Amae Luminen



 

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Amae Luminen

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Messages : 17
Age : 19
Points Histoire : 0
Dim 3 Fév - 21:06
IdentitéNom: Luminen
Prénom(s): Amae
Titre: Amae l'Impassible, ou la Soeur des eaux.
Âge: 19 ans
Genre: Femme
Nature: Humaine
Affinité: Eau
Pays: Appatride désormais, bien que le foyer de ses parents demeurent à Ventus.
Métier: Emissaire de l'eau.
Langues: De par son éducation, Amae ne connait que quelques bribes de langue ancienne.

* Thème:In a Landscape by John Cage on Grooveshark


Caractère
Tendres mais implacables comme de chastes vierges sont les vastes océans. Une fauve blancheur qui vient du fond terres y bouillonnent les soirs de tempête; et pas un jour ne passe sans que l'onde profonde ne gémisse ses longues plaintes sur le rivage.
Ayant avalé Amae en son sein, puis rendu à la lumière dans une suprême renaissance, la mer a coloré jusqu'au fond de l'âme son singulier caractère. Ainsi aime-t-elle l'iode que souffle le vent dans les narines, l'iode que rien n'arrête et qui vous plonge dans l'écume et les vagues avant même que vous y soyez immerger, l'iode qui fait la mer plus qu'elle-même. Amae aime les grands paysages, les dunes infinis où l'on se perd en rêvant, et ses pieds nus dans le sable. Elle aime songer sous le ciel rayonnant et frais quand le vent fouette ses pommettes et lui font frissonner la poitrine. Les profondeurs marines lui sont familières. Le ciel lui-même lui est indifférent lorsqu'elle nomme les océans et leurs parlent doucement des étoiles et des vents.
L'eau qui l'a transformé a rendu son caractère inflexible et méditatif. Autrefois douce et sensible , parfois jusque la niaiserie, Amae est désormais impassible. Rien ne l'atteint vraiment tout à fait. Les choses viennent à elles, puis repartent, mais ne s'imposent jamais. Et c'est bien là la grandeur de son humanité: Un coeur qui comprend et qui aime, mais que rien n'engloutit.
Qu'on ne dise pas, cependant, qu'elle est insensible et vaniteuse; Ce n'est pas d'inhumanité qu'il s'agit lorsque l'homme peut supporter la souffrance sans rompre, mais précisément de grandeur d'âme; Alors peut-on parler de générosité et de désintéressement. Alors commence la véritable compassion qui va jusque l'inhumain abandon.
C'est ce trait de caractère qui donne à Amae sa vigueur presque fantastique; Et c'est ce même trait qui force tour à tour l'admiration des uns, et la haine des autres. Car qu'on ne saurait être aimé de tous pour ses vertus lorsqu'elles n'ont rien de comparable au reste des hommes, bien que ce soit au nombre de ses vertus là qu'il nous appartient d'être jugé.
A cette volonté inflexible et généreuse, à cet amour sans faille mais dur de la dureté du juste, s'ajoute une pudeur tranquille qui ne s'affiche en rien et qui procure à la jeune femme l'agréable couverture d'un très simple mystère: Celui qui sait exister seul n'a nul besoin d'exhiber à la face du monde les tares ou les gloires de son esprit. Ainsi pense Amae, et ainsi s'emploie-t-elle a demeurer discrète, mais juste, et sans s'effacer jusqu'à l'abandon de soi-même.
Toutefois, la pudeur n'exclut pas les mots d'esprits et les belles saillies, mais les encourage au contraire car ils sont la preuve d'une âme élevée dans la joie qui font les gens de coeur. Amae ne se prive jamais de quelques mots piquants et de facéties fantastiques. Elle aime à provoquer le rouge aux joues des jeunes filles, et se plait à intriguer les garçons de son âge lorsque ceux-ci sont d'humeur poétique et charnelle. Espiègle, le jeu fait partie de son léger caractère; et qu'y a-t-il de plus léger qu'une femme qui joue avec un homme le jeu de l'amour?
Au demeurant, Amae aime les belles choses autant que les beaux esprits. Elle s'émeut de tout ce qui charme son esprit. Elle flatte les hommes lorsqu'elle les trouve mâle et superbe; s'énamoure des vêtements somptueux et plein de délices; aime à rendre grâce à la nature, et jouer avec elle dans ses extases et dans ses délires. Elle aime aussi sentir vibrer l'énergie calme et douce en elle lorsque le soleil se couche, en se répétant que les étoiles sont les yeux du ciels et que ceux des hommes devraient illuminer la terre comme elles, qui flottent là-haut sans orgueil.


Morale
Le bien? Le mal? Deux conceptions qui n'ont aucun sens pour Amae. L'être n'est que pour être, par définition. Ainsi est-il absurde de croire que le monde tourne selon un ordre établi et à jamais immuable. Tout n'est que mouvement, au contraire; tout n'est que tendance et le seul but auquel Amae accepte de faire allégeance est celui de protéger la Nature généreuse et ceux qui vivent en son sein dans la paix.
La mort n'est pour elle qu'une fatalité dont il faut rire par respect envers les disparus; et la vie une longue et lourde tâche qui fait sourire.
Les cultes anciens sont ansi peu de choses pour Amae, qui les regarde d'un oeil amusé. Quant à Ehol, elle le regarde avec bienveillance mais le traite davantage en enfant qu'en Sage.Quelle sagesse, en effet, y'a-t-il à croire obstinément à l'invariable bonté du monde? Un jour qui n'est ni proche, ni loin, mais bien au contraire déjà présent, le monde ne sera plus rien, et seul le néant régnera sur ceux qui ont rêvé à l'impossible. La lourde tâche des sages est plus de respirer de vivre parmi et pour les hommes, que de croire à l'élaboration d'une loi suprême ou d'un monde idéal.


Physique
Belle comme l'étoile des quatres vents. Comme la vague qui paresse sur la berge. Comme l'horizon courbe et noire. Comme la femme, et comme la mer. Comme l'homme dans sa vertu.
Amae. Ô Amae.
Les grands cycles marins vivent dans son regard. Des larmes y font des rondes de lumière. Le jour est une étoile qui nait et qui meurt dans son oeil plein d'azur. Et ça, Mon Dieu qu'il est beau de la voir rêver!
De la voir trembler en expirant d'amour!
De voir le ciel mourir en elle!
Amae. La bouche ouverte à moitié, elle rêve en marchant. Elle a des larmes dans les yeux. Ses cils sont éclaboussés de langueur. Oh, Dieu! Comment ne pas sourire avec elle! Comment ne pas rire de son rire! Comment n'être pas elle sans la voir!
Elle a de fines et longues jambes qui sont aussi blanches que tout son corps. Elle a des bras plus fins que la lumière elle-même, et plus beau que le plus beau des souples saules.
Amae.
Elle n'est pas plus belle qu'une autre. Un peu trop grande peut-être. La taille trop fine; les hanches frêles, le teint étrange. Singulière beauté dont on ne rêve pas.
Amae. Ô Amae.
Comment ne pas aimer l'innocente faite femme?
La pureté faite femme ne serait pas plus ressemblante.
Les océans n'ont pas dans leur aspect plus de vacarmes qu'elle.
Mais son vacarme à elle, est un divin tapage.
Car le tapage est plus beau que l'antique musique .
Amae. La beauté souple, le corps gracieux, la démarche lente, le front rêveur.
Amae. Le chapeau, comme une ombre sur les cheveux. Le châle autour des épaules, mollement attaché.
Les beaux vêtements qui sont si seyant à la femme. Les colliers, les bracelets les bijoux délicats. Oh! Les yeux impassibles mais si charmants! Les robes qui flottent dans l'air! Les yeux qui font voyager! Et les cheveux, les interminables cheveux blancs qui vont et viennent au grés de l'ample mouvement...
Amae.
Amae.
Amae.


