« Cours appliqué » ― Ryd Fenril



 

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« Cours appliqué » ― Ryd Fenril

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Sam 21 Juil - 0:17
» Académie Mihailov ― 16 Janvier 762 ― 14h
C'était un brouhaha diffus, un tumulte incessant, inintelligible et perpétuel. Le couloir était farci d'un nombre incalculable de bruits, de chahuts, de cohues. Les sons s'entrechoquaient, s’emmêlaient, s'amalgamaient, s'embrouillaient. C'était un vacarme détestable, des plus détestables, et surtout insupportable. Mais soudain, une voix bercée de lumière vint percer les ténèbres, forte, puissante, assurée :

« ― Ce n'est pas bientôt fini cette anarchie ! Je ne m'entends plus penser ! »

À l'instant même où cette phrase tranchante fût lancée, un silence hadal s'engouffra dans les couloirs du bâtiment des Lettres. En effet, le couloir était pitoyablement farci d'élèves. Promptement, on entendit les pas d'un homme, un pas vif et inquisiteur, que tout le monde, ou presque, craignait. Ils résonnaient dans le couloir, illuminé par les fenêtres dorées de l'établissement. A l'extérieur, pourtant en hiver, le soleil régnait dans le ciel, au milieu d'un bleu dominant. Durant sa traversée, l'homme sévère était accompagné par un rumeur sourde qui s'était doucement levé dans la foule des élèves. Subitement, deux étudiantes s'approchèrent du pourfendeur de couloirs d'élèves :
« ― Monsieur Galaad, Monsieur Galaad ! Glapissaient-elles
― Oui ? Répondit ce dernier, sans se retourner, car elles étaient arrivées à son niveau
― Alors vous allez au séminaire pour accueillir les nouveaux, et présenter la section ?
― En effet, c'est ce qui m'a été ordo... demandé par le directeur de la division des Lettres... soupira quasiment l'enseignant.
― On peut y venir s'il vous plaît ? Oh ! S'il vous plaît ! Le supplièrent-elles.
― Si vous voulez, c'est libre d'entrée après tout, mais ça n'intéresse pas grand monde, mais surtout pas un mot. Conclût-il, alors que les filles jubilaient déjà de la réponse.
― Oh, merci Monsieur Galaad ! »

Ce dernier ne daigna pas répondre, et bifurqua dans la foule, jusqu'à atteindre la porte d'un amphithéâtre, il s'y engouffra et ne dit mot ; il descendit les marches qui menaient au cœur de l'endroit, et monta sur l'estrade. Il n'y avait pas encore beaucoup de monde, il était venu en avance. Les deux fillettes, qui étaient en fait étudiantes en deuxième année, et avaient environ 18 ans, étaient dans l'une des classes dont été chargé le professeur. Eloan Galaad s'installa rapidement, en enlevant son manteau gracilement, à ce geste et à y faire attention, on eût pu croire que les yeux des deux fillettes brillaient d'admiration, et on eût pu entendre un murmure enchanté et conjoint : « oh ! Mais qu'il est beau ! tellement beau... ». Il posa son manteau sur l'arrière de sa chaise, et s'adossa au mur derrière lui en regardant la salle qui se remplissait peu à peu. Il ne devait pas y avoir beaucoup de monde normalement, car les entrées à Mihailov étaient très sélectives. Cette promotion n'accueillerait grosso modo qu'une centaine de nouveaux étudiants. Lorsque la salle fût assez remplie, et surtout que l'heure soit venue, il s'avança sur l'estrade et commença à parler d'un voix portante :
« ― Bonjour à tous. Je me présente, Eloan Galaad, professeur de Lettres, spécialisé en littérature et en langue anciennes. J'ai été nommé pour vous faire une introduction à la langue ancienne. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à lever la main, et je vous donnerai la parole »

Il posa ensuite ses mains sur le pupitre qui était devant lui, vierge, et se lança dans un discours enflammé, on voyait clairement, à travers ses mots, qu'il était passionné parce qu'il faisait :

« ―Au cours du IIer siècle de notre ère, le poète Rembiel a déploré plusieurs fois la pauvreté du vocabulaire de la langue ancienne, « patrii sermonis egestas », comme chacun sait. Ne soyons pas dupes de la formule : le poète s'excuse alors de recourir à des périphrases ou d'emprunter des formes saugrenues parce qu'il ne trouve pas dans sa langue les termes techniques dont il a besoin. Mais quelle langue a jamais trouvé dans son berceau les mots d'atome ou de déclinaison ? En fait le lexique de la langue ancienne n'était ni indigent ni mal équilibré ni fait pour et par des bouseux ; les Laterculi de Jinsarde recensent 52 290 mots ; Heralvysse emploie 7 614 mots, Sobelle un peu plus de 10 000, il y en a 3 560 dans les tragédies actuelles en moyenne, 8 600 dans la Chandam de Tetrôn ! La proportion des noms, adjectifs, verbes, adverbes, varie suivant les genres littéraires : somme toute, les faits ne sont pas très éloignés de ceux qu'on observe aujourd'hui dans les langues et les différents parlers de l'Albion.
La différence fondamentale provient ici de ce que l'expansion du vocabulaire est en langue ancienne beaucoup plus récente : un grand nombre de mots portent encore – très reconnaissables à l'usager même inculte – la marque de leurs attaches originelles et les caractères du type de dérivation qui leur a donné naissance ; chacun d'eux est entouré de mots sortis de la même souche ; souvent cette souche elle-même reste encore productive, doué de sens, et apte à novation. Comparé à la langue moderne, l'ancienne comporte beaucoup moins de ces mots que des siècles d'usure phonétique et la disparition des mots apparentés ont rendus tout à fait isolés. Sans préjudice de sa diversité, le vocabulaire ancien est plus concentré, plus construit, il doue à la langue une profondeur intrinsèque. C'est, sans conteste, un avantage. »


Le jeune enseignant s'arrêta de parler, son introduction était assez directe et concise, et résumait beaucoup de choses. Il posa un regard interrogateur à son auditoire, son assemblée, tout en entendant les jeunes filles bavader sourdement sur lui...




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Dim 22 Juil - 23:12
Année 762, le 16 Janvier – Mihailov

Il est bon de revenir chez soi, quoiqu’il reste difficile pour un apatride et traitre pour quelques uns de définir ce genre de lieu si commun et pourtant d’une importance capitale. Il conviendrait mieux de parler d’une tanière reculée, le temps de panser ses blessures avant de retourner sur le front.

« Qu’est-ce qu’il t’est encore arrivé, depuis quand l’archéologie est une discipline plus dangereuse que l’armée ?
Je t’en pose des questions. »

Voilà l’unique réponse de ce noble et honorable Emissaire. Quoi de plus ironique pour l’un des quatre élus, détenant le contrôle de ce qui compose le monde, de finir dans des draps blancs, enfin plus si blancs que cela et dégageant une forte odeur de désinfectant.
Abigail faisait partie de ces personnes au tempérament très inquiet sauf lorsque la personne se retrouve au plus près. Il semblerait normal de lui expliquer les choses en détails, mais cela reviendrait à imposer un nombre d’incohérences telles que la seule parade qu’il pourrait trouver pour calmer sa rage serait de lui révéler son secret toujours secret : « Je suis un Emissaire, je ne suis pour l’instant qu’une légende. J’aimerais le rester un peu plus longtemps, donc, je me suis laissé tabasser à mort par deux minables. » … Et je ne regrette absolument pas. Dans ces conditions, le mensonge comblerait les trous d’une façon beaucoup plus rapide, et surtout, sans atteindre son amour propre. Bien qu’il convienne d’éclaircir les faits, il se laissait le temps de la formulation, afin de tromper les passages les plus déplorables – comprendre humiliants – en un ensemble de boutades dues à la fougue de son jeune âge. Tout cela finirait scellé dans l’un de ses carnets de toute façon, et plus personne n’y aurait accès, à quoi bon la mettre dans la confidence

