque mécaniquement, Eloan lui offrit un sourire divinement ravageur qui la fit rougir, et quelques-unes de ses voisines la fixaient jalousement. Le mage entama alors le maigre texte avec un certain entrain (encore machinal, inconscient il faut croire). Tiens, celui-ci parlait d’une jeune fille qui avait un cours privé avec bel enseignant, blond aux yeux bleus…

- Charmant ! murmura Eloan, pris à son propre piège. La langue est très bien, continuez-ainsi… Félicie, ajouta-t-il après avoir retourné la première page du cahier pour en découvrir le prénom, souriant avant de repartir sous le soupir comblé de l’étudiante...

Son regard s’attacha alors de nouveau à sa proie, à l’instar de deux yeux brillants à travers une frondaison dense, il le voyait encore écrire et chaque mot que celui-ci écrivait provoquait un frisson d’excitation qui venait instantanément darder sa curiosité. Qu’allait donc résulter de son « expérience » ? Dans un coin de sa tête, il savait qu’il n’avait pas vraiment de doute à avoir, seulement des espérances ! Mais dans un autre coin de sa tête, il avait peur d’être déçu, sans doute, à avoir trop d’espoir on ne pouvait que descendre de haut…

Sans le remarquer, il réfléchissait en cheminant dans les rangées d’élèves larmoyants qui le fixaient avec des yeux éplorés de cocker tant son exercice semblait les supplicier. Mais à son sens, ce qu’il avait demandé relevait davantage de l’imagination que de la langue… A moins qu’ils ne soient approximativement tous des quilles en langue. Enfin… Cela lui promettait du travail pour l’année en cours, un jour indubitablement la langue ancienne n’intéressera plus les étudiants et celle-ci sera destinée à des vieux croutons croulants au fin fond de retraites perdues au fond des tiroirs d’un monastère d’Aquaria, et les cours de langue ancienne à Mihailov se perdrait au fin fond d’un néant progressiste et utilitaire… Misère, les choses anciennes ont besoin de sang neuf pour se perpétrer, sinon elles seront à jamais oubliées. Rien que le fait de penser cela donnait des migraines à Eloan ; lui qui n’était pas croyant aurait pu s’étonner : « Mon Dieu ! Bien que le langage progresse, -et cela est un bienfait-, pourquoi donc perdre des pans entiers de la culture passée, de sa tradition, son mode de vie, sa manière de penser –jamais si éloignée de la nôtre-. Pourquoi occulter tout un pan de la culture passée en pensant que c’est futile, arriéré et inutile à tout progrès –ah, quel mot qui fait réponse à tout aujourd’hui-. Pourquoi s’obstiner à penser que cela est élitiste, réservé aux êtres les plus intelligents alors qu’il s’agit avant tout de passion et de curiosité sur le monde. Pourquoi ne pas comprendre que regarder dans l’avenir, c’est aussi comprendre d’où l’on vient… »

Pour ce qui était de regarder, Eloan regardait pour l’instant le présent : il ne savait comment mener son « enquête ». Il vagabonda encore un moment entre quelques étudiants et étudiants, lisant rapidement quelques textes, voyant tout de même de bonnes dispositions chez certains, et quelques calamités voire hécatombes par-ci par-là. Quand il remarqua que Monsieur Caéli avait fini de rédiger son travail d’écriture, il ne se dirigea pas directement vers lui, comme le tigre affamé qu’il était, il laissa la tension monter aussi bien en lui que chez André. Il avait bien senti que sa première intervention l’avait piqué à vif dans son égo, et c’est bien ce qu’il avait voulu : attirer son attention, gagner son intérêt et susciter la création. A l’instant présent, cela avait l’air d’avoir porté ses fruits.

L’enseignant s’avança dans l’allée qui menait à André, minaudant parmi les copies, agrémentant les piques sarcastiques de conseils divers et variés, même d’absence de commentaires. Enfin il arriva face à André, l’air pour le moins sérieux, il apposa ses yeux sur lui un instant, comme pour lui demander la permission de voir sa copie, s’il le désirait. Cela fait, il ne se contenta pas de la lire, il s’assit même près d’André, comme un ami l’aurait fait, et il se plongea dans la lecture avec un intérêt palpable sous les yeux d’André.