Compétences générales

Les compétences générales d'Amae ne sont pas exceptionnelles. Car la jeune femme est avant tout humaine en tout point: elle a connu l'affliction, le désespoir et la joie. La vie lui est passé sur le corps et lui a broyé le coeur et l'âme. Ainsi elle ne possède pas de talent particulier, à l'exception de ces quelques uns:

Amae a la capacité intrinsèque et bien pratique, de séduire à coups de clin d'oeil et de déhanché élégant afin de parvenir à ses fins d'émissaire de l'eau.
Elle possède également l'incroyable talent de servir à table les plus grands seigneurs du royaumes grâce aux compétences qu'elle acquit durant son emploi de serveuse à l'auberge de Bram. D'autres parts, Amae peut tirer à l'arc, manier une dague, faire du cassoulet, et porter des vêtements de femme, se faire reluquer, et pour autant apprécier la situation car la magie la protège de façon à peur près sûre.
On peut, en outre, ajouter la capacité diplomatie à son panel déjà bien fourni. En effet, la jeune femme, de par sa douceur et son savoir de l'âme humaine connait les mécanismes qui apaisent et qui aboutissent à l'accord des esprits.



En outre, Amae est aussi l'émissaire d'une grande marque de chapeau dans tout le continent, à l'exception d'Ignis qui est bien trop machiste. comme quoi, les filles fashions sont aussi des filles biens!



Équipement, objets divers : L'équipement: armes, armures, protections diverses.
Aux poignets, Amae porte des bracelets d'ambres qui tintent avec un bruit mat lorsqu'elle avance. Ils sont le symbole de son attachement à la terre, malgré son amour pour les ondes rapides et blanches. Son cou est orné d'un léger collier en argent auquel se balance un pendentif en turquoise qui semblent être une larme de ciel vivant palpitant sur son sein. Ses oreilles sont ornés d’améthyste et de jade; Un chapeau à large bord couronne toujours son ample et longue chevelure blanche. Nul besoin d'armes ou d'armures. La magie suffit à sa protection.


Impératrice des Eaux - Rang ??

Amae est l''émissaire de l'eau choisi par Ehol. Elle maitrise absolument et parfaitement l'eau, peut l'extraire des molécules présente dans l'air, et en rassembler d'énormes masses avec lesquelles elle peut se protéger, attaquer, emprisonner, contrôler. Amae peut lui donner la forme qu'elle veut, et même la glacer, pour en faire des remparts, ou des armes aux tranchant acérés, ou la rendre gazeuze, et projeter partout autour d'elle de la brume épaisse. En somme, elle a la parfaite maitrise de toutes les molécules présentes dans l'air, dans l'océan ou les fleuves, dans toutes les sources à sa disposition. la pouvoir d'Amae sur cet élément est absolu.
Amae possède également le pouvoir absolu de soigner qui elle le désire. Cependant, elle est incapable de se guérir elle-même.



Influence :
Amae est l'émissaire de l'eau choisi par Ehol afin de préserver la paix dans le monde. Elle a donc un rôle politique immense, bien que celui ne soit pas nécessairement reconnu pour autant.


Relations

Amae est l'émissaire de l'eau, et vous emmerde xD

Sanzar : Sanzar est le père d'Amae, et le mari de Jaya. C'est un père tendre et attentionné, quoi qu’élevé dans l'honneur et dans le respect des traditions. Il est d'un tempérament passionné, généreux et aimant, et de par sa naissance, il appartient au peuple Terran.

Jaya : Jaya, quant à elle, est la mère d'Amae, et la femme de Sanzar. Elle est une très belle femme au caractère imprévisible. Fille de paysans, elle est devenue la femme d'un guerrier honorable et puissant et avec qui elle eut cinq enfants.

Eryn Et Millya : Ce sont les deux grandes soeurs jumelles d'Amae. L'une et l'autre ne se ressemblent pourtant pas. L'une est d'une grande timidité, mais d'une extrême générosité, tandis que l'autre, plus extravertie, est une créature du soleil qui aime l'aventure et le danger.

Ceolan : C'est le frère aîné d'Amae. C'est un grand jeune homme blond, au caractère franc et affirmé. Il manie l'ironie comme personne et a toujours sur le visage un sourire narquois et moqueur, bien qu'il soit profondément tendre et aimant avec ses proches.

Bram : Bram est l'aubergiste qui accepta d'engager Amae dans son établissement en tant que serveuse. C'est un vieil homme dur, élevé dans le respect des lois, et dans l'honneur, et qui est parfois un peu effrayant.

Maellan : Poète parmi les poètes, c'est un jeune homme aux rêves infinis et aux yeux d'un bleu pâle inquiétant. Il fut le premier amant d'Amae, et le dernier. Sans être d'une mauvaise nature, il est dévoré par son art et est particulièrement instable.

Ehol: Ehol est celui qui a investi Amae des immenses pouvoirs qui sont les siens. Bien qu'ils ne se connaissent pas intimement l'un et l'autre, Amae éprouve un profond respect pour lui, bien qu'elle le traitât volontier de doux rêveur, et d'utopiste.

Daedra: C'est le frère cadet d'Amae. Très effacé, c'est un jeune homme passionné par la lecture et la peinture. Peu présent dans l'histoire qu'il nous intéressé, c'est pourtant un des éléments essentiels de la famille d'Amae, dont il est le confident, et certainement le plus sage.


Autre
Comment avez-vous connu le forum ?:
Par quelques membres, l'admin en particulier. On m'a forcé à venir. Je suis furieux, absolument furieux! Je porterai plainte au procureur général lorsque je le pourrai. Vraiment, je suis furieux! Vous entendrez parler de moi!(Enjoy! Very Happy /PAF)

Des choses à améliorer ?:
J'ai rien remarqué de particulier. Pour une fois, j'ai eu envie de lire les règles, le contexte et l'histoire, et c'est déjà un miracle alors n'en demandons pas plus xD

Crédits:
Ah, oui, alors: John Cage, sur Youtube. et http://e-shuushuu.net/ Very Happy
Sophie - Tales of Graces
Images dessinés empruntées à Sawasawa de Zerochan : http://www.zerochan.net/Sawasawa
Kim Hyuna

Un dernier mot ?:
Euh... Il faut faire une déclaration d'amour ou de propagande, c'est ça? :p

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Dim 3 Fév - 21:23
Histoire



Je me rappelle l'aube de mon existence avec netteté et certitude. C'était une journée d'automne, triste et pluvieuse, qui n'en finissait pas de mourir, et qui projetait à terre des ombres fantastiques. La pluie tapissait l'air d'un linceul; l'humidité pénétrait les os et la chair et gelait jusqu'aux âmes. Je n'avait été jusqu'alors qu'un esprit sans port, qu'une voix sans parole, qu'une femme sans conscience. Et, alors que rien ne prédisait qu'il fallût que ce soit ce jour là, il y eut comme une étincelle en moi, comme un bruit d'eau et de ciel, comme un vertige essentiel et doux, et j'étais là, j'étais au monde: plus encore, je pensais, je me pensais, et j'étais maitre de moi-même. Alors commença pour moi la longue et tragique expérience humaine.

Je me mis à comprendre intuitivement la portée de mes gestes, la mécanique de mon corps et de mon esprit. Je compris ce qu'était la volonté, la justice, et l'amour et, peu à peu, le monde m'apparut dans toute son incroyable et merveilleuse bonté. De l'obscurité, je passais peu à peu à l'éclatante et sublime lumière de la connaissance et de l'existence pleine et entière: C'était comme si, sortie du néant, je me gonflais de l'énergie fantastique de la Vie, et qu'elle m'emplissait toute entière, gonflait mes poumons, colorait mes joues, fourmillait dans mes organes, et débordait de moi pour communier avec la terre toute entière. Comme si le cosmos tout entier, vibrant de mon énergie, et de celle de toutes les choses et de tous les êtres existants s'élevaient vers un but inconnus mais sublime auxquels nous devions tous, sans exceptions, donner notre approbation et notre concours.

Puis, j'accédai enfin au suprême des pouvoirs, la parole, le Verbe trompeur.



Et d'aussi loin que je me souvienne, la parole eut toujours sur moi une fascination extrême. Non parce qu'elle permet de jouer avec les concepts et de tromper ou de mentir -bien qu'il fut un temps où le mensonge me devint familier-, mais parce que j'aimais jouer avec ses sonorités et à les entendre carillonner dans mon esprit. En fait, j'aimais les histoires, les contes, et tout ce qui rapporte à la beauté de la langue, et à la profusion d'univers qu'elle permet d'ouvrir et de conter sans jamais en épuiser la moitié.