« Je sais parfaitement ce qu’il c’est passé…
Ah, vraiment ?
― Tu devrais prendre un peu plus soin de toi, au lieu de te préoccuper de…
Tout ce que j’ai à dire, c’est que tu ne te plaignais pas quand je prenais soin de toi.
― Tu as osé ! » S’exclama ce bon vieux Illias en sautant de son fauteuil, alors que la jeune demoiselle s’empressait de s’interposer pour qu’il ne dépasse pas la ligne blanche. Ce qui n’empêcha pas l’Emissaire de jouer de la situation la plus risible à laquelle il pouvait assister depuis quelques jours.
« Et quoiqu’une autre nous ait séparé par son obstination, tu ne devrais pas laisser de vieux sentiments t’éloigner des plus récents.
― Cécile d’Istus est une greluche et tu le sais parfaitement.
Quoi qu’il en soit, en deuxième année, elle avait déjà la cote et tout ce qu’il faut pour ne pas nous laisser indifférent. » Cette fois l’air médusé de ses collègues ne pouvait l’empêcher d’éclater dans un rire franc et sincère qui lui remuaient son flanc endolori. Même après tout ce temps, il restait des histoires croustillantes dont ils n’avaient pas encore vent. « Appelez l’infirmière, cette situation est tellement hilarante que j’en ai fait sauter mes points.
― Elle doit bien avoir trois ans de plus que toi, Ryd.
Et alors, j’avais dix-sept ans, elle me plaisait, et dans notre promotion tout le monde avait plus ou moins trois ou quatre ans de plus que moi, si je devais m’arrêter à cela. Une partie de la promotion de cette année doit tout juste avoir mon âge, j’y trouverais peut-être une charmante amante, qu’en dirais-tu Sig ? » Il conclut sur un petit cri strident, provenant du choc d’un ballotin de chocolats sur sa blessure de guerrier archéologue, en provenance d’une jeune demoiselle excédée s’en allant quémander des soins pour son pitoyable ami.

Plus tard dans la journée, il comprit que cette visite n’était pas motivée par le hasard mais plutôt par la présentation de ce cher enseignant des langues aux nouveaux arrivants. A coup sûr, il tenterait d’affoler les esprits faibles et d’implorer le regard de ces faibles demoiselles dans quelques gestuelles et manières parfaitement caractéristiques.
Il rejoint donc ses collègues à l’entrée de l’infirmerie d’un pas relativement blasé, ou peut-être était-ce la gêne ou encore les drogues sensées l’apaiser qui lui donnait cette allure… Il en reste qu’assister à une cérémonie d’ouverture ne l’enchantait guère, qu’importe qui la présentait à vrai dire. Ce genre de spectacle est toujours le même. Les charmés et ce qui veulent se faire bien voir seront en face, tout en bas de l’auditoire, les plus riche seront au fond, et eux ils s’installèrent au centre comme pour ne pas se rallier à l’un ou l’autre des clans. Théoriquement, il n’avait pas grand-chose à faire ici, ils n’étaient plus vraiment des étudiants. Et à quelques sièges, il vit celui qu’il était il y a à peu près cinq ans, bien que celui-ci soit un peu plus âgé. Il comprit bien rapidement qu’il se perdait un peu dans cette nouvelle vie qu’était la sienne. Etait-il riche ? Puissant ? Juste, plus intelligent que la moyenne ? Quoi qu’il en soit ce regard fixe et cette façon de froisser la carte des lieux, il le connaissait parfaitement ce sentiment, celui d’être parfaitement étranger au lieu qui nous accueille. Etait-ce de la pitié ou simplement de la courtoisie, là n’est pas vraiment la question. Avançant de siège en siège, il se rapprochait de lui sans même qu’il s’en rende compte, puis il prit un marqueur dans l’une de ses poches avant d’arracher la carte des mains de cette âme perdue. Dans un bref sursaut le jeune homme perdit pied jusqu’à en tomber à la renverse sous les rires des jeunes blanc-bec derrière lui. Un regard du diplômé suffit à les faire taire. Intérieurement, il était fier de lui… Avec les années il n’avait pas perdu le regard foudroyant d’Hyperion, la seule caractéristique d’Ignis dont-il pouvait se vanter. Ou bien, il avait peut-être eut vent de son nom ou de sa réputation, tout cela leur faisait peut être peur.
Quoi qu’il en soit, il fit quelques croix et marques sur la dite carte avant de lui adresser ces quelques mots : « On passe tous par là, tous les lieux importants sont indiqués après tout. Puis ils ne sont pas tous aussi stupides que ce là, tu le comprendras avec le temps. Puis il y a de jolie demoiselle à fréquenter. »

Voilà que son ancien professeur l’interrompait vulgairement en commençant son discours. L’Emissaire reprit place dans un clin d’œil à son jeune protégé, avant de dévisager l’enseignant. Il ne médirait pas sur sa culture, mais tout de même, il y a bien des rumeurs qui trainent à son sujet, elles mériteraient bien d’être éclaircies un de ces jours.
Une partie buvait ses mots, l’autre craignait ses mots, dans tout cela, il se sentait excessivement extérieur. Il n’avait pourtant rien d’un Dieu – sans prendre son adolescent de divinité comme référence –, bel homme, indéniablement, de là à baver sur son discours… Bien qu’il ne soit pas bon juge, il ne comprenait pas. Soudain, il entendit un groupe de dernières années bavasser : « Il est célibataire tu crois ? – Il ferait un bon parti c’est certain ! – Il parait qu’il a surtout d’autres talents. » Tout cela suivit de gloussements envieux, qui lui arrachèrent quelques soupirs de lassitudes et d’incompréhensions. Ses propres amis se mirent à chuchoter.

« Il n’y a pas à dire, il impose tout de même.
― Tu parle, vu toutes les rumeurs de conquêtes qu’il a sur le dos, je ne comprends même pas comment il peut encore se présenter. » L’Emissaire prit finalement la parole.
« Certaines d’entres-elles sont probablement fondées, les autres sont simplement des commérages, des fantasmes d’étudiantes.
― Comme toi et cette fameuse Cécile.
― Non, ça, c’est une vérité. » Chuchota nerveusement Aby en donnant un bon coup bien placé à l’Emissaire. « Vile femme, succube ! » pensa-t-il en étouffant un râle plaintif.
« Moi je pense que tu ne supportes pas le fait de ne pas avoir majoré sa matière, mon cher. C’est un coup dur.
Disons surtout que je ne m’acharnais pas sur ses demandes absurdes. Je doute que lui rendre des traductions incomplètes avec pour raison ‘ce texte est d’une qualité minable offensant la langue ancienne’ lui ait véritablement plu, bien qu’il n’en soit pas l’auteur.
― Quel tact.
A quoi bon mentir et perdre mon temps, puis je la parle probablement aussi bien que lui, cette langue. Sauf que moi, je ne m’attache pas autant aux détails techniques. »

Il mit fin à cette discussion en la balayant du revers de la main, à quoi bon justifier, défendre ou bien examiner ce cher Eloan Galaad. A vrai dire, jusqu’à présent ils n’avaientt pas vraiment échangé, si ce n’est quelques sobres salutations dans un couloir. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de le dévisager pour tenter de le percer à jour. Toutes ces rumeurs sont-elles fondées ? Que peut donc chercher ce bellâtre dans la vie.

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Lun 23 Juil - 17:48
Le discours d'Eloan avait été prononcé avec conviction, il croyait ce qu'il disait. Car certes, on pouvait penser qu'une telle introduction, dans un telle école, dans un tel endroit, pouvait être anodine, voire banale, surtout de la part d'un professeur de langue ancienne... Néanmoins, souvent, voire toujours, les nouveaux étudiants sont ignorants. Ils ne savent pas, ne connaissent pas les enjeux. Certes, on était à Ventus, mais la langue ancienne n'était pas connue de tous. Aujourd'hui, une vague de pensée se propageait presque, comme quoi la langue ancienne ne servait plus à rien, n'était qu'un vestige, une ruine du passé, qui restait là, dans le présent, qui figurait juste, avec un aspect d'inutilité totale, d'inanité... Étrangement, plus on se dirigeait vers Ignis, plus cette pensée était récurrente, et plus Eloan pouvait faire des bonds incommensurables et inimaginables.

La langue ancienne était autre chose qu'un stigmate du passé, c'était son souvenir quasi-intact, relaté dans les textes, elle détient tous ce que l'on peut trouver, les prémices de l'histoire, de la littérature, du théâtre, de la pensée, de la philosophie, de la magie supérieure... Bref, c'est l'histoire de l'humanité.

L'enseignant cherchait comment continuer son séminaire, il pouvait dire tant de chose différente. Ah, enseignant, il n'est plus vraiment professeur depuis quelques jours il faut dire, mais la nouvelle n'était pas encore officielle, le temps de mettre les choses à plat, et au point avec ce noble Henry Artins. Il regarda son auditoire, en entendant des paroles isolées. Ses yeux tombèrent sur un jeune blondinet, qui s'était extraordinairement fait remarqué durant les années passées. A coup sûr, c'était un surdoué, car avait de grandes facilités et quelques années d'avance. Pour autant, Eloan l'appréciait bien, non pas parce qu'il frôlait l'insolence, mais parce qu'il avait de l'audace, cela, il ne pouvait lui retirer ce mérite. C'était une qualité qui le faisait immerger de la moutonnerie qu'était l'académie Mihailov. Le Professeur de langue ancienne sourit, presque sardoniquement, à une pensée qui lui vint sur le moment où il vit le jeune Ryd Fenril.