Le texte était assez long, plus long que ceux de ses camarades, mais bon, la longueur et la taille ne signifiaient rien. Un excellent verre de Whisky de la cave de son bon ami Kyriel valait tous les litrons de vinasses non identifiées de trous pommés d’Ignis ou de Terra réunis, -bien qu’il y ait de bienfaisants produits aussi en ces endroits-. Eloan semblait perplexe à la lecture, ce n’était pas ce à quoi il s’attendait, mais il continua tout de même, l’arcade sourcilière  hésitante. Avec un autre élève, il aurait sûrement arrêté la lecture, et cela se voyait sur son visage. Pourtant il continua. Un sourire s’esquissa sur ses lèvres à l’évocation de la bête hideuse… Pauvre André, si certaines étudiantes de cette classe avaient lu ce passage, il se serait érigé en tant que nouveau supplicié de la classe de lettres anciennes. Eloan aurait pu aussi le prendre mal, et il le prit assez mal au début, mais il s’en divertit rapidement, sous un sourire et un ricanement sourd, les yeux brillants d’amusement. Ainsi il était si perverti que cela, si affamé…

Quand il eut fini sa lecture, il conserva ses yeux rivés sur l’extrait, comme méditatif, et un tantinet déçu. Certes la langue était excellente, avec quelques maladresses de temps en temps, mais peu notable, mais à travers cet exercice, il s’était attendu à découvrir l’envie et la passion de son élève à travers la poésie. A la place, il avait droit à de l’ « infinie solitude », du « sans fin » assez intellectualité et pour trop métaphorique à la pelle ; non pas qu’il s’agisse d’une esthétique inintéressante mais cela n’avait rien d’un rêve phantasmatique et ne correspondait pas au sujet intégralement personnalisé pour André et surtout pas à ce qu’Eloan attendait. Eh zut, pourquoi crier sa solitude avec tant de hargne quand Eloan l’aide à s’approcher de son aimée pour ensuite le diaboliser dans ses écrits, c’en fut presque révoltant tant les bienfaisantes actions humanistes d’Eloan étaient toujours occultées. Il aurait bien crié au « hors sujet » devant toute la classe, mais il ne le fit pas, ce n’était qu’un exercice après tout et piquer à vif de nouveau l’esprit d’André, était-ce raisonnable alors qu’il ne cherchait qu’à nouer une entente cordiale entre eux deux…

Il quitta la feuille des yeux et regarda André avec un œil malicieux et simultanément désappointé, son avis sur ce qu’André avait écrit demeurait néanmoins indéchiffrable. Il s’en doutait, il laissait André dans la frustration, mais il était en train d’attiser sa curiosité. Il se leva de sa chaise en quittant son élève des yeux et retourna au tableau, expliquant que la séance d’écriture était terminée et que ceux qui souhaitaient un avis plus précis sur la langue qu’ils avaient employée et sur le fond plus littéraire qu’ils avaient utilisé pourraient lui donner leurs feuilles avec leur nom, prénoms, et classe à la fin du cours, et qu’il la leur rendrait avec des annotations plus tard.

Le cours se poursuivit, Eloan, pour ce premier court, fit un topo sur ses exigences avec humour et élégance et bientôt la fin de l’heure retentit. Beaucoup sortirent rapidement de la classe, certains firent la queue pour rendre leurs copies, dont Félicie et une petite troupe de groupies féminines qui restèrent un moment avant de quitter les lieux…