A quoi dois-je ce puissant amour, je ne le sais. Peut-être les récits de ma mère, ou les aventures de mon père ont-ils à voir avec cela; peut-être est-ce un effet des hasards, ou l'effet d'une cause inconnu et nécessaire; ou peut-être étais-je né poète par la volonté des muses et des dieux, et que mon caractère se délectait déjà des mots qu'on lui donnait.
Ce que je sais, c'est que depuis ma plus tendre enfance, j'aime contempler la Nature en m'abreuvant de mots et d'histoire fantastiques et que cette irrésistible attirance me conduisit
aux pires excès et au meilleur des repentirs.

Tout cela commença les soirs de ma plus tendre enfance. Mon père nous réunissait, mes frères et moi, autour de mon lit taillé dans un bois sombre, et dont la tête formait des volutes harmonieuses contre le mur de pierre. Il fermait les rideaux de la chambre, y laissant toutefois filtrer un rayon de lumière du soir tombant, ou, l'hiver, ravivait le feu mourant dans l'âtre, puis s'asseyait au milieu de nous. Pensif, il laissait son regard s’appesantir ça et là dans la pièce, comme cherchant une inspiration drôle et originale dans la triste et obscure réalité, puis, entonnait d'une voix grave des contes anciens ou des histoires joyeuses.
Il nous racontait l'histoire du monde, et des guerres qui l'avait traversaient, ainsi que les peuples qui y vivaient, et leur lois, et leurs dieux. A mesure qu'il parlait les êtres de ces histoires devenaient tangibles, perceptibles; Je pouvais sentir leur souffle dans ma nuque, imaginer la puissance, la vigueur de leur bras, et les mœurs qui étaient les leurs. Ils avaient pour moi l'apparence de demi dieux doux et sincère, animé d'une vigueur sans crainte et sans haine; Sans les aimer vraiment, ni les comprendre tout à fait, je m'ouvrais à eux, et j'apprenais de tout ce qu'ils faisaient, ou disaient. Mon imagination en était tout imprégné.
Lorsqu'il contait, ses yeux s'animaient des lueurs d'un autre monde, et d'une imagination profonde, et sincère; tout son être semblait vivre véritablement les vies de tous ces hommes, guerriers parmi les plus fiers et parmi les plus brave. Il ponctuait son discours de grands gestes, d'exclamations puissantes, ou d'imitations surprenantes, et nous y prenions tous un grand plaisir.

Mon père savait particulièrement bien imiter les trolls. Il tordait sa bouche en une sorte de O terrible, exacerbé, roulait des yeux dans leurs orbites, et poussait des grognements rauques qui me faisaient frémir d'horreur. Et, sachant tout l'effroi que me provoquait sa grimace, il ne se privait pas de me poursuivre dans toute la chambre en arborrant ce masque effroyable et en poussant de grands cris.

"Groaaar grow gruhhh ! gruiik gruik! Hurk! Hok Hok!" était un exemple des dialogues époustouflants de beauté et d'amour qu'il susurrait dans toute la maison tandis que je m'enfuyais en hurlant devant ses airs monstrueux. Sans mauvais jeu de mot, il aimait me 'troller' l'esprit. Et moi, terrorisée, je hurlais 'ahhh! Ahhhhhh! Ah! ah !ah!' en courant à toute allure à travers les pièces de la maison, et fermant les yeux quelquefois, espérant échapper quelques instants à son effroyable manège. Puis, les contes reprenaient. Je m'asseyais à nouveau parmi mes frères et sœurs, emmitouflée dans un grand drap de laine
chaud, et j'écoutais.

Cette pratique burlesque perdura quelques temps, pour mon plus grand regret, mais un jour hop! Cela fut terminé.

- 'Il faut être sérieux maintenant, nous affirma mon père. Vous avez passé l'âge d'avoir peur pour de tels enfantillages'

Et il n'en fut plus jamais question. Mais j'appris, bien plus tard, que ma mère avait menacé mon barbu paternel de cesser toute activité d'intendance et, pire encore! de mettre fin à ses activités d'épouse dans le secret de la chambre, et qu'il n'avait eu d'autres choix que de renoncer à ses farces saugrenus car sa puissante ossature avait besoin du réconfort d'une femme et des secrets des chambres.

Ainsi naquit ma passion pour les histoires, les contes, et les mots. Les histoires de mon père m'inspiraient des rêves héroïques et féeriques peuplés de créatures fantastiques et d'endroits inconnus aux couleurs inconnues; mon imagination se remplissaient d'images et de récits sans nombre; mon âme s'exaltait à leur moindre évocation.

Souvent, le soir, lorsque la nuit avait recouvert les toits de chaumes et les bosquets d'arbre d'une obscurité rêveuse, je m'accoudais à la fenêtre de ma chambre pour rêver. Les arbres bruissaient sous ma pensée; l'herbe tendre m'adressait ses vœux, et caressait mes rêves. Les étoiles répondaient à mes paroles lorsque je fermais les yeux et que je leur parlais dans une langue connue de moi seule et qu'elle seule pouvait comprendre.

J'étais une jeune fille romantique comme beaucoup d'autres le furent, et mon destin n'eut dut pas dépassé le leur sans les évènements extraordinaire qui suivirent: j'aurai terminé ma vie en poète, en folle, ou en morte, car le destin de ceux qui rêvent se brisent souvent à l'amertume de la réalité.

Un exemple plus marquant encore montre l'étendue de ma propension à l'onirisme et à la mélancolie. C'était pendant le mois d'octobre suivant de peu mon dixième anniversaire. Le malheur voulut que je tombasse malade pendant près de deux semaines, si bien qu'il m'était impossible de quitter ma chambre sans grelotter effroyablement et sans ressentir de puissants vertiges. Pourtant, je passais ces deux semaines à lire encore et encore tous les ouvrages que je pus trouver à ma disposition, ou qu'on voulut bien me prêter. Et lorsqu'on me demandait ce que je faisais, à regarder fixement le ciel de mon lit, je répondais, emplie d'une sentiment intense et absurde de profonde déréliction:

'-Je veux rêver. Laissez moi seulement rêver.'

Ainsi passèrent les quinze premières années de ma vie.
Mon père et ma mère m'élevèrent dans la joie, la liberté et le courage. En effet, bien que mon père soit originaire d'Hystia, capitale de Terra, et ma mère d'une lisière à proximité de Castamere, haut-lieu de la vie d'Ignis, tout deux avaient renié leurs origines. Ainsi, bien qu'il restât gravé en eux quelques restes de leur éducation, leur caractère s'était habitué à la liberté de pensée, à l'élégance, au luxe, et au calme de Ventus. Pourtant, il m'arrivait encore de percevoir dans les propos de mon père une certaine rigueur toute militaire, et dans les façons de ma mère un certains orgueil rehaussé d'honneur qui m'influençait sans que je m'en rendisse compte.
Pour autant, mon éducation n'était pas faite d'un servage fastidieux comme j'eus été éduqué à Ignis, ni dans le culte de la guerre ou la foi pieuse et profonde. Non, on me laissait à moi-même mon opinion propre, bien qu'on me demandât de grands efforts d'apprentissage et de résultats. Il ne s'agissait pas de se contenter de peur, mais d'atteindre l'excellence et la vérité. Tout ce que j'apprenais professait cette vision là du monde et m'encourageait dans cette voix.
Et tout cela, on me l'enseignait dans l'école du village le plus proche, Mystia, qui n'était qu'à quelques lieux de notre grande demeure familiale, qui se trouvait lui-même à une centaine de lieu de Philia. Là, j'appris avec mes frères et sœurs l'arithmétique, la géométrie, la physique et la chimie, l'histoire des peuples et, les dernières années de mon enseignement, quelques notions de philosophie. Cette dernière discipline éveillait en moi un goût illimité d'apprentissage, car elle me permettait de croire en une idée, d'en rêver, et de pouvoir l'appliquer selon le grand principe de réalité. Je développais en m'appliquant un profond goût pour la métaphysique et la morale jusqu'à mes quatorze ans, âge auquel mes parents durent me retirer de l'école, faute de moyens.