« ― Bien, l'introduction étant faite, je pense que le mieux pour des étudiants de premières années est d'avoir un contact avec les générations précédentes. C'est pourquoi je vais laisser la parole à un doctorant d'exception qui va pouvoir commenter ses années au sein de l'établissement, et son approche vis-à-vis de la discipline. Monsieur Fenril, je vous prie de bien vouloir descendre. » Finit-il, d'un air enthousiaste, en tendant un bras vers lui.

Soudain, tout le monde se tourna vers l’interpellé dans un bruit sourd. Eloan, dans son for intérieur, savait bien que c'était pour « emmerder » Ryd, car il lui en avait fait des vertes et des pas mûres. Mais au fond, il appréciait bien cet élève, et maintenant qu'il était doctorant, il l'estimait bien davantage, presque à son égal, pourrait-on dire, mais n'exagérons rien tout de même. De plus, face à un tel public, il était malaisé pour l'énergumène désinvolte de trouver une parade une fois de plus, surtout face à l'autorité qu'avait Eloan, son statut le lui permettait tant qu'il le détenait encore. Aussi, il faut l'avouer, le fils unique des Galaad voulait percer les réelles pensées du jeune doctorant depuis un moment, que pensait-il vraiment de la langue ancienne, des cours, et de ses enseignants ?




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Jeu 26 Juil - 22:17
Tout en prenant le temps de l’observation et en tendant une oreille distraite, le jeune Emissaire parcourait l’auditoire pour y trouver des visages connus. Parmi les diplômés, il n’y avait pas grand monde, ce qui s’avère tout à fait normal lorsque l’on considère le public visé par l’intervention, le jour et que la plupart des anciens étudiants gardent un souvenir assez amer des cours de langues. Le peu de membres s’avérait être majoritairement féminin d’ailleurs, il est vrai qu’en un sens, l’art de manier les mots saurait être relativement féminin, bien qu’à son avis pour une grande partie d’entre-elles, la motivation devait être ailleurs, ou en tout cas partiellement ailleurs.
D’une manière tout à fait dichotomique, il finit par identifier tous les étudiants de sa promotion, y compris les doublant, quelques personnages influents, principalement par leur nom, quelques visages charmants, d’autres moins… et Isaac James. Isaac est un jeune homme assez atypique, aux premiers abords froid et distant, en réalité il ne fait surtout confiance à personne. Depuis quelques temps maintenant, Ryd l’embarque dans quelques unes de ses excursions et paie ses droits Universitaires. Orphelin depuis ces mêmes quelques temps, il ne saurait subvenir à ses besoins – colossaux pour un adolescent – par lui-même. Il est parfaitement brillant, quoiqu’aux idées assez saugrenues. A cela vient s’ajouter son état de pactisant qui le rend unique tant son don est surprenant : figer le temps organique.

Soudain l’enseignant s’interrompit dans son discours, imposant un regard inquisiteur sur le minois de ses futurs étudiants et peut-être proies en devenir pour certaines. Puis, toujours dans la même trame, une idée merveilleuse lui vint. Faire intervenir les anciens. Bien évidement, il prit un malin plaisir à dénoncer… introduire l’un de ses plus jeunes étudiants et blondinets de surcroit, comme s’il s’agissait d’une caractéristique atypique. Assez finalement, il n’avait que des bruns à deux rangs d’intervalle, c’était donc aussi atypique qu’un petit pois dans une purée de carottes. Il se sentit exclu sur le moment, mais les mots d’Eloan Galaad le remirent sur la route des « emmerdements ». Alors que l’assemblé se retournait dans un bruit commun, il affichait un regard assez blasé qui se voulait foudroyant et à l’intention de son séducteur d’enseignant… Enfin ce n’était plus vraiment « son enseignant ». Tout en se relevant doucement, il priait le premier année d’il y a quelques instants de le laisser passer, il avait des marches à descendre. « Ne faîtes pas trop de mouvements », qu’elle disait, ce n’était pas à lui qu’il fallait lui faire remarquer, mais plutôt à toutes ces personnes qui le privaient d’un repos bien méritait.

Sans un mot, toujours suivi par les regards encore plus inquisiteurs de l’assistance, il descendait les marches en niant son flanc qui s’étirait assez désagréablement. Autour, il entendait bien les remarques et les questionnements, mais il n’y prêtait pas attention. A quelques pas, il s’empara d’une craie, pour écrire une phrase sur le tableau noir et plutôt immense, ces grands gestes – pour écrire large et lisiblement – n’étaient pas adaptés à sa situation, il finit donc par lâcher la craie qui continuait sa tâche en lévitant dans des mouvements relativement gracieux. Pour sa part, il prit place devant le bureau présent sur l’estrade pour si appuyer et prendre un peu de repos.

« Pour ceux qui arrivent à déchiffrer, c’est bien, pour les autres, ça viendra. Il est dit que la puissance des mots ne réside pas dans leur énonciation mais plutôt dans leur compréhension. Vous n’êtes probablement pas tous des mages, mais il faut bien se l’avouer, maitriser des sorts dans cette langue, c’est une motivation pour plusieurs d’entre vous. Et ce n’est pas une erreur, un sort prononcé dans la langue ancienne aura plus d’intensité. Pour tout vous dire, je ne sais pas si ça a été prouvé, en tout cas ça a été remarqué. » Après une petite pause, il reprit.
« A vrai dire, s’il y avait une chose à dire clairement, se serait qu’ici, l’influence, l’argent, le « pouvoir », tout cela n’a pas d’importance, faîtes-vous un nom en brillant par votre compréhension des choses, ne comptez pas sur l’aspect social qui transite parfois dans les couloirs. D’une manière générale, il faudra s’accrocher, éviter d’abandonner ou se laisser aller. Puis, vous ferez des rencontres sympathiques, imposantes, parfois intimidantes, dans tous les cas la pire erreur c’est de suivre le mouvement. Votre enseignant vous le dira peut-être, je n’étais pas le plus assidu de ses élèves. » Dit-il en détournant le regard vers Eloan.
« Le plus important c’est de vous faire votre propre avis, votre propre opinion sur ce que l’on vous enseigne et ce que l’on tente de vous faire retenir. Tout retenir, ce n’est pas évident et probablement contre productif. Certaines choses sont vitales et d’autres purement anecdotiques. Après tout, vous êtes grands maintenant, c’est à vous de faire vos choix et pas à ceux qui vous font face. Je pourrais continuer longtemps comme cela, mais procédons autrement, avez-vous des questions ? » Silence de mort. « Je ne vais pas vous manger, j’étais sur ces mêmes bancs il y a encore quelques temps. » Un courageux prit la parole.
« Qu’elle est le premier livre que vous avez lu en langue ancienne ?
Un recueil de contes pour enfants.
― Un recueil… A quel âge ?
Huit ans, il me semble, mais ça fait un moment, j’imagine que je n’y comprenais pas tout.
― Voilà qui éclaircie les choses. Et que faut-il faire pour surmonter ces cinq ans.
Ne pas faire cinq ans si vous n’en voyez plus le bout, se fixer des objectifs à atteindre. S’accorder du repos, de la détente et une vie sociale. Se faire des amis. Ce n’est pas un bagne vous savez, il serait bien trop doré si c’était le cas.
― Que faites-vous maintenant ?
Je suis archéologue et je travaille pour l’Université, donc oui, vous me verrez encore roder dans les couloirs. »

Et les choses se poursuivirent de la sorte, la méthode des questions et des réponses avait du succès et du bon. Il n’avait pas vraiment besoin d’entrer dans les détails de ses années d’une façon personnelle et de se qu’il pensait intimement. Se livrer au public ce n’était pas dans ses habitudes. Par ailleurs, il prit soin d’éviter les questions gênantes et tout à fait hors sujets.