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Sam 19 Oct - 2:58
Il existe sur cette terre deux types d’hommes. Ceux qui plaisent aux femmes et qui se comportent en leur présence avec naturel et assurance. Et ceux qui ne comprennent absolument rien à ses êtres étranges d’un sexe différent, qu’ils ont tendance à sacraliser au point d’en perdre tout objectivité ou réflexion à leurs sujets. Leur pensée devient flou, leurs corps horriblement lourds et maladroits et leurs gestes se mettent à respirer la névrose et la peur. Il y a pour ses suppliciés de l’amour que hante sans trève l’épatance présence du beau sexe une heureuse chance : les femmes savent en général vous mettre à l’aise après quelques minutes en leurs présences et le plus timide des technomages peut devenir assez vite un jeune homme assez fréquentable… jusqu’à ce qu’on parle d’amour, de romantisme et de baisé. Et la belle assurance difficilement forgée par des formules maladroites et pédantes fond comme du beurre sur la poelle et le monstre cupide de la peur et de la timidité ressurgit dans ses trippes qui se nouent et le glace.

Ses deux races d’hommes sont un mystère l’un pour l’autre. Les confiants ne comprennent ni la peur ni la sacralisation de la femme, cette sorte de schizophrénie névrosée qui s’empare des timides pour les poignarder sans cesse. Le second genre ne comprends pas comment ces gens si plein de forces et de certitudes peuvent ne pas rendre aux femmes l’hommage nécessairement pale et fragile qui est du à une déesse. La vénération et la connaissance sont deux facettes d’une même obsession qui vous laisse transis ou brûlant mais jamais ne se détache du désir de ses deux hommes qu’étaient Eloan et André. Il y avait entre les deux une incompréhension évidente qui ne pouvait que perdurait. Ainsi lorsqu’un groupe de jeunes filles se précipita autour du bureau où Eloan trônait comme un roi trop humain, André leur lanca un regard dégouter et se détourna pour quitter la classe la tête basse.

Il regnait dans son cœur une tempête ambigüe et violente dans l’oeuil de laquelle se trouvait le professeur. D’un côté, il existait une fierté du timide qui l’empêchait de réaliser complètement la détresse de sa propre situation et lui fait regardé l’homme qui sait plaire avec une sorte de méprise. Le principe même de séduction se muait en une sorte d’insulte faite à la beauté de la femme et au concept de l’amour. On ne séduit pas une déesse, on ne force pas le sentiment. Celui-ci doit se faire de lui-même, comme l’eau s’écoule de la montagne par le lit du torrent et finit sa course en un long fleuve tranquille dans les eaux salés de l’océan. L’amour c’est le vent qui soulève de blonds cheveux légers et il apparait ridicule de souffler pour essayer d’en attiser la force. Il ne doit être ni provoqué, ni forcé, il doit juste être sans justification ni artifice. Il y avait pour André une corruption même dans le concept de séduction. Se projeter sur la psychologie de la personne que l’on aime et la manière de lui plaire était la première des infidélités à la personne. Il fallait pour cela accepter l’idée de changer pour devenir la personne qui plaira le plus à son aimée, accepter que l’amour ne soit pas de lui-même, admettre que l’amour n’est pas l’amour et que la perfection du sentiment dans ce bas monde n’existe pas. Ceux qui connaissent l’amour grâce à leurs naturels et leurs talents de séduction courent après lui comme des forcenés sans jamais pouvoir l’attraper, saisissant au vol d’éphémères fragments de pelage qu’ils enterrent précieusement au fond de leurs histoires personnelles afin de s’en souvenir au pérron de la tombe. Les autres, les timides, les André, ont au moins compris que courir est inutile. Ceux la connaissent l’amour car cet animal sauvage vient vous trouver de lui-même quand vous ne cherchez pas à l’attraper. Ils le vivent, ils en ont l’expression la plus pure et la plus forte mais ne le captureront jamais car aussitôt qu’ils veulent refermer leurs doigts gourds sur le pelage de la bête, celle-ci s’enfuit et ils n’emportent jamais avec eux que des rêves qu’ils ne peuvent enterrer. Alors ils s’en nourrissent et recommencent éternellement cette longue attente de l’amour que jamais ils n’attraperont.