Puis, peu après mes quinze ans, père me convoqua dans la grand'salle auprès de lui. Il se reposait près de l'âtre chaud où rougeoyait quelques braises, les mains jointes au dessus de ses genoux, le front penché, l'air grave et austère. Je m'approchais d'un pas léger car le soleil brillait dehors, m'emplissant de joie, et je luis pris les mains en m'exclamant:

-Comme vous avez l'air grognon, ce matin, père!

Il releva doucement la tête et sourit tristement.

-C'est que je m'aperçois que le temps file, me répondit-il. Tu as déjà quinze ans!

-Oh, père! m'écria-je à ce paroles. Vous etes un bêta. J'ai quinze ans, mais vous êtes toujours mon père.

Un petit rire secoua sa carcasse puissante, et il dit, les yeux à nouveau brillant de joie et d'amour:

-Tu as raison, et je le serai toujours. Mais est-ce que je ne suis pas déjà bien vieux?
Mon coeur se serra à ses paroles car il m'arrivait de songer à son dos qui se voûtait, à ses yeux qui semblaient se voiler, comme pris d'une immense lassitude, d'une fatigue infiniment plus lourde que toutes les autres, et qui l'accablaient mortellement, et je pensais parfois à la mort. Je lui souris tendrement, et lui dis:

-Que dites-vous là, père? Vous avez encore de longues années devant vous! Allez plutôt vous entrainer avec Ceolan à chevaucher, et à combattre, cela vous fera du bien.
Il me regarda, étonné, et me répondit:

-Crois-tu qu'il accepterait encore de s’entraîner avec son vieux père?l
Alors, j'éclatais de rire, avant de m'exclamer joyeusement:

-Je crois-même que vous pourriez le jeter à bas si vous le souhaitiez! Ne soyez pas si pessimiste quant à vous même: vos bras sont encore robustes, je le sais.

-Tu as raison, déclara-t-il d'un air faussement important. Je peux surement lui apprendre comment se bat véritablement un homme. Ce encore qu'un gamin après tout!

Et nous fûmes pris du grand fou rire qu'ont parfois un père et sa fille lorsqu'il parle à coeur ouvert et que des sentiments puissant les lient l'un à l'autre. Je lui exposai, en même temps que nous riion, le merveilleux vol plané que mon frère effectuerait sous la pression de sa lance, et cette évocation là nous faisaient rire de plus belle.

Puis, lorsque nos rires se furent éteints, mon père me regarda avec tendresse, et me dit:

- Ecoute, si je t'ai fait venir ce matin, c'est parce que j'ai une proposition à te faire.

Surprise, je penchais la tête sur le côté, comme lorsque je le faisais habituellement quant il me fallait être attentive, et je le regardai avec des yeux interrogateurs.

- Tu m'as dit il y'a peu que tu ne voulais plus dépendre de ta mère et de moi. Et je comprends ton désir: tu as désormais quinze ans, et cela fait belle lurette que ton frère et tes soeurs travaillent pour eux-même. Alors...

Alors, hystérique, je sautais sur mes pieds, tenant toujours ses mains entre les miennes, et je m'écriais:

-Alors... Alors.. alors...?!

Les sons se bloquèrent dans ma gorge et je m'étranglai dans un bruit particulièrement odieux qui fit éclater de rire mon père.

-Alors j'ai été voir le vieux Bram ce matin, continua-t-il, et il accepte de te prendre en tant que serveuse dans son auberge. Si tu es d'accord, bien entendu.

Il est inutile de conter la suite de cris intempestifs et de bonds joyeux que je fis dans toute la pièce en remerciant mon père, ma mère, et même le ciel. Il suffit d'observer que je fus particulièrement heureuse de cette décision, et qu'elle me satisfit tout à fait sur le moment.

Radieuse, un sourire béât accrochés à mes lèvres, je sortis de la maison comme dans un rêve éveillé, et je croisais mon frère, ledit Ceolan, grand blond élancé, dont les yeux verts pétillaient sous le soleil matinal. Au sourire de mon visage, il comprit, et me félicita à sa manière:

-Tâche de ne pas t’enivrer plus que de raison, petite soeur, me dit-il avec son éternel sourire ironique sur les lèvres qui
semblaient autant me narguer que m'encourager tendrement.

Je lui répondis en lui faisant la moue, puis je poursuivis ma route. Ma joie colorait mes joues, envahissait mes poumons, et me montait à la tête, m’enivrant d'une douce euphorie. J'étais profondément heureuse et émue, à la fois de la confiance que me témoignait mon père, et de l'autonomie qu'allait me procurer le travail qui m'était alors confié. Non pas qu'il m'éloignât de ma famille et que j'en fus heureuse, mais au contraire parce que j'allais pouvoir participer à ses dépenses et à son fonctionnement de manière active et responsable; je croyais fermement à la l'autonomie, et à la responsabilité individuelle. Il me paraissait inconcevable qu'un individu ne se sentît point privé d'une part de lui-même dans le cadre d'une hiérarchie stricte et autoritaire: La rêveuse que j'étais ne croyais ni à l'ordre absolu, ni à l'élite familiale ou sociale. Je pensais au contraire que chacun, librement, pouvait choisir le bien commun par intérêt et par douce compréhension du monde, et cette occasion de travailler était un premier pas pour moi vers cet objectif.

Évidemment, la chose paraît dérisoire au vu des conséquences qu'elle engendrait, qui ne concernait au fond que moi seul et qui n'avait que très peu d'impacts sur le monde. Mais, de mon point de vue de jeune fille aux grands idéaux, c'était un premier pas sans précédent dans la réalisation de sa pensée. En soi, ce n'était pas véritablement la valeur de ce travail qui me subjuguait, mais la sensation qu'un monde nouveau s'offrait à moi, où le possible était aussi vaste que l'était ma pensée, et dans lequel une multitude d'outils était à ma disposition sans restriction, à la condition seule que je gardât à l'esprit que le droit que j'avais sur lui était à la mesure de la responsabilité que demandait son utilisation.
C'était la raison de ma joie excessive et de ma bonne humeur.

Envahi par l’exubérance que j'ai déjà décrite, je me rendis près de la rivière qui bordait la fin du domaines de mes pères, au nord est de Philia. Là, je suivis la rive sur quelque centaines de mètres, et m'arrêtais au bord d'un arbre qui penchait indolemment sur l'eau. Son tronc était tordu, et s'élançait maladivement vers le ciel, puis se courbait harmonieusement vers le flot, que ses branches caressaient tranquillement, comme une longue et douce chevelure. Le contraste entre le base de cet arbre, si convulsé, si horrible à regarder tant on pouvait imaginer les affres qui avaient provoqués de telles blessures en lui, et ses branchages épais, feuillus, charnus même, était saisissant, et je songeais souvent à son immémorial histoire. J'y voyais comme une reflet de ma propre histoire sans jamais deviner pourquoi, et je passais des heures assis sous ses rameaux, à méditer et à rêver.

Ce jour là, je ne m'assis pas à ma place habituelle, sur un rocher moussu qui s'était niché entre ses racines énormes qui plongeaient dans l'eau et la vase afin d'y ancrer, et d'y nourrir l'arbre en question. Je m'approchais de la berge, un peu à l'écart, et je contemplais le lent cours de la rivière qui entrainait à jamais des flots, et des flots d'infinis souvenirs. Puis, le temps ayant passé, je rentrais à la demeure de mon père, un sentiment de liberté et de bonheur m'ayant envahi l'âme et ne me quittant plus.
Après un repas festif donné en l'honneur de mon nouveau travail, je montais dans ma chambre l'esprit serein, et le cœur clair. Je dormis du sommeil des gens heureux et contentés.



Mon travail commença le lendemain matin, à l'aube. Je dus, sous les ordres de Bram le tavernier, mettre le couvert sur toutes les tables, laver les derniers verres et autres éléments de vaisselles qui n'avaient pas été nettoyées la nuit précédente et autres tâches ménagères harassantes. Toutefois, malgré le caractère répétitf de la tâche, j'en retirais un grand plaisir: celui de me sentir utile et capable. Cette jouissance intime était un réconfort inégalable pour moi, et je persévérais toute la matinée. Puis, le reste de la journée, je fus occupée à servir les nombreux clients jusqu'au crépuscule. Alors, je pus rejoindre la maison familiale où un appétissant repas m'attendait.