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Jeu 2 Aoû - 23:54
Dans un brouhaha encore sourd et quasi-omniprésent dans l'amphithéâtre, l'enseignant observa son ancien élève descendre les marches comme il le pouvait, tant bien que mal. Et, malsainement,, il se délecta presque de ce moment, mais il s'agissait davantage d'un relent inconscient que d'une admiration sadique, bien entendu. Le voyant arriver près de l'estrade, il lui laissa place en se décalant sur le côté, mais discrètement, il reprit son manteau qu'il avait laissé sur la chaise et l’apposa sur son avant-bras. Aussi, l'aisance que Ryd avait en toute situation ne faisait qu'augmenter sa nonchalance aux yeux de l'enseignant, c'est pourquoi, il le regarda un instant annoter le tableau, et le quitta des yeux rapidement, pour fouiller les poches de son manteau. Il en sortit un papier, papier qu'il glissa secrètement sur le bureau, à l'intention de Ryd, tandis qu'il parlait et regardait ses jeunes collègues.

L'enseignant ne fit pas que cela, il abandonna le mot sur la table, et alors que toute l'attention de l'assistance était infailliblement aspirée par la présence de l'élève quasi-prodigue, il descendit de l'estrade et sortit par la porte la plus proche. C'est alors qu'il marcha rapidement dans les couloirs, jusqu'aux toilettes des hommes au bout de celui-ci. Il y pénétra, elles étaient vides, il s'avança alors dans une cabine, où se trouvait quelqu'un, mais sa présence n'eut pas l'air de le surprendre. Après avoir soigneusement fait attention d'être seuls dans la pièce et avoir refermé les portes, Eloan commença à se dévêtir de ses atours, manteau, par-dessous, pantalon, pour revêtir ceux que tenaient la deuxième personne. Une fois habillé, il sourit à son acolyte, s'en approcha, et l'embrassa même fougueusement avant de lui dire avec une malicieuse gratitude :

« — Merci Lucie ! »

Pour ceux qui s'attendaient à ce que ce soit un homme, raté. Profitons de cette narration, pour mettre des choses aux claires, et au moins les trémas sur les i, sur quelques rumeurs qui tourneraient dans quelles conversations que ce fût au sujet d'un Eloan touche-à-tout, notamment dans le penchant androgame, et pour dire qu'Eloan ne s'intéresse uniquement qu'à la radieuse et harmonieuse gente féminine. La seule réponse, en tout cas, de la jeune femme fût un léger sourire, presque blasé, elle ne comprenait toujours pas pourquoi il lui avait demandé de se faufiler dans les toilettes masculines avec des vêtements pour qu'Eloan en change, mais peu importe, elle commençait à avoir l'habitude de ces étrangetés de la part de son, pourrait-on dire, employeur. L'enseignant sortit alors de la cabine, vint mirer son nouvel accoutrement dans un miroir et se coiffa grâce à un peu d'eau qu'il prit dans le creux de ses mains. Puis il sortit, sans vraiment se préoccuper de la façon dont aller déguerpir Lucifer. De toute manière, il ne s'en faisait pas, car elle sait se débrouiller, après tout, elle est grande...

Alors Eloan marchait de nouveau sur le pavé des couloirs, mais cette fois-ci, les couloirs étaient extérieurs, d'un côté il y avait des classes, de l'autre, derrière les colonnes qui soutenaient la toiture du bâtiment, il y avait un jardin, impeccable et très bien entretenu. Au soleil du début d'après midi, on pouvait voir un nouvel Eloan, méconnaissable. Tout d'abord, il marchait avec une canne noire, fine et raffinée, faite d'ébène en son long, avec un manche en acajou rouge finement travaillé. Ses cheveux étaient rabattus en arrière délicatement, dans leur succin habituel, surmontés d'un haut de forme. Son visage n'avait pas foncièrement changé, une barbe et une fine moustache postiches, ajoutez à cela des lunettes de vue, il ne prêtait plus vraiment attention à l'homme qu'il était réellement. Sa tenue suivait à merveille l'élégance de sa stature. C'était une tenue de musicien, un noir costume à queue de pie. De sa poche sur sa poitrine se déversait un mouchoir de soie blanc et immaculé. Ainsi habillé, le jeune homme traversait gaiement les jardins de l'académie qui séparaient les différents bâtiments et différentes sections. C'est alors qu'il revint vers les lieux fréquentés par les étudiants, et surtout un bâtiment solitaire qui trônait au milieu d'une cour, assez grand, beaucoup de personnes s'agitait tout autour, à l'intérieur et sur ses terrasses, car c'était un véritable lieu de vie : il s’agissait d'un café universitaire « Gammes et Arpèges ». C'était le café du département de musicologie de Mihailov, l'un des meilleurs de l'académie, sans aucun doute. L'enseignant s'y avança, y pénétra et se dirigea vers le comptoir. Prestement, il y commanda quelque chose, dit où il se trouverait dans ce tohu-bohu, et monta à la terrasse du deuxième étage, à une table à deux places.

A présent, il allait attendre. Sait-on jamais, son invité allait peut-être venir. Dans tous les cas, pour venir, il fallait qu'il ait bien retenu ses cours. Eloan savait que l'étudiant n'appréciait pas certaines des œuvres qu'ils avaient étudiées, pourtant, la citation qu'il avait indiqué était tiré d'une œuvre sensationnelle concernant la musique, l'un des fondements écrits de la musicologie, écrits par une femme. Ryd n'était pas stupide, et le fils Galaad savait qu'au vue de la citation en langue ancienne inscrite sur le papier, de son auteur, quand bien même il ne reconnaîtrait pas la citation, musicienne reconnue, et de la tâche de café incrustée dans ses pores, il pourrait aisément deviner le lieu de rendez-vous.

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Jeu 9 Aoû - 0:42
Les questions vacillaient des plus pertinentes aux plus ridicules, en passant par les demandes typiques de l’étudiant qui veut bien se faire voir par son enseignant. Manque de chance, Eloan n’avait pas pris le temps d’attendre ses remarques des moins intéressantes et parfaitement hypocrites.
L’Emissaire comprit bien vite la raison de la demande de ce dernier, pendant qu’il occupait la foule, lui, pouvait s’enfuir et vaquer à des activités moins rébarbatives que la présentation d’un cours aussi long que celui de l’enseignement de la langue ancienne. Pourtant, Ryd ne comptait pas se charger de cette affaire, l’enseignant répondrait de ses actes, ou plutôt de ses manquements, devant son supérieur direct. Car oui, Eloan Galaad n’était pas son propre patron et dans le fond, il y a fort à penser qu’il le savait parfaitement, mais qu’il s’en moquait tout simplement. Aussi, le jeune diplômé prit la situation avec légèreté au point de la détourner avec dérision. Depuis son arrivée à Mihailov, il prenait un grand plaisir dans l’observation de ses collègues magiciens, il y avait des modes dans la pratique de la magie à Ventus, et lui, il s’en amusait follement.

Lorsqu’il désigna plusieurs étudiants, des nouveaux venus et des anciens chevronnés, Illias et ses deux comparses comprirent immédiatement de quoi il en retournait, lâchant un long soupir de concert, ils se firent une raison. D’un signe du pouce, il fit signe à Isaac James, son protégé, de sorte qu’il déclenche son don et que le bâtiment ne souffre pas des destructions potentielles. L’atmosphère se fit rougeoyante, l’un des effets secondaires du pacte d’Isaac.

« Bien, montrez-nous vos talents, dit-il en ouvrant les bras. Il n’y a pas de crainte à avoir, les lieux sont sécurisés. »

Sans se faire attendre, l’Emissaire s’en retournait vers son tableau noir pour leur laisser la place. Le premier, un jeune homme grand, à la carrure imposante, il se comportait exactement comme Ryd le supposait. De grands gestes, trop d’intonation, un vrai drame théâtral. Il retint un ricanement. La seconde l’a forcé à se retourner pour étouffer un profond fou rire. « Gyo, gyo, gyo, gyo … De la rivière vient l’eau, et sur ta tête elle finira ! ». Le tout associé au geste avec une sorte de branche en cèdre inutile, il faillit s’étouffer et s’étaler sur le sol en se promettant de revenir régulièrement dans leur cours pratique de magie. Il y avait là de quoi provoquer des fous rires mémorables.

« Qu’y a-t-il monsieur ?
Rien, rien, continuez, pouffa-t-il, en étouffant son rire dans une quinte de toux digne d’un tuberculeux.
― Vous êtes sûr ?
Certain, vous illuminez ma journée mademoiselle, votre candeur n’a d’égal que votre intelligence. »

Elle rougit, arrachant un rire incontrôlé à l’Emissaire qui s’en tenait les flancs tant la situation, par sa bêtise, lui provoquait des crampes mémorables.

« Désolé, je viens juste de repenser à une situation vraiment tordante. Dans tous les cas, vous avez tous du potentiel, c’est à développer. » Conclut-il en épongeant une larme qui germait au coin de son œil.