Mais cela même toujours tente de défier l’amour et de l’attraper au lieu de le contempler. Cela regarde les chasseurs comme des bêtes avides sans comprendre le bonheur simple que leurs procurent leurs propres rêves. Ils ne se rendent pas compte de leurs bonheurs. Ils veulent l’amour autant que les autres et commes les hommes confiants courent, ils pensent que l’on peut attraper l’amour et veulent eux-aussi se jeter dans la chasse. André regardait Eloan avec mépris et jalousie, avec dégout et désir, et se retrouvait plonger dans l’éternel course de l’attraction-répulsion qui toujours a dicté le cœur des hommes.

Il sortit de la classe le plus discrètement possible et se dirigea vers le parc de Mihailov. Sa journée était finie et malgré la montagne de devoir qui l’attendait,il flana dans le parc quelques longs instants. Il aimait à se balader solitaire dans ce parc, en explorer les recoins comme une énigme et profiter de la solitude pour s’abandonner à lui-même sans subir la promiscuité du regard d’autrui. Il faisait encore un temps superbe ce jour la sur Mihailov et ses pas le menèrent au bord d’un petit lac sauvage loin du tumulte des étudiants assis dans l’herbe à travailler ou discuter sous le soleil d’automne. C’est alors que la tempête qui faisait rage dans son cœur depuis la sortit de la classe se glaca soudainement. Au détour d’un arbre il aperçu un groupe de filles aux milieux d’une petite clairière qui bordait la rive du lac. Au centre se tenait Minami, et les autres l’écoutaient comme on écoute une prétresse antique détentrice de la vérité absolue. Les jambes du techomage mollièrent, son intestinc se noua et il regarda autour de lui à la recherche d’une cachette vers laquelle il se précipita. Il resta la quelques secondes adossé contre un arbre, son esprit gambergant à toute vitesse. Si Minami le voyait ici, elle penserait surement qu’il était venu l’espionner, l’avait suivie. Que pouvait elle s’imaginer d’autres ? En même temps, dissimuler sa présence pour ne pas être vu d’un groupe de fille ne lui rendrait une image que plus détestable si par malheur il était découvert. L’expectative était forte et l’étudiant se demandait quoi faire. Il prit finalement son courage à deux mains et se leva, dans l’intention de faire demi-tour pour fuir le plus loin de ce lac maudit ou se pavanait son désir et ses rêves.

« André ! »

La voie de la jeune fille était aussi cristaline qu’un torrent alpin sur un lit de marbre. Elle l’arrêta aussi surement qu’une cascade interrompt la course du petit cours d’eau en longueur pour l’étendre dans toute sa haute majestée. Il se retourna le rouge au joue vers le groupe de jeune fille, toute d’origine ventusienne sauf Minami. Elle n’en paraissait que plus belle et plus exotique, plus fragile aussi. Mais cela faisait à l’évidence partit du charme qu’elle exercait sur le jeune homme. Il s’approcha du groupe en marchant, sentant la terre se balancer sur son axe à chacun de ses pas. Il gratifia toute les filles d’un sourir des plus charmants, du moins l’esperait il, mais aussi des plus naturels… enfin le croyait il.

« On travaillait sur l’apport de la langue ancienne dans la littérature ventusienne. Peut être tu pourrais nous aider ? Tu dois aussi connaitre Félicie ? Elle est avec toi en langue ancienne non ? »