-Alors, comment était-il, ce premier jour d'intense labeur? Me lança ironiquement Ceolan, dés que je fus rentrée.

-Oh, Oui! Raconte-nous! Raconte-nous! Renchérirent en cœur Eryn et Millia, mes sœurs.

Enfin, mon père, puis ma mère se joignirent au concert de réclamations qui m'accablèrent dés mon retour, et je ne pus que répondre en riant:

-D'accord, d'accord, je vais vous raconter toute cette formidable aventure. Mais d'abord, allons manger, car j'ai l'estomac qui crie famine depuis au moins trois heures!

Ce à quoi mon père répondit que c'était bien normal, et qu'il m'avait préparé un bon repas, pourvu que je leur racontasse à tous comment s'était passé mes pérégrinations; Il ajouta également qu'il avait écouté mes conseils, et que Ceolan avait mordu la poussière plus d'une fois cette après-midi là. Ce à quoi l’intéressé rétorqua qu'il avait simplement éviter de mettre à mal la 'vieille carcasse de son très vieux père'.

Alors, nous nous attablâmes tous à la lourde table en chêne de la grand'salle, et nous mangeâmes avec de grands rires. Je leur racontai donc ma journée et ses innombrables péripéties -car il y'en a plus d'une au cours d'une journée lorsque l'on sait observer et qu'on prête aux petites choses une attention toute particulière-. Puis, la journée étant terminée, je retrouvais à nouveau la douceur de mes draps et le refuge du sommeil.

Ainsi passèrent premières semaines de ce que l'on pourrait nommer comme ma 'nouvelle existence'. Je travaillais tout le jour, avec acharnement et sans me plaindre, ayant le sincère et profond sentiment que je gagnais les premiers galons de ma liberté, ce qui était bien rare en cette lointaine époque. Puis, le soir venu, je repartait le coeur content. Le chemin qui conduisait jusque chez moi était le témoin de ma joie et de mon bonheur. Il entendait ce que je murmurait, j'écoutais le chant de ses arbres, le frémissement des herbes sauvages qui le bordaient; je m'abreuvais de tout car tout m'enchantait et me paraissait nouveau et merveilleux. Cette époque me parait, maintenant encore, parmi les plus innocentes, et les plus pures de mon existence. Elle état
comme un âge d'or, une sorte de perfection merveilleuses qui semblaient immuables.
Un, jour, en effet, vint à passer par là un groupe d'hommes qui parlaient fort, chantaient sans cesse, et fumaient le cigare et le haschich. Ils étaient venus là pour des raisons obscures, et passaient leur temps à boire, à parier, à fumer, et à composer disaient-ils. Mais que composaient-ils? Je ne voyais pas de partition, et je n'entendais pas de musique. Il ne me paraissait point connaitre la mélodique, ou quelques éléments de solfèges; mais ils composaient. La chose me paraissait invraisemblable.

Qu'importe pour l'heure. Parmi eux vivaient un jeune homme qui n'avaient pas du tout leur âge et qui n'avaient, d'apparence, rien à voir avec eux. C'était un jeune homme d'environ seize ans, comme je l'appris plus tard. Il avait les cheveux couleur de miel, assez courts, mais absolument désordonnés, qui donnaient à son visage un aspect singulier de pauvreté et de juvénilité intelligente. Son visage reflétait le désordre et le calme, la passion et l'apaisement, l'infini et le morne et si beau quotidien. J'y prêtais particulièrement attention car il n'avait pas l'âge des hommes de son groupe qui étaient dans la fleur de l'existence. De plus, il n'avait sur le dos que des haillons qui laissaient devinaient un corps entrainaient aux longues courses et aux durs labeur, tandis qu'eux portaient des vêtements couteux, aux étoffes riches, et aux coupes travaillés; ils étaient à la mode.

Mais surtout, il avait des yeux indéfinissables, et une aura sans précédent. Il y'avait une lumière intérieure en lui, une sorte de flamme indéfinissable et pure, inquiétante, corrompue, mais si belle! Lorsque je le voyais, des effluves de foins coupés, et de poussières de chemin m'envahissaient les narines. Je me sentais comme enflée par une sorte d'illumination intérieur, comme jetée sur la route, livrée à une solitude immense, sans limite, et débordante de paix, de sérénité, de jeunesse, et d'amour. Il y'avait en lui un idéal sublime et impur qui relevait de l'intensité du divin. Non, non, non,jamais je n'aurai cru croiser une créature pareille dans mon auberge. Non pas qu'il me subjuguât véritablement, mais il exerçait sur moi une fascination singulière qui m'horripilait car je le trouvais souvent brusque et impoli avec son franc parlé, ses airs goguenards, et ses yeux toujours lancés vers le lointain, ironique et rêveur qui semblait jeter au ciel un fabuleux défi.

D'abord, je ne le côtoyais pas. Plus encore: je l'évitais, lui, et ceux qui l'accompagnait. La fascination qu'ils exerçaient sur moi, lui tout particulièrement, m'exaspérait, et avait sur moi un effet répulsif, de sorte que je me dégoûtais d'éprouver de l'attirance pour cet univers inconnu dont la liberté n'était pas mesurée mais infini, et dont la luxure était le maitre-mot. Je me contentais de nettoyer leur table, et de les observer en coin, lorsque je passais de leur côté. Pour le reste, je me contentais du strict minimum autant qu'il m'était permit de le faire.

Mais une après-midi, quelques jours après leur arrivée, alors que je venais de servir leur table en alcool fort et en bière, l'un d'eux me retint par le bras, et brailla à la cantonade:

-Eh! Regardez, m'sieur, dames! Enfin surtout m'sieurs hein! La donzelle va témoigner en ma faveur!

Et, d'une forte pression du bras, il me força à m’asseoir sur ses genoux. Le jeune homme me regarda avec un air moqueur, et lança:

-Et alors de quoi elle va témoigner ta 'donzelle', Duchaillu? De ta cuite d'hier soir que tu n'as toujours pas cuvé et qui te ressort par les narines?

La table fut prise d'un grand rire. Les poitrines ennivrèrent se soulevèrent avec violence, et les gorges émirent des grognements saccadés et rauques qui emplirent l'air d'accents violents et barbares. Emue aux armes, je bredouillais en gémissant quelques excuses avant d'essayer de m'arracher aux bras de l'homme qui m'avait assis sur ses genoux. Celui-ci me contraignit violemment à rester à ma place et brailla encore plus fort:

-Rest'donc là ma jolie! J'n'en ai pas terminé avec toi.

A nouveau, le jeune homme eut un sourire, et porta à sa bouche une clope, avant de laisser échapper de sa bouche un flot de fumée odorante.

-Je te répète ma question Duchaillu, continua-t-il. Qu'est-ce que tu comptes faire?

Une expression de rage passa sur le visage du dénommé 'Duchaillu', et il pressa brutalement sa main sur mon corsage.

-Te montrer que j'étais bien avec cette salope hier soir dans mon pieu! vagit-il.

Son haleine empestait la bière, la sueur, et le foutre. La nausée m'envahissait la poitrine; les sons se bloquaient dans ma gorge. Et nul dans cette salle ne n’esquissait de rien, ou ne semblait vouloir intervenir en ma faveur. Le jeune homme se rejeta en arrière sur sa chaise, la clope au bec, croisa les mains derrière la tête, jeta ses pieds sur la table, et éclata d'un rire sardonique.

-Voyez-vous ça! S'écria-t-il. Le bon grand Duchaillu prétend avoir mis une bonne fessée et plus si affinité, à la demoiselle que voilà, et nous devrions le croire?

-Et pourquoi non? Brailla l’intéressé. Je suis poète après tout. qui résiste aux charmes des poètes, hein?

Là dessus, il tourna sa face violacée d'ivrogne pochtrons vers moi, et me susurra à l'oreille:

-Hein ma jolie, que tu aimes ça, les poètes? Hum, qu'il était bon hier soir, hein le joli poète? Petite garce!
Un nouveau rire vint couper l'homme dans ses propos douteux. C'était toujours le jeune homme, qui se gaussait sur sa chaise avec tant de violence qu'on eut dit qu'il avait brusquement été pris.