C’est à ce moment qu’il prit conscience du bout de papier déposait par Eloan, et à son intention à en croire par la langue ancienne utilisée. Il fit le lien très vite avec un auteur étudié pendant son cycle d’étude… L’un des quelques uns qui savaient le garder éveiller le soir lorsqu’il rechignait à assurer les travaux demandés par l’enseignant. En usant outrageusement de ses dons d’Emissaire, il fit tinter la cloche signifiant la fin de ce séminaire. Il fut d’ailleurs le premier dehors, les yeux rivés sur son bout de papier. S’il fallait donner une raison au fait qu’il retienne ce nom sans problème, se serait probablement parce qu’elle est tout autant musicienne qu’auteur à « sensation ».
Tout en fredonnant une partition qu’on lui avait martelé dans son enfance, c’est instinctivement qu’il prit la direction du quartier des musiciens pour se rendre dans un premier temps, dans le plus grand auditorium… Lieu où il croyait retrouver son énigmatique enseignant. Déception.
Ce n’est que lorsqu’il déambula vers un café qu’il aperçu Eloan sur une terrasse dans un costume de Dandy, il comprit alors que la tâche de café n’était pas là par accident et manque de sollicitude envers lui, tout du moins pour prendre du papier propre.

Il prit la direction de la terrasse pour le rejoindre, toujours en fredonnant cet air entêtant. Il faut dire qu’il l’avait marqué … Mais, à hauteur d’Eloan, il s’interrompit dans un nouveau fou rire lorsqu’il entendit un étudiant fredonner le même air dans un « Gyoyo Gyo Gyoyoyou ! ». Sans laisser le temps à Eloan, il lui fit signe de ne pas chercher à comprendre. Finalement il reprit son sérieux en s’adossant à la rambarde.

« A quoi ça rime ce jeu ? Abandonner une salle pleine de jeunes … Quelque chose a changé ? »

Il est vrai que même s’il ne donnait pas nécessairement de sa personne, il était rare de le voir abandonner sa place en plein discours.

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Jeu 9 Aoû - 12:17
C'est dominé par un ciel myosotis, d'une fraîcheur aimable et agréable, qu'Eloan était assez confortablement sur sa chaise, sur sa terrasse choisi un peu par pur hasard et surtout par la fantaisie de l'envie de s'habiller en dandy musicien. Ses pensées bouillonnaient de mille et unes idées, s'écumaient de nombreuses théories, principes et se teintaient d'imagination sans borne. En somme, aujourd'hui, il était de bonne humeur, d'humeur joviale. Voire trop, pour tout dire, et dans ce cas, c'est généralement inquiétant. Qu'allait-il faire ce soir... Grande question.

Peut-être flânerait-il dans le parc des artistes ou que descendrait-il à la place Maëlys, regarderait-il tous les passants, imaginant avec une curiosité folle quelle sorte d’existence ils pouvaient mener. Quelques-uns étaient tout bonnement fascinants. D’autres pouvaient lui inspirer des horreurs inavouables. Il y avait alors comme un exquis poison dans l’air. Il ressentait la passion de ces sensations... Eh bien, un soir, vers sept heures, pourra-t-il se résoudre à sortir en quête de quelque aventure. Il sentait que notre gris et monstrueux Omnia, avec ses milliers d’habitants, ses sordides pécheurs et ses péchés splendides, comme diraient certaines connaissances d'Eloan, devait avoir pour lui quelque chose en réserve. Il imaginait mille choses. Le simple danger lui donnait une sorte de joie... Et c'est pourquoi il ne se limitait pas aux enceintes d'Omnia, mais pouvait chevaucher à travers tous les horizons de Ventus, et s'il le pouvait, et s'il en avait l'occasion, il se précipiterait vers les autres nations, comme il l'avait déjà fait, à Aquaria trop de fois (mais il faut avouer qu'une fois le tour fait... Ca reste Aquaria quoi.) mais aussi quelques escapades à Terra et Ignis, notamment.

A coup sûr, il voulait s'échapper, faire la découverte du monde et de soi, car il savait qu'à le vue d'autres mondes, il serait tout autre, il serait un autre. Comme il se plaisait si souvent à le penser et à le chantonner : « Je est un Autre, Je est une ombre, difforme, volatile. Je suis. Je suis cette ombre qui, lentement, erre, qui, dans les frimas et nuées ; vole, éphémère. Je suis l’Invisible, je suis le tendre vent, les feuilles fuyantes et le brouillard insolent. Je cours sur les terres noires de mes pensées, Je sombre dans les méandres insoupçonnés.». D'ailleurs il s’étonnait toujours et épouvantablement de la psychologie superficielle qui consiste à concevoir le Moi dans l’homme comme une chose simple, permanente, digne de confiance, et d’une certaine essence. Pour lui, l’homme était un être composé d'une infinité d'exaltations, de myriades de vies et de myriades de sensations, une complexe et multiforme créature qui portait en elle d’étranges héritages de doutes et de passions, et dont la chair même était infectée des monstrueuses maladies de la mort.

Ah, la mort... Grande symbolique pour le nouveau Maître des Arcanes. A la fois un grand mystère, effroyable en soi, et un complice sans faille, qui poussait Eloan de s'en approcher, pour ressentir pleinement la vie qu'il menait...

Soudain, un rire connu l'extirpa de ses élucubrations, s'interrogeant rapidement sur sa cause en regardant Ryd, qu'il attendait depuis un petit moment maintenant, mais ne s'y arrêta pas plus longtemps, après le geste de l'étudiant. Eloan posa son regard sur ce dernier après qu'il lui adressa la parole, la tête un peu en arrière, de façon assez étrange pour être franc, un air amusé ébauché sur ses lèvres.

« — Qui sait, peut-être est-ce top secret. Éventuellement, cela te dépasse, au moins à la hauteur de trois pommes, celles du gamin qui sert et fait office de dirigeant à Aquaria. » lança-t-il, avec un ton humoristique.

Soudain un serveur arriva en montant les marches de la terrasse, et s'arrêta devant la table où était assis le Mage d'eau, il y déposa une assiette où trônait joliment une pâtisserie, et un verre d'une couleur mielleuse.

« —Ce sera tout, Monsieur ? Demanda-t-il
— Oui, merci mon brave, ce sera tout , à moins que mon ami souhaite quelque chose. continua-t-il en regardant Ryd pendant qu'il versait dans son assiette une petite pyramide cramoisie de fraises aromatiques, et qu'il la neigeait de sucre en poudre au moyen d'une cuillère tamisée en forme de coquille.  Plus sérieusement, oui, il s'est passé quelque chose qui fait que je ne juge plus nécessaire de faire de la garderie... On me l'a demandé mais ce n'est plus vraiment mon rôle, même si je n'ai jamais considéré que c'était mon rôle, il est vrai. Aussi je vous remercie aimablement d'y avoir mis un terme à ma place. » acheva-t-il en sortant de son veston un petit sachet, (en le prenant il sourit à Ryd), et le versant dans son verre. C'était une poudre blanche...




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Ven 7 Sep - 1:48
C’est un ciel radieux, bleu et parsemé de nuage laiteux, appétissant, que le jeune pactisant observait d’un air vif, l’œil pétillant, toujours pétillant. Toutefois, lorsqu’il comprit que son interlocuteur l’avait laissé gérer la cage aux lions volontairement, parce qu’il ne voulait pas s’en occuper, tout simplement, il fit volte-face, tournant le dos à ce dernier.
Au même moment, dans la toute manifestation de sa désapprobation, il sourit. Quelques étages plus bas, deux étudiants, visiblement en première année, agitaient des brindilles de cèdre en récitant des formules. Une manie. Une mode. Pourtant, tout cela est inutile, tout du moins dans son inutilité le geste avait de quoi faire sourire. Et si son enseignant ne lui avait pas proposé un repas gratuit, il n’aurait pas réagit. Par respect, il fit un geste de la main qui semblait signifier qu’il ne voulait rien, pourtant, il n’en était rien et le serveur refit son apparition quelques minutes plus tard, un verre à la main. Il le déposait avec soin et sympathie. Plein d’un liquide jaunâtre, une rondelle de citron, une branche de menthe figeaient sous trois glaçons assurant à eux seuls l’équivalent du quart du volume utile de ce verre. Voilà, l’une des raisons qui magnifiait à son sens la vision de ce pays. La liberté de boire une boisson dont la fraicheur laissait perler un condensat sur le verre, qui ne manquait pas de se figer sous une brise hivernale, clémente et pourtant suffisante.