La jeune Félicie avait donc réussi à s’arracher de l’attraction d’Eloan pour arriver jusqu’ici. Quel hasard. Minami se décala afin de lui faire une petite place et il s’assit à coté d’elle avec douceur. Il s’attaqua avec désespoir au travail de littérature susmentionné, ayant trop peur d’affronter à la fois un groupe de plus de cinq filles, dont une peuplait son imaginaire déjà suffisament. L’image d’un poisson hors de l’eau était celle qui lui venait le plus facilement pour décrire cette situation ridicule. Le cahier de littérature était une sorte d’aquarium dans lequel il pouvait plonger pour se sentir à nouveau à son aise. Repousser tout les autres en-dehors de sa propre zone de confiance et cela afin de respirer à nouveau. Il griffona quelques mots sur un papier, écoutant attentivement les expliquations de Félicie, qui si elles n’étaient pas idiotes, étaient loin d’être exhaustives. Il pouvait la corriger mais alors il serait taxé de pédant par Minami. Mais comment pouvait il laisser celle qu’il aime ne pas avoir la meilleur note possible dans ce devoir si compliqué ? Comment ne pouvait’il pas tout faire pour l’aider, ne pas lui donner le meilleur de lui-même à la limite du sacrifice. Par moment il relevait ses yeux pour l’admirait, et les deux jeunes gens se mirerent plus d’une fois dans les prunelles l’un de l’autre. Le temps passa et le jeune homme parvint à développer via un comportement des plus assertifs une solide explication pour le groupe sans pour autant rabaisser les commentaires de la Félicie susnommée.

Doucement pourtant de lourds nuages vinrent s’amasser dans le ciel. Ce n’était pas n’importe quel nimbus. C’était un cumulus terrible et ravageur, de ceux qui éclatent dans le ciel d’automne et détrempe de longues heures durants les corps impolis qui ont refusés de se protéger de sa colère  naturelle. Un seigneur des orages qui ne souffraient aucune contestation et qui bientôt pendit sur la tête du groupe absorbait dans cette question tout à fait existentielle quand à l’influence de la langue ancienne dans la littérature : « vous savez que la chanteuse Isabeau Visconti chantera ce soir à Mihailov  ? » Oui c’était l’instant de la réflexion, intense et difficile. La première goutte de pluie éclata lorsque, les têtes épuisaient par le travail, André et Minami était lancé dans une conversation des plus charmantes, c’est-à-dire des plus triviale. André parlait peu, mais avait l’impression de dire, pour une fois, des choses intéressantes. La jeune fille parlait de l’Azair et s’émerveillait des connaissances de son jeune compagnon quand à sa région natale, en ressentant en elle-même une légitime fierté ainsi que beaucoup de respect et de mélancolie. Elle nourrissait l’imagination romanesque du technomage de détails savoureux sur la culture orientale, l’emmenant avec elle au-delà des contrées terranes et ignisienens vers d’onirique maison de thé où des jeunes filles en kimono servaient un saké chaud en souriant tout en laissant admirer en guise de réconpense à leurs amants la beauté d’un kimono ou la chaire opaline de leurs poignets.

« Oh il pleut !  Il faut que l’on s’abrite ». Comme quoi même une mihailovienne en langue ancienne pouvait sortir de son chapeau une phrase d’une banalité des plus cruelles. Le groupe se leva et se dirigea vers le bâtiment principale. Bientôt la colère du ciel éclata dans toute sa splendeure. Ce n’était plus de fines goutes annociatrices mais bien la tempête qui s’abbaitait sur le groupe. Le tonnerre grondait avec force, de lourdes hallebardes glacées tombaient sans distinction sur les vêtements et les peaux tout les deux mis à nue. On se mit à courir. André resta au niveau de Minami mais bientôt le reste du groupe disparut derrière un épais rideau grisatre que formait cette pluie incessante. On était seul au monde abandonnait à la force des éléments.

« Par la » dit le jeune homme à sa belle et le duo s’enfonça dans la forêt sous les voutes vertes d’où dégoulinait malgré tout de longues perles de pluie. Le crépuscule avait désormais disparu derrière les nuages et les longues branches des arbres, plongeant l’élément silvestre dans une profonde obscurité. L’orage faisait entendre son bruit assourdissant et les créatures de la nature s’était tue pour écouter avec respect cette puissante percussion. Minami haletait et l’on pouvait lire dans ses yeux un instant une peur presque panique. C’était de ses peurs incompréhensibles que ressent tout Homme lorsqu’il réalise la petitesse de son être soumis à la grandeur de la Nature. André la prit par la main pour l’aider, repoussant par amour et bravade sa propre peur de l’orage. Enfin après une course heurtée contre les racines et le sol boueux s’offrit à eux la solution du purgatoire. Une cabane en bois offrant un abris sec et loin du vent et de l’humidité, mais aussi de tout confort, apparut au détour du sentier. Sans mot dire, André entraina la jeune fille vers cette la petite habitation et les deux rentrèrent en trombe dedans. La jeune fille trembait de froid et était à court de souffle. Le jeune homme haletait lui aussi et eut besoin de quelques secondes pour retrouver toutes ses capacités.