Un de ses compagnons, à sa gauche, se pencha vers lui et lui demanda, la mine mi-inquiète, mi riante:

-Eh, Maellan, Maellan! Pourquoi tu ris, comme ça! Qu'est-ce qui est si drôle?

Alors, le dit Maellan se mit à pouffer de plus belle, tant et si bien qu'il lui fallut bien une bonne dizaine de minute pour retrouver un semblant de calme; il semblait rire d'une chose absolument farfelu, qui ne pouvait que prêter à rire, et que nous ne comprenions pas. Puis, lorsque son corps ne fut plus secoué de convulsions, il finit par répondre, le visage rougie par le rire, et toujours prêt à pouffer:

-C'est qu'il a prétendu qu'il était un 'poète!'

Et sur ces paroles, il se remit à rire, en se tenant les côtes, le visage écartelé dans une grimace burlesque qui réflétait sp profond amusement. Et il continua de répéter

-Un poète! Un poète! Il se prétendait un poète, lui!

Ce petit manège continua quelques instants encore, jusqu'à ce que Duchaillu comprit la raison de l'hilarité de son compagnon. Alors, il se figea. Son visage devint dur, ses grosses pognes sales se serrèrent, débordant des franges de ses vêtements luxueux. Il se mit imperceptiblement à trembler puis, brusquement, faisant fi de sa chaise, de la table, de son fin, et plus encore d'Amae, il se leva dans un élan de rage.

-Quoi? dit-il. Je ne serai pas poète, moi? J'ai écrit tant de vers, et tant de chansons qu'il n'en pourrait pas lire la moitié en une année! Et je ne serai pas poète?

Maellan cessa de rire. Quelques spasmes le secouaient encore, mais la colère de son compagnon avait refroidi ses ardeurs. Il jaugea Duchaillu, le défia du regard, puis cracha. Alors, d'un geste, souple, il saute sur la table où son groupe était attablé. Il donna de grans coups de pieds dans les assietes, les verres et les couverts, en hurlant:

-Voyez, bonnes gens! Je suis Duchaillu le poète! Je braille, enivré de vin, en pensant à baiser femmes et jeune filles, et j'écris des vers -ô de sacrés vers, ça oui!- pour épater la galerie. Oui, je suis Duchaillu le poète mes braves gens.

Et disant, il prenait un accent rocailleux, qui ressemblait à la voix tonitruante dudit poète et qui déclenchait des tonerres de rire et d'applaudissement. Quant à moi, je rampais à terre afin de m'extirper de cette nasse d'ivrognes, la peur au ventre, des larmes débordant de mes yeux et ruisselant sur mes joues. Pendant ce temps là, Maellan continuait son numéro de cirque sous les yeux médusés de Duchaillu. Il hurlait, gesticulait horriblement, prenait des attitudes hystériques et burlesques. Bref, un vrai histrion ivre mort.

Puis, d'un coups, sans prévenir, il saisit une bouteille vide sur la table, eut un regard terrible, et l'abatit de toutes ses forces sur la tête de son bruyant compagnon, en s'écriant:

-Eh bien monsieur, je pisse sur votre poésie!

S'ensuivit dans la salle un chaos innomable, un vrai carnage, un esclandre extraordinaire. Des verres se brisèrent, au milieu d'un brouhahas assourdissant de cris, de hurlements, de bouteilles brisés, de coups et de tables renversés; des corps se percutèrent, des mâchoires se retrouvèrent brisés, des arcades taillés en pièce, des muscles furent froissés dans la bagarre. En l'espace de quelques minutes, l'auberge était devenue le théâtre d'une effroyable bataille de poings, de pieds et de vaisselle en tout genre que rien ne semblait pouvoir arrêter.

Quant à moi, je m'étais réfugiée derrière le comptoir, où je m'étais agenouillée en pleurant et me tenant la tête entre les mains en gémissant de peur et de honte. Il me semblait être à l'origine d'un tel désastre, et j'étais certaine que Bram, le tavernier, me mettrait à la porte une fois l'ordre rétabli. Attendant donc l'heure fatidique, je tremblais dans ma cachette, tapie le plus petitement possible afin de ne pas attirer l'attention, et je pleurais encore et encore, mes sanglots et mes larmes soulevant spasmodiquement mon pauvre corps débile.

J'avais l'oppressante et angoissante impression que la bagarre ne se terminerait jamais, que cet horrible boucan de voix, de cris, et de combats ne cesseraient jamais, que j'allais mourir là, au milieu de cet indicible désordre, et que tout le monde oublierait qui j'étais jusqu'à mon nom. J'étais dans les affres d'un grand désespoir.
Pourtant, la chose ne dura pas longtemps. Bram sortit, quelques instants plus tard, armé d'une lourde hache à la ceinture, et portant un cor dans la main gauche. Il sonna trois fois de celui-ci jusqu'à ce que chacun s'arrêta, puis beugla d'uen voix de sentor:

-Allez! Cessez ces enfantillages dans MON auberge! Vous ne croyez pas que les champs de bataille sont déjà suffisamment jonchés de cadavres suivis par des veuves et des orphelins sans espoir ? Et bien moi je ne le crois pas, non! Il y manque les cadavres de toutes les canailles que vous etes, foutredieu!

En même temps qu'il vagissait ces derniers mots, il souleva sa lourde hâche au dessus de sa tête, et continua :

-Alors vous allez me nettoyez tout ce foutoir fissa, où je m'arrangerai pour que vos têtes rejoignent celle de vos batards de pères: les piques des suppliciés! Compris? Et vous me verserez tous une indemnité pour ces foutre dieux de dégâts que vous m'avez fait là. Allez, pressons maintenant!

Après quelques instants de flottement où l’étonnement se mêla à la surprise, chacun s'empressa de remettre l'auberge en ordre en grognant, en s'insultant sous cape ou en se jetant des regards furieux. Moins d'une heure plus tard, pourtant, la pièce était propre, et Bram était copieusement remboursé par ses clients, dont la plupart étaient des habitués et étaient bien penauds d'avoir réagi de la sorte.

La chose faite, Bram mit tout le monde à la porte pour ce soir là, et me demanda de l'attendre pendant qu'il fermait l'auberge. Une fois sa tâche achevée, il vint me retrouver. J'étais assise à une table, tout au fond de la salle; une tête de sanglier me surplombait, et me donnait du courage, car je pensais naïvement que l'esprit qui l'habitait peut-etre me protégerait. J'étais dans un tel état d'hébétude et de désespoir, que j'étais prête à croire en n'importe quoi, pourvu que cela me permît de me sentir le coeur un peu plus léger.

Bram s'assit en face de moi. Il resta silencieux pendant de longues minutes puis, après s'être raclé la gorge, me dit:

-C'était une sacrée bagarre, hein?

Je levais la tête dans sa direction, et je vis qu'il paraissait sincèrement gêné. Occultant sa question, je répondis à toute hâte:

-Ecoutez, je suis désolé de ce qui s'est produit. Je ne voulais pas être la cause d'un tel désastre. Je vous rembourserai autant que vous voudrez...

Bram me coupa d'un geste de la main:

-Ne dis pas n'importe quoi, me dit-il. C'est moi qui aurait du réagir plus vite et plus tôt. La prochaine fois, je m'occuperai

vraiment de cet enfant de salaud, et il regrettera d'avoir osé te toucher.
Puis, après un instant d'hésitation, il lâcha:

-Bah, de toute façon, vaudrait mieux que je m'en occupe, ou ton père le mettra en pièce à ma place. Allez, file, maintenant, et tâche d'arriver entière jusque chez toi.

Je remerciai le vieux Bram avec respect, puis, je me mis en route. En chemin, je ne croisais personne, à croire que le monde s'était dépeuplé devant la colère du vieil aubergiste, et je rentrais bientôt chez moi. Cette mésaventure mécontenta ma famille, et particulièrement mon père, qui faillit se lancer sur le champs à la recherche du dénommé Duchaillu afin de lui 'réclamer justice' c'est à dire, plus vulgairement, de lui faire sauter la tête du cou. Cependant, il me fut permis de persévérer dans mon travail, pourvu que Bram me protégeât.