Quelques instant plus tôt, il prenait place sur chaise, à califourchon, toujours avec son sens aiguisé de l’observation. Des informations, secrètes, difficiles à dévoiler, qu’entendait-il par là, voilà la question qu’il se posait, à laquelle il demandait une réponse sans pour autant la recevoir et qui lui titillait la curiosité. A un tel point qu’il préférait se contraindre à l’écoute pour ne pas paraître trop intrusif. Il en reste qu’une chose changerait bien dans les semaines à venir, aussi futile ou capitale soit-elle. Et alors qu’il achevait sa phrase, le regard du jeune homme se stupéfiait devant ce sachet d’une étrange nouveauté. Un sachet blanc, artisanal, fermé à l’aide d’un simple rabat. Etrange tout cela, très étrange. Bien qu’il soit habitué aux excentricités d’Eloan, Ryd n’en était pas moins surpris par cette nouvelle bizarrerie. Faisant mine de rien, il prit une gorgée rapide, avant de croiser les bras pour faire un tour du paysage. Il y avait de tout, mais surtout de rien, le quartier des artiste est haut en couleur, c’est un fait. Laissant passer le temps, il finit par l’interroger de nouveau, dans un air relativement penseur. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, il ne s’agissait en rien d’un interrogatoire concernant ses petits secrets qu’il n’oubliait pas pour autant et sur lesquels il reviendrait probablement par la suite. A moins qu’Eloan ne le devance et passe à table.

« Quel cachet donnez-vous à l’existence de Dieu et d'Ehol ? »

Loin d’être religieux pour un sous, cette question relevait tout de même d’une certaine importance pour l’Emissaire et évaluerait l’ouverture d’esprit du mondain dans toutes ses mondanités, ses secrets il les découvrira par la suite. Comme dit le proverbe, tout vient à point pour qui sait attendre.

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Jeu 27 Sep - 17:18
Le temps était bien clément pour cette délicieuse journée d'hiver. C'était un temps à penser, un temps à réfléchir à toutes choses, à tout et à rien ma foi. Juste un instant de plus à dévorer de pensées, d'élucubrations, de rêveries, d’extravagances.
La question de Ryd, coupée de toute la discussion qui avait précédée, surprit un peu Eloan, et c'est en écoutant cette même question qu'il prit une pose de réflexion, en regardant de temps en temps cet élève qu'il appréciait fortement, même peut-être davantage que tout autre, notamment grâce à la jugeote que les autres n'avaient guère. Enfin, l'enseignant de la langue ancienne répondit :

    « – Quelle question subite. Mais certes pas inintéressante pour y avoir souvent consacré de mon temps. Tout d'abord, concernant Watos, Dieu oh puissant et éternel qui a créé le monde et l'Homme, je ne dirai que deux mots, un franc et magnifique : pourquoi pas. Mais en découlent beaucoup d'autres choses, assurément, un pourquoi pas ne pourrait pas rester ainsi, en parfait balancement d'indécision. Pour moi, découle surtout de cette question, une seule notion : la liberté. En admettant l'approche anthropomorphique de la chose, selon laquelle nous serions juste la suite logique d'une espèce animale évoluée, j'aurais le plaisir de dire que l'homme est libre et qu'il agit selon la nature, jusqu'à ce que les notions de conscience et de morale interviennent, mais je ne vais pas les aborder ici, je ne suis pas là pour cela. Donc, en reniant l'existence d'un quelconque Dieu et de son messie, nous sommes libres, cette approche me plaît bien je dois dire. acheva-t-il, en joignant ses mains et en souriant. Néanmoins, on peut supposer que Watos a créé le monde et l'a peuplé de l'humanité. Ou que, bien sûr, l'humanité a peuplé le monde et a créé Watos pour se rassurer de l'inconnu et des dangers du monde. N'est-il pas merveilleux de penser qu'un Dieu s'occuperait de tout ce qui nous dépasse, non ? C'est très amusant ! Mais imaginons qu'il existe, qu'il nous ait façonné, et je ne sais pourquoi d'ailleurs, pourquoi aurait-il voulu créer le monde et les hommes ? Grande question, pourquoi nous aurait-il créé si ce n'est pour nous mener à une fin ? Ou alors c'est un Dieu très joueur, et je l'aimerais bien ! Mais, censément, on ne créé par une chose sans but ou pensée derrière la tête... L'homme, alors créature de Watos, aurait une fin programmée... Personnellement je trouve cette vision particulièrement triste. Je ne pourrais plus me sentir libre comme je le suis, le pilote de mon propre navire. Si je suis gouverné par un destin qui m'incombe, pourquoi ne pourrais-je pas mettre le contenu d'un sachet dans ma boisson ? Dans tous les cas, je veux rester libre et indépendant. »

Eloan laissa alors un petit répit à sa voix, et commença à réunir ses idées vis-à-vis d'Ehol, et cela ne tarda pas, car il n'avait pas grand chose à en dire :

    «  – Pour le culte d'Ehol, ou même d'Albio je dirais, cela revient au même. L'un, soi-disant, pouvait contrôler les quatre éléments, et un autre, contrôlait l'entièreté d'un élément. Grand bien leur fasse et tant mieux pour eux, mais il me faudra des preuves tangibles pour que je puisse croire à leur existence. Et encore, amène-moi une Sofia, capable d'embraser le monde, ou un Albio, capable de créer des murs colossaux, je pourrai peut-être croire à leur puissance magique, mais rien ne me dirait qu'ils tiennent leurs pouvoirs d'Ehol. Après, certes, s'ils utilisent la Vraie Magie, mon intérêt de professeur de langue ancienne sera grandement éveillé, je ne le nie pas... Si je venais à rencontrer Albio par exemple, qu'il fasse s'élever des montagnes, des tremblements de terre, sans une parole, j'en serais sans aucun doute bluffé. Par ailleurs, quelqu'un qui maîtriserait tous les éléments, car il est impensable que quelqu'un puisse utiliser les quatre éléments. Puis de toute façon, ce n'est qu'un conte, un récit religieux, ça fait partie du mythe de la création, et il n'y a mention de cela que là-dedans, et nul part ailleurs. Cela reste un mystère... »

Un silence, coupé rapidement :

    «  – Quant à toi ? Ne penserais-tu pas qu'un Albio ne serait autre qu'un génie parmi les hommes, et non pas un élu du divin ? »




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Sam 3 Nov - 1:11
D’une question bien loin d’être innocente finit par germer les fruits d’une grande réflexion. Il n’en attendait pas moins de l’enseignant dont les pensées ne se laissaient jamais perdre et forçaient leur entrée dans les esprits.
Il faut dire qu’il n’avait pas tort lorsqu’il parlait de Liberté, du sentiment de pouvoir faire ses propres choix sans la Damoclès d’un Dieu omnipotent. Toutefois son avis sur la question restait mitigé. Il faut dire que certaines de ses convictions c’étaient vues bousculées un peu plus d’un an plus tôt. S’il n’avait pas encore fait la rencontre de Watos, son messager lui avait tendu la main. En signe de sa bonne foi et surtout de son identité, l’étincelle d’une magie qu’il ne maitrisait qu’en partie, tout cela gratuitement et sans aucune condition. Qui d’autre, sinon un être éclairé, bienveillant – ou follement futile – remettrait un tel don dans les mains d’un inconnu.

A vrai dire, s’il devait croire en un Dieu, il l’espérerait futile, futile au point de créer un monde sans plus s’en occuper par la suite. Que l’on croit ou non, peu lui importe en réalité, seuls les discours de ces prêcheurs si sûr d’eux, se basant sur des récits aussi vieux que le monde le dérange. S’en laisser de place au doute ou à une potentielle erreur d’interprétation, ils prêchent leur parole, et voilà probablement la raison des schismes et des divergences existantes … Voilà les raisons de son hermétisme à la religion. Face à l’évidence, il ne saurait s’investir religieux.

« Je dois bien admettre que je ne saurais aller si loin dans mon raisonnement. La sagesse de l’âge et des années j’imagine. » Jubilait-il, avec un regard taquin, presque moqueur. « Toutefois, si Watos existe, j’espère que son regard se penche vers d’autres centres d’intérêts ou bien qu’il restera négligeant encore un temps. Après tout, nous nous suffisons à nous même en termes de destructions et d’écart à l’humanité. Non ? »

Il n’attendait pas de réponse, de toute façon ses convictions n’avaient que peu de chance d’être bousculées. L’Homme a besoin de se battre pour se sentir exister, c’est une loi Universel à son sens. La paix amène à la guerre, et la guerre ramène – plus difficilement – à la paix. L’équivalence n’existe pas, chacun y perd pour parvenir à un équilibre nouveau.
Sur ces pensées sombres, il engloutit une partie du liquide contenu dans son verre, avec un petit frisson qui lui rappelait la température ambiante. A la dernière question de l’enseignant, il prit un long temps de réflexion. Quelle coïncidence qu’Albio ressorte dans leur discussion si peu tournée vers Terra. Car quoi qu’on en dise, l’alter ego du jeune homme représentait en tout point ce que Terra est. La chaine montagneuse étant son œuvre. Sofia fit aussi son apparition dans les pensées d’Eloan. A son intonation, la question surgit … Ehol avait-il choisi ses trois autres comparses ? Les rencontrerait-il un jour ? Ferait-il frais des feux ardant d’une Sophia aux milles attentions ?