Alors il regarda la jeune fille. Ses cheveux mouillés tombait en de long goémons sur sa peau de nacre. Des perles d’eaux luisaient à la lueur des éclairs sur son corps et ruisselait jusqu’au centre de sa légère gorge qu’on pouvait légèrement entrevoir. Le désir montait comme une bête sauvage tout le long de son corps mais il le repoussa avec violence, apeuré. Ce n’était pas l’instant d’aimer d’une passion hédoniste et charnelle. C’était l’instant du romantisme dans toute sa splendeur, du sentiment exarcerbée par la beauté de la nature. Un coup de tonnère aussi assourdissant qu’un canon les fit sursauter. Un rire nerveux d’André lui répondit, presque gêné d’avoir eut peur. Les deux jeunes gens se regardèrent et alors Minami alla se blottir dans les bras du jeune homme. Il referma ses mains dans le bas de son dos et posa sa tête contre ses cheveux. Le désir était désormais ardent mais le bonheur de serrer dans ses bras l’objet de son amour était plus fort encore. Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, regardant l’orage qui continuait de déverser son incomensurable force. Les éclairs illuminaiet le ciel en d’inombrables arcs lumineux et mortels qui frappaient aux hasards les malheureux êtres mortels de la terre. Les trompettes de l’apocalypse se faisaient entendre en un cruel concert. Le monde entier tournoyait autour de lui et seul ce corps de cristal qu’il tenait dans ses bras avaient la moindre valeur. Le temps s’était d’une certaine manière, arrêté, et la tempête et eux étaient désormais les seuls entités vivantes dans ce monde.

Il ne voulait pas se projeter. Il ne voulait plus se projeter. Pour l’instant il la tenait dans ses bras et il était heureux de la sentir contre lui. Il se savait amoureux et cela lui suffisait. La réciprocité même des sentiments de la jeune fille ne l’éffleurait plus. Plus tard, il faudrait rompre cette etreinte. Plus tard il faudrait assumer son amour, et l’embrasser, surement. Quitter l’instant fragile où seul l’amour est sans préoccupation, ni de relation ni d’autres choses, pour sombrer dans la séduction, le couple, peut être, la relation un peu particulière, surement. André se disait au plus profond de lui même que c’était cela qui lui faisait peur. Que tout allait bien et qu’il saurait l’embrasser, mais au fond de lui-même la vérité résonnait clairement.

Ils restèrent longtemps à se tenir l’un à l’autre comme des amants maudits face à un funèbre destin. Enfin vient le moment de la rédemption et un chant de merle se fit entendre sous la voute des arbres. Un léger rayon de soleil vint effleurer le vert duvet d’une feuille et la jeune fille se retira légèrement, regardant le jeune homme de ses deux perles noires. Les jambes de celui-ci se dérobèrent et il esquissa un air gêné, sentant ses tripes le tiraient en arrière. Il avait envie de fuir, de courir très loin, de ne jamais revenir. Il voulait l’embrassait. Il voulait disparaitre. C’était à la fois compulsif et schizophrénique. Mais il sentait au fond de lui l’instant passer, le moment fuir. Il la fixa longuement, voulant prolonger la magie de l’instant dans un espace temps infini. Il ne faisait que prolonger la longeur de sa faiblesse et son incapacité à l’embrasser, cette peur viscérale qui se saisisait de lui et lui brulait le ventre jusqu’à l’empêcher d’agir.

« Je vais te raccompagner jusqu’à ton dortoir » et se maudissant lui-même il rompit leur étreinte et se dirigea vers la sortie.



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Tempore Retrorso: Finis aestatis classis somnium [Eloan, Caéli]
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