Le lendemain, il n'y avait plus de trace du dénommé Duchaillu. Ses compagnons étaient bien revenus, mais sans lui. Sans doute l'avaient-ils jeté hors de leur compagnie, ou était-il parti de son propre chef. Quoiqu'il en soit, il n'était pas avec eux, et je fus soulagée de constater qu'aucun d'entre eux ne paraissait vouloir se souvenir de cet incident. Je repris donc mon travail le plus sérieusement possible, mettant du coeur à l'ouvrage et tentant d'oublier mes malheurs de la veille.
J'y réussis parfaitement pendant quelques jours, et je fus absolument tranquille et sereine durant ce court laps de temps. Pourtant, malgré la paix retrouvée, je ne cessais de penser au jeune homme qui avait provoqué la bagarre et qui m'avait sauvée malgré lui. Il était toujours là, parmi eux, et ses regards me fascinaient tout autant que les premiers jours de son arrivée.
Je le rencontrais un début d'après-midi à l'entrée de l'auberge, alors que je m'octroyais une pause. Il était adossé au mur, les yeux fichés dans le paysage, comme s'il regardait quelque chose d'innénarable que son oeil seul était capable de comprendre et d'exprimer. Laconiquement, il portait à sa bouche une éternelle cigarette, qui laissait échapper une éternelle vague de fumée odorant; ses cheveux sentaient le soleil.

Je m'adossais à côté de lui, et je croisais les bras sous ma poitrine, tentant de deviner ce qui pouvait tant fasciner son regard. Et, tandis que mon regard fouaillait l'horizon, il lâcha sans me regarder:

-Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des bagarreurs criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

Surprise, je le regardais. Son expression n'avait pas changé. Ses yeux avaient la même expression intense qui semblaient deviner la vérité dans tout ce qu'ils voyaient. Des yeux d'un bleu pâle comme la lune, à la fois triste à mourir et comme jeté en avant dans la course à un 'autre ailleurs'.

-Qu'est-ce que ça veut dire? lui demandai-je.

Il ne bougea pas. Son regard ne cilla, et il continua, comme une litanie

-J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés Igniens ou de cotons Terran.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre en m'amusant.

Il se tut à nouveau. Rien ne semblait perturber l'intense concentration queje pouvais deviner dans son attitude et qui lui semblait pourtant si familière. Et à nouveau, il reprit, mais cette fois, lâcha simplement:

-Cela ne veut rien dire.

Je regardais l'expression de son visage. Il avait l'air apaisé, comme soulagé par une tension effroyable dont il était à la cause et dont il subissait les caprices.

-Alors pourquoi le dis-tu? Lui répondis-je simplement.

Il tourna la tête vers moi, et me considéra d'un oeil moqueur.

-Parce que c'est beau, simplement, rétorqua-t-il.

Et sur ces mots, il jeta sa cigarette au loin, et rentra à l'intérieur de l'auberge sans m'adresser un regard. Je repris mon travail quelques instants plus tard, et nous ne nous croisâmes plus de la journée.

Le lendemain, pourtant, à la même heure, il m'attendait. Sans me laisser le temps de comprendre quoique ce fut, il me lança dés qu'il me vit, ces quelques vers:

-Ô saisons ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?

Ô saisons, ô châteaux,

J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude.
etc etc...

Cela non plus, ça ne veut rien dire, ajouta-t-il. Rien du tout. Mais pour moi, il y'a une alchimie dans ces mots. C'est une 'composition' de l'esprit qui, négligeant la forme, atteint l'idéal par l'évocation et la sonorité.

Je l'écoutais en silence, le cœur battant. Ses paroles me fascinaient, m'enchantaient et me décevaient tout à la fois; j'y percevais quelque chose de nouveau, qui n'en finissait pas de me charmer, et qui me semblais n'avoir ni véritable début, ni véritable fin.

-Alors continue de parler ainsi, lui dis-je finalement. Peut-être que je comprendrais, à force d'entendre ce nouveau langage. Oh, et même mieux! Tu n'as qu'à parler, et moi, je te dirai ce que tes paroles évoquent en moi. Alors nous saurons si ton verbe à la force que tu prétends.

Il acquiesça d'un rire moqueur, et se remit à parler. Lorsqu'il finit sa longue tirade, je lui fis part des visions que m'avait donné ses paroles, et il se remit à parler, encore et encore. Le temps parut s'allonger, et n'avoir plus de borne; subjuguée, j'oubliais tout, jusqu'à moi-même, et je me noyais dans les visions qu'il me procurait.

Ce rendez-vous devint quotidien. Chaque jour il m'attendait au même endroit, à la même heure, avec la même expression singulière et intense qui m'évoquait les torpeurs des soirs d'été, et les chaleurs côtières. Alors, il se lançait dans de longues diatribes sur tous les tons possibles. Il passait da la satire au pamphlet sans effort, et excellait dans l'art de l'évocation.
Et peu à peu, il m'aspirait en lui.

Chaque jour, le temps que je passais en sa compagnie se faisait plus long, et plus intense. Et chaque jour je me perdais un peu plus en lui.

D'abord, je restais avec lui, le soir, quelques instants, afin de l'écouter encore un peu jeter des mots dans l'air qui résonnaient en moi comme des coups de tonnerre. Puis, les instants s'écoulaient en de longues minutes, puis en de longues heures, et parfois, je passais la nuit à l'écouter.

Il parlait sans discontinuer, d'une voix profonde dont les accents variaient selon l'intensité de son discours. Il invoquait l'azur et les flots plus que de raisons, dépeignait la misère avec l'étincelle triste de ceux qui ont grandis avec elle et qui la connaissaient à fond mis qui, à force d'habitude, s'était approprié sa torpeur paralysante; il connaissait des horizons que je n'avais jamais imaginé et qui s'engouffrait en moi, me retournait la cervelle, me brûlait l'esprit, et m’émouvait parfois jusqu'aux larmes. Ce n'était plus la raison qui gouvernait mon existence et mes choix, mais l'intuition, la brûlante passion, la chaleur torride de la poésie.

Lentement, mon esprit perdit de sa vivacité. Il n'était plus obnubilé que par la poésie, et par lui, Maellan. Je devins plus lente à la tâche, et moins appliquée. Mon esprit se perdait en distraction infini et futile. Je ne pensais plus à rien d'autre que ses yeux, ses cheveux, et le ton de sa voix.

Puis, je me mis à fumer avec lui, à composer, et à boire. J'écrivais avec lui de longs poèmes en vers et en proses, sans savoir véritablement pourquoi j'écrivais, mais avec l'intense sensation de toucher, en écrivant, à qu'il y'avait de plus essentiel en l'homme. J'étais certaines, dans mes visions, de décrire un ailleurs plus beau, plus pénétrant , et de m'immiscer dans les secrets du monde. Je ne vivais plus que de bohème, d'alcool, et d'intensité.

Maellan, pourtant, n'était pas véritablement responsable de ma transformation. Il n'avait fait que me proposer un choix, m'ouvrir une porte, me montrer une autre voix; c'était moi qui m'y était engouffré à toute vitesse, et sans me préoccuper d'autre choses que moi-même. Maellan n'était pas méchant homme; il était tout entier voué à la folie de son art, qu'il était le seul à pouvoir supporter sans faiblir et dont il était le digne devin. Car c'était bien du mystique, du divin, que relevait sa poésie.

En quelques mots, en quelques vers, il pointait du doigt l'essentiel le plus naturellement du monde, et l'exprimait dans un langage qui semblait éternel au présent. Ce n'était pas un travail acharné qu'il exécutait, mais une tâche éreintante, fatigante, lourde parce que divine, et qu'il faisait toujours comme si c'était une chose naturelle qui était on ne peut plus normal pour le commun des hommes.

Chaque mot était toujours à sa place. Chaque vers était une symphonie des sens. C'était un concert de l'être tout entier qui vibrait dans sa poésie et dans laquelle que je me perdais.

Les miens, quant à eux, s'effrayaient de ma transformation. Aucun d'eux ne disaient rien, mais je voyais leur regard, et j'en sentais le poids. Je sentais leur angoisse et leur désapprobation, leur colère, même, et leur désespoir. Mais je m'en moquais. La poésie et Maellan était mon seul horizon; j'occultais le reste en riant et en pleurant tout à la fois. J'étais comme folle, et je le demeurais longtemps encore.