« Si Albio devait-être un homme, à l’instar d’Ehol si l’Histoire dit vraie, je ne sais pas s’il serait un génie. Je doute que tout homme fort de ce Monde soit un génie, il n’y a qu’à voir nos contrées et les contrées voisines. Ignis voit ses puissants naître dans la force brute, Terra n’en est pas si éloignée, même si le leur dire, se serait déclencher une guerre. Les Aquaria jugent à la piété, et ici-même, tout n’est pas juste. Les forts sont souvent les plus fourbes, non ? En cela, Albio et ses comparses mériteraient peut-être d’être nommé par un personnage plus neutre, pour peu qu’il existe. » Dans une pause indécise, il prit la mesure de ses mots. « D’un autre côté, nous n’en savons encore que peu sur les mécaniques qui régissent ce monde. Mais concernant ces ‘élus’, il doit bien y avoir quelque chose de spécial s’ils naissent ainsi. Sans cela, nous aurions plusieurs Albio, plusieurs Sofia … Et visiblement c’est une option rejetée. Sinon, il faut bien une personne pour faire et défaire les légendes. Je ne prétends pas comprendre ce qui pourrait justifier un choix, qu’il soit naturel ou humain, mais une chose est certaine, génie ou simplet … Un Emissaire se voit saupoudrer d’un fardeau amère et sucré. »

Une gorgée plus tard, il prit la décision de revenir aux principes premiers de cet entretien, tout en gardant les idées d’Eloan à l’esprit. Un esprit volatile, volatile et libre … Une qualité qu’on ne pourrait lui retiré tellement elle s’inscrit dans sa nature. En ce cas, qu’était-il sur le point de lui annoncer.

« Mais tout cela reste très hypothétique après tout. Qu’elle est donc cette chose qui transforme la joyeuse garderie de notre institution, visiblement friande du cèdre, des allocutions et des mouvements inutiles, en une garderie lointaine et presque abandonnée ? On ne devient pas enseignant des langues pour quitter son poste si tôt … Généralement c’est la mort qui sépare ces Hommes de leur sacerdoce. » Il y avait une pointe d’humour dans ces derniers mots. « Et je n’ai pas l’impression que la mort sonne pour l’instant. »

Il conclut sur un sourire à la fois aimable et curieux.

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Sam 8 Déc - 1:18
Eloan ne put que sourire à l’allusion ironique des années qui les séparaient. A vrai dire si peu. En soi, la vision de Ryd était assez terne quant à l’humanité et à son autodestruction. L’enseignant pensait que c’était un avis réducteur, on ne peut réduire l’homme à la destruction. Certes, en sa nature, il se doit de se préserver à l’encontre d’autrui. Mais la destruction réside à l’échelle diplomatique. Eloan ne répondit même pas à ce qui semblait être une question. Ce sujet était bien trop topique pour venir débattre dessus, et les jupettes d’Ehol étaient bien plus passionnantes. Pourtant, quand Ryd revint sur le sujet d’Ehol et de ses émissaires, son avis étaient des plus intéressants, après tout, être émissaire en soi se résumait sans doute à obtenir un pouvoir démentiel, après, à savoir qui pouvait acquérir ce pouvoir et comment, c’était une autre paire de manche...

A la suite, sur le questionnement sur le départ, si ironiquement résumé encore une fois par Ryd, l’enseignant en question rigola franchement. Arrivera-t-il un jour à faire comprendre aux gens que la langue est autrement plus intéressante et ouverte à tous, et non une passion volatile et éphémère qui ne touchait aucun objet d’étude ?
    « - Eh bien, peut-être que je ne veux pas succomber à la mort, néanmoins je ne serai jamais bien loin de cet objectif premier, ne sois pas triste ! Je resterai un membre éminent de Mihailov et ferai encore des conférences ! »

Soudain, sur la place, en dessous du balcon où se trouvait Eloan et Ryd, s’élança un cri désinvolte et assuré, qui scandait le nom de l’enseignant avec énergie. Ils n’eurent pas le temps de voir de qui il s’agissait, il avait déjà disparu, et avait pénétré les lices du bar et monté les escaliers. En quelques instants, cette même personne arriva sur le balcon. Il était habillé d’un smoking noir et était aussi élégant qu’Eloan avec son costume en queue de pie. Ses cheveux étaient d’une noir de jais, ses yeux éclatants d’une lueur taquine. Il était assez grand, son smoking était surmonté d'une cravate noir. Son élégance, jusqu'au bout des doigts, s'affinait par des gants blancs et immaculés. Tout sourire, il s’approcha d’Eloan et lui dit :
    « - Alors comme cela, Monsieur s’amuse avec un beau haut de forme, et habillé en concertiste ! Je croyais que tu avais de nouvelles occupations bien plus strictes et que je ne te trouverai plus ici ! puis il vit Ryd, son visage s’illumina et il s’approcha à présent de ce dernier, continuant à parler à Eloan : oh mais je vois que tu es bien accompagné, il est mignon comme tout ! Je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer avant ! finit-il, s’étant tellement approché de Ryd qu’il lui caressa la joue et l’interstice de ses lèvres, tandis qu’Eloan prenait quelques cuillerées de sa pyramide cramoisie de fraises aromatiques saupoudrées d’un nuage sucré, sans regarder la scène qui se déroulait devant lui.
    « - Oh, tu m’as démasqué Emrys lui répondit Eloan, en baillant, enfers et damnation...” soupira-t-il et il continua : Ryd, je te présente Emrys, Emrys: Ryd. »

Emrys et Eloan se connaissaient déjà depuis un bon moment, ils étaient tous deux eux-même étudiants quand ils se sont rencontrés. Chacun avait suivi une spécialisation dans l'enseignement, sauf qu'aujourd'hui, Emrys officiait en tant que conseiller pédagogique et psychologue au sein de Mihailov. Il fallait dire que même depuis les origines dont Eloan pouvait se souvenir, Emrys avait toujours été un original...




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Mer 6 Fév - 18:41
En repensant à leur brève discussion sur l’existence d’Ehol et des Emissaires, Ryd en vint à plusieurs conclusions. La véracité de l’identité d’Ehol ne faisait pas de doute pour lui et s’il se fourvoyait, pour l’instant il gardait la « foi » en cette information qui lui semblait juste après observation. Pourtant le comportement du messager, sa jeunesse, sa futilité le laissait toujours aussi perplexe. Pourquoi craignait-il à ce point de révéler son identité alors qu’Ehol n’hésitait pas à le faire … Qui plus est avec un naturel déroutant. Un autre point le travaillait, depuis que leurs voies s’étaient séparées Ryd ne l’apercevait plus, il ne savait même pas si d’autres Emissaire avaient été choisis à sa suite. Il ne savait pas non plus s’il était le premier à l’être ou non. Bien qu’il s’accommode de cette situation, l’inconnu le turlupinait.

Pour en revenir au premier sujet de leur conversation, Eloan s’en égarait encore, comme s’il ne voulait pas vraiment répondre ou bien il jouait avec son ancien élève. Ou encore, il n’avait pas le droit d’en parler, mais alors pourquoi attiser sa curiosité ?
Pour l’instant, même s’il le disait avec ironie, l’Emissaire comprit que la raison de son abandon devait être politique, ou liée à la sphère politique. Pourtant, ses origines devraient l’en empêcher, donc il devait s’agir d’une position jouant sur l’aspect gouvernemental sans vraiment l’intégrer. Un véritable casse-tête qui le lassait presque. Une lassitude qui finit par se transformer en agacement lorsqu’un cri strident vint interrompre l’enseignant dans un aveu qui se faisait de plus en plus précis.

Bien qu’il soupire à l’aube de cette nouvelle interruption, le jeune homme accordait de l’attention à la scène qui se déroulait sous ses yeux. C’est comme si l’enseignant n’accordait pas d’importance à son nouvel interlocuteur. Enfin, une fausse inattention, le connaissant. Toutefois, l’intervention n’était pas si inutile puisqu’elle lui révélait quelques autres indices sur les nouvelles occupations du mage. Notamment sur la rigueur qu’elles exigeaient. L’homme costumé n’en dit pas plus, préférant observer l’Emissaire d’un regard qui ne plaisait guère à ce dernier. Eloan fit les présentations, sans lui laisser la chance de s’inventer un autre nom, ou bien emprunter celui de l’un de ses comparses.
Tout en écartant la paume désinvolte et envahissante d’Emrys qui se faisait trop tactile, il prit les devant. Si le nouveau protagoniste ne le connaissait pas, la réciproque n’était pas vérifiée :

« A vrai dire, jusqu’à présent je n’ai pas eut besoin de conseils concernant mon orientation et je ne voudrais pas vous importuner avec les démons qui hantent mes nuits …»

Comme à son habitude, Ryd intervenait avec une désinvolture et une ironie sans franche méchanceté. Il avait simplement entendu parler de lui et de ses méthodes, au détour de couloirs ou d’amphithéâtres. Il conclut sur les présentations, en invitant le psychologue à prendre place à leur table. Il se doutait bien qu’il ne s’en irait pas si facilement. Autant qu’il prenne place au lieu de jouer au serveur.

« Pourquoi ne pas prendre place ? Justement, Eloan s’apprêtait à m’en dire un peu plus sur ces fameuses activités plus strictes et attirantes que l’enseignement des langues -à plein temps-. Enfin, attrayantes, elles doivent bien l’être pour abandonner un poste aussi convoité que celui-ci. A moins qu’on ne t’y contraigne ? »

Comme dit le dicton, la troisième est – souvent – la bonne. A vrai dire, il espérait qu’Emrys le trahisse un peu plus, pour délier – enfin – les lèvres de l’enseignant. Que pouvait-il bien cacher pour jouer autant sur les mots. Dans un sourire, mélange de curiosité et d’ironie, il s’imaginait qu’il lui révèle qu’Ehol l’avait élevé au rang d’Emissaire du Vent. Une situation qui le dérouterait autant qu’elle lui apparaitrait pleine d’une ironie mesquine.

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Mer 6 Mar - 0:36
Eloan, sur la terrasse, regardait la scène qui se déroulait entre Ryd et Emrys d’un air amusé tout en sirotant son verre aux couleurs mielleuses dans lequel il avait glissé son modeste sachet de poudre blanche. Quant à lui, Emrys n’avait pas lambiné sur la décision à prendre suite à l’invitation de ce cher et distrayant blondinet ; il se saisit d’une chaise et la planta non loin de celle de Ryd, c'est-à-dire très près, et lui souriait d’un sourire carnassier suite à sa gentillette réponse sarcastique ; cela tombait bien, il n’y avait aucun plaisir sans résistance. Il appela de suite un serveur, et commanda une boisson.
    « - Oh bien sûr que si, tout le monde peut changer d’orientation, je pourrais même changer la tienne, ça ne serait pas pour me déplaire. D’ailleurs, l’enseignement des langues vous intéresse-t-elle vraiment elle-même ? » lança volontairement Emrys en guise d’avant-garde ou de pique exacerbée.
L’enseignant de magie ne put se retenir de sourire grandement à cette réplique tout en glissant un œil sur eux ; néamoins Eloan regarda son ancien élève dans les yeux comme pour lui dire que non, il ne lui viendrait pas en aide, du moins pas pour le moment, tant la situation était cocasse et distrayante, ce qui se voyait dans la lueur taquine de ses prunelles. Ryd avait permis à Emrys de s’asseoir ? Ainsi soit-il.

Le conseiller d’orientation s’approcha du bord de sa chaise et relava son bras pour le poser sur le dossier de la chaise de Ryd. Oui Emrys n’était pas très subtile, du moins pas quand il s’amusait librement et crûment ; dans ce domaine, au moins, Eloan avait bien plus de tact, de doigté, pouvait-on dire. Dans tous les cas, Emrys s’amusait : un serveur s’approcha de la table avec sa boisson, accompagnée d’une paille, paille qu’il ne perdit pas de temps à sucer pour boire un peu du contenu du verre, en face du visage de Rydounet.

Finalement, et pour ainsi dire comme d’un geste salvateur pour Rydounet chéri, Eloan se racla la gorge et répondit aux quelques interrogations de Ryd :
    « - Comme je te l’ai dit, je resterai ici pour officier en tant que conférencier, mais je pense tout de même finir l’année et continuer à suivre mes classes, même avec un emploi du temps un peu limité. Puis si mes cours de langues te manquent, Emrys a quelques notions assez poussées, je suis sûr qu’il sera ravi de t’enseigner. »
Emrys sourit grandement à la boutade, si manifestement que la malice se dessina sur ses lèvres. Eloan, pour sa part, faisait mien de rien, pour l’instant ; après tout, c’était Ryd qui l’avait invité à rester.




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Lun 8 Avr - 1:04
Sans laisser planer l’ombre d’une frustration ou même d’une moindre crispation dut à la familiarité du conseiller dont il ne souhaitait pas plus connaître les talents pour les langues que ses orientations multiples, l’Emissaire prit le temps d’observer et d’interpréter la situation. Situation à laquelle il ne pouvait rien de plus que de s’y soumettre. L’espace d’un instant, il envisageait qu’Eloan ait transformé cet entretien en une forme d’essai, comme s’il s’était enfin rendu compte des évidences. Impossible.
Il est vrai qu’entre ses premières années et les dernières qu’ils avaient entretenues dans une relation hiérarchiquement troublée par son insolence, l’enseignant ne semblait pas avoir décelé le changement dans sa personne, dans les actes de l’humain qui anime toute sa personne. La lecture de ses travaux sur le potentiel légendaire de Terra l’aurait probablement aidé à y voir plus clair. S’agissait-il là d’une machination ? Jouait-il sur les cordes qu’il pensait sensibles pour le forcer à partager son secret en échange du sien ? Assurément, la vérité de l’enseignant ne pourrait pas plus perturber les convictions de l’Emissaire que celle qu’il pourrait lui révéler. Impossible piège, impossible leurre, tout cela ne devait finalement être qu’un concours de circonstances, heureuses ou malheureuse, à tout à chacun d’en décider.

« Toutes mes orientations sont parfaitement définies et purement intangibles, ceux depuis bien des années déjà. Quant aux langues, je maitrise les miennes aussi bien que possible et j’ai bien eu les occasions pour les expérimenter. » Il sourit. « Mais votre offre est bien charitable. Croyez-moi, je suis bien ennuyé de devoir refuser. »

Autre concours de circonstance à la fois heureux et malheureux, l’arrivée d’une -nouvelle- protagoniste. Elle fit irruption dans un monde qu’elle ne comprenait probablement qu’à moitié. Mais, elle s’y insinuait comme un boulet de canon, plein d’arrogance, d’assurance, d’une fierté nobiliaire caractéristique et à la hauteur de son charisme, de sa beauté.
Cécile d’Istus, Cécilia pour ceux qui franchirent le seuil de la résidence familiale. Elle entreprit d’attirer son ancien amant dans une entrave trop prononcée, un baiser sur la joue, avant de l’éloigner et de balader le bras trop entreprenant du conseiller. Sans piper mot, l’Emissaire prit appuie sur la table alors que la demoiselle lui subtilisait sa place et sirotait les restes de son cocktail.

« On ne mélange pas traitement et boisson, mon cher, toute une éducation à refaire.
Mais, je fais ce qu’il …
― … ce qu’il te chante, je sais. Monsieur Helven, je vous cherchais justement, nous avons à discuter je pense. Si tant est que vous ne soyez pas trop occupé à chaparder mes aventures. Voilà qui est bien peu cordial ! »

L’imprévu de son arrivée le libérait des crocs du conseiller et de ses conseils sur son orientation. Toutefois, elle risquait de le bloquer dans sa recherche d’informations. Tout en gardant son appui, il s’adressa à l’ex-enseignant.

« Je crains plus pour l’intégrité de ce cher conseiller que pour mes capacités linguistiques pour le coup. » Après un léger soupir de pitié, il reprit. « Mais, qu’est-ce qui peut bien limiter si brutalement l’emploi du temps d’un enseignant de Mihailov, plus qu’il ne le serait dans son état premier tout du moins. »

Pendant ce temps, la douce et butée Cécilia poursuivait son questionnement quant à son avenir de magicienne. Qui mieux qu’un conseiller pour définir les meilleures voies à emprunter lorsque l’on bénéficie d’une influence familiale et d’une richesse obscène.

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« Cours appliqué » ― Ryd Fenril
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