Un soir, enfin, l'évènement fatidique arriva. Bram vint me voir, l'air mécontent, l’œil torve, et m'annonça froidement qu'il ne voulait plus de moi. J'étais devenue tire-au-flanc, insouciante, malpoli, et peu travailleuse; je devenais de jour en jour de plus en plus pénible à supporter, et mon travail était presque inexistant.

Mais là encore, je m'en souciais à peine.

Le soir même, je partais sur les routes avec Maellan et les siens, sans un regard en arrière, sans une larme, et sans un regret. Alors, pendant presque six mois, je voyageais de ville en ville, de fief en fief, et mon coeur ne s'apaisait pas. Je brûlais, à l'intérieur de moi, du poison acre que procure la poison, et qui ravage jusqu'aux âmes les plus pures. Je passais mon temps à boire, et à fumer. Et lorsque je ne faisais ni l'un, ni l'autre, je composais avec Maellan, allongé sur ses genoux, les fesses à l'air, un sourire coquin sur le visage, et lorsque nous étions ivres morts, ou que nos verts étaient suffisamment sonores pour monsieur, nous faisions sauvagement l'amour.
En quelques mois seulement, nous traversâmes le continent de part en part. Nous passâmes quelques temps à Ignis, car le caractère des habitants plaisaient à Maellan, puis, plus brièvement, nos pas se portèrent vers Ignis, et enfin vers Aquaria. Nous vivions de bohème, d'incertitude; nous en oublions jusqu'à nous-même.

Oh, je ne regrette pas ces aventures, car elles étaient marquées par le sceau de la liberté et de l'amour. Mais je regrette le poison que j'inoculais dans mes veines sans le savoir, sans m'apercevoir que mes joues devenaient hâves et pales, que mes cheveux devenaient secs et gras, que mon corps se flétrissait au contact de cette débauche d'ivrognerie, de haschich, et de déraison. Les grands rêves de bonheur moraux et justes se mourraient avec moi en même temps que je m’enivrais de poésie, d'amertume et de foutre. Je devenais une catin de poète, une femme à bière, à verges, et à moquerie; et ma douleur, crucifiée dans mes veines, me ressuscitaient dans mes vers, et dans les yeux de Maellan.

Mais un soir, alors que nous faisions escale dans un village à l'extrème ouest de Ventus, Maellan rentra le visage renfrogné. Ses traits exprimaient l'agacement, l'angoisse, et l'épuisement. Je m'approchais de lui, passais ma main sur son visage, et il me repoussa brutalement:

-Laisse moi! s'écria-t-il. Tu m'ennuies.

Et il partit errer à nouveau dans la ville où nous nous étiames arrêtés tandis que je restais, hébétée, dans notre petite chambre. Le soir suivant, la même scène se reproduisit, ainsi que le soir d'après, et la chose devint une habitude. Très vite, l'idée que tout serait bientôt terminé vint me hanter. Et, ne la supportant pas, il m'arrivait fréquemment de fondre en larme en m'arrachant les cheveux, ou en me griffant les bras jusqu'au sang. Mais Maellan ne le remarquait même pas. Lui même était dévoré par un indicible démon qui devait le conduire à sa perte. Il souffrait d'une folie insupportable; il n'était plus lui-même.
Et,un soir, il ne revint pas. Je sus que tout était fini, qu'il ne reviendrait jamais, qu'il était peut-être même mort, la cervelle brûlée, ou noyé dans un fleuve, et que j'étais désormais seule pour toujours, seule avec moi-même, avec mes sombres péchés, et les ombres de mes erreurs passés jetant sur mon avenir une couleur sombre. Alors je partis.



Je errais pendant trois jours. Je ne me nourris pas. Je ne pensais à rien. Le monde me semblait vide, comme en proie à une terrible douleur que je pouvais ressentir et qui m'accablais sans que je sus quoi faire pour la soulager. Il m'était impossible de faire autre chose qu'avancer sans relâche jusqu'à l'épuisement. Le poison qui m'incendiait les veine ne s'apaisait que dans la fuite effrénée.

Trois jours plus tard, je parvins à l'océan. Des embruns me caressèrent doucement les narines; l'air marin me submergea, et je m'effondrais en pleurs sur le sable tiède d'une plage déserte. Plus loin, à ma gauche, des vagues immenses se brisaient sur des esquifs. Le ciel s'étendait à l'infini au dessus de moi; de fins nuages flottaient tranquillement dans l'air, si doux, si beau. Et soudain, en moi, naquit l’irrépressible besoin de leur ressembler, là-haut, et d'être moi aussi à nouveau une douce, belle, et tendre femme. Je regardais la mer. Je tombais amoureuse de sa sauvagerie, de son infinité, de sa douce et éternelle beauté. Alors, je me levais, et j'avançais vers elle.

Les vagues léchèrent mes pieds, mais j'avançais encore. Les flots atteignirent bientôt mes mollets, mes cuisses, puis ma taille. Bientôt, je m'immergeais complètement en elle, mais je continuais d'avancer. Je perdis pieds, et le courant m'emporta. Je me perdis en elle en pleurant au fond de moi-même, et en implorant le pardon. Et l'océan accueillie en lui, complètement, entièrement, et il recueillit ma peine, et me débarrassa de mon poison.
Pendant trois jours, il me porta en lui. Il me purifia de moi-même, se gonfla de mon chagrin, et vainquit mes larmes. Il fallut trois jours à l'océan pour me laisser mourir ressusciter en lui, grâce à sa magie. Et, trois jours plus tard, il me déposa sur le rivage purifiée de tout. Je n'avais pas véritablement changé: j'étais à nouveau pleine de joie, et remplie d'apaisement. Mais si mon âme n'avait pas changé, mes cheveux étaient devenus d'une pure blancheur et ma peau d'une pâleur presque translucide qui lui donnait un aspect cristallin presque irréel; L'océan avait récompensé mon acte.

Lorsque l'océan s'en fut, me laissant sur le sable humide, je me relevais l'âme claire et d'humeur joyeuse. Le monde me parut remplie de paix; mes poumons se soulevèrent avec un bonheur féroce, et s'emplirent d'iode. Je fourmillais d'énergie et d'entrain. Alors je me mise en route.

Quelques dizaines de mètres plus loin, juché sur une énorme dune, quelqu'un m'attendait. C'était un jeune enfant aux cheveux verts, et aux yeux d'une extraordinaire pureté. M'approchant, je perçus en lui une force sans précédent. Une aura mystique l'entourait. Mais cette aura-là était absolument différente de celle de Maellan car elle était d'une pureté incommensurable.

Lorsque je fus assez proche de lui, il me salua d'un geste de la main, et me fit signe de m'approcher. Tranquillement, je m'avançais jusqu'à lui. Alors il m'apprit son nom, et la mission dont il était le dépositaire, et il me proposa de se joindre à lui pour être un de ses émissaires. Je ne lui demandai pas pourquoi il me choisissait, ni comment il savait que l'océan devait me rejeter sur ce rivage, ce jour précis. Simplement heureuse, j'acceptai sa proposition. Il me semblait être à ma place. Et, lorsqu'il apposa ses mains sur mon front, me procurant les incommensurables pouvoirs de l'eau, je me promis d’œuvrer pour la justice et pour la paix, quoiqu'il arrive.
Puis, il partit dans une direction, et je partis dans l'autre.

Les cieux étaient limpides; Mon âme était sereine.

Je partis en dansant.


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Ven 1 Mar - 0:11
Bienvenue!

On est finalement arrivés au bout de cette présentation xD
Alors on va aller assez vite

Puissance - Rang S:

Emissaire de l'eau, hein, voilà, même si tes pouvoirs ne sont pas fait pour être offensifs vu qu'ils se déclenchent par un sentiment de bonté, tu es pour ainsi dire intouchable si tu peux voir l'attaque, et tu peux soigner quiconque prendrait les coups à ta place xD

Influence - Rang A:

Théoriquement, tu es rang E dans le présent, tu finiras rang A au moment où ton identité sera dévoilée... Si tu vas à Aquaria tu es même rang S!


Voilà, tu peux commencer à RP.




"J'effacerai toutes les tragédies de ce monde."

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Amae Luminen